thumb|upright=1.5|Carte de données montrant le pourcentage de femmes âgées de 15 à 49 ans ayant subi une MGF (2020). Il n’existe pas de données pour les pays en gris clair.. Les mutilations génitales féminines (MGF), ou excision (MGF/E), sont une ablation totale ou partielle des organes génitaux féminins externes. Généralement réalisée par un exciseur traditionnel avec un couteau ou une lame de rasoir avec ou sans anesthésie, la pratique est concentrée dans africains, au Yémen et au Kurdistan irakien ainsi que dans une moindre mesure en Asie et dans les populations immigrées dans les pays occidentaux. Selon un rapport de janvier 2025 de l'Unicef, environ de femmes et de filles vivent avec une mutilation génitale dans le monde.
Les procédures varient selon les régions et les groupes ethniques. Elles peuvent aller d'un frottage ou une ablation totale ou partielle du prépuce du clitoris. à l'ablation partielle ou totale du clitoris et des lèvres (excision) voire à la suture des lèvres pour fermer la vulve (infibulation). Les MGF n'ont aucun bénéfice connu pour la santé et parmi les complications les plus courantes figurent des hémorragies lors de l'opération, des infections urinaires, des règles douloureuses, des douleurs chroniques, une diminution du plaisir sexuel et des problèmes durant l'accouchement.thumb|upright=1.5|alt=Photographie d'une jeune femme nue, apparemment inconsciente, allongée sur le dos sur un homme dans la jungle. Deux femmes lui touchent l'aine sous le regard d'un groupe de femmes portant des bpagnes|Excision d'une jeune femme dans l'Oubangui-Chari au début du (circa 1936 dans l'actuel RCA).
L'origine des MGF est inconnue mais elles sont profondément ancrées dans les traditions de nombreux groupes où elles sont associées à la pureté, à la chasteté et constituent un rite de passage à l'âge adulte. Les opérations sont habituellement organisées par les femmes tant pour des raisons d'honneur et de fierté que par obligation sociale.
Les MGF sont interdites ou restreintes dans la plupart des pays où elles sont pratiquées mais les législations sont souvent peu appliquées. Depuis les années 1970, des actions internationales ont été menées pour mettre un terme à ces pratiques et elles sont considérées comme des violations des droits humains par les Nations unies.
Terminologie thumb|alt=Diagrammes de face et en coupe de la vulve|Anatomie de la vulve. Jusque dans les années 1980, les mutilations génitales féminines (MGF) étaient souvent désignées sous l'expression de « circoncision féminine », ce qui reflétait une équivalence avec la circoncision masculine. En 1929, le Conseil national des Églises du Kenya commença à parler de mutilations sexuelles des femmes en suivant l'exemple de Marion Scott Stevenson, une missionnaire de l'Église d'Écosse.. Les références à une mutilation se multiplièrent dans les années 1970 et le mot fut utilisé dans le titre d'un article de 1975 de l'anthropologue américaine Rose Oldfield Hayes tandis que la féministe austro-américaine Fran Hosken le reprit dans son influent ouvrage en 1979. Le Comité inter-africain sur les pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) commencèrent à parler de mutilations génitales féminines respectivement en 1990 et 1991. En avril 1997, l'OMS, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) et le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) publièrent une déclaration commune utilisant cette expression. Le terme de « mutilation » est cependant contesté et les militants sur le terrain préfèrent employer le mot plus neutre d'« excision » pour ne pas s'aliéner les populations locales.
Les nombreuses formes locales de MGF sont reflétées par les dizaines de termes utilisés pour les décrire dans les pays où elles sont pratiquées. Les mots utilisés font souvent référence au concept de purification, comme en arabe où le mot pour purification utilise la racine t-h-r également présente pour les termes correspondant aux circoncisions masculine et féminine (tahur et tahara). La MGF est appelée bolokoli (« se laver les mains ») en bambara, une langue parlée principalement au Mali, et isa aru ou iwu aru (« prendre son bain ») en igbo, une langue de l'Est du Nigeria...
La circoncision sunna correspond habituellement à la clitoridectomie, mais l'expression peut également être employée pour des formes plus sévères de MGF ; sunna signifie « cheminement » en arabe et renvoie aux traditions datant de l'époque de Mahomet, même si la procédure n'est pas obligatoire dans la pratique musulmane. Au Soudan, nuss (moitié) peut désigner toutes les MGF depuis la clitoridectomie à l'infibulation et juwaniya (« la forme interne ») est utilisé quand les petites lèvres sont fusionnées. Le terme d'infibulation dérive du latin fibula (« attache ») car certains documents indiquent que les Romains attachaient le prépuce ou les lèvres de leurs esclaves pour les empêcher d'avoir des rapports sexuels. Au Soudan, l'infibulation est appelée « circoncision pharaonique » alors qu'il s'agit d'une « circoncision soudanaise » en Égypte.. En Somalie, elle est connue simplement par le mot qodob (« recoudre »).
Classification thumb|alt=Quatre dessins de vulve montrant les différents types de mutilations| L'OMS, l'UNICEF et le FNUAP ont publié conjointement en avril 1997 une déclaration définissant les mutilations génitales féminines comme . Les variations entre les lieux et les exciseurs rendent néanmoins difficile une classification des MGF. Lors d'une enquête réalisée en 1998 au Niger, cinquante termes différents furent utilisés par les femmes pour décrire ce qui leur avait été fait. Les difficultés de traduction sont compliquées par le fait que les femmes ne savent pas toujours quel type de MGF elles ont reçu voire si elles ont réellement été opérées. Une enquête réalisée au Ghana en 2003 a montré qu'un certain nombre de femmes ont donné des réponses différentes lors de plusieurs études : 11 % de celles qui avaient affirmé avoir subi une MGF en 1995 répondirent non en 2000 et 4 % changèrent de réponse dans l'autre sens. En Tanzanie en 2005, 66 % des femmes interrogées rapportèrent avoir été mutilées mais un examen médical montra que c'était le cas de 73 % d'entre elles... Au Soudan en 2006, un pourcentage significatif de femmes et de filles infibulées déclarèrent un type de mutilation moins sévère..
