thumb|300px|right|Synagogue de Hietzing en 1930
La synagogue de Hietzing aussi dénommée la Neue-Welt-Synagoge (synagogue du nouveau monde) ou Temple de Hietzing était la synagogue communautaire de Hietzing, district de Vienne. La synagogue inaugurée en 1929 a été incendiée par les nazis en 1938 lors de la nuit de Cristal comme la plupart des synagogues et lieux de culte juif d'Allemagne et d'Autriche.
Elle était située sur un terrain à l'angle de la Eitelbergergasse et de la Neue-Welt-Gasse, près de la limite entre les quartiers d'Alt-Hietzing et de Unter Sankt Veit.
La communauté juive de Vienne – Hietzing Dans la seconde moitié du , les villages d'Alt-Hietzing et de Lainz se développent en quartiers résidentiels prisés des riches Viennois, d'abord pour des séjours saisonniers, puis comme résidences permanentes. En 1890/1892, Alt-Hietzing et Lainz, à l'exception de quelques zones, ainsi que les villages de Penzing, Breitensee, Baumgarten et Hütteldorf situés au nord de la rivière Vienne, sont incorporés à Vienne et forment le arrondissement de Vienne sous le nom de Hietzing.
En 1867, l'Israelitische Kultusgemeinde Wien (IKG – Association cultuelle israélite de Vienne) reçoit ses statuts selon lesquels elle devient une société administrée de manière autonome avec un conseil d'administration de . Avec l'introduction du suffrage censitaire, la communauté est structurée économiquement dans la seconde moitié du , les représentants les plus riches se trouvent au sommet de la hiérarchie. Avec la promulgation de la nouvelle loi israélite le , l'administration d'une zone limitée localement est imposée aux communautés religieuses existantes. En 1890, lors de l'incorporation des villes de banlieue dans le Grand Vienne, les communautés juives déjà autonomes de Sechshaus et arrondissements), d'Ottakring ( et arrondissements) et de Währing ( et arrondissements) se trouvent rattachées à la communauté cultuelle israélite de Vienne. Il en est de même pour la communauté turque en 1896 et pour la communauté juive de Floridsdorf en 1907: Pierre Genée: Wiener Synagogen 1825–1938; éditeur: Löcker; page: 36; . En conséquence toutes les institutions, y compris les synagogues, les écoles et les organismes de bienfaisance, sont alors subordonnées administrativement à la communauté cultuelle israélite de Vienne.
En raison de la forte augmentation de la population juive dans l'entre-deux-guerres, on assiste à l'émergence de petites communautés de prière privées. En 1907, en plus des six synagogues communautaires, il existe environ associatives d'une capacité totale de : Pierre Genée… page: 39. L'IKG est responsable de subventionner ces petites associations cultuelles, soit par le biais de prêts soit par des subventions.
Hietzing, qui avec Meidling et Rudolfsheim, était sous la responsabilité de l'association cultuelle de Sechshaus, comprend une importante population juive de en 1910. L'Association du temple Wien-Hietzing est approuvée en 1904 par le gouverneur de Basse-Autriche sous le titre Jüdischer Tempelverein für den XIII. Wiener Gemeindebezirk. Les administrateurs initiaux sont: S. Krenberger, directeur d'école privée; Julius Rosenzweig; Gustav Jakob; Bernol Picker; Herman Kuner, prothésiste dentaire et Salomon Beer. Selon les statuts de 1904, le but de l'association est: (§1): Le but de l'association consiste en la création et en l'entretien d'un temple israélite dans le arrondissement de la ville de Vienne et dans la bonne tenue du service religieux israélite et de toutes les cérémonies religieuses, avec le consentement de la communauté religieuse israélite de Vienne... (§4): Tout Juif quel que soit son âge ou son sexe» peut devenir membre de l'association: Archives nationales et de la ville de Vienne; dépt 119; A32: 1258/1933.
Pendant longtemps, l'association gère une maison de prière permanente au 132 Penzingerstraße Revue de la communauté juive de Vienne (IKG) de mars 1994; page: 32, qui peut accueillir , dont . Selon un rapport de l'Association du temple, il s'agit d'une modeste salle de prière formant un angle droit initialement destinée à être un café. En plus du manque d'espace, la salle présente plusieurs inconvénients : seule la première rangée de femmes peut voir l'officiant, l'allée entre les sièges n'est que de . De plus, la bimah se trouve située entre l'Arche Sainte et la fenêtre orientale et à seulement de la première rangée de bancs. Seulement cinq personnes peuvent se rassembler autour de la bimah. Pour les grandes fêtes, la communauté juive est obligée de louer une salle de l'auberge «Weißer Engel» sur la place Hietzinger: Otto Fleming: Juden in Hietzing.
