vignette|Statue de Francisco Franco à Melilla, classée bien d’intérêt culturel, mais retirée de l’espace public en ...
La Carrière militaire de Francisco Franco au Maroc se déroula en deux étapes, d'abord entre 1912 et 1917 puis entre 1920 et 1926.
Après s'être fait remarquer dans les rangs des Réguliers indigènes et promu commandant dès 1916, il participe à la création de la Légion étrangère en 1920. C'est au terme de ces deux périodes marocaines, entrecoupées d'une affectationde 3 ans à Oviedo, qu'en reconnaissance du rôle crucial qu'il a joué dans l’offensive d'Al Hoceima et de sa conduite ferme et résolue qu'il fut promu en général de brigade, à l’âge de 33 ans, devenant alors le plus jeune général d’Espagne et de toutes les armées d’Europe.
Synthèse Au terme de sa formation militaire à Tolède, l'enseigne Francisco Franco sollicita, et obtint finalement — après un prélude d’une année dans la garnison de Ferrol — son affectation au Maroc, où les troupes espagnoles tentaient non sans peine d’occuper le territoire assigné à l’Espagne par le traité d’Algésiras de 1906, puis par l’accord entre Paris et Madrid signé en 1912. La zone espagnole, la moins contrôlable qui soit, grande d’à peine 5 % du protectorat, constituée essentiellement du Rif, alignait sur une succession de sommets coupés de cols impraticables et était peuplée de tribus berbères hostiles à toute pénétration étrangère. C’était une affectation risquée (comme en témoigne le chiffre de 12 % de tués parmi les camarades de promotion de Franco), mais c’en était une aussi où l’avancement pour mérites de guerre promettait une carrière militaire rapide. Franco s’incorpora dans une armée espagnole dont l’équipement était déficient et suranné, les troupes démotivées et le corps d’officiers peu compétent.
C’est au Maroc que Franco devint un adulte mûr et forgea sa destinée personnelle — « sans l’Afrique, c’est à peine si je pourrais m’expliquer à moi-même », devait-il déclarer plus tard. Confronté aux turpitudes du milieu colonial et à l’âpreté des rapports entre les hommes, Franco se forgea une carapace de froideur, d’impassibilité, d’indifférence à la douleur et de maîtrise de soi. Au cours des dix ans et demi qu’il passa au Maroc, sa bravoure, son sens du commandement et ses vertus martiales lui assurèrent une ascension fulgurante.
Employé d’abord, à son arrivée en 1912, au sein des troupes ordinaires, dans un cycle continu de missions de reconnaissance, de protection des convois de ravitaillement et de surveillance des postes isolés, il demanda en à rejoindre les rangs des Réguliers indigènes, unités supplétives et troupes de choc qui se voyaient souvent confier les tâches les plus dangereuses. Pointilleux sur le règlement, dont il faisait cependant une application honnête, il se signala par sa vaillance, sa sérénité, sa lucidité sous la pression, son aptitude au commandement, sa témérité, sa combativité et par le soin qu’il portait à l’aspect logistique. Marchant au-devant du danger, il était enveloppé d’un halo d’invulnérabilité aux yeux des indigènes, qui le croyaient détenteur de la barakah, à l’origine sans doute de son futur providentialisme.
Grièvement blessé en lors de l’opération d’El Bioutz, et après avoir été élevé au grade de commandant, ce qui faisait de lui le commandant le plus jeune d’Espagne, il fut versé en dans le régiment d’Oviedo, où il fit la rencontre de sa future épouse. Ses fiançailles avec une jeune fille issue de la haute société asturienne lui permirent de doubler d’une promotion sociale ses avancements militaires. Il fit également la connaissance de Millán-Astray, qu’il aida à mettre sur pied en 1920 la Légion étrangère, qui allait bientôt se signaler par sa discipline de fer, la brutalité des châtiments infligés à la troupe et, sur le champ de bataille, par les cruautés commises à l’encontre de l’ennemi vaincu ; cette mentalité préfigure la dureté et l’esprit de vengeance affichés par Franco pendant et après la Guerre civile.
