José Luis de Arrese Magra (Bilbao, 1905 - Corella, 1986) est un homme politique, architecte et essayiste espagnol.
Issu d’un milieu ultra-catholique et carliste, il s’affilia de bonne heure à la Phalange et figura comme l’un des théoriciens du phalangisme social. Pendant la Guerre civile, s’étant insurgé contre l’institution du parti unique FET y de las JONS (renommé plus tard Mouvement national) destiné à intégrer en son sein, sous la houlette de Franco, phalangistes et carlistes, il fut incarcéré et échappa de justesse à la peine capitale. Venu à résipiscence, il fut récompensé de sa docilité nouvelle fin 1939 par un poste de gouverneur civil à Malaga, où il se montra un gestionnaire efficace. Nonobstant une nouvelle brouille avec les autorités franquistes, il fut nommé en 1941 ministre-secrétaire général du Mouvement, auquel titre il procéda à une vaste purge et s’employa à évincer progressivement du pouvoir Serrano Suñer, qui faisait de l’ombre au Caudillo, et à domestiquer plus avant la Phalange pour en faire une simple plateforme de recrutement et d’appui bureaucratique au régime.
Ayant été l’un des plus zélés avocats de l’entrée en guerre de l’Espagne aux côtés de l’Allemagne nazie pendant la guerre mondiale, il connut une période d’ostracisme après la défaite de l’Axe tandis que le régime, désavouant son passé fasciste, s’appliquait à redorer son blason en cultivant les références catholiques et monarchistes. Chargé en 1956 d’imaginer une armature institutionnelle du régime, le projet conçu par lui, qui faisait la part belle à la Phalange, déclencha une telle bouffée de protestations de la part des autres secteurs du franquisme qu’il dut être abandonné. Remplacé alors à la direction du Mouvement, il fut relégué au poste de ministre du Logement, où son plan de construction de logements sociaux se heurta à l’opposition des technocrates libéraux, lesquels avaient désormais la haute main sur la politique gouvernementale ; Arrese préféra alors remettre sa démission, au bout de trois années d’exercice. Il continua de siéger aux Cortes franquistes jusqu’à l’extinction du régime franquiste en 1977.
Architecte de formation, Arrese était membre de diverses académies des beaux-arts et cofonda avec son épouse la fondation qui porte son nom, vouée à la préservation du patrimoine architectural.
Biographie Formation et jeunes années Né à Bilbao le ., au sein d’une famille distinguée, ultra-catholique et d’allégeance carliste.., il suivit une formation d’architecte à l’École technique supérieure d'architecture de Madrid. Pendant ses années d’étudiant, il remplit l’office de vice-président de l'Asociación Católica de Propagandistas et de président de l’Association de l’architecture..
Ses études achevées, il devint architecte de profession et contracta mariage avec María Teresa Sáenz de Heredia, cousine germaine de José Antonio Primo de Rivera.Son père, Gregorio Sáenz de Heredia y Suárez de Argudín (1875-1936), était un frère de la mère de José Antonio, Casilda Sáenz de Heredia y Suárez de Argudín. Voir .. Arrese, qui nourrissait depuis sa jeunesse de profondes convictions catholiques, cofonda la Fédération espagnole des travailleurs et la Fédération patronale catholique. Il adhéra plus tard à la Phalange espagnole, parti d’extrême droite de faible envergure, mais fort actif et violent, fondé en 1933 par José Antonio Primo de Rivera. Bien qu’Arrese ait affirmé par la suite être une « vieille chemise » — c’est-à-dire un phalangiste affilié dès avant la Guerre civile. —, il apparaît pourtant qu’il n’adhéra à la Phalange qu’en , peu avant le déclenchement de ce conflit arméSelon certains auteurs, il adhéra à la Phalange dès 1933 (c’est-à-dire aussitôt après la création du parti), collaborant alors directement avec José Antonio Primo de Rivera. Cf. ..
Quand la Guerre civile éclata en , Arrese se trouvait à Madrid, mais réussit à se réfugier dans l’ambassade de Norvège, puis à rejoindre la zone insurgée. Au printemps 1937, il s’impliqua dans les dénommés événements de Salamanque, ralliant la faction de la Phalange emmenée par Manuel Hedilla et hostile au décret d’unification prévoyant la fusion des partis phalangiste et carliste. Après l’échec des hédillistes, il fut interpellé par les autorités et écroué. Sur le point d’être fusillé., il échappa pourtant à la peine de mort — commuée en peine d’incarcération — grâce à l’intervention de Ramón Serrano Súñer, beau-frère du généralissime Franco. (certains auteurs tenant toutefois que ce fut son épouse María Teresa qui entreprit des démarches auprès de Serrano Suñer.). Après un certain temps passé en prison, il désavoua sa rébellion de naguère et se montra désormais nettement plus docile face au nouveau régime, ce qui lui valut notamment d’être nommé gouverneur civil de Malaga à la mi-..
Gouverneur civil de Malaga vignette|Arrese lors de l’inauguration de l’auberge d’Antequera (1940).
Arrese, nouveau gouverneur civil de la province de Malaga, trouva à son arrivée une province appauvrie et gravement frappée par la pénurie alimentaire. En peu de temps, il réussit à juguler le marché noir et organisa, le jour de Noël de la même année, une distribution de jouets et de cadeaux pour les enfants du chef-lieu de province. En , il parvint à résoudre la pénurie de vivres en faisant acheminer du Maroc espagnol plusieurs milliers de tonnes de nourriture par deux navires de transport.. Dans le domaine urbanistique, il fit élargir la plage, tant en gagnant du terrain sur la mer qu'en déplaçant vers l’intérieur la limite de la plage, mesure qui se révélera opportune à l’heure du tourisme de masse.. Cette même année encore, Arrese établit un nouveau plan d’urbanisme pour la ville de Malaga, lequel cependant ne sera pas mis en œuvre..
