La Suisse normande est une région naturelle de Normandie, à cheval sur le Calvados et l’Orne.

Origine du nom Le nom de « Suisse normande » ou de « petite Suisse » a été donné à plusieurs contrées de Normandie au .

Le terme fait référence à la découverte des paysages des Alpes et de la Suisse par les naturalistes et les premiers « touristes », surtout à la fin du , et à la diffusion des images de la Suisse qui s'ensuivitVoir le projet Viaticalpes de l'Université de Lausanne, et la base de données Viatimages (images de la Suisse dans les récits de voyage et les guides touristiques, depuis la Renaissance jusqu'à 1900)..

En Normandie, il semble que ce soit la région de Bagnoles-de-l'Orne qui ait eu la première ce qualificatif, et ce avant même 1821, car on peut lire à cette date, à propos du site de la station thermale :Du haut des montagnes qui bordent ce vallon, la vue se prolonge sur des sites variés et pittoresques qui ont mérité à ce beau pays le surnom de Suisse normande.Le Miroir des spectacles, des lettres, des mœurs et des arts, 27 juillet 1821, p. 2, lire en ligneEn 1828, Jean-Frédéric Galeron (1794-1838), historien de Falaise et membre de la Société des Antiquaires de Normandie alors récemment créée, parle d'une « petite Suisse », dans sa Statistique de l'arrondissement de Falaise pour désigner les hauteurs de Saint-Clair, Clécy et Athis et le secteur de Pont d'Ouilly :

Mireille Thiesse évoque Frédéric Galeron au sujet de son livre Voyage en Suisse normande médiévale dont elle reconnaît l'anachronisme du titre, car il n'y avait évidemment pas de « Suisse normande » au Moyen Âge.

Avec le développement du tourisme, le nom a été donné également aux environs de Dieppe (la vallée d'Arques)Voir la Gazette des eaux, revue des eaux minérales et des bains de mer, 21 juin 1860, p. 4, lire en ligne, à propos des environs de l'établissement des bains de Dieppe : « la vallée d'Arques, cette Suisse normande (…) »., aux coteaux entre Trouville et CabourgVoir par exemple le journal Le monde illustré du 5 août 1865, p. 82, lire en ligne : « Ces jours derniers, il y avait une grande fête au casino de Beuzeval-Houlgate, cette petite Suisse normande qui baigne sa verdure dans l'Océan, entre les sables de Trouville et ceux de Cabourg (…). », à la région de Mortain et de VireVoir par exemple : Adrien de Baroncelli, La Normandie : plages normandes, Guides routiers régionaux à l'usage des cyclistes et des automobilistes, édition, 1905, p. 190, lire en ligne, qui parle des « sites pittoresques » et du relief « très accidenté » qui « ont valu aux environs de Mortain d'être nommés, toutes proportions gardées, "la Suisse Normande" »., voire au Bocage de façon généraleVoir le compte-rendu du congrès de l'Association normande à Vire en 1896, Annuaire des cinq départements de la Normandie, Association normande, 1987, p. 79 et 109, lire en ligne : « C'est la Suisse normande, une Suisse en miniature, avec des réductions de montagnes, (…) des vallées ravissantes remplaçant les abîmes, où toutes les choses, en un mot, ont dépouillé leur caractère sauvage et grandiose pour prendre un air simplement, mais souverainement joli » (p. 79) ; « C'est en présence de semblables paysages que l'on comprend pourquoi l'on a pu donner au Bocage le nom de Suisse normande» (p. 109).. Dans son Voyage en France série, d'abord publié en 1893 dans le journal Le Temps, Ardouin-Dumazet écrit qu'il s'agit de « la chaîne de hautes collines, profondément découpées, servant de ligne de faite, de Fougères à la forêt d'Ecouves » et, bien qu'il épingle « l'exagération locale » à propos de la comparaison avec la Suisse, il note que « l'ensemble est un fort joli pays, digne d'être mieux connu et d'attirer les touristes et les peintres »Victor-Eugène Ardouin-Dumazet, Voyage en France, série, publié préalablement dans le journal Le Temps, 6 septembre 1893, lire en ligne.

