Massinissa (en berbère : ⵎⴰⵙⵏⵙⵏ ou Masensen ) (MSNSN en écriture libyque : ⵎⴵⵏⴵⵏ), né vers dans le royaume des Massyles (en Algérie actuelle) et mort en dans le royaume de Numidie à Cirta (Constantine actuelle Algérie) est un roi numide.
Fils du roi massyle Gaïa, petit-fils de Zelalsan et d'une mère prophétesse, il unifie en les deux tribus des Massæsyles et des Massyles après sa victoire aux côtés des Romains contre les Carthaginois durant la bataille de Zama, fondant ainsi le royaume de Numidie dont il devient le premier roi.
Son nom a été retrouvé dans son tombeau à El Khroub, près de Constantine (anciennement Cirta) en Algérie, sous la forme consonantique de MSNSN (en écriture libyque : ⵎⴵⵏⴵⵏ). Dans la langue berbère, MSNSN correspondrait à MAS N SEN, signifiant « leur seigneur » ou « leur maître », où MAS signifie « seigneur/maître » et NSEN signifie « leur ». Cependant, selon l'historien S. Chaker, Massinissa n'aurait pas été un nom, mais un simple titre honorifique, comparable au Dominus noster des inscriptions latines du Bas-Empire romain.
Contexte historique vignette|gauche|La Numidie et ses voisins vers , à la veille de la deuxième guerre punique. À la fin du , l'Afrique du Nord antique est partagée entre plusieurs puissances. À l'est, Carthage domine une partie du littoral et exerce son influence sur les plaines céréalières. À l'ouest, le royaume des Maures est gouverné par Bocchus puis ses successeurs. Entre les deux s'étend le territoire des Numides, divisé en deux grandes confédérations tribales : les Massyles, à l'est, voisins immédiats du domaine carthaginois, et les Massaesyles, à l'ouest, dont le roi Syphax tient la ville de Siga. C'est dans ce contexte que naît Massinissa, fils de Gaïa, roi des Massyles allié de Carthage.
La rivalité entre Massyles et Massaesyles, attisée par les ingérences carthaginoise et romaine, structurera l'essentiel de la trajectoire politique du jeune prince. La Deuxième guerre punique (), qui oppose Rome à Carthage, va offrir à Massinissa l'occasion de transformer cette compétition tribale en un projet d'unification monarchique.
Sources antiques La connaissance que nous avons de Massinissa repose principalement sur des textes grecs et latins postérieurs à son règne. Le récit le plus complet est celui de Tite-Live, dont les livres XXIV à XLV de l'Histoire romaine couvrent largement la deuxième guerre punique et les démêlés numido-carthaginoisTite-Live, Histoire romaine, livres XXIV-XXX et XL-XLV.. Polybe, contemporain et ami de Scipion Émilien, offre dans ses Histoires un témoignage de première main, en particulier dans le livre IX et dans les fragments du livre XXXVI où il évoque la vieillesse exceptionnelle du roiPolybe, Histoires, IX, 25 ; XXXVI, 16.. Appien consacre à Massinissa de longs développements dans son Libyca, tandis que Salluste, dans la Guerre de Jugurtha, revient sur l'origine de la dynastie qu'il a fondéeSalluste, Bellum Jugurthinum, 5 ; Appien, Libyca, 10-106.. Diodore de Sicile, Strabon, Plutarque et Valère Maxime complètent ce dossier par des notices ponctuelles. À ces sources littéraires s'ajoutent les inscriptions néopuniques de Dougga, les monnaies royales numides et les vestiges archéologiques de Cirta et du mausolée d'El-Khroub.
Origines et jeunesse vignette|Buste présumé de Massinissa, musée du Bardo (Tunis). Massinissa naît vers , probablement dans la région de Cirta, au cœur du territoire massyle. Son nom, transcrit Masinissan en libyque et MSNSN dans les inscriptions néopuniques, signifierait « le seigneur » ou « celui qui appartient au seigneur ». Il est le fils du roi Gaïa et appartient à la dynastie qui régnait alors sur les Massyles depuis plusieurs générations.