L'UNICEF classe les MGF en quatre catégories : (1) entaille sans ablation de chair (scarification ou circoncision symbolique), (2) ablation de chair, (3) suture et (4) type indéterminé/incertain/ne sait pas. La majorité des mutilations correspond à la catégorie (2) et comprend une ablation partielle ou complète du clitoris. L'OMS a créé une typologie plus détaillée allant de à selon la quantité de chair retirée et IV désignant les circoncisions symboliques et d'autres pratiques :
le type I est subdivisé en Ia, désignant le seul retrait du capuchon du clitoris (rare).., et Ib, pour la plus courante clitoridectomie correspondant à un retrait partiel ou complet du clitoris et du capuchon. Dans la classification de l'OMS, le terme de « clitoris » englobe uniquement sa partie externe (capuchon et gland) ; le type est subdivisé en IIa, ablation partielle ou totale des petites lèvres ; IIb, ablation partielle ou totale des petites lèvres et du clitoris ; IIc, ablation partielle ou totale des petites lèvres, du clitoris et des grandes lèvres ; le type (infibulation), correspondant à la catégorie (3) de l'UNICEF, désigne l'ablation des petites et/ou des grandes lèvres et la fermeture de la vulve. Dans le type IIIa, la suture est réalisée au niveau des petites lèvres et au niveau des grandes lèvres pour le type IIIb. Au terme de la cicatrisation, les lèvres ont fusionné et il ne reste qu'un orifice de 2 à à la base de la vulve pour laisser s'écouler l'urine et les règles.. L'opération peut s'accompagner d'une ablation partielle ou complète du clitoris ; le type est défini comme . Parmi ces procédures figurent la cautérisation du clitoris, la scarification des parties génitales ou l'introduction de substances dans le vagin pour le resserrer.
Procédure Déroulement L'opération est généralement réalisée dans le foyer des jeunes filles par un exciseur traditionnel qui est souvent une femme âgée. Dans certains pays comme l'Égypte, le Soudan et le Kenya, les MGF sont réalisées par des professionnels de la santé ; entre 1997 et 2011, 77 % des procédures de ce type en Égypte ont été menées par des médecins. Dans le cas d'exciseurs traditionnels, les outils utilisés sont la plupart du temps rudimentaires et non stérilisés comme des couteaux, des rasoirs, des ciseaux, des tessons de verre, des pierres aiguisés voire les ongles.. Une infirmière ougandaise citée dans un article de la revue médicale The Lancet en 2007 indiqua qu'un exciseur pouvait utiliser le même couteau sur une trentaine de filles en une seule séance.. Plus tard, la lame de rasoir (usage unique) sera proposée pour limiter les risques d'infections, tristement devenue symbole de la lutte contre l'excision. Selon le degré d'implication des professionnels de santé, la procédure peut être réalisée sous anesthésie locale, générale ou aucune des deux. Une étude réalisée en 1995 auprès de mères égyptiennes indiqua que 60 % de leurs filles avaient reçu une anesthésie locale, 13 % une générale et 25 % avaient été opérées sans traitement de la douleur ; 2 % ne savaient pas ou ne se prononçaient pas..
Lors de l'opération, la fille est placée à plat dos pour permettre à l'exciseur d'accéder à l'aine. Pour éviter de causer des blessures non désirées, plusieurs adultes appartenant généralement à la famille maintiennent la fille immobilisée pour éviter qu'elle ne se débatte et cela conduit parfois à des fractures.. Le clitoris est ensuite attrapé entre le pouce et l'index et amputé d'un seul coup avec un objet tranchant.. Au Somaliland, le clitoris ainsi retiré est montré à la famille qui décide si la portion retirée est et la procédure se poursuit par l'ablation des lèvres. Les chairs retirées sont parfois placées dans un sachet porté par la fille.
Lors d'une infibulation, la suture de la vulve est faite avec du fil ou des épines d'acacia ou d'agave et la plaie est recouverte d'un cataplasme composé d'œuf, d'herbes ou de sucre selon la coutume locale. Pour aider à la cicatrisation, les jambes de la fille sont immobilisées ensemble habituellement des chevilles aux cuisses ; ces attaches sont desserrées au bout d'une semaine et retirées après deux. Si la famille estime que l'ouverture restante est trop large, la procédure est répétée. Après le mariage, la suture formée par l'accolement des lèvres est coupée par une sage-femme avec un couteau pour permettre les rapports sexuels ; au Somaliland, les proches du mari et de son épouse assistent parfois à cette ouverture pour vérifier la virginité de la mariée. Dans certains cas, l'époux force l'ouverture de la vulve avec son pénis et après avoir interrogé des centaines de femmes au Soudan dans les années 1980, le psychologue Hanny Lightfoot-Klein nota que . L'ouverture est agrandie au moment de l'accouchement et la vulve est ensuite refermée (réinfibulation), parfois en entaillant le vagin pour que la nouvelle ouverture ait la même taille que lors de la première infibulation..
Complications