vignette|Fabrication de papier à la main. L'histoire du papier proprement dit, composé par des fibres de cellulose agglomérées, commence en Chine il y a . Le papier se transmet par l'Asie centrale et l'empire arabo-musulman jusqu'en Europe, ses producteurs l'adaptant aux instruments d'écriture de chaque région. L'imprimerie stimule sa consommation. Au , l'industrialisation provoque un changement radical de matière première, passant du chiffon au bois. On s'aperçoit cent ans plus tard que ce papier résiste beaucoup moins bien dans le temps, amenant de nouvelles précautions pour produire un papier non acide.
Antiquité vignette|gauche|Papyrus égyptien. Le mot « papier » dérive étymologiquement de papyrus.
Le « papier » définit tout ce qui est constitué de fibres de cellulose en majorité, donc d’origine végétale, mises en suspension dans de l’eau puis égouttées sur une surface plane. Quel que soit le procédé employé, propre ou sale, fin ou grossier, qu’il n’y ait que de la cellulose ou d’autres matières ajoutées (laine, soie notamment), c’est la mise en suspension dans l’eau des fibres et leur égouttage qui permettent de constituer le papier. On utilise souvent l’image de la guêpe qui confectionne son nid en régurgitant de la cellulose malaxée, même si rien n'indique que l’idée de fabriquer du papier provienne de cet exemple.
Avant l’apparition du papier, les écrits étaient en Europe conservés sur des parchemins ou du papyrus et sur toutes sortes de surfaces .
Les tapas (feutre végétal fait du liber de certaines écorces battues et assembléesAnati, L’Art des tapa, éditions l’Insolite, 2005.), connus grâce à des représentations sur des parois rocheuses et dans des grottes dans le monde entier, utilisés sous forme de vêtements, de parures, peuvent être considérés comme les tout premiers ancêtres du papier. Il en est de même du papier d'amate des Aztèques obtenu par battage du liber de ficus employé à l'écriture des codex préhispaniques.
Invention du papier en Chine vignette|Fabrication de papier en Chine (animation).
En Chine, les premiers exemples de l'écriture chinoise sont gravés sur des os oraculaires de la dynastie Shang et sur des moules servant à couler des objets en bronze. Les premières calligraphies au pinceau semblent avoir été écrites, sur des fiches, à l'intérieur de sections verticales de bambous fendus ou de tablettes de bois mince, assemblées par des cordes pour le rangement en rouleaux dès le . La tombe de Mawangdui a livré des documents tracés à l'encre sur soie. On conserve à l'Institut Archéologique du Gansu une correspondance privée, la plus ancienne conservée à ce jour (32-7 avant notre ère), à l'encre sur soie. Les premiers vestiges d'un papier grossier, découverts sur l'ancien limes de la dynastie Han, remontent en Chine au On dispose d'exemples de textes sur papier datant du .
Une tradition chinoise controversée fait de Cai Lun l'inventeur du papier. Il a en fait décrit en 105, sous les Han orientaux, l’art de fabriquer du papier et en a proposé des améliorations afin de le produire en plus grande quantité. Trouvé en 2006 à Dunhuang (province du Gansu), le papier porteur d’un message le plus ancien connu à ce jour est un fragment de lettre, daté de 8 av. J.-C., sous la dynastie des Han Occidentaux (-206 — 25). Une vingtaine de sinogrammes anciens ont été déchiffrés sur un support fait de fibres de lin. Des feuilles de papier de bonne facture ont été trouvées dans une tombe près de Xi'an et datées d'entre - 146 et - 87, deux siècles avant Cai Lun.
La xylographie apparaît en Chine dans le courant du et se développe rapidement dans un contexte populaire de diffusion du bouddhisme et d'usages populaires (sciences occultes, almanachs, lexiques et brèves encyclopédies populaires, manuels d'instruction élémentaires, recueils de modèles de compositions pour les concours officiels, ouvrages historiques…). Rapidement, les milieux dirigeants et les lettrés s'en servent : les Neuf Classiques sont imprimés à Kaifeng sur ordre impérial en 932 et 952.
