L' (en occitan : andana Frederic Mistral) et l'allée Serge-Ravanel (en occitan : andana Sèrgi Ravanel) sont deux voies de Toulouse, chef-lieu de la région Occitanie, dans le Midi de la France.

Les allées sont le fruit de l'urbanisme du , qui voit l'aménagement, sous l'impulsion des capitouls et des États de Languedoc, du boulingrin et de grandes allées destinées à la promenade. Le côté de l'allée Serge-Ravanel, occupé depuis la deuxième moitié du par le Jardin des Plantes, et le côté de l'allée Frédéric-Mistral, construit de maisons et d'immeubles de la bourgeoisie toulousaine, lui ont donné son caractère aristocratique. Protégées par un classement comme site remarquable en 1933, elles ont été progressivement intégrées, au début du , à l'« axe mémoriel », depuis le Monument aux morts, sur les allées François-Verdier, jusqu'au rond-point des Français-Libres, au carrefour de l'allée des Demoiselles.

Situation et accès Description L'allée Frédéric-Mistral et l'allée Serge-Ravanel sont deux voies publiques. Elles se trouvent à la limite des quartiers du Busca et Monplaisir.

Voies rencontrées L'allée Frédéric-Mistral et l'allée Serge-Ravanel rencontrent les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) :

Rue Alfred-Duméril (g) Allée des Demoiselles (d) Rue Louis-de-Mondran (d) Rue des Martyrs-de-la-Libération (d) Rue Monplaisir (d) Rue de Fleurance (d) Rue Benjamin-Constant (d) Square Boulingrin

Transports Les allées Frédéric-Mistral et Serge-Ravanel sont parcourues et desservies par les lignes de Linéo , de bus et d'autocar liO 357. Par ailleurs se trouvent également, sur les allées Paul-Sabatier, les terminus des lignes de bus . La station de métro la plus proche restent les stations François-Verdier, au bout des allées du même nom, et Palais-de-Justice, au bout des allées Jules-Guesde, toutes deux sur la ligne du métro.

Plusieurs stations de vélos en libre-service VélôToulouse se trouvent sur les allées Frédéric-Mistral et Serge-Ravanel ou à proximité : les stations (18 allée Frédéric-Mistral) et (8 allée des Demoiselles).

Odonymie vignette|Portrait de Frédéric Mistral (vers 1907). Lorsque l'allée fut tracée, au milieu du , on lui donna simplement le nom de Grande-AlléeSalies 1989, vol. 1, .. Si en 1794, pendant la Révolution française, elle prit quelques mois le nom d'allée de l'OpinionSalies 1989, vol. 2, ., elle ne le garda pas et resta la Grande-Allée jusqu'en 1924, date à laquelle le conseil municipal dirigé par Paul Feuga décida d'honorer la mémoire de Frédéric Mistral (1830-1914), à l'occasion de l'anniversaire des dix ans de sa mortSalies 1989, vol. 2, .. Frédéric Mistral, membre fondateur et capoulié du Félibrige, maître ès-jeux de l'Académie des jeux floraux et prix Nobel de littérature, est un écrivain et lexicographe occitan, auteur de Mirèio et du Tresor dóu Felibrige.

Au début du , l'espace central des allées prend le nom d'esplanade Alain-Savary, en hommage à Alain Savary (1918-1988), compagnon de la Libération, mais aussi figure majeure du socialisme toulousain, secrétaire général du Parti socialiste (1969-1971), député de la Haute-Garonne (1973-1981) et président du conseil régional Midi-Pyrénées (1971-1981). Il s'est également rendu célèbre pour son rôle, comme ministre de l'Éducation nationale au sein du , entre 1981 et 1984 Maryvonne Prévot, « SAVARY Alain », sur le site du Maitron en ligne, 10 septembre 2015 (consulté le 17 février 2021).. En 2011, le côté ouest des allées fut rebaptisé du nom de Serge Ravanel (1920-2009), acteur de la Libération de Toulouse, décédé deux ans plus tôtJ.-J. R., « Il y a 67 ans, Ravanel libérait Toulouse », La Dépêche du Midi, 18 août 2011.Dépêche, « Toulouse. Les cérémonies du 19 août 1944 : une allée en mémoire de Serge Ravanel », La Dépêche du Midi, 20 août 2011..

