Marguerite Boucicaut née Guérin est une femme d’affaires et bienfaitrice française, née le à Verjux (Saône-et-Loire) et morte le à Cannes. Elle a participé à la création et à la prospérité du premier grand magasin, Au Bon Marché, à Paris aux côtés de son mari Aristide Boucicaut et, à sa suite, a montré des préoccupations sociales et humanitaires. Elle a légué à sa mort son immense fortune à des œuvres de bienfaisance tout en assurant la pérennité du premier grand magasin parisien et en gratifiant ses employés.
Biographie Marguerite Guérin est née le au Mont, petit hameau de Verjux en Saône-et-Loire. De père inconnu, elle porte le nom de sa mère Pierrette Guérin, âgée de à la naissance de l'enfantL'acte de naissance ne mentionne pas de profession pour la mère et le premier prénom de l'enfant est raturé .. Gardienne d'oies et illettrée selon la tradition orale, elle vit avec sa mère dans une masure de Verjux, petit village bourguignon au bord de la Saône, au nord de Chalon-sur-Saône : pour préciser le contexte de cette campagne profonde, signalons qu'autour de 1850, dans le bourg voisin de Gergy, environ 30 % des hommes et 60 % des femmes n'ont pas été en mesure de signer leur acte de mariageMonographie sur le village voisin de Gergy http://www.gergy.fr/plaintext/histoire/monographiedemjacquard/index.php..
Le , Marguerite et sa mère se retrouvent sans ressource lorsque le conseil municipal de Verjux abolit la tenue des oies en pâturage et oblige l’élevage en enclos faisant alors disparaitre le métier de gardienne d’oie. Pierrette Guérin, prend alors la décision d’offrir un meilleur avenir à sa fille et la fait rejoindre son oncle porteur d’eau à Paris..
Arrivée à Paris à l’âge de 12 ans en 1828, Marguerite accompagne un de ses oncles à Paris et devient apprentie blanchisseuse dans le quartier de la rue du Bac, dans le où s’élèvera après en 1838 le Bon Marché créé par les frères Videau. Quelques années plus tard, elle a appris à lire et à écrire et, révélant son esprit d'entreprise, tient à son compte une crémerie-gargote, un « bouillon » dit-on alors, qui sert un plat du jour aux ouvriers et employés du quartier. : elle rencontre alors vers 1835-1836 Aristide Boucicaut, un Normand, provincial monté à Paris comme elle dans les années 1830 : il est alors vendeur au rayon châles du Petit Saint-Thomas, première préfiguration du grand magasin parisien, créé en 1830 par Simon Mannoury.. Les parents d'Aristide s'opposent à son mariage avec une fille déclassée, ce qui conduit le couple à vivre en concubinage : ils se marient finalement le . Un fils, Anthony-Aristide, appelé parfois Antoine, est né entre-temps en 1839 qu'Aristide a reconnu en 1845..
Cette même année, la fermeture du Petit Saint-Thomas laisse Aristide qui était devenu chef de rayon, sans emploi : il rencontre alors les frères Videau, qui tiennent dans le même quartier, à l’angle de la rue de Sèvres et de la rue du Bac, leur mercerie nommée « Au Bon Marché » créée en 1838. Il y est embauché et séduit ses employeurs en partageant avec eux le goût du commerce moderne avec entrée libre, affichage des prix, faible marge bénéficiaire, vente par correspondance, soldes..., et en 1852 une association est décidée entre eux. Le une nouvelle société est constituée : la SNC « Videau frères et Aristide Boucicaut » dont l'objet est « l’exploitation de la maison de nouveautés Au Bon Marché – Adresse : 22-24 rue de Sèvres au capital de » avec pour principe de fonctionnement le réinvestissement de tous les bénéfices dans l'affaire.
