Le groupe SCL était une société britannique privée fondée en 1990 par l'américain Steve Bannon avec l'anglais Nigel Oakes afin de mettre les progrès de la psychométrie et de la psychologie comportementale au service de la communication stratégique (militaire, gouvernementale, affairiste ou le plus souvent électorale et politique) en les combinant à ceux du traitement quantitatif des données. SCLE (ou ) s'est décrite comme une ). Le groupe, ses succursales et ses sociétés filles ou satellites ( et Aggregate IQ) ont (durant environ pour certaines), secrètement combiné des données publiques, des données issues d'études scientifiques, des données issues du renseignement parfois, et des données issues du big data (par data mining, ce qui a été facilité par l'explosion de l'Internet au tournant du ). Avec ces données, SCL faisait du , c'est-à-dire construisait des « profils psychologiques » d'individus appartenant à divers publics cibles, grâce notamment à des modèles mis au point à l'université de Cambridge. Le groupe pouvait ensuite conduire des opérations d'astroturfing microciblées. Il le faisait via les médias sociaux ou d'autres médias, pour délivrer des messages subtilement adaptés à la psyché des individus ou des groupes ciblés, de manière à influencer — sans même qu'ils en aient conscience — certains de leurs comportements, conformément à l'objectif du client (industriel, politique ou militaire).

SCL s'est déclarée en faillite en 2018 après le scandale Facebook-Cambridge Analytica/AggregateIQ dans lequel elle était impliquée.

Positionnement dans l'échiquier politique En Europe et en Amérique du Nord, SCL s'est toujours mis au service de la droite conservatrice (ses dirigeants, propriétaires et investisseurs ont des liens étroits avec le Parti conservateur, tant au Royaume-Uni qu'aux États-Unis, et en particulier avec sa frange libertarienne de droite). Les finances de SCL incluaient plusieurs des plus gros donateurs de Partis conservateurs, dont la famille Mercer.

Dans les pays en développement, le groupe se montrait plus opportuniste.

Histoire En 1990, Nigel Oakes, homme d'affaires britannique initialement actif dans la production télévisuelle et la publicité, fonde le Behavioral Dynamics Institute (BDI) qu'il présente comme un Centre de recherche pour la communication stratégique. Il en est le PDG.

En 1993, l'étude des comportements de masse, et de la manière de les modifier, conduit Oakes à créer ce qu'il nomme des laboratoires de communication stratégique. Ce dernier pensait que pour massivement influencer et manipuler l'opinion publique, il faut impérativement des connaissances académiques fines en psychologie/anthropologie, qui ne peuvent qu'être acquises et mises en œuvre avec l'aide d'universitaires. Grâce au BDI, il peut tester ses hypothèses. Il estime pouvoir ainsi avoir plus de succès qu'avec toutes les méthodes traditionnelles de publicité et de propagande électorale.

En 2005, le , SCL est officiellement créée par Nigel Oakes et Steve Bannon (sous le statut juridique de Private limited Company, avec comme adresse postale le 4 Mount Ephraim Road, Tunbridge Wells, Kent, TN1 1EE, selon le registre du commerce anglais). Steve Bannon est l'un des principaux portails de l'ultra-droite américaine sur le Net, un politicien américain d'extrême droite très influent qui de 2012 à 2016 dirigera Breitbart, sera le conseiller de campagne de Trump, puis son conseiller à la Maison-Blanche. Le nom de l'entreprise est « SCL Group Limited », SCL étant ici l'acronyme de Strategic Communication Laboratories (SCL). Le groupe SCL, selon le registre du commerce anglais inclut aussi et .

Il existe aussi SCL Analytics limited, créée le avec le statut de Private limited Company, détenue à 100 % par Alexander Nix, avec comme raison sociale Activités de relations publiques et de communication et avec comme adresse postale : 4 Mount Ephraim Road, Tunbridge Wells. Son Directeur en était Roger Michael Gabb (du au ), Alexander James Ashburner Nix en étant PDG (du au 30 April 2018) alors que Julian David Wheatland était appointé comme directeur-consultant (du au ).

Le BDI (Behavioral Dynamics Institute, créé plus tôt) ne disparait pas, mais devient une filiale à but non lucratif de SCL, attirant moins l'attention et bénéficiant d'avantages fiscaux pour ses investisseurs (parmi lesquels le banquier Paul David Ashburner Nix, dont le fils Alexander Nix est devenu un proche associé des frères Oakes (Nigel et Alexander). L'un des anciens directeurs est Lord Ivar Mountbatten (né le , homme d'affaires et cousin éloigné de la reine Élisabeth II et du prince Philip, duc d'Édimbourg. Parmi les investisseurs de la société figuraient Jonathan Marland (dit « baron Marland ») et Roger Gabb, un important donateur du Parti conservateur enregistré comme ayant un contrôle significatif sur la société à partir de 2018..

Dès sa création, SCL a commencé à cibler certains publics jugés stratégiques pour faire basculer des élections de pays en développement.

Mais, SCL, avec le même genre de techniques de micro ciblage et de modification de la psyché, s'est aussi engagé dans la conduite d'opérations de guerre psychologique dans des contextes militaires, au service des armées américaines et britanniques lors de la guerre en Afghanistan et en Irak, et parfois au service de l'OTAN. SCL aurait également été proche de la famille royale britannique (Nigel Oakes, fondateur de SCL a été le second « petit ami sérieux » de cousine de la reine, Lady Helen Taylor née Windsor). SCL était aussi proche de l'armée britannique qui en a été client et qui a introduit SCL dans les milieux de l'OTAN.

