Les sièges de Soissons en 1814 et 1815 sont une série d'opérations qui opposent l'armée française napoléonienne aux armées de la Sixième Coalition pendant la campagne de France de 1814 ; la ville est de nouveau encerclée et défendue en dans les dernières opérations de la guerre de la Septième Coalition.
La ville de Soissons, sous-préfecture, petite forteresse et point de passage sur l'Aisne, change de mains à plusieurs reprises en 1814. Elle est prise une première fois le après un bref siège par le corps russe de Ferdinand von Wintzingerode, détaché de l'armée du Nord de Bernadotte, qui l'évacue peu après. Elle est réoccupée par les Français et placée sous le commandement du général Jean-Claude Moreau. Le , la ville est prise en tenaille entre les forces prussiennes de Bülow et russes de Wintzingerode lors du second siège de Soissons : Moreau, craignant la mise à sac de la ville, capitule en obtenant la permission de se retirer avec ses troupes. Plusieurs auteurs considèrent la capitulation de Soissons comme le basculement de la campagne car l'armée de Blücher, serrée de près par Napoléon, était sur le point d'être acculée sur l'Aisne ; d'autres font valoir que la défense de la ville avait peu de chances de succès et que les Prussiens disposaient d'autres points de passage. Soissons, tenue par les Russo-Prussiens d', est attaquée sans succès le par les troupes françaises des maréchaux Marmont et Mortier ; la ville est incendiée par le bombardement français et mise au pillage par les troupes coalisées qui l'évacuent deux jours plus tard pour rejoindre l'armée de Blücher. Enfin, les troupes de Bülow assiègent encore la ville, défendue par le commandant Gérard, du 20 au sans pouvoir l'emporter ; ils se contentent ensuite d'un blocus à distance jusqu'à la fin de la guerre.
Pendant la campagne de France de 1815, Soissons est mise en défense par Gérard, devenu colonel. Elle est soumise à un blocus à la fin de juillet et, sur ordre de Louis XVIII, dépose les armes le . Elle est occupée par l'armée russe à partir du .
Premier siège de 1814 Un département menacé (décembre 1813 - janvier 1814) Après la défaite de Napoléon dans la campagne d'Allemagne devant des forces très supérieures en nombre, les armées de la Sixième Coalition franchissent le Rhin en . En , l'armée du Nord de Bernadotte, forte de hommes, entre en Hollande et Belgique ; la frontière nord de la France est presque totalement dégarnie pour faire face aux autres armées coalisées venues de l'est. L'armée française en 1814, décimée par les défaites et les épidémies, a le plus grand mal à assurer la conscription. Le , Napoléon ordonne de rétablir la Garde nationale pour veiller sur les places de l'intérieur ; par un décret du , la moitié des gardes nationaux de l'Aisne, avec ceux de l'Eure-et-Loir, du Loiret et de l'Oise, sont envoyés dans un camp à Meaux pour rejoindre l'armée principale de Napoléon. Le , un décret renouvelant celui de la mobilisation de 1792 ordonne la création d'un grand camp retranché à Soissons pour couvrir les frontières du Nord et des Ardennes. La conscription rencontre peu de résistance active, bien que des réfractaires se cachent dans les forêts, mais l'état d'esprit de la population est morose et sans enthousiasme, particulièrement chez les fils de propriétaires qui refusent de servir comme officiers. Il est à peu près impossible de trouver des fusils utilisables, ceux qu'on trouve sont rouillés ou défectueux et on doit réquisitionner les fusils de chasse. L'argent manque et les fournisseurs d'uniformes et effets militaires ne veulent livrer que s'ils sont payés comptant ; le baron Malouet, préfet de l'Aisne, doit engager sa fortune personnelle pour obtenir la livraison.
