Idola Saint-Jean, née le et morte le à Montréal, est une journaliste, une éducatrice et une féministe québécoise. Elle est une personnalité notoire de la lutte pour le suffrage féminin au Québec. Elle est également la première Québécoise francophone à être candidate lors d’une élection fédérale.

Biographie

Enfance et formation Idola Saint-Jean est née le « Idola Saint-Jean », sur FamilySearch, 20 mai 1879 (consulté le 7 mars 2019) - Note. Baptisée le 20 mai 1879 et née la veille. Parents : Edmond-Napoléon Saint-Jean et Marie-Emma-Alice-Elizabeth Lemoine. à Montréal, probablement dans l'appartement familial situé sur la rue Saint-Denis. Ses parents, Edmond-Napoléon Saint-Jean, un avocat criminaliste, et Emma Guyon dite Lemoyne s'étaient mariés le dans la paroisse Notre-Dame de Montréal.

Idola Saint-Jean est issue d'une famille bourgeoise établie à Montréal depuis plusieurs générations. De nombreux membres de la famille Saint-Jean sont avocats, possèdent des propriétés et s'impliquent en politique. Son père, grand orateur libéral, côtoie des gens comme Raymond Préfontaine et Lomer Gouin. Il préside en outre le Club national et on le qualifie de « l’un des meilleurs tribuns populairesMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 38. ». Son oncle Alphonse-Levis, notaire et libéral modéré, est pour sa part défait par Honoré Beaugrand lors d'une course à la mairie de Montréal en 1886Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 21.. vignette|Idola Saint-Jean au moment de sa première communion en 1894. La situation financière de la famille Saint-Jean s'améliore encore lorsque le père d'Idola, Edmond, devient associé d'une prestigieuse firme d'avocats impliquée en politique. Les Saint-Jean déménagent alors au square Saint-Louis (sur le Plateau-Mont-Royal), un haut lieu de la bourgeoisie canadienne-française de la fin du Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 27..

Les premières années de l'éducation d'Idola ont possiblement été assurées par des tuteurs à domicileMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 28.. Entre 1888 et 1895, la jeune fille est ensuite pensionnaire au couvent Villa-Maria chez les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. Cette institution offre un enseignement bilingue aux jeunes filles de la bourgeoisie: arithmétique, lecture raisonnée, épellation, analyse grammaticale, géographie, catéchisme ou encore histoire sainteMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 28-29.. Elle est toutefois pensionnaire sporadiquement, car elle reçoit également des leçons à la maison. De 1895 à 1897, Idola poursuit toujours ses études chez les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, cette fois à l’Académie Saint-Urbain. Elle est diplômée de cette institutionMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 33-35..

En 1898, elle passe les vacances estivales à Cacouna avec sa famille. Idola y côtoie le jeune Émile Nelligan, qui est en outre l’un de ses voisins à Montréal. Le poète dira à son sujet qu’elle compte parmi ses « vraies amiesMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 43. ». Au retour des vacances, elle commence à donner des cours d’élocution au Monument-National à Montréal. Elle deviendra même titulaire de la chaireMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 50..

Le Monument-National, une initiative de l’Association Saint-Jean-Baptiste, a été inauguré en 1893 sur le boulevard Saint-Laurent à MontréalLe lieu offre par ailleurs des locaux à l’Association des dames patronesses, qui deviendra la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste. André-Gilles Bourassa et Jean-Marc Larrue, « Le Monument-National (1893-1923) : trente ans de théâtre dans la salle Ludger-Duvernay », Annuaire théâtral, revue québécoise d’études théâtrales, no 19, 1991, p. 77.. En 1896, l'institution a instauré des cours publics destinés à la population francophone dans des domaines comme l’hygiène, la mécanique, l’histoire et la littératureAndré-Gilles Bourassa et Jean-Marc Larrue, « Le Monument-National (1893-1923) », p. 85.. Puis, à l’été de 1898, l’Association Saint-Jean-Baptiste, influencée par son administrateur Elzéar Roy, met sur pied un cours d’élocution. Roy soutient : « Nos jeunes orateurs auront donc là une occasion rare de compléter leur instruction dans l’art, si négligé, jusqu’ici, et si difficile de bien direMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 49-50. ». Il s’agit en quelque sorte d’un embryon de conservatoireAndré-Gilles Bourassa et Jean-Marc Larrue, « Le Monument-National (1893-1923) : trente ans de théâtre dans la salle Ludger-Duvernay », Annuaire théâtral, revue québécoise d’études théâtrales, no 19, 1991, p. 86.. M. Roy participe d’un mouvement de promotion et de valorisation de la langue française promu par plusieurs Canadiens français à l'époque. Ceux-ci s’inquiètent du fait qu’à Montréal, l’industrie, le commerce et même plusieurs lieux de divertissement s'anglicisent. De plus, pour eux, l’exode des populations rurales vers les villes ou aux États-Unis ne fait qu’accentuer la menace d’anglicisation qui pèse sur les Canadiens françaisYvan Lamonde, Histoire sociale des idées au Québec, tome I: Montréal, Fides, 2000, p. 410. Dès le XIXe siècle, l’Institut canadien était un lieu de conférences publiques, d’essais et de débats. La culture de l’éloquence était en outre pratiquée par les jeunes formés pour les professions libérales qui suivaient des cours en Rhétorique dans les collèges classiques.. C'est dans ce contexte qu'Idola commence à y former des enfants et des jeunes à « l’art de bien direAndré-Gilles Bourassa et Jean-Marc Larrue, « Le Monument-National (1893-1923) », p. 87. ».  