Plutôt réservé au départ à la haute société, et au domaine thermal et balnéaire, comme à Bagnoles-de-l'OrneVoir par exemple un article de la rubrique « Courrier des eaux » de la revue La Sylphide : journal de mode, de littérature, de théâtres et de musique du 10 août 1869, signé Marquise de Firmiani, lire en ligne : « Nous voici à Bagnoles de l'Orne, en pleine Suisse normande, au milieu d'une nature aussi verdoyante et aussi pittoresque que les paysages de la Suisse, aussi sauvage et aussi accidentée que les tableaux grandioses de la Savoie. », le terme « Suisse normande » a été popularisé notamment par les compagnies du chemin de fer qui rendent les sites accessibles à un plus grand nombre et l'utilisent à des fins promotionnelles. Une affiche des Chemins de fer de l'État, non datée, mais des années 1900, fait la promotion des « voyages à prix réduits » et montre, sous le titre « La Suisse normande », une vue de la vallée de l'Orne à Clécy. Dans ces mêmes années, ce sont les cartes postales qui commencent à fixer le nom, bien qu'on trouve aussi parfois celui de « petite Suisse » ou de « petite Suisse normande ». Et les hôteliers mettent eux-aussi à profit cette image flatteuse : dans les années 1900, Clécy possède un « hôtel de la petite Suisse » et un « hôtel des Alpes normandes ».

Dans l'immédiate après-guerre, Clécy a un maire ambitieux, Adolphe Martin, qui veut faire de sa commune une station de tourisme en s'appuyant sur la loi du 24 septembre 1919. Dès 1920, il s'engage dans ce sens, en réalisant notamment un réseau d'eau potable et d'évacuation des eaux usées, fait rare pour l'époque, et le Syndicat d'Initiative de la Suisse normande est créé le . En 1932, Adolphe Martin, invite alors Gaston Gourdeau, sous-secrétaire d’État au tourisme, qui visite Thury-Harcourt, la Roche d'Oëtre, Falaise, et déclare solennellement Clécy capitale de la Suisse normande. En 1933, l'abbé Joseph Delacotte rédige un guide touristique intitulé « La Suisse normande » où il écritJoseph Delacotte, La Suisse normande, ses beaux sites, leur histoire, leur poésie, Jouan & Bigot, Caen, 1933, p. 5. : « La Suisse Normande n'est pas une contrée renfermée dans des limites précises » et « il faut tout d'abord corriger cette opinion qu'ont beaucoup de gens que la Suisse normande est le pays compris dans toute la région de Mortain et des environs de Vire.» Et à partir de 1935, le dynamique syndicat d'initiative de la Suisse normande fait réaliser 74 panneaux indicateurs, à son entête, qui présentent aux touristes les sites à visiter. Le nom de « Suisse normande » est cette fois bien ancré dans le territoire.

Pourtant, cette longue histoire du nom a été oubliée au fil du temps, et on peut lire par exemple, en 1975, dans l'introduction d'un mémoire d'étudiant Henri de Lataulade, La Suisse Normande, étude d'une région touristique, mémoire de maîtrise de géographie, Université de Caen, 1975. :

Géographie

Situation et limites On comprendra, à la suite de ce qui précède, que la Suisse normande n’ait pas réellement de limites précises, encore aujourd’hui. En 2003, Pascale Jenvrin et Bertrand Morvilliers écrivaient :

La carte, en vis-à-vis, présentait par conséquent un territoire au contour flou, autour des vallées de l'Orne et de ses affluents, entre Argentan, Falaise, Flers, Condé-sur-Noireau et Caen. Autrefois, avant qu'on ne parle de la Suisse normande, par exemple sur la carte d'Amédée Tardieu de 1827, cet espace était partagé entre le Cinglais, le Bocage et l'Houlme.

La Suisse normande se situe donc aux confins nord-est du massif armoricain. À l'ouest, elle est bordée par le Bocage virois, le Mortainais et le Domfrontais. À l'est et au nord, elle est bordée par des régions naturelles faisant partie de l'ensemble géologique sédimentaire du bassin parisien : la plaine de Caen, les campagnes de Falaise et d'Argentan.