Bientôt, les habitants apprennent l'invasion des départements de l'est. Leurs dépôts militaires sont déplacés vers la Picardie et Versailles, de même que la Manufacture d'armes de Charleville ; des réfugiés des Ardennes arrivent à Soissons. Une compagnie de Garde nationale sédentaire est levée dans la ville le . Le colonel Pierre-Marie Berruyer, promu général de brigade, est nommé gouverneur de Soissons le ; il trouve les fortifications en mauvais état, les remparts effondrés et les fossés comblés par endroits, pas d'artillerie et peu d'approvisionnements. Il met au travail des prisonniers de guerre espagnols et des ouvriers des villages voisins ; il arrive à former des unités parmi les vétérans et en retenant les soldats et gardes nationaux isolés évacués de l'est. Le général de division Rusca est nommé commandant du camp retranché où doivent se rassembler les gardes nationaux de l'Aisne et autres départements mais quand ils arrivent, dans les derniers jours de janvier, c'est le plus souvent sans armes, mal équipés, sans discipline et très démoralisés. Le camp lui-même n'a pas de baraquements et il faut loger les soldats dans les villages voisins ; le général Rusca est en querelle continuelle avec le sous-préfet qui multiplie les difficultés pour lui fournir du bois et de la paille, destinés en priorité au camp de Châlons. Les gardes nationaux ne reçoivent pas de solde et peu de vivres et les désertions commencent à se faire sentir ; elles se multiplieront dans les mois suivants. Berruyer avait formé une compagnie de à partir de soldats dispersés : par ordre supérieur, ils sont envoyés au camp de Châlons. Les conscrits originaires de l'ancienne Belgique sont envoyés au camp de Troyes pour compléter la Jeune Garde. Au , un seul bataillon de garde nationale est équipé. Sur gardes nationaux mobilisés qui devaient se rassembler à Soissons, à peine à se présentent dont la moitié sont transférés ailleurs. En plus des gardes nationaux, la garnison compte 600 conscrits italiens, 80 à 100 gendarmes à cheval et la garde urbaine de Soissons. Les artilleurs qualifiés font presque totalement défaut et la place de La Fère, qui a besoin d'eux pour ses ateliers et sa défense, n'en fournit que 9 dont 4 désertent en route. Cependant, le général Rusca parvient à intercepter quelques officiers d'artillerie de marine qui traversaient la ville et à mettre en service ses pièces.
Le général Berruyer a reçu huit pièces d'artillerie mais reste très pessimiste sur les possibilités de défense. Le , il écrit au commandant de la division militaire de Paris : . Le ministre de la guerre, Clarke, duc de Feltre, répond le qu'il s'inquiète peu de l'apparition de troupes ennemies . Le , Napoléon lui-même ordonne de retirer tous les gardes nationaux de Soissons moins un bataillon pour les envoyer à Meaux ; Berruyer a le plus grand mal à différer l'application de cet ordre.
Les remparts de Soissons, trop étendus pour une faible garnison, datent en grande partie du ; ils sont insuffisants et mal entretenus ; les brèches ne sont réparées que pour le service de l'octroi, les parapets en partie rasés et convertis en jardins. Berruyer, malgré le manque d'argent, de bois et de chevaux de trait, fait faire un certain nombre de travaux, réparer une partie des brèches, fermer par des grilles les égouts qui donnent sur les fossés, détruire quelques maisons trop proches des remparts, mais les consignes du ministre ne lui permettent pas de raser les maisons et usines des faubourgs qui y donnent accès. De plus, les travaux défensifs se concentrent sur le côté sud, vers Château-Thierry, qui semble menacé par l'armée de Blücher, et négligent le côté nord. Enfin, les entrepôts ont été vidés au bénéfice des camps de Meaux et Châlons, et Soissons n'a que pour deux jours de vivres.