Soutenu par sa femme Marguerite, Aristide Boucicaut se montre entrepreneur et novateur et ambitionne de créer un vaste magasin moderne où tout doit favoriser la consommation féminine : les marchandises à profusion doivent faire le « bonheur des dames ». L'idée d'un vaste lieu multipliant les tentations d'achat lui serait venue à l'occasion de sa visite de l’Exposition universelle de 1855 où il s’était perdu au milieu des stands. C'est une étape importante vers une société de consommation et la création du cliché de la Parisienne élégante. Aristide et Marguerite Boucicaut inventent le commerce moderne.. La prospérité est au rendez-vous et le magasin se développe considérablement. Le Aristide Boucicaut rachète les parts de ses associés grâce à un prêt d'un million et demi de francs de son ami Henri Maillard, un pâtissier né à Mortagne-au-Perche non loin du pays natal d'Aristide Boucicaut et qui a fait fortune aux États-Unis. La transformation et l'extension du Bon Marché se poursuivent avec d'importantes acquisitions foncières : le chiffre d'affaires est alors de 21 millionspage 4 http://www.cedias.org/pdf/cedias-527P-1881-t3.pdf..
vignette|Le grand magasin Au Bon Marché achevé en 1887. En 1869, le couple Boucicaut entreprend des premiers travaux, dont la première pierre est posée par Marguerite Boucicaut le Jacques Marseille, Les Echos, 20/02/2002 . avec l'architecte Alexandre Laplanche, qui réalisera une imposante entrée sur la rue de Sèvres. À partir de 1872, le couple engage une famille d'architectes Louis-Auguste et Louis-Charles Boileau secondés par les ingénieurs Armand Moisant et Gustave Eiffel pour la construction des bâtiments qui existent encore aujourd’hui. Retardés par la guerre de 1870, les travaux se réaliseront jusqu'en 1887 par tranches successives en même temps que se multiplieront les acquisitions foncières : la surface finale du magasin atteindra .. La maison Boucicaut continue à développer une stratégie commerciale innovante et fait preuve aussi de préoccupations sociales inspirées par le socialisme chrétien de Lamennais. Le fils Anthony-Aristide est associé à la direction du grand magasin le nom de l'entreprise devenant « et fils ». Le chiffre d'affaires s'accroît de manière très importante au fil des années : sept millions en 1862, vingt et un en 1869, en 1877 le Bon Marché réalise de chiffre d'affaires et emploie ..
À la mort d'Aristide Boucicaut survenue brutalement le , inhumé trois jours plus tard au cimetière du Montparnasse, son fils, gravement malade depuis quelque temps déjà, assure la direction du Bon Marché mais ne lui survit guère : il meurt d'une longue « maladie de poitrine » le sans avoir d'enfant. Marguerite Boucicaut, veuve et sans descendant, dirige ensuite l'entreprise avec l'assistance des anciens collaborateurs de son mariBulletin de la participation aux bénéfices - Règlements et statuts de la Société du Bon Marché, .. Est créée alors en la société « Veuve Boucicaut et Compagnie » transformée en 1886 en « Société civile du Bon Marché » : les statuts associent Marguerite Boucicaut et l'encadrement du magasin ; les actions sont réservés aux seuls employés de la maison ce qui assure la pérennité du Bon Marché. Le rôle de , président du conseil d'administration du magasin, a été déterminant à ses côtés : désigné comme gérant à vie par le testament de , il se retire néanmoins de son poste et des affaires en 1893.Il se retira à Saint-Léger-sous-la-Bussière, commune de Saône-et-Loire dont il devint maire et dont il fut le bienfaiteur. À ce sujet, lire : « Saint-Léger-sous-la-Bussière et son bienfaiteur », article de Marie-Thérèse Suhard paru dans la revue « Images de Saône-et-Loire » de juin 2010 (pages 14 à 16)..