En 1912, en raison du manque criant d'espace, l'Association du temple prend la décision de construire une nouvelle synagogue. Celle-ci va être financée par des dons privés. La profession des Juifs résidant à Hietzing suggère une population aisée. On trouve entre autres : un fournisseur de l'armée en matériel sidérurgique, des architectes, des avocats, le directeur du sanatorium Hacking (aujourd'hui: hôpital Saint-Joseph de Vienne), des membres du conseil d'administration de la radio autrichienne, des médecins, des tailleurs, des détaillants, le propriétaire d'une pharmacie etc…
Construction de la synagogue 1912 – Premier concours architectural
Un concours architectural est lancé en 1912 pour la construction d'une synagogue: Ulrike Unterweger: Die Synagoge in Wien Hietzing; site: David jüdische Kulturzeitschrift; numéro: 70 dans la Onno-Koppgasse (dans l'actuel district de Vienne). Le terrain est encadré de bâtiments des deux côtés et accessible par la rue depuis l'ouest. Le jury est composé des architectes Julius Deininger (1852-1924), Max Fabiani (1865-1962), Ernst Gotthilf (1865-1960), Oskar Strnad (1879-1934), Jakob Gartner (1861-1921), Ernst Lindner (1870-1956), Friedrich Schön (1857-1941/1945), du directeur de l'établissement d'enseignement privé pour le district Salomon Krenberger (1861-1931) ainsi que du joaillier de cour Max Zirner (1857-1918). Parmi les architectes membres du jury, Deininger et Fabiani sont catholiques, et les autres sont juifs. Jakob Gartner est un architecte qui s'est spécialisé dans la construction de synagogues et a déjà à son actif à cette époque, la construction de nombreuses synagogues en Autriche et dans l'actuelle République tchèque, en Slovaquie, Roumanie et Hongrie. Ernst Lindner a construit au début du siècle la synagogue d'Ustroń (actuellement en Pologne) et Friedrich Schön celle de Mistelbach (en Basse-Autriche).
Parmi les 32 projets soumis, le jury décerne des prix aux travaux de Hugo Gorge (1883-1934), Rudolf Perco (1884-1942) et Ernst A. Heise. L'architecte Ernst Lichtblau (1883-1963), concepteur du style bosnien, qui a également participé au concours, n'est pas récompensé.
Le concours est remporté par Hugo Gorge, un architecte juif né le à Butovice (quartier de Studénka, actuellement en République tchèque). Après des études à l'école des arts et métiers de Brünn (maintenant Brno en Tchéquie), il part pour Vienne et suit des cours à l'université technique. Puis en 1907, il passe en classe de maîtrise de Friedrich Ohmann à l'Académie des beaux-arts de Vienne. En 1910, il reçoit pour ses réalisations exceptionnelles une bourse de voyage de l'État qui lui permet de s'installer à Rome pendant pour compléter son cursus. Pendant ses études à l'académie, Gorge travaille dans le studio d'Ohmann, où il rencontre Oskar Strnad. Après son retour à Vienne en 1911, il l'emploie comme assistant à l'École des arts appliqués de Vienne. Ses relations de travail et sa collaboration avec Strnad ont été d'une très grande importance. thumb|200px|right|Hugo Gorge Dans sa conception de la synagogue, Gorge met un accent particulier sur la transmission de l'écriture sainte à travers la lecture de la Torah. La mise en œuvre spatiale de cette thèse se manifeste à travers la bimah qui est située au milieu de la salle de prière. Cette typologie spatiale se retrouve déjà au Moyen Âge, par exemple dans la Synagogue vieille-nouvelle de Prague de 1270. Les sièges sont disposés autour de ce centre et l'Arche Sainte est située sur le mur Est de la salle de prière: Roland Müller: Virtuelle Rekonstruktion der Synagoge in Wien Hietzing; thèse d'ingénieur; Université technique de Vienne; faculté d'architecture et d'aménagement du territoire; Vienne; juin 2008; page: 27.
Selon Gorge, l'Arche Sainte ne doit pas être placée en face de l'entrée afin qu'elle ne puisse pas être vue avant que la personne ne soit entrée dans la synagogue. La disposition centrale de la bimah permet à toutes les personnes présentes de participer au service de la même manière. En sont exclues les femmes qui sont reléguées dans la galerie en étage, que l'on rejoint par un accès séparé. Gorge met également un accent particulier sur la création d'espaces séparés pour accueillir les défilés de l'Arche Sainte, les processions de mariage et d'autres rituels juifs. Côté rue, la synagogue offre une façade unie, percée uniquement par les portes et quelques fenêtres.
Dans le projet de Hugo Gorge, une cour-fontaine forme le centre du complexe, sur laquelle s'ouvrent tous les étages. Les grandes portes vitrées entre le vestiaire, le vestibule, les couloirs de communication et la cour restent adaptables permettant de créer un grand espace pour des offices importants. Les couloirs sont aménagés de façon à rendre possible d'une part le défilé rituel des rouleaux de la Torah et d'autre part, la communication avec les vestiaires et les sorties de secours. La salle de prière pour les jours de semaine sert également de salle de classe et est reliée à la salle principale par des fenêtres afin de permettre une utilisation commune lors des jours de grande fête. Au rez-de-chaussée se trouve également la salle de préparation où la mariée agence sa tenue et où se déroule la signature des documents de mariage, la chambre du rabbin et les toilettes. Comme la profondeur de construction prescrite est de , Gorge a divisé l'escalier de secours en deux parties à l'arrière de la construction. À gauche, il a situé le jardin et à droite la cour d'honneur, qui offre assez d'espace pour installer la cabane pour la fête de Souccot. L'escalier de secours prescrit par la loi est conçu comme un escalier de jardin, et sert également de liaison entre le jardin et le premier étage lors des événements festifs de la communauté.
Au premier étage, se trouve une salle de conférence avec terrasse, la pièce du président de la communauté reliée à une pièce pour la secrétaire, un vestibule spacieux, une réserve de sièges et des toilettes pour hommes et femmes. Au deuxième étage on trouve la galerie des femmes, des toilettes et un vestiaire, l'appartement du hazzan (chantre) et un couloir extérieur qui s'ouvre sur le balcon des chanteurs. Une salle de repos est également prévue pour les femmes afin qu'elles puissent se reposer lors de longues cérémonies pendant la période des fêtes. Au dernier étage, il y a l'appartement du serviteur du temple, une salle de bains, une buanderie, un séchoir et une pièce pour l'archivage. Certaines parties du rez-de-chaussée possède un sous-sol.