Au lendemain du désastre d’Anoual, où par l’impéritie de certains hauts gradés près de espagnols laissèrent la vie, Franco sut, comme commandant de la Légion, redresser la situation militaire et reconquérir en partie les positions perdues, ce qui lui valut un surcroît de prestige dans l’armée et une grande popularité auprès de la bourgeoisie et de la population espagnoles.
Il assura le bon déroulement des opérations de reconfiguration du dispositif de défense espagnol dans le Rif, selon un redéploiement décidé par Primo de Rivera en vue d’une future offensive générale en synergie avec la France, dont l’étape clef sera le débarquement amphibie d’Al Hoceima de 1925. En reconnaissance du rôle crucial joué par Franco dans ladite offensive et de la conduite ferme et résolue qui avait été la sienne, il fut promu en général de brigade, à l’âge de 33 ans, devenant le plus jeune général d’Espagne et de toutes les armées d’Europe. Il ne cessera de considérer que la présence espagnole au Maroc faisait partie de la mission historique de l’Espagne.
Prélude : première affectation à Ferrol (1910-1912) vignette|upright|Franco en uniforme d’enseigne (1910).
Avant la Première Guerre mondiale, les conflits coloniaux étaient les seuls à pouvoir offrir une expérience de combat aux jeunes officiers européens, et, dans le cas de l’Espagne, le Maroc était l’unique lieu, l’unique champ de bataille où acquérir renommée et gloire ainsi qu’une promotion rapide pour mérites de guerre... Le journaliste et écrivain Luciano Rincón (alias Luis Ramírez) remarqua avec sarcasme que le Maroc n’avait d’intérêt que pour l’armée, comme tremplin de carrière pour les jeunes officiers. Franco avait donc, une fois sorti diplômé de l’Académie de Tolède, et à l’égal de tous ceux de sa promotion, d’abord demandé une affectation au Maroc, mais une disposition législative récente interdisait d’envoyer là-bas les sous-lieutenants frais émoulus. Pour beaucoup, ce ne fut que partie remise, car le Rif sera un tombeau pour nombre d’hommes de la promotion : selon les calculs de Bartolomé Bennassar, 36, soit environ 12 %, seront tués au Maroc, et le général Rafael Casas de la Vega avance même le chiffre de 44 ; 17 d’entre eux furent tués entre 1911 et 1914, alors qu’ils n’étaient que sous-lieutenants ou lieutenants..
Après que sa requête d’une affectation en Afrique eut été rejetée en première instance, non pas tant en raison de ses médiocres résultats à l’Académie militaire mais plutôt parce que, au regard de la loi, il n’entrait pas en ligne de compte pour un poste de combat au Maroc dans sa première année professionnelle, Franco sollicita et obtint d’être versé comme sous-lieutenant au régiment d’infanterie d’El Ferrol, pour être près de sa famille.. On accéda à sa demande et Franco passa donc deux années dans sa ville natale, où son amitié se resserra avec son cousin Pacón et avec Camilo Alonso Vega, qui resteront toujours fidèles à ses côtés..
Ayant pris son service le , Franco ressentit très vite la monotonie de la vie de garnison, avec ses allers-retours entre la vieille caserne de Dolores et la maison familiale. Ses feuilles de service sont le fidèle reflet de cette médiocre existence de caserne , dont il ne pouvait rien attendre et qui ne comportait pas la moindre chance de parvenir à quelque réputation.. Certes, ses supérieurs à Ferrol s’étaient avisés que Franco connaissait son métier, manifestait une capacité inhabituelle à l’instruction et au commandement, et se montrait ponctuel et strict dans l’exécution de ses obligations professionnelles. Surtout, il découvrait qu’il avait grand plaisir à commander les hommes, et exigeait d’eux un comportement irréprochable., tout en s’efforçant de ne pas commettre d’injustices. Aussi, en , au terme de sa première année, fut-il nommé instructeur spécial des nouveaux caporaux, responsabilité qui était prise très au sérieux. D’autre part, il prenait grand soin de sa tenue et ne manquait pas une occasion de monter à cheval, et de s’élever ainsi, fût-ce artificiellement, au-dessus des autres.
À Ferrol, il faisait montre d’une piété inhabituelle : très proche de sa mère, il la suivait dans ses exercices pieux, s’inscrivant notamment dans le groupe qui pