Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science est un ouvrage de philosophie du philosophe Emmanuel Kant, paru en 1783.
Il s'agit d'une introduction ou un complément à la Critique de la raison pure parue en 1781. Kant pose et tente de résoudre la question de savoir comment la mathématique pure, la science pure de la nature et la métaphysique en général sont possibles.
Présentation générale Dans les Prolégomènes, Emmanuel Kant se donne pour double mission de proposer les conditions d'établissement futures de la métaphysique, d'une part, et de répondre aux critiques qui auraient mal compris la Critique de la raison pure.
Kant tient en haute estime la métaphysique, et cherche donc à ce qu'elle soit fondée sur des bases plus solides. La métaphysique est définie par ce qu'il appelle ; tant qu'il n'y a pas de métaphysique, la raison humaine ne peut arriver à ses fins.
Dans cet ouvrage, Kant précise notamment ce qui distingue son propre idéalisme de ceux de Berkeley et Descartes. Il mène une critique radicale des prétentions scientifiques de la métaphysique, tout en reconnaissant en elle une disposition naturelle dont l'homme ne peut se passer.
Résumé
Préface L'ouvrage débute par une préface de Kant. Il annonce d'emblée que cet ouvrage s'adresse, non pas aux étudiants, mais aux enseignants de philosophie. Il critique ceux qui soutiennent que . Cette position consiste à croire que , tout aurait déjà été dit.
L’œuvre s'adresse plus précisément aux métaphysiciens. Kant veut les convaincre et de . En effet, soutient Kant, ils ne se sont jamais vraiment posé la question : la métaphysique est-elle seulement possible ?
Le philosophe critique le statut surplombant que la métaphysique a réussi à obtenir malgré le peu de réflexion qui a été réalisé au sujet de ses propres conditions d'établissement. Est-elle une science, peut-elle ? La métaphysique semble en effet avoir décroché par rapport aux autres disciplines (). En réalité, il n'y a jamais eu de métaphysique solide.
Kant loue David Hume, qu'il crédite de l'avoir sorti de son . Hume s'est approché de la vérité en questionnant la causalité, mais s'en est éloigné en déduisant qu'elle était liée à l'expérience, c'est-à-dire que la raison comprend la causalité en voyant un objet toujours provoquer l'émergence d'un autre. Kant propose d'expliquer comment il est possible de fonder la première véritable métaphysique.
Introduction Des sources de la métaphysique Kant rappelle la nécessité de définir les limites de chaque science. La limite (ce que la science a de propre) est liée .
Dans le cas de la métaphysique, il est évident que les connaissances métaphysiques , ses principes ne sont jamais pris de l'expérience. La métaphysique, en effet, dépasse l'expérience. L'expérience interne (celle que la psychologie empirique étudie) ne peut lui servir de base. La métaphysique est par conséquent .
Mais cette délimitation ne permet pas de la distinguer des mathématiques. On peut donc appeler la métaphysique une .
De l'espèce de connaissance que seule peut apporter la métaphysique Une connaissance métaphysique ne doit contenir . Il faut distinguer les jugements analytiques (qui sont explicatifs, ils n'ajoutent rien au contenu de la connaissance), et les jugements synthétiques (qui sont extensifs, en ce qu'ils étendent la connaissance donnée). Par exemple, dire est un jugement analytique, car la petitesse est contenue dans la définition du nain, là où dire est un jugement synthétique, car un nain n'est pas par définition riche.
Le jugement analytique respecte le principe de contradiction (A et non A ne peuvent exister en même temps). Les jugements analytiques sont des connaissances a priori. Cela est vrai quand bien même l'objet du jugement pourrait être connu empiriquement. Certes, empiriquement, je sais que l'or est jaune, mais la proposition n'en est pas moins un jugement analytique a priori car il est dans la définition de l'or que d'être jaune.
Il y a des principes synthétiques a posteriori dont l'origine est empirique, mais il y en a qui sont a priori et qui proviennent de l'entendement pur. Les jugements d'expérience sont toujours synthétiques, car l'expérience exige de sortir de ma notion, que j'ai besoin du témoignage de l'expérience. Les jugements mathématiques sont tous synthétiques, contrairement à ce que l'on croit souvent. Ils diffèrent d'autres connaissances a priori. La proposition 7 + 5 = 12 exige de savoir ce que 5 et 7 représentent, c'est-à-dire, par exemple, compter sur ses doigts ou voir sept billes. Ainsi, pour calculer, . Par conséquent, . La géométrie aussi est synthétique : pour savoir que de tel point à tel point, la ligne droite est la plus courte, j'ai besoin d'autre chose que de ma notion de droite.
Observation sur la division générale des jugements en analytiques et en synthétiques Il est nécessaire de se fonder sur la division entre jugements analytiques et synthétiques si on souhaite fonder une métaphysique. Kant remarque qu'on trouve déjà cette division, en germe, dans l'Essai sur l'entendement humain de John Locke. L'auteur, en effet, distingue deux sources de jugements : l'une réside dans l'identité ou dans la contradiction (analytique), et l'autre dans l'existence de représentations en un sujet (jugements synthétiques), et il dit que notre connaissance a priori de cette dernière est presque nulle.
Une métaphysique est-elle absolument possible ? Kant revient sur les connaissances mathématiques. Elle ne peut seulement fonctionner par notions, mais elle doit toujours sortir de la notion . Dès lors, ses propositions ne peuvent jamais se reposer sur ses concepts : ces jugements sont synthétiques.
Le philosophe soutient que tous les jugements proprement métaphysiques sont synthétiques a priori. Certaines connaissances synthétiques a priori sont réelles et données, dont les mathématiques pures et la physique pure.