La composition du papier en Chine ne comporte pas de riz mais consiste pour l'essentiel en fibres de lin, de chanvre ou d'écorce de murier à papier, et d'une certaine proportion de fibres de bambous, qui permettent de varier les papiers à l'infini, en couleur éventuellement. Sous les Han Orientaux, les stèles qui portent les textes des ouvrages « classiques », mis au programme des examens, pouvaient être estampés sur papier afin d'être étudiés. Les stèles pouvant porter aussi des figures, ou pouvait obtenir un bon estampage au moyen d'un papier humide qui venait se mouler sur les creux ; puis après séchage et encrage, on pouvait effectuer sa reproduction sur papier par l'emploi d'un frotton, ce qui permit de diffuser images et textes depuis les Han jusqu'aux débuts de la xylographie.
Du à la Renaissance vignette|redresse=0.75|Feuille d'un Coran sur papier, du . Le secret de la fabrication de papiers de qualité est resté chinois et japonais jusqu’au . Lors de la bataille de Talas en 751 (dans l'actuel Kirghizistan), les Arabes, victorieux, firent prisonniers de nombreux Chinois et en apprirent le procédé de fabrication ; .. Ils comprirent rapidement l’intérêt de ce nouveau support tant dans la sphère religieuse que dans celle des sciences et techniques. Samarcande devint le tout premier centre de production du monde musulman. La fabrication fut améliorée en incorporant à sa préparation des chiffons. La révolution du papier catalysa ainsi l'« âge d'or islamique ».
Le papier se diffuse avec l'expansion de l'islam. On le retrouve à Bagdad en 793, au Caire en 900. Il arrive en Al-Andalus (sud de l'Espagne actuelle) à Xàtiva en 1056., puis se propage en Occident : en Sicile en 1102, à Fabriano (Italie) en 1276 sous une forme complètement différente, et dans le sud de la France au milieu du (les archives de Marseille conservent le registre de minutes du notaire Giraud Amalric, écrit sur papier en 1248). Il n'arrive dans le nord de la France qu'au milieu du au Moulin de la Pielle, à Troyes. Certains estiment que des marchands juifs, les Radhanites, jouèrent un rôle décisif dans l'arrivée du papier en Occident..
Si la première fabrique de papier en Europe est située à Xàtiva près de Valence (Espagne), vers 1150, Production for Graphic designers, , c'est à partir de Fabriano que la fabrication du papier va se diffuser en Italie, à Voltri, Padoue, Trévise, Gênes, et en Europe. À partir du filigrane de l'aigle nimbé, Charles-Moïse Briquet a montré qu'entre 1362 et 1386, ce papier se trouve en Italie mais aussi en Espagne, en France, en Suisse, en Hollande et en Belgique. Le journal d'un papetier de Fabriano de 1365, Lodovico di Ambrogio, permet de voir l'écoulement de sa production en Italie à Fano, à Pérouse et Venise, mais aussi à Aigues-Mortes et Montpellier. On voit que le , il a expédié à Montpellier de papier. Pendant trois années, il a expédié par Talamone de papiers, soit ..
Le papier a d'abord été considéré comme un substitut fragile, utilisé pour rédiger les minutes d'un acte. En 1145, a ordonné que tous les diplômes rédigés sur papier soient retranscrits sur parchemin. a interdit d'utiliser le papier dans les actes publics. Cette opposition n'a pas empêché la diffusion rapide du papier pour la rédaction des actes à partir du sud de la France : en 1248, il est utilisé dans les registres notariaux de Marseille et dans les registres des enquêteurs du Languedoc et d'Alphonse de Poitiers, en 1273-1274 dans les registres des enquêteurs royaux dans le Toulousain. Le papier est d'un usage courant en Suisse à la fin du et au début du . Un registre de la chancellerie royale daté de 1340 se trouve dans le Trésor des Chartes de Paris. Le papier est introduit aux Pays-Bas et en Allemagne du Nord. En 1415, Jean de Gerson déconseille encore de copier les textes sur du papier, mais son emploi était déjà devenu général.