Prise de la ville (14 février 1814) thumb|Les cosaques, avant-garde de l'armée d'invasion. Die Gartenlaube, 1877. En , le corps d'armée russe du général Ferdinand von Wintzingerode, détaché de l'armée du Nord de Bernadotte qui vient d'occuper la Belgique, entre en France par Philippeville. Le , son avant-garde conduite par Alexandre Tchernychev s'empare sans difficulté d'Avesnes-sur-Helpe, une des places de l'ancienne ceinture fortifiée de Vauban, défendue seulement par une compagnie d'invalides. L'hiver est exceptionnellement froid et le gel permet aux troupes d'invasion de manœuvrer sur des chemins qui, par temps plus doux, seraient boueux et impraticables. Le , un détachement de 150 cosaques pousse jusqu'à Reims et l'occupe brièvement sans rencontrer de résistance. Le préfet de Laon, apprenant que l'armée ennemie est proche, prépare l'évacuation des administrations civiles et militaires vers La Fère ; elles quittent la ville le soir du et les Russes y entrent le lendemain matin tandis que Soissons reçoit les administrations et un grand nombre de fugitifs de Reims. Une cargaison de fusils réclamée depuis longtemps, envoyée de Paris, n'arrive que le soir du et beaucoup d'hommes n'ont pas encore appris à charger leur fusil.
Le , Tchernychev demande à Wintzingerode l'autorisation de marcher sur Soissons. Le lendemain, avec hommes, il attaque les avant-postes français du mont de Crouy, les poursuit jusqu'au faubourg Saint-Waast et capture un détachement de 500 gardes nationaux qui revenait par la route de Vailly-sur-Aisne. Cependant, les défenseurs de Soissons croient n'avoir affaire qu'à un petit détachement, ne prennent pas la peine de couper le pont de la porte de Crouy et maintiennent la plus grande partie de leurs forces sur le rempart sud : en effet, Napoléon vient de remporter sur les Russo-Prussiens la bataille de Château-Thierry et leur a fait envoyer des courriers pour qu'ils se tiennent prêts à arrêter l'ennemi en retraite venant de ce côté. thumb|Infanterie russe vers 1812-1813. Dessin de Richard Knötel, 1890. Le matin du , les Russes surgissent sur la rive nord au nombre de au moins : 2 régiments de dragons, 2 de lanciers, à cosaques à pied et hommes d'infanterie régulière, munis de dix pièces de grosse artillerie et quelques pièces légères. Vers 10h, Tchernychev envoie une sommation au général Rusca qui refuse de la recevoir
L'assaut commence vers midi. Les Russes grimpent sur les toits des faubourgs, s'emparent d'une auberge dont les toits dominent le rempart et font feu sur les défenseurs. Le général Rusca est mortellement blessé ; les artilleurs français sont décimés par le feu des tirailleurs et des canons russes. Puis les Russes, escaladant les remparts en plusieurs points, se répandent dans la ville ; la plupart des gardes nationaux se débandent en abandonnant leurs armes et leurs uniformes, craignant d'être massacrés s'ils résistaient. Le général Longchamp, qui a remplacé Rusca, est capturé et capitule, tandis que les généraux Berruyer et Danloup-Verdun s'échappent vers Compiègne. Les Russes ont perdu et blessés mais capturent prisonniers, 13 canonsSelon Édouard Fleury, la place n'avait que 8 canons () et les pertes des Russes s'élèvent à un millier d'hommes (). et d'importants approvisionnements. Un garde champêtre est chargé par le conseil municipal de porter la reddition de la ville à Wintzingerode qui ordonne aussitôt d'arrêter le pillage. Malgré des violences isolées, attribuées surtout aux cosaques irréguliers, les témoins français reconnaissent que les soldats russes se sont montrés beaucoup moins féroces que les Prussiens qui, deux jours plus tôt, avaient massacré des civils et des femmes à Château-Thierry.
Danloup-Verdun parvient à sortir de la ville avec un millier de rescapés mais, harcelés en chemin par les cosaques, ils sont capturés ou se dispersent ; il ne lui reste qu'une poignée d'hommes en arrivant à Compiègne.
D'un siège à l'autre thumb|Position des armées au 11 février 1813 : Napoléon bat les corps d'Osten-Sacken et Yorck avant de se retourner contre Blücher. thumb|Fantassins polonais de l'armée napoléonienne, peinture de Jan Chełmiński (1851-1925).