À la tête du parti unique En riposte à la nomination de Galarza comme ministre de l’Intérieur, Arrese, de concert avec huit autres dirigeants provinciaux du parti unique FET y de las JONS (dit aussi le Mouvement national), présenta sa démission, mais accepta peu après d’être désigné, une fois apaisée la dénommée crise de , ministre-secrétaire général du Mouvement.. ; ce poste, qui avait alors rang de ministre, se trouvait vacant depuis , par suite de la démission d’Agustín Muñoz Grandes. En effet, si Franco avait tout d’abord mandé Arrese à Madrid, en raison de soupçons de conspiration., Arrese réussit à convaincre le Caudillo qu’il ne trempait dans aucun complot contre sa personne. Franco retira des explications fournies par Arrese une satisfaction telle que non seulement il s’abstint de le destituer, mais encore qu’il le nomma à la direction de la Phalange-Mouvement. Certains auteurs indiquent que la proposition de placer Arrese à la tête du parti unique était venue de la cheffe de la Section féminine (SF), Pilar Primo de Rivera.. Franco, qui à cette époque cherchait à mieux maîtriser la mouvance fasciste, mais sans pour autant se débarrasser de l’atout phalangiste, nomma à des postes importants trois figures de la Phalange, toutes loyales à Franco et non susceptibles de provoquer des dissensions avec lui. Au surplus, en nommant l’obéissant Arrese secrétaire général de la FET, Franco mettait sur pied une polarité rivale à celle de Serrano Suñer, qui dut céder une partie de ses attributions à Arrese.... Du reste, dans un premier temps, Serrano Suñer ne percevait pas dans le nouveau secrétaire général une menace pour ses amples pouvoirs et se faisait fort de continuer d’être en mesure de dominer le parti comme il l’avait fait quand Fernández-Cuesta et Muñoz Grandes en étaient secrétaire général..
Purges de novembre 1941 Arrese entreprit à partir de une purge au sein du parti, dans le but d’en expulser les éléments les plus « incontrôlés » ou les plus à « gauche » qui s’étaient affiliés à la Phalange durant la Guerre civile. Dans les quatre années suivantes, quelque furent ainsi exclus du parti.. La répression s’étendit à d’autres organes, comme les syndicats verticaux, et frappa en particulier le délégué national des Syndicats, Gerardo Salvador Merino, dont les partisans insubordonnés furent de même expulsés du parti dès l’.. Merino en effet, dirigeant le plus radical de la Phalange, issu de la gauche, avait su, par ses vibrants discours révolutionnaires, attirer dans la Phalange nombre d’ouvriers et de personnes anciennement de gauche. ; en s’inspirant des syndicats nazis et de méthodes qui ne pouvaient qu’inquiéter l’Église et les catholiques, Merino s’était mis à développer son action à la faveur de la promulgation de la loi d’unification syndicale et contribua à accroître le nombre d’affiliés de la FET à près d’un million. Après cette purge, la seule dans toute l'histoire du parti, à laquelle Arrese avait procédé en éliminant de ses rangs la crypto-gauche, les anciens francs-maçons et d’autres militants indésirables, le rôle du parti ne cessera par la suite de s’amenuiser : Arrese, prenant ses distances à l’égard de Serrano Suñer, mit Franco en mesure de convertir chaque jour davantage la Phalange en une simple bureaucratie, en plate-forme d’appui populaire et en appareil d’organisation de manifestations de masse en soutien à Franco, tout en estompant ses velléités révolutionnaires.. Arrese, à qui cette épuration permit de consolider sa domination sur le parti, se vit en outre confier le soin de la propagande et de la presse du régime — jusque-là sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. —, qui allaient figurer désormais parmi les attributions du vice-secrétariat de l’Éducation populaire, et donc tomber également sous la houlette d’Arrese. La censure et la cinématographie passèrent elles aussi sous l’autorité de cet organisme..
En , le lent processus de mise en place de l’armature institutionnelle du régime franquiste franchit une nouvelle étape avec la promulgation des Lois fondamentales et de la loi instituant les Cortes, conçues comme une sorte de parlement corporatiste, grosso modo sur le modèle de la Chambre des Faisceaux et des Corporations mussolinienne. Significativement, la tâche d’en tracer les lignes de force fut confiée non pas à Serrano Suñer, mais au docile Arrese..
Incident de Begoña et chute de Serrano Suñer La lutte pour la domination de la Phalange nécessitait d’affronter Serrano Suñer, qui, quoiqu’ayant certes perdu de son pouvoir à l’intérieur du parti, continuait d’être une figure influente. Selon Stanley G. Payne, Arrese joua un rôle de premier plan dans la chute, au , de Felipe Ximénez de Sandoval, chef du Service extérieur de la Phalange et bras droit de Serrano Suñer au ministère des Affaires extérieures.. La version traditionnelle soutient qu’il était derrière le montage d’une fausse accusation d’homosexualité à l'encontre de Ximénez de Sandoval, laquelle aurait entraîné son expulsion du corps diplomatique et du parti unique.
thumb|Arrese (à droite) aux côtés de Franco et d’autres autorités en 1942.