Histoire Période moderne Au , les actuelles allées Frédéric-Mistral et Serge-Ravanel n'existent pas. Ce terroir, aux portes de la ville, dépend du capitoulat de Saint-Étienne. On ne trouve que des champs, traversés de chemins, et quelques maisons, habitées par des agriculteurs et des maraîchers.

Il existe une fontaine, connue comme la fontaine de Montrabé, célébrée par le poète Pèire Godolin. Elle est alimentée par la source de la Béarnaise, qui s'écoule depuis le coteau de GuilhemérySalies 1989, vol. 2, .. Elle se trouve alors près de la propriété du Petit-Montrabé, vaste ensemble d'une quarantaine d'hectares regroupé par Jean de Bertier (1575-1653), premier président au Parlement et seigneur de Montrabé. Il y établit une maison de plaisance (emplacement de l'actuelle rue de Fleurance)Salies 1989, vol. 1, .. La propriété est achetée en 1675 à Pierre-Paul Riquet, qui y meurt cinq ans plus tardMireille Oblien-Brière, Riquet, le génie des eaux : Portrait intime, éd. Privat, Toulouse, 2013., avant de passer en 1714 aux Carmes déchaussés. Ces derniers, qui ont établi depuis un siècle leur église et leur couvent (actuels église Saint-Exupère et théâtre Daniel-Sorano, allées Jules-Guesde) face à la porte Montgaillard, possèdent un vaste terrain limité à l'ouest et au sud par la rue du Coq (actuelle rue François-Lamarck) et le chemin de Montaudran (actuelle rue Alfred-Duméril)Roger Camboulives, « Les Carmes déchaussés », L'Auta, , décembre 1969, .L'Auta, , 1992, ..

Au milieu du , la volonté de moderniser l'espace urbain, de l'ouvrir et de le rendre plus agréable, pousse les autorités locales à entreprendre de grands travaux d'aménagements et d'embellissements qui transforment les faubourgs Saint-Michel et Saint-Étienne. En 1751, le projet de l'ingénieur Louis de Mondran est présenté aux capitouls et approuvé par l'Académie royale de peinture et de sculpture. Il consiste en la création d'un boulingrin, jardin ovale de 132 toises de long sur 113 de large, au milieu duquel on propose d'établir un grand plateau de gazon, d'où partent six grandes allées bordées d'arbres. Louis de Mondran a par ailleurs obtenu le concours du peintre Antoine Rivalz et de l'architecte Hyacinthe de Labat de Savignac, qui imagine les bâtiments qui doivent border le boulingrin et les allées, ainsi que les nouvelles portes de la ville. Les travaux, dirigés par Philippe Antoine Garipuy, ingénieur de la province de Languedoc, sont achevés en 1754, avec le tracé du boulingrin et de cinq allées, la plantation des arbres et des parterresFuchs et Martin 2011, .. L'allée sud, qui relie le boulingrin au chemin de Montaudran, reçoit le nom de Grande-Allée.

Époque contemporaine Durant la période révolutionnaire, l'espace du Boulingrin et des allées est dévolu aux grandes cérémonies révolutionnaires et républicainesSalies 1989, vol. 1, .. Des fêtes patriotiques y sont organisées, notamment la fête de la Fédération en Fuchs et Martin 2011, .. En 1794, comme les congrégations religieuses ont été supprimées et les carmes déchaussés expulsés, leur couvent et l'enclos qui en dépend, permettent l'aménagement d'un jardin des plantes, véritable jardin botanique à vocation scientifique placé sous la direction de Philippe-Isidore Picot de Lapeyrouse, professeur d'histoire naturelle à l'école centrale de Toulouse, sur le modèle du Jardin des plantes de ParisSalies 1989, vol. 2, ..