Conformément à la coutume des élites numides alliées de Carthage, le jeune prince est envoyé dans la cité punique pour y recevoir une éducation aristocratique. Il y apprend probablement le grec et le punique, et y fréquente la haute société carthaginoise. C'est dans ce milieu qu'il aurait été fiancé à Sophonisbe, fille du général carthaginois Hasdrubal GiscoTite-Live, XXIX, 23 ; Appien, Libyca, 10.. Ce séjour formateur fait de lui un acteur familier des codes politiques et militaires méditerranéens, atout décisif pour la suite de sa carrière.
Biographie vignette|gauche|upright|Peinture du roi Massinissa par Pierre de Cortone, galerie Palatine, musée de Florence (Italie).
Période de la deuxième guerre punique vignette|gauche|Scipion l'Africain libérant Massiva (frère de Massinissa)Giambattista TiepoloWalters Art Museum, Baltimore..|220x220px
Durant la deuxième guerre punique, Rome cherche à se faire des alliés en Afrique du Nord tandis que Syphax, roi des Massæsyles en Numidie occidentale, revendique les territoires de la Numidie orientale, dirigée par Gaïa, roi des Massyles.
Syphax accepte trois centuries romaines et se tourne contre Carthage qui prend le parti de Gaïa, en échange de cinq mille cavaliers numides. Ceux-ci sont placés sous le commandement du jeune Massinissa, âgé de vingt-cinq ans, à partir de ou ; avec son ami Laminius, Massinissa rejoint les troupes carthaginoises en Espagne jusqu'à l'automne . Il remporte une victoire décisive contre Syphax et mène avec succès une campagne de guérilla contre les Romains en Hispanie.
Les Carthaginois, battus à Ilipa, finissent par perdre leurs possessions en mer Méditerranée. Scipion l'Africain, commandant l'armée romaine en Hispanie, songeant à porter la guerre en Afrique et à s'assurer le soutien des royaumes numides, gagne à partir de l'amitié de Massinissa, avec lequel il passe un accord secret à l'automne de cette même annéeTite-Live, , 35, 12 : Fide data acceptaque... ; puis il débarque en Afrique pour tenter de convaincre Syphax de rester au sein de l'alliance romaine. Mais celui-ci, ayant eu connaissance de l'accord avec Massinissa, préfère se rapprocher de Carthage.
Accession au trône À la mort de Gaïa en , son frère Oezalcès (Oulzacen) lui succède. Marié à une Carthaginoise, nièce d'Hannibal, il bénéficie de l'appui des Carthaginois contre ses voisins et ses vassaux turbulents. Mais Oezalcès meurt et Capussa monte sur le trône.
Capussa est immédiatement contesté par Meztul, son cousin, issu de la faction rivale de la branche régnante. Meztul obtient des armes et des renforts de Syphax et s'attaque aux forces de Capussa. Le combat entre les deux clans donne la victoire à Meztul. Capussa étant mort en pleine bataille, Meztul s'empare du pouvoir pour placer sur le trône Lacumazès, alors que, selon la tradition, le trône revenait à Massinissa.
Carthage, approuvant cette usurpation, scelle son alliance avec Meztul et lui donne pour épouse la veuve d'Oezalcès.
Massinissa apprend ces événements alors qu'il est en Espagne ; il décide en de quitter Gadès pour la Maurétanie, et, craignant les représailles de Syphax, allié de son cousin, demande l'aide de Baga, roi des Maures. Celui-ci lui offre une escorte de , qui l'accompagne jusqu'aux limites de ses terres. Après avoir rassemblé parmi les siens et les fidèles partisans de la famille, Massinissa s'attaque à ses adversaires.
Lacumazès, quittant Thapsus (actuelle Tunisie), siège de son gouvernement, pour se rendre à Cirta afin de présenter ses hommages à Syphax, est surpris par Massinissa dans un défilé non loin de la ville. Vaincu dans cette embuscade, Lacumazès parvient à prendre la fuite et à rejoindre Cirta. Cette victoire vaut à Massinissa un afflux de partisans qui lui permettent de consolider sa position. Lacumazès et Meztul rassemblent des hommes de leur clan, obtiennent l'aide de Syphax et reviennent à la charge avec et . Malgré un nombre d'hommes bien moindre, Massinissa est de nouveau victorieux. Battus, abandonnés par les leurs, Lacumazès et Meztul se réfugient à Carthage, chez leurs beaux-parents.