En 2013, a créé deux filiales : Aggregate IQ au Canada, et Cambridge Analytica au Royaume-Uni. Ces deux filiales, en lien étroit avec divers Think tanks de la droite libertarienne appartenant généralement au Réseau de Stockholm et/ou au Réseau Atlas (deux réseaux respectivement européen et mondial de Think tanks et groupes de pressions libertariens de droite), ainsi qu'au réseau informel du 55 Tufton Street. Ces filiales ont notamment soutenu (avec l'aide de millions de dollars apportés par le milliardaire américain Robert L. Mercer) les campagnes des conservateurs Ted Cruz et Donald Trump (élection présidentielle américaine de 2016). Elles se sont aussi notamment mises au service de la campagne de Vote Leave/Leave.EU et des conservateurs et libertariens anglais et américains en faveur du Brexit.

En 2020, SCL a ouvert un bureau associé au Caire, en pleine pandémie de COVID-19, lié à la société bahreinite Crow Trading ltd, fondée par le Mohamed Y. Abdelrahman, un scientifique égyptien en psychologie comportementale.

Le groupe SCL, vendant son savoir-faire de manipulateur professionnel d'élections, voire de coups d'État, se devait de rester discret. Il est resté pendant plus de inconnu du grand public, puis il a été brutalement mis en lumière par le témoignage de Christopher Wylie (ancien directeur de recherche de Cambridge Analytica jusqu'en 2014, qui, pris de remords après avoir constaté que son travail avait servi l'extrême droite américaine et conduit à l'élection de Donald Trump, a dénoncé publiquement ses activités). Avec Shahmir Sanni, David Caroll et d'autres lanceurs d'alerte internes ou externes à la nébuleuse SCL, il est à l'origine de la révélation du scandale Facebook-Cambridge Analytica/AggregateIQ (scandale ayant co-impliqué les parti conservateurs anglais et les deux entreprises-sœur, respectivement filiales anglaise et canadienne de ), de même que Crow Business Solutions MENA.

Le , la société se déclare en faillite et clôture officiellement ses activités. Les liquidateurs de SCL sont Vincent John Green et mark Newman de (basé à Tunbridge Wells dans le Kent)Voir aussi le PDF : .

Cadres Selon les déclarations de SCL faites au registre du commerce, les cadres de SCL ont été : Alexander Waddington Oakes (né en novembre 1968, jeune frère de Nigel Oakes), Directeur du groupe du au , et Secrétaire, du au David Ferguson Christie (né en aout 1970), directeur des investissements, embauché le , révoqué le Roger Michael Gabb (né en novembre 1938), directeur du groupe, embauché le , révoqué le Alexander James Ashburner Nix (né en mai 1975), directeur du au , puis du au (licencié) Nigel John Oakes (né en ), directeur du groupe du au Geoffrey Edwin Pattie (né en janvier 1936), directeur du au Julian David Wheatland (né en juillet 1961), directeur du au , puis PDG (CEO) du au John Michael Bottomley, Secrétaire, embauché le , révoqué le

Note : la SDG SECRETARIES LIMITED « Nominee Secretary », une société écran, a été utilisée une journée, le

Spécialités Après un premier succès commercial, SCL semble s'être principalement développé dans les arènes militaires et polico-financières, deux domaines se confondant parfois (dans les États totalitaires notamment et/ou lors d'un coup d'État). Grâce à ce qu'il appelle des « opérations psy », SCL peut produire un aperçu de ce que pense un public cible, puis modifier, selon ses dires, cette pensée. SCL a affirmé être en mesure d'aider à fomenter des coups d'État.

Dans le domaine militaire Dans le complexe militaro-industriel, SCL est devenu connu pour son implication dans des campagnes de désinformation militaire liées à la guerre en Afghanistan et en Irak, avec des résultats à long terme difficiles à évaluer. SCL développe alors des « Psyops » (Opérations psychologiques mises en œuvre par les militaires qui veulent opérer un changement de sentiment de masse dans une population ; ce qu'on désigne autrement en parlant de ).

En 2005, au salon DSEI (, ), SCL a confirmé sa capacité à pour aider à orchestrer une campagne sophistiquée de tromperie de masse sur le public d'une grande ville comme Londres.

SCL a notamment compté parmi ses conseillers Steve Tatham (via un groupe consultatif sur l'influence). Ce Haut-gradé de Royal Navy a enseigné les méthodologies de SCL aux divisions PSYOPS de l'OTAN via Iota Global, partenaire régulier de SCL. Et selon sa présentation sur le site de SCL, . En 2007, Tatham a été le premier directeur de la au ministère de la Défense, au sein du groupe de recherche et d'évaluation de l'Académie de défense britannique. Il a occupé ce poste jusqu'en 2010. Il a également conseillé, sur les opérations d'« influence », les plus hauts niveaux du gouvernement britannique. Il a été expert en « influence » pour le développement des doctrines britanniques et de l'OTAN en matière de communication stratégique. Il a été conférencier et conseiller ). Une fois retraité, Tatham s'est plaint que The Guardian ait utilisé le mot « désinformation » dans un article sur Mercer à propos des stratégies de type « militaires » qui auraient pu être utilisées pour influer sur le cours et les résultats d'élections britanniques et américaines.

The Observer a eu accès à des courriers montrant son rôle au ministère britannique de la Défense, mais aussi au ministère anglais des Affaires étrangères et au sein de l'OTAN.