Le champ des odeurs (en anglais : field of odors) est une structuration de l'espace des molécules odorantes pour créer un langage olfactif.

La communication olfactive est une démarche qui s'est instaurée très progressivement au cours de l'évolution des espèces (évolution de la communication olfactive). Chez l'homme, elle se fait sur la base de perceptions de molécules (chemoréception) et d'associations à des expériences mémorisées qu'elles déclenchent chez chacun de nous. Elle est de plus en plus utilisée par le marketing comme signature de produits ou de marque et son omniprésence joue un rôle social. Au-delà de cet aspect, une démarche plus rationnelle est requise pour la caractérisation des odeurs.

Ainsi, le champ des odeurs, élaboré en 1983, (v1) fournit, entre autres, une méthodologie qui permet de décrire les perceptions olfactives de manière commune, c'est-à-dire en écartant, au maximum, les évocations individuelles. Il a été créé par un chercheur à partir des résultats d'un programme de recherche sur la relation structure chimique / activité odorante de molécules présentes dans le monde odorant, conduit entre 1977 et 1983 au sein d'une équipe du CNRS (URA 401). Sa dénomination a été inspirée du "champ des étoiles" que regarde Ruth dans "Booz endormi" du recueil La Légende des siècles, de Victor Hugo.

Dans son application à la communication d'une perception olfactive entre deux personnes, cette structure va constituer le code de base utilisé en y positionnant, par la recherche des moindres distances, chacune des notes odorantes isolées par analyse olfactive, dans une bouffée odorante. Ceci permet d'établir un véritable langage qui va servir de point de départ à une indispensable éducation du nez.

Lexique

Lexique utilisé dans cette page

- odeur (n.f.) : interprétation par le cerveau des signaux fournis par les récepteurs olfactifs lors de leur stimulation par des substances odorantes

Attention, ce terme ne doit pas être confondu avec odorant ou odorité, comme on le voit trop souvent, ce qui cause de graves confusions et des interprétations totalement erronées.

- odorant (n.m.) : toute substance susceptible d'activer un récepteur olfactif, de la simple molécule aux mélanges les plus complexes proposés par la nature ou créés par l'homme, à l'état isolé ou sur une matrice.

- odorant(e) (adj.) : capacité d'une substance à porter une odorité. Nous parlons aussi, souvent, de molécules potentiellement odorantes (MPO) pour prendre en considération le fait qu'elles peuvent ne pas être odorantes pour tout le monde compte tenu de la grande disparité des sensibilités et même des Anosmies.

- odorat (n.m.) : nous réservons ce mot au sens par lequel nous percevons les odorités.

Attention, nous entendons que le stade de la perception suppose un sens très élaboré, demandant l'intervention d'un cerveau. On ne doit pas lui assimiler d'autres chemoreceptions plus primaires, même si elles concernent, aussi, des molécules volatiles.

- odorité (n.f.) : caractère organoleptique perçu par l'odorat. Nous parlerons aussi de la note odorante pour les molécules de référence.

- olfactif(ive) (adj.) : relatif au système sensoriel de l'olfaction ; ce qui concerne les phénomènes à partir de la protéine heptahélicoîdale olfactive (Récepteur couplé aux protéines G), le récepteur présent sur les cils olfactifs.

Attention, cet adjectif est trop souvent confondu avec odorant, qui est relatif aux sources (avant l'intervention de la protéine heptahélicoïdale).

- olfaction (n.f.) : protocole de fonctionnement de l'odorat (voir ce mot), de la ventilation des neuro-récepteurs (olfaction directe, Rétro-olfaction) à la perception. Ce terme est aussi utilisé pour odorat. Voir Olfaction

- organoleptique (adj.) : qualifie une propriété d'un produit perceptible par les organes des sens (norme ISO 5492)

- osmique (adj.) : relatif à l'effet des odorants et des "odorants en devenir" sur une ambiance.

- ressenti (n.m.) : sentiments, émotions, affects, associations, valences hédoniques et souvenirs qui peuvent apparaître chez chaque sujet à la suite d'une perception. Il traduit le vécu de la personne. C'est dans ce registre que la majorité des personnes pioche des mots pour communiquer ("décrire") leurs perceptions olfactives.

L'espace structuré Si la recherche de relations entre la structure chimique des molécules et leur caractère odorant sait assez facilement trouver des caractéristiques chimiques bien définies, elle avait toujours buté sur le caractère odorant dont la seule connaissance passait nécessairement par l'expression de tel ou tel sujet (ou groupe de sujets) sous forme de mots traduisant l'évocation de souvenirs associés, suscitées par sa perception. Le travail effectué sur 1.396 molécules odorantes par Analyse des données (notamment analyse factorielle des correspondances) a permis de retrouver une organisation dont l'essentiel de la variance du système se retrouve sur les six premiers axes qui, pour des raisons évidentes de commodité, ont du être ramenés aux trois axes ci-dessous. (v4) centré|Fig 1 Structure des référents du langage "Champ des Odeurs" en trois dimensions obtenu à partir des résultats des analyses probabilistes sur les caractéristiques chimiques et odorantes de 1396 molécules (document publié dans ) [Attention : avec le l-menthol, il faut prendre soin de bien s'affranchir de son effet pseudothermique pour identifier la véritable odorité]|vignette|613x613px

Chaque molécule représentée est le cœur de chacun des nuages qui se sont individualisés dans les analyses multiparamétriques. De plus, les dispositions des molécules ont fait aussi apparaître certaines caractéristiques chimiques diverses que, manifestement, l'humanité a appris à reconnaître avec le temps. Ces notions seront valablement exploitées dans l'utilisation des méthodes d'analyse basées sur le "champ des odeurs".