Massinissa occupe alors Thapsus, qui devient la capitale des Massyles. Afin de renforcer son pouvoir, il mène une lutte efficace contre Carthage et prône l'union de tous les Numides. Il propose à Lacumazès et Meztul de leur rendre leur bien et la considération due à leur rang s'ils reviennent dans leur patrie. Ceux-ci, rassurés quant à la sincérité de leur cousin, quittent Carthage et le rejoignent.
Ce regroupement des forces numides inquiète les suffètes qui dépêchent alors Hasdrubal Gisco auprès de Syphax pour le persuader du danger que représente désormais un tel voisin. Syphax prétexte alors une vieille querelle concernant des territoires qu'il avait autrefois disputés à Gaïa, pour attaquer Massinissa et le contraindre à épuiser ses faibles moyens. Massinissa accepte le combat, son armée est mise en déroute et Syphax s'approprie alors une partie du Royaume massyle. vignette|294x294px|gauche|Pièce d'argent avec un portrait de Massinissa sur la face et un cheval sur le revers. Réfugié dans les montagnes avec une poignée de fidèles, Massinissa connaît une vie de proscrit. Il n'en continue pas moins de harceler ses ennemis par des raids organisés contre les campagnes carthaginoises. Les hommes de Syphax ne réussissent pas à venir à bout de lui. L'insécurité qu'il fait peser sur les colons et sa popularité croissante en Numidie, préoccupent grandement les suffètes carthaginois. Des expéditions contre Massinissa sont organisées ; un moment, on le croit mort. Mais une fois ses plaies cicatrisées, Massinissa revient à la charge et marche à nouveau contre Syphax. Peu à peu, ses compatriotes le reconnaissent, l'assurent de leur allégeance et lui offrent les moyens dont il manque.
Son royaume récupéré, Massinissa s'en prend aux territoires voisins. Les colons carthaginois, pour se défendre, se lient avec les Massæsyles et rassemblent une grande armée contre les Massyles. Syphax est à la tête d'un vaste royaume et sa guerre victorieuse contre Massinissa lui procure un supplément de prestige. Il épouse la belle Sophonisbe et lui accorde comme dot les territoires qu'il a pris à Gaïa. Tout cela se déroule en , moins d'un an après le retour d'Espagne de Massinissa.
Intervention romaine en Afrique vignette|gauche|upright|Mur central représentant Sophonisbe demandant l'aide de Massinissa. Scipion, décidé à en finir avec Carthage, débarque en Afrique. Le rusé Romain essaye encore d'attirer Syphax qui rejette une nouvelle fois l'alliance proposée. Il se tourne alors vers Massinissa avec qui il remporte les premiers combats. Les nouveaux alliés, encouragés par leurs succès, assiègent Utique, place forte carthaginoise, mais l'intervention de Syphax les oblige à se retirer. Ils prennent leurs quartiers d'hiver et Scipion entre de nouveau en contact avec Syphax. Faute de pouvoir le détacher des Carthaginois, il lui demande d'intervenir pour mettre fin au conflit entre Rome et Carthage. Syphax propose que les Carthaginois évacuent l'Italie, où ils sont en campagne, en échange de quoi les Romains quitteraient l'Afrique. Si le général Hasdrubal, qui commande les Carthaginois, accepte l'offre, Scipion, qui veut en réalité la reddition pure et simple de la cité punique, la rejette. vignette|Sophonisbe reçevant la coupe empoisonnée. Tableau de Simon Vouet, vers 1626. vignette|220x220px|Massinissa pleure la mort de Sophonisbe. Massinissa et Scipion l'Africain reprennent leurs attaques, obligeant cette fois-ci les troupes puniques à se replier sur Carthage. Syphax, lui, ne voulant pas perdre plus d'hommes, se retire dans son royaume. Les Carthaginois, comprenant que les Romains ne leur laisseront pas de répit, décident, après avoir adopté une attitude défensive, de passer à l'offensive. Ils lèvent une forte armée de mercenaires qui, rejointe par celle de Syphax, tente de débloquer la cité. C'est la bataille des Grandes Plaines () qui s'achève par la victoire des forces coalisées de Massinissa et de Scipion.