En 1998, une Charte paysagère en Suisse normande est réalisée sur le territoire de 63 communes du Calvados et 43 communes de l'Orne, entre Falaise et Flers, sur et pour . C'est sans doute la première fois qu'une délimitation institutionnelle de la Suisse Normande est effectuée. Notons qu'elle a le paysage pour objet. Elle sera reprise en 2017, pour une partie seulement, dans lAtlas des paysages de l'Orne, qui définit une « unité paysagère » intitulée Suisse normande.

Sur le plan institutionnel, le territoire de la Suisse normande est aujourd'hui partagé entre : La communauté de communes Cingal-Suisse Normande et la communauté de communes du Pays de Falaise dans le département du Calvados, La communauté de communes du Val d'Orne et la communauté d'agglomération Flers Agglo dans le département de l'Orne.

Les principales villes sont Condé-sur-Noireau ( en 2016), Athis-de-l'Orne, Clécy, Pont-d'Ouilly, Putanges-Pont-Écrepin et Thury-Harcourt.

Géomorphologie La Suisse normande est située au point de rencontre des deux grands ensembles géologiques : les roches anciennes et dures du massif armoricain et les roches récentes et tendres du bassin parisien.

Les rivières, l’Orne et ses affluents, se sont encaissées dans les roches tendres, laissant apparaître les roches dures qui forment les reliefs qui caractérisent la Suisse normande et sont à l'origine de son nom, en particulier les barres gréseuses, comme les rochers des Parcs à Clécy. Sur ces pentes fortes, la végétation a du mal à s'installer. C'est ce qui explique la présence des rochers dont certains sont devenus célèbres : la Roche d'Oëtre, le rocher du Lion, le rocher du Noireau… En faisant obstacle aux rivières, les roches dures sont également à l'origine des méandres qui, avec les rochers, forment la plupart des grands sites paysagers de la Suisse normande : boucle du Hom, Rouvrou, Clécy. Dans certaines parties, la rivière est enserrée dans de véritables gorges. C'est le cas de la Vère et de l'Orne, notamment à Thury-Harcourt.

Les zones de pente sont importantes, les sols peu épais et desséchants. Les plus fortes, autrefois pâturées par les moutons, ont été abandonnées par l'agriculture à partir de 1950 et se sont progressivement couvertes de boisements spontanés.

Sur les collines à la végétation dense, les champs pentus et de taille modeste sont très souvent bordés d’épaisses haies ou de murets, formant un bocage très varié. Le Mont Pinçon, qui culmine à d’altitude, est le point le plus élevé de la Suisse normande.

Climat Le climat de la Suisse Normande est de type océanique avec été tempéré mais des hivers assez rigoureux.

Olivier Cantat, maître de conférences à l'université de Caen, a étudié les particularités et discontinuités climatiques de la Normandie, notamment sur les escarpements rocheux de la Suisse normande. Il a ainsi relevé un certain nombre d'espèces thermoxérophiles, réclamant des sols secs et peu profonds assortis d'un bon ensoleillement, tels le Genévrier, la Spargoute printanière (ou Spergule de Morison), voire des espèces méditerranéennes comme la catapode des graviers. On y observe aussi des populations de lézard vert.

Milieux naturels Site Natura 2000'''Trois secteurs remarquables des vallées de l'Orne, du Noireau et de la Rouvre, plus le tunnel des gouttes et une partie de la vallée de la Laize ont été réunis pour former un site Natura 2000 appelé Vallée de l'Orne et ses affluents. Son rôle est de sauvegarder les biotopes des cours d'eau ainsi que ceux des pentes et gorges les bordant. La surface du site est de et couvre une partie des territoires des communes suivantes : Dans le Calvados (55 %) : Bô, Bretteville-sur-Laize, Clécy, Cossesseville, Fresney-le-Puceux, Isles-Bardel, Mesnil-Villement, Pierrefitte-en-Cinglais, Pont-d'Ouilly, Rapilly, Saint-Denis-de-Méré, Saint-Omer, Saint-Rémy, Vey. Dans l'Orne (45 %) : Athis-de-l'Orne, Berjou, Cahan, Ménil-Hermei, Ménil-Hubert-sur-Orne, Putanges-Pont-Écrepin, Saint-Philbert-sur-Orne.

Faune