À noter que cette structure, résultat de calculs probabilistes, ne doit pas être considérée avec un regard manichéen. Elle donne un simple positionnement des molécules selon leur odorité mais il ne s'agit surtout pas d'une n-ième classification ou catégorisation ni même d'une (demi-)roue de plus, ni, encore moins, d'odorités devant illustrer des mots ("odeur" de fruit, de poisson, de bois, d'ordures…) comme nous l'avons vu écrit trop souvent. Elle donne les points saillants de ce qu'il ne faut pas oublier de considérer comme un continuum, tout comme l'est d'ailleurs le spectre des Couleurs qui reste plus simple (il a bien moins de dimensions).

D'autre part, si le nombre de molécules présentées constitue un standard paru alors comme optimal, dans la pratique et selon les utilisations, les jurys n'auront pas besoin de faire appel à tous ces points de repère. Cependant il faudra prendre soin de bien garder les référents nécessaires à la structure et à la vue d'ensemble du système. De même, il peut être utile d'ajouter, ponctuellement, des référents complémentaires pour avoir un meilleur éclairage de certaines zones si cela devenait nécessaire, par exemple, pour introduire des précisions indispensables ou améliorer la discrimination entre deux odorants ou deux sources mais leur nombre devra être limité au strict minimum pour éviter une dispersion des réponses des sujets ou évoluer vers un langage ésotérique. Il faudra, bien entendu, retrouver soigneusement la position de ces référents complémentaires dans la structure. À titre d'exemple, on trouvera sur le tableau, ci-dessous, un échantillon de référents qui a pu être utilisé par des riverains faisant la surveillance de la qualité odorante de l'air autour d'une zone industrielle lors d'une étude environnementale (voir §1.5.2). La sélection (codes inférieurs à 46) et la complémentation (codes au-delà de 46) de référents ont été faites, au préalable, en respectant les règles ci-dessus, par des experts qui avaient analysé les sources polluantes.centré|vignette|500x500px|tableau 1 : Type de référents utilisés par un groupe de riverains de veille olfactive. Par ailleurs, on ne doit pas rechercher de Synesthésie dans le choix des couleurs retenues pour la représentation ; elles n'ont qu'une commodité pédagogique. Elles proviennent de l'AFC des associations spontanées faites par un groupe de 72 enfants de classes maternelles auxquels était dispensée la découverte de l'olfaction. Mise en place du langage Le programme de recherche avait clairement montré que tous les vocables qui étaient présentés, dans la littérature, comme "descripteurs" avec des statuts bien différents correspondaient, en fait, à des "évocations" : souvenirs associés, dans l'esprit d'une personne, à sa perception olfactive. Outre que ces souvenirs sont personnels (même partagés par un petit groupe), ils sont très hétérogènes, flous, instables, pour une même sollicitation. Il est donc apparu indispensable de remplacer ce mode de communication, en imposant un langage commun et stable qui permette d'obtenir, entre sujets, des réponses semblables pour une même stimulation.

Ainsi, pour communiquer, deux personnes doivent avoir appris un même langage. À la base d'un langage, comme le langage parlé par exemple, il est indispensable de mettre en place un codage [Signifié et signifiant ] c'est-à-dire de lier de manière biunivoque un item et un mot.. Au début, la collection de ces doublets est réduite et, ainsi, le jeune enfant qui apprend à parler désigne avec justesse, peu à peu, quelques objets. Puis la collection se développe et il aura une conversation de plus en plus riche. Le développement de la communication peut alors se faire par deux voies :

soit la personne, cherche la similarité plus ou moins parfaite et désigne chaque nouvel item par un nouveau mot (qui serait dans le cas présent, une nouvelle molécule odorante). Ceci donne un langage précis mais si dense qu'il ne peut être partagé que par des petits groupes d'initiés tendant vers l'ésotérisme.

soit la personne se contente d'un dictionnaire plus réduit et fait des approximations dans la désignation du nouvel item en recherchant, dans ce qu'il connaît, ce qui lui paraît relativement le moins éloigné.

C'est cette seconde voie qui a été retenue, ici, pour parler odeur : elle permet, avec un nombre restreint de doublets d'être accessible à la majorité dans un domaine où l'apprentissage dans la petite enfance n'a pas eu sa place. Mais, après tout, les tout-petits n'apprennent que quatre couleurs pertinentes (bleu, vert, rouge, jaune) et ils sont tout à fait à l'aise pour décrire toutes les couleurs qu'ils rencontrent, leur vie durant, même si peu à peu il peut préciser les choses par quelques compléments. Il est vrai que l'espace perceptif des couleurs reste moins complexe que celui des odeurs [Couleur#Codes de couleurs ]. On peut se demander ce qu'aurait pu ne pas être la théorie de la trichromie de Young (1802) [Théorie de Young–Helmholtz] si on avait persévéré à dénommer les couleurs par des associations telles que couleur fruitée ou florale comme on le fait pour les odeurs.