À l'époque, il n’y a pas encore d’école de théâtre. Les quelques rares comédiens qui font carrière au Québec sont surtout d'origine française. De 1898 à 1900, Idola suit des cours de mise en scène, de diction et d’élocution auprès de Julie Bennati à Montréal. C'est sous sa gouverne qu'elle donne ses premiers spectaclesMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 48. . Sur scène, Idola joue la comédie et donne des récitals de poésie. vignette|Idola Saint-Jean donne des cours de diction au Monument-National à Montréal.

Diction et théâtre L'année 1900 est synonyme de bouleversements et de deuil pour la famille Saint-Jean. Le , le père d'Idola, âgé de seulement 42 ans, décèdeMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 51.. Sa mère choisit quant à elle de ne pas se remarier. Elle souhaite plutôt trouver une bonne situation pour sa fille. De son côté, Idola prend ses responsabilités. Elle habite à ce moment avec sa mère, sa tante Angélina Lemoyne et sa grand-tante Élisabeth Lacroix dans une maison de la rue Saint-Hubert à MontréalMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 54-55.. Comme elle est majeure depuis peu, elle se charge désormais des finances familialesMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 53-55.. Elle débute ainsi l'enseignement de la diction chez des particuliers et dans divers établissements (notamment à Villa-Maria et aux académies Marie-Rose, Saint-Urbain, Saint-Louis-de-Gonzague, Cherrier, Saint-Denis et Sainte-Marie. Elle enseigne même à Ottawa, au couvent de la rue RideauMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 62.).

Elle poursuit en même temps une carrière théâtraleMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 54. et rêve de devenir une comédienne professionnelle, jouant quelques rôles dans des pièces et des spectacles à Montréal. Déjà à cette époque, elle démontre son indépendance d’esprit. Plutôt que de continuer à jouer dans la troupe de Julie Benneti, Idola produit désormais elle-même ses spectaclesMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 58.. Le , elle obtient un beau succès à la salle Karn à Montréal. Au début de 1901, un critique écrit à son sujet : « Mlle Idola Saint-Jean, dans le rôle de la comtesse Aliénor a donné une fois de plus, les preuves d’une excellente diction. Il est dommage que cette jeune et distinguée artiste ne suive pas le chemin qui lui est indiqué et par son talent et par l’art. Il est incontestable, et ceci de l’avis de tous, que Mlle Saint-Jean devrait jouer plus souventLe Monde illustré, 16 mars 1901.. » Puis, le , Idola se produit au Tara Hall à Québec. Après son passage, un critique souligne ses « qualités dramatiques remarquables : voix pure et sympathique, diction franche et nette, prononciation française excellenteGilles Gallichan, « Idola Saint-Jean: femme de cœur et femme de tête », p. 16. ».

En 1903, elle commence à donner des leçons particulières chez elleMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 63.. La même année, Idola se présente pour le poste de bibliothécaire et de conservatrice à la Bibliothèque de Montréal, au Monument-National. C’est toutefois Éva Circé-Côté qui l'obtient. Elle ne se décourage pas de cet échec. Sa force de caractère est remarquée par L'Étincelle qui écrit à son sujet : « Mademoiselle Saint-Jean est une vaillante qui ne s’est pas laissé abattre par de soudains revers de fortune. Elle est une de ces jeunes filles énergiques que le malheur n’effraie pas et qui, pour n’avoir jamais lutté, n’en sont pas moins armées contre les trahisons du sort14 février 1903, citée dans Gilles Gallichan, « Idola Saint-Jean: femme de cœur et femme de tête », p. 16 ; Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 54.. » vignette|Le Monde illustré fait son portrait en 1901. En 1905, Idola Saint-Jean a l'idée de se rendre à Paris pour y suivre des cours de théâtre. Louis Fréchette la recommande à Constant Coquelin dit l’Aîné, un grand acteur français. Elle écrit également à l’archevêque de Montréal, Mgr Bruchési, pour lui expliquer son projet. Elle souhaite enseigner la diction aux Anglais et obtenir un poste à l’Université McGill à son retour : « À cet effet, l’Alliance françaiseL’Alliance française s’installe à Montréal en 1902. Son but est de faire la promotion de la culture française auprès des « non-francophones [et est] soutenue par l’Université McGill qui lui offre ses locaux ». Elle donne des cours et des conférences à McGill et au Fraser Institute. Elle invite des conférenciers canadiens-français. Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 73., qui m’accorde son patronage, a ouvert une souscription pour subvenir à mes frais de voyage […]. Les certificats que j’espère obtenir des meilleurs maîtres de là-bas me permettront de donner des cours aux Anglais, ce qui sera pour moi beaucoup plus rémunératifMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 68. ». L'archevêque l’appuie et lui accorde une petite somme. À Paris, où sa mère l’accompagne, en plus de Constant Coquelin, qui dira à son sujet : « La diction excellente, la prononciation impeccable. Elle dit juste et bienMarie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola, p. 70. », elle étudie aussi avec Renée du Minil de la Comédie-Française. 

De retour à Montréal en 1906, elle est embauchée comme professeure de français à l'Université McGill; poste qu'elle occupera jusqu'à son décès. En effet, Idola fait son entrée comme chargée de cours au Conservatoire de musique de McGillIl a été fondé en 1904 par Clara Lichtenstein, une pianiste., qui vient d’ouvrir ses portes. Elle est responsable de la diction française. Deux fois par semaine, on la retrouve auprès des étudiants en art vocal, essentiellement les chanteurs et chanteuses d’opéra qui doivent interpréter un répertoire d’opéras français. C'est à l'université qu'elle rencontre Carrie DerickPremière diplômée en sciences naturelles, à McGill en 1890 ; première professeure d’Université en 1912..