Harbolé ou HerboléÉgalement connu sous le nom de Harbole, Harbol ou Herbûl. (en syriaque : ܗܪܒܘܠܐ, en , et en Le nom turc du village est dérivé de « Ak » (en ) et de « Su » (en ), Aksu se traduisant donc par « eau claire » en turc.) est un ancien village de Surayés situé dans le district de Silopi de la province de Şırnak en Turquie.

Le terme Suraya utilisé par les habitants eux-mêmes et répandu dans tout l'est de la Turquie, signifie littéralement "syriaque". Il désigne l'ensemble des chrétiens qui prient et parlent en néo-araméen. Après 1915, l'appellation assyro-chaldéen est couramment utilisé pour désigner les communautés issues de l'ancienne Église d'Orient (dite nestorienne). Herbolé fait partie de l'Église chaldéenne catholique depuis plusieurs siècles.

En 1990, Harbolé comptait parmi les neuf derniers villages surayés - chaldéens dans l'est du pays. Il était le plus grand et le plus méridional de tous. Son histoire est particulièrement représentative de l'exode massifs des Assyro-Chaldéens vivant dans la région au cours du Comment la Turquie a éradiqué ses minorités chrétiennes ainsi que des déplacements plus généraux des populations chrétiennes dans le sud-est de l'Anatolie.

Localisation Le village, sur le flanc oriental du mont QardouShlama - la Chaldée aux portes de Paris — ateliers.emi-cfd.coop, est situé le long d'un ruisseau affluent de la rivière Hezil dans le sud du Botan, région montagneuse aujourd'hui turque de l'Anatolie du Sud-Est. Il est à au nord-est de Silopi, chef-lieu de l'arrondissement dont dépend le village, à environ à l'ouest à vol d'oiseau de la frontière irakienne (on peut voir les lumières de la ville irakienne de Zakho de nuit depuis le village Herbul - een Franse terugblik — www.shlama.be), et à environ au nord-est à vol d'oiseau de la frontière syrienne.

Le village est atteignable grâce à une seule et unique route que l'on peut prendre depuis les villages kurdes voisins de Ballıkaya (auparavant chrétiens) au nord et de Selcik (ancien village nestorien auparavant appelé Deredefsh) au sud, au croisement de la centrale thermique de Silopi.

Toponymie Le nom turc du village, « Aksu », signifie eau claire, du fait de nombreuses sources d'eau ruisselant dans le village et ses alentours.

Histoire Antiquité La région de Harbolé, peuplée de hourrites et d'araméens, appartient au royaume de Mittani entre le et le avant notre ère.

Le roi d'Assyrie Sennachérib conquiert la région en 697 av. J.-C., alors aux mains des araméens ou urartiens Macht op de kale berg — www.shlama.be (ancêtres des actuels arméniens). Selon l'historien grec Hérodote, Cyaxare, le roi des Mèdes, fait ensuite passer la région sous sa coupe à la fin du av. J.-C. M. Liverani, « The Rise and Fall of Media », dans .. Vers le milieu du av. J.-C., la zone devient perse, dominée par l'empire achéménide de Cyrus le Grand.

En 331 av. J.-C., la région de Harbolé est conquise par les armées d'Alexandre le GrandCarte: Les étapes de la conquête d'Alexandre le Grand — www.lhistoire.fr , avant de passer aux mains des parthes.

Durant la période romaine, la région se retrouve intégrée à la province d'Assyrie, avant de repasser sous domination perse avec les Sassanides.

Harbolé chrétienne Il existait dans le village, autrefois nestorien avant de devenir catholique, deux églises catholiques chaldéennes, l'église de Mart Maryam (en ), au nord du village, et l'église de Mart Shmoni, la plus ancienne des deuxBruno Poizat, Parlons Soureth, Éditions L'Harmattan, 2016, 161 p. , au sud du village (entourée de noyers et du cimetière du village). Les églises locales étaient reliées au diocèse de Gazarta (en ). Le prêtre est alors le chef du village.

On pense que beaucoup de chaldéens seraient venus se réfugier dans la région au tout début du pour fuir les massacres des troupes de Tamerlan dans les plaines mésopotamiennes.

Les habitants (répartis sur plus de 300 familles en 1980) se répartissaient en cinq clans (qui fondèrent le village) : Beth Zoura Beth Habel (ou Beth Hawel)  Beth Samano Beth Nawlo  Beth Ali Shoran (ou Beth Alichoran)

Chaque clan était lui-même divisé en lignées (Le clan Beth Zoura avait par exemple cinq lignées, Beyalda, Bespahan, Berashko, Besimo et Berawo).

Durant la période ottomane, les villageois de Harbolé étaient des Rayats de la principauté du Botan soumis à l'autorité de l'agha kurde localUn village chaldéen: Ischy — ischy.fr (quasi-indépendant du pouvoir central turc à Constantinople à cause de l'isolement et de l'inaccessibilité des montagnes), qui leur devait théoriquement protection en échange de la moitié du produit de leur travailJoseph Alichoran, Les Assyro-Chaldéens d'Ile-de-France, une intégration réussie, Bulletin de l'Œuvre d'Orient n° 782, 2016. Administrativement, le village était situé dans le sandjak de Mardin de l'ancienne province de la Vilayet de Diyarbekir.