Dans la première moitié du , l'espace de la Grande-Allée n'est que faiblement bâti. Elle est toujours bordée, à l'ouest, par le Jardin des Plantes et, à l'est, par des champs dévolus au maraîchage. On voit souvent les militaires faire leurs manœuvres autour du Boulingrin et de la Grande-Allée. Les changements interviennent dans la deuxième moitié du , avec l'urbanisation rapide du quartier du faubourg Saint-Étienne, au nord, et du quartier du Busca, au sud. La bourgeoisie fait construire, le long de la Grande-Allée, de nombreuses villas, dans un style éclectique, parfois influencé par l'Art nouveau, représentatif des goûts des élites toulousaines. À l'angle de l'allée des Demoiselles est établi en 1861 l'orphelinat pour garçons de la Grande Allée. Les bâtiments sont reconstruits entre 1872 et 1874 pour accueillir 34 enfants, sur les plans de l'architecte Henry Bach, qui achève également en 1877 la chapelle de l'orphelinat, dédiée à Notre-Dame de LourdesSalies 1989, vol. 2, ..

Dans le même temps, le conseil municipal se préoccupe de l'aménagement de la Grande-Allée et de ses abords. Le Jardin des Plantes est agrandi, entre 1862 et 1867, du côté de la Grande-Allée, par l'acquisition de la propriété Murel. En 1886, le jardin est également transformé radicalement en jardin d'agrément, afin d'accueillir l'Exposition qui se tient l'année suivante – le jardin botanique est dès lors limité à un espace clos au nord-ouest du jardin (actuel jardin botanique Henri-Gaussen). Le nouveau jardin est tracé sur les plans de Victor Besaucèle, conseiller municipal et organisateur de l'Exposition, en employant des ouvriers sans travail. Du côté de la Grande-Allée, la porte de l'Arsenal et la porte de la Commutation, conservées lors de la démolition du vieil enclos du Capitole (emplacement des actuels square Charles-de-Gaulle et rue Lafayette) en 1884, sont remontées dos-à-dosSalies 1989, vol. 2, .. En 1899, comme les marronniers de la Grande-Allée sont en mauvais état, on décide de planter 148 ormes et 72 palmiers de Chine, et d'aménager la place au carrefour de l'allée des Demoiselles (actuel rond-point des Français-Libres) par l'érection d'une fontaine et d'un bassin, ornés en 1910 d'une sculpture d'Auguste Seysses, le Soir de la vie.

En 1924, la Grande-Allée est renommée du nom de Frédéric Mistral. La même année, l'orphelinat de la Grande Allée est confié aux Assomptionnistes. Ce sont eux qui ouvrent le Ciné Bleu, qui devient dans l'Entre-deux-guerres une des plus importantes salles « catholiques » de la ville, servant également à d'autres spectacles et à des réunions. En 1932, la salle est équipée « en parlant et sonore »Salies 1989, vol. 1, ..

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'allée Frédéric-Mistral est le lieu des heures les plus sombres de l'histoire toulousaine. En , peu après l'occupation de la « zone libre » par les forces allemandes, la Gestapo s'établit dans un hôtel particulier de la rue Maignac (actuel rue des Martyrs-de-la-Libération) avant d'occuper, à partir de , le « petit château », à l'angle de la même rue (actuel rue des Martyrs-de-la-Libération) et des allées Frédéric-Mistral (actuel ), ainsi qu'un immeuble voisin (emplacement de l'actuel )Salies 1989, vol. 2, .. On y compte une centaine de personnes, chargés de la traque des résistants, de l'arrestation des Juifs et de la surveillance de la frontière avec l'Espagne. C'est là en particulier que sont menés les interrogatoires : François Verdier, chef régional des Mouvements unis de la Résistance, y est torturé 43 jours, entre et , avant d'être exécuté dans la forêt de Bouconne. En 1944, après la Libération de la ville, cinq corps sont retrouvés dans le jardinPascal Pallas, « Histoire. Libération de Toulouse : quand la Gestapo sévissait au cœur de la Ville rose… », sur le site actu.fr, 19 août 2020., dont Lucien Béret, employé des PTT et responsable du groupe socialiste clandestin du Pont des Demoiselles, et Léo Hamard, jeune policier du réseau « Morhange ».