Une fabrication locale va vite remplacer l'importation. Les marchands italiens, pour répondre à la croissance de la demande, font venir des artisans pour former du personnel local. Dès le , des moulins à papier sont installés dans la région de Troyes, autour de Paris et dans le Comtat Venaissin. Le premier est installé vers 1348 à Torvoy-lez-Troyes (Champagne), une autre vers 1350 à Ambert (Auvergne).. Au milieu du , la production française suffit pour satisfaire sa consommation et les moulins en Champagne commencent à exporter leur fabrication.
vignette|Pile à maillets au moulin à papier Richard de Bas à Ambert, dans le Puy-de-Dôme. La diffusion du papier a été possible grâce à deux modifications : la transformation des moulins permettant de passer du mouvement circulaire au mouvement alternatif en adaptant des « lèves » aux moulins. Cette modification faite pour la première fois sur les moulins de Fabriano a permis de remplacer les meules qu'utilisaient les Arabes pour broyer et triturer la chiffe par des maillets qui ont amélioré la qualité du papier en diminuant son prix ; l'extension de la culture du chanvre et du lin et la diffusion de l'usage de fibres végétales en remplacement de la laine pour le linge de corps permettant d'avoir du vieux chiffon, la chiffeCNRTL : chiffe, plus abondant et moins cher. Les fabricants de papier de Fabriano ont cherché à améliorer leur produit, en remplaçant les colles végétales des procédés arabes par des colles animales (gélatine), en améliorant le satinage du papier et en introduisant le filigrane pour distinguer chaque fabricant.
Pour produire du papier, il faut de la chiffe blanche débarrassée de tout corps dur. Plusieurs étapes suivent alors avant de faire du papier : le « pourrissage » : la chiffe est déchirée en petits morceaux et placée dans des caves où elle fermente pour éliminer la graisse et isoler la cellulose ; le battage et la trituration : la chiffe est ensuite amenée au moulin à papier. Sa particularité est que son arbre a été munis de lèves qui permettent de soulever des maillets et des pilons qui sont placés dans des récipients en bois, les « piles », où se trouve la chiffe. Quand les maillets et pilons sont munis de clous, on parle de « piles à raffiner », dans le cas contraire, de « piles à effleurer ». La chiffe est triturée dans une eau savonneuse permettant d'obtenir une pâte plus ou moins épaisse, la « pâte à papier ». Cette fabrication consomme beaucoup d'eau, une eau limpide et pure, sans présence de fer, de matières terreuses, d'algues, de débris organiques ; la réalisation d'une feuille à l'aide d'une « forme » : la pâte à papier est chauffée à une température donnée dans laquelle on plonge une « forme » qui est un châssis en bois garni de fils de laiton qui retient la pâte et laisse passer l'eau. L'ouvrier agite la forme pour obtenir une pâte également répartie sur la forme ; la feuille est retirée de la forme après un début de séchage et l'ouvrier « coucheur » la pose sur un feutre destiné à boire l'eau de la pâte ; on place ensuite plusieurs feuilles et feutres sous une presse pour expulser l'eau. Les feuilles ainsi essorées sont placées sur le « petit étendoir » où elles sèchent à l'air libre ; encollage des feuilles pour leur donner un aspect lisse et éviter qu'elles boivent l'encre ; séchage des feuilles au « grand étendoir » ; « satinage » et « lissage » des feuilles à l'aide de silex ; les feuilles sont ensuite généralement réunies en « mains » de vingt-cinq feuilles et en « rames » de vingt mains.
vignette|Chiffonniers (1822)