De nombreux liens (mariages, enterrements, fêtes religieuses et échanges commerciaux) existaient entre Harbolé et les villages chaldéens voisins (notamment Baznayé, Bespin et Hassana), tous en autosuffisance alimentaire. Harbolé était également entouré de nombreux villages kurdes (dont certains d'origine chaldéenne, nestorienne ou arménienne remplacés par des populations kurdes à la suite de massacres et spoliations, et dont les noms des villages ont été changés).

N'étant pas autorisés par les Kurdes à se faire construire une église dans leur village et donc n'ayant pas de prêtres, les chaldéens de la localité proche de Bespin priaient chez eux, et faisaient donc venir des prêtres de Harbolé (situé à environ 2h de marche) pour y célébrer des messes deux fois par an au moment de Pâques et de Noël.

En 1915, Harbolé, tout comme les autres villages chrétiens de la région (des habitants du village chaldéen de Hoz s'étant réfugiés à Harbolé), n'échappe pas au génocide des chrétiens perpétré par l'Empire ottoman sur les populations chrétiennes. Des habitants sont massacrés et jetés dans le Tigre. La majorité des Herbenayés fuient vers l'Irak (où certains ont de la famille) ou les villages chaldéens voisins. Une partie des habitants retourne au village peu après, et une autre reste définitivement de l'autre côté de la frontière, alors sous mandat britannique.

Dès les années 1930, des habitants commencent à fuir le village pour cause d'insécurité grandissante dans la région (principalement des membres du clan des Beth Nawlo).

Harbolé est officiellement renommée Aksu en 1958 par le gouvernement turc et sa politique de turquisation.

À partir des années 1970, le gouvernement turc construit des écoles dans les villages reculés du pays, et ce n'est qu'à partir de cette période que les habitants des villages chaldéens se mettent à apprendre le turc (en plus du soureth, leur langue natale, et du kurde, la langue locale). Certains habitants du village parlaient également un patois secret dérivé du soureth local, le Cizivizi Eine untergegangene Welt: Chaldäerdörfer in der Türkei — www.rbenninghaus.de.

La population de Harbolé et des villages assyro-chaldéens de la région émigre massivement de Turquie pour s'installer d'abord à Istanbul, puis à l'étranger à partir de 1973 et ce durant deux décennies, à la suite des différents conflits et exactions touchant la région (guérilla du PKK, discriminations subies par les populations turques et kurdes, etc.). En effet, la zone montagneuse autour du village étant devenue une zone de non-droit (travaux forcés, vols et extorsions, rapt et viols de jeunes filles converties de force à l’Islam, assassinats de religieux, etc.) prise en étau entre le conflit entre armée turque et rebelles kurde, les villageois désertent progressivement le village tout au long des années 1980.

Le village est définitivement abandonné fin 1989. En 1990, le gouvernement turc s'empare des terres pour y installer une mine de charbonALEXANDRE MOUTHON: Turkey-Irak border alexandremouthon.photoshelter.com (qui ensevelit progressivement les ruines du village d'années en années).

Aujourd'hui, la plupart des anciens habitants du village et leurs descendants vivent en région parisienne, dans le Val-d'Oise notamment (comme à Sarcelles et dans les villes limitrophes..), et pour un petit nombre d'entre eux en Belgique (principalement à Malines, Anvers et BruxellesChaldéens en Belgique — chaldeans.be ) en Allemagne et en Suède.

De nombreux assyro-chaldéens d'Irak sont également originaires de Harbolé.

Démographie + Évolution de la population Année Habitants 1975 1985 1989 1990

Économie Les Herbenayés exerçaient des activités multiples et complémentaires. Ils pouvaient être à la fois agriculteurs (noix, figues, grenades, vignes), éleveurs (bovins et chevaux), bergers (moutons et chèvres), artisans (principalement tisserands Clothing & Crafts — www.shlama.be ou encore tailleurs) et commerçants.

Le village possédait un moulin à eau pour y transformer les grains blé en farine.

Durant la période estivale de transhumance, les habitants se déplaçaient avec leurs troupeaux plus en altitude pour profiter d'un temps plus frais.

Jusqu'au début des années 1950, des colporteurs juifs venaient d'Irak pour vendre leurs produits au village.

Annexes Liens internes Chrétiens d'Orient Assyro-Chaldéens Génocide assyrien Kurdistan turc  Baznayé Bespin Gaznakh Hartevin  Hassana Hoz Ischy Meer

Notes et références

Catégorie:Localité dans la province de Şırnak Catégorie:Village disparu Catégorie:Localité assyrienne Catégorie:Lieu d'exécution du génocide assyrien