Le Marguerite Boucicaut qui souffre de difficultés cardiaques meurt subitement à du matin dans sa villa de Cannes (la villa Soligny que les époux Boucicaut ont fait construire) où elle est à peine arrivée. Son corps est embaumé et transporté à Paris en wagon spécial : il est exposé à son domicile, un hôtel particulier construit en 1882 au du Bac, où une grande foule vient se recueillir. Les funérailles qui ont lieu le sont impressionnantes : des milliers de personnes accompagnent le corbillard à l'église Saint-Thomas-d'Aquin puis après l'office au cimetière du Montparnasse où a lieu l'inhumation près de son mari Aristide et de leur fils Anthony et Journal Le Gaulois du mardi : « Les obsèques de ont été une véritable apothéose. Plus de cent mille personnes ont pris part à l'immense cortège. La circulation des voitures et des tramways a été interrompue de du matin à de l'après-midi, sur le boulevard Saint-Germain, depuis la rue du Bac jusqu'à la rue de Rennes ».. Leur sépulture ( du cimetière du Montparnasse) est entretenue par l’Assistance publique.
, n'ayant pas de proche héritier, lègue par testament sa fortune évaluée à plus de cent millions à de très nombreuses œuvres sociales ainsi qu'aux employés du Bon Marché.
Portraits
Le journal Le Gaulois la décrit ainsi à la fin de sa vie : « était de taille au-dessous de la moyenne et très forte. Sa figure, bonne et souriante, reflétait son âme. Ses soixante-douze ans ne lui avaient pas enlevé le charme singulier de son regard doux et bienveillant.. »
Portraits de Marguerite Boucicaut : un portrait peint en 1852 et en 1875 Portrait de par William Bouguereau (Salon of 1876, No. 241 ; Exposition universelle of 1878, No. 98; Exposition des portraits du siècle à l'École des beaux-arts, 1883) ; une statue en marbre réalisée en 1914 par Jean-Paul Moreau-Vauthier représente et la baronne Clara de Hirsch, square Boucicaut, à côté du Bon Marché ; un buste statufié de Fontenay-aux-Roses, maison de retraite Boucicaut, artiste inconnu ; un buste de l’hôpital Boucicaut réalisé dans les dernières années de par le statuaire Henri Chapu.
Bienfaisance Par son testament du , Madame Boucicaut désigne l'Assistance publique des hôpitaux de Paris comme légataire universelle, chargée d’exécuter ses volontés testamentaires. Elle prévoit de nombreux legs et demande que soit construit un hôpital sur la rive gauche de la Seinetestament et legs, pages 113 à 121 Le Livre de mes petites cousines, par Fr. Desplantes,. ..
Principaux legs :
legs aux employés du Bon Marché selon leur grade et leur ancienneté (entre 16 et 20 millions de francs) ; legs pour des institutions d'aide aux jeunes ouvriers (l'Œuvre de Saint-Nicolas, l'Internat professionnel, l'Association des jeunes économes) ; legs à des associations de protection des peintres et des hommes de lettres ; legs aux bureaux de bienfaisance de Verjux (village natal de Marguerite) et Bellême (pays natal d'Aristide Boucicaut) ; legs aux principaux cultes : à l'archevêque catholique de Paris, Consistoire des Églises reformées, grand rabbin de France ; legs de ses tableaux aux musées du Louvre et du Luxembourg, par exemple un tableau de Gustave Courbet Le Chevreuil chassé aux écoutes, printemps 1867, aujourd'hui au musée d'Orsay ou Souvenir d'Ezneh, dit aussi Femmes égyptiennes au bord du Nil, d'Eugène Fromentin (musée d'Orsay) ; legs de pour une maison de retraite à Fontenay-aux-Roses : l'importante résidence de campagne (connue sous le nom de « château Boucicaut » et rasée en 1954) où aimait résider Marguerite Boucicaut est aménagée en maison de retraite pour les employés du Bon Marché.. Aristide Boucicaut fut aussi membre du conseil municipal de Fontenay-aux-Roses et fut même élu maire en 1871. Cependant, il refusa ce poste, et préféra rester conseiller municipal ; legs de pour le « centre nourricier de Bellême », pays natal d'Aristide Boucicaut :