Comment la connaissance par raison pure est-elle possible ? Les jugements analytiques ne sont fondés que sur le principe de contradiction. Les propositions synthétiques a posteriori sont tirées de l'expérience, qui n'est qu'une addition (synthèse) des perceptions. Les jugements synthétiques a priori sont la clef de toute réflexion métaphysique.
Partie I : comment une mathématique pure est-elle possible ? Une connaissance a priori sera une connaissance certaine, qui promet une extension illimitée pour l'avenir, qui bénéficie d'une certitude apodictique (une nécessité absolue), qui ne repose sur aucun principe expérimental, qui est .
La connaissance mathématique, même si elle est a priori, a besoin d'une intuition. C'est une intuition qui n'est pas empirique, mais pure. Ses jugements sont intuitifs. La mathématique , qui lui permette d'. Nous devons comprendre comment cela se fait pour saisir la possibilité d'une proposition synthétique a priori.
Une difficulté évidente se pose alors : comment peut-on connaître de percevoir quelque chose a priori, quand il semble que la perception emporte nécessairement une dimension empirique ? Une intuition est définie comme . Donc, on ne pourrait par l'intuition.
Kant donne la solution suivante : . Ainsi, le seul moyen qu'une intuition puisse être sans être empirique, c'est que l'intuition .
L'espace et le temps sont les deux intuitions a priori qui permettent de fonder des jugements synthétiques a priori. Sans ces deux concepts, la mathématique pure ne peut fonctionner. En effet, . Cette faculté de percevoir a priori grâce à l'intuition pure . Elle ne peut concerner que la forme du phénomène, à savoir l'espace et le temps.
Première observation La mathématique pure, dont la géométrie pure, a une réalité objective lorsqu'elle se réfère à des objets perceptibles par les sens. Ainsi, les propositions mathématiques ne sont pas des créations de l'imagination, mais sont valides dans l'espace.
Deuxième observation Kant soulève la question de l'idéalisme. Notre intuition, qui permet de saisir les phénomènes des choses et non les choses en elles-mêmes, n'a lieu que par le moyen des sens. L'entendement, en effet, . Mais si nous percevons par l'intuition les phénomènes et non les choses, alors n'est-il pas juste de dire que les corps , et donc, n'existeraient que dans notre pensée ?
L'idéalisme, rappelle Kant, est une doctrine selon laquelle il n'existe rien d'autre que les êtres qui pensent, et que le reste des choses que l'intuition nous donne à percevoir . Cela n'est pas la position de Kant, qui réaffirme que , bien que (autrement dit : ).
Troisième observation Les apparences, et non les choses en soi, sont connues par les sens. L'espace, le temps, et les apparences en général, sont des modes de représentation. L'espace et le temps existent a priori dans toutes nos représentations, et s'appliquent à tous les objets du monde sensible, parce que ces objets existent comme apparences.
Partie II : comment la physique pure est-elle possible ? Le philosophe revient sur la définition de la nature. Il s'agit de . Nous ne connaissons pas la nature en elle-même, ni a priori, ni a posteriori. Il existe pourtant bien une physique pure, dont les propositions sont réellement universelles : la substance demeure et persiste ; tout ce qui est arrivé est toujours déterminé antérieurement par une cause suivant des lois constantes, etc. Ces lois sont a priori car elles ne requièrent pas d'être en contact avec des objets
On ne peut étudier la nature des choses a priori qu'en recherchant les conditions et les lois universelles sans lesquelles seules la connaissance comme expérience est possible : les lois de la nature se fondent sur de l'a priori. Comment est-ce possible ?
Il y a deux types de jugements empiriques : s'ils ont une valeur objective, ce sont des jugements d'expérience ; ceux qui n'ont qu'une valeur subjective sont de simples jugements de perception. Les jugements de perception n'ont besoin d'aucune notion intellectuelle pure, car il suffit d'une liaison logique de la perception dans un sujet pensant. Les jugements d'expérience, au contraire, demandent toujours des notions particulières produites dans l'entendement. C'est ce qui donne au jugement d'expérience sa valeur objective.
Si un jugement est nécessairement universel, alors il est objectif, c'est-à-dire qu'il . L'objet restera toujours inconnu en soi, car nous n'y avons pas accès en soi. Mais si la liaison des représentations qui sont données par l'objet à notre sensibilité , alors . Si le jugement implique une perception, alors cette perception étant dans l'esprit du sujet, il n'est pas objectif. Mais un jugement de perception peut devenir un jugement d'expérience : de (subjectif) peut devenir . Cela a lieu lorsque les perceptions du sujet sont connectées à un concept pur de l'entendement.
L'expérience se fonde ainsi a priori sur des notions intellectuelles pures. Kant propose une table complète de ce qui fait partie du jugement, et les divers moments de l'entendement en matière de notions : +Table logique des jugementsQuantitéUniversel (tous les X sont A)Particulier (certains X sont A)Singulier (cet X est A)QualitéAffirmatif (X est un A)Négatif (X n'est pas un A)Infini (X est un non-A)RelationCatégorique (X est A)Hypothétique (Si A alors B)Disjonctif (X est ou bien A, ou bien B)ModalitéProblématique (X peut être A)Assertorique (X est A)Apodictique (X doit être A) Les concepts issus de l'abstraction de n'importe quelle perception a les formes suivantes : QuantitéUnitéPluralitéTotalitéQualitéRéalitéNégationLimitationRelationSubstance/AccidentCausalité/DépendanceCommunauté (réciprocité)ModalitéPossibilité/ImpossibilitéExistence/InexistenceNécessité/Contingence Kant peut ainsi dégager une table physiologique pure de tous les principes de la physique : +1Axiome de l'intuition2Anticipation de la perception3Analogie de l'expérience4Postulat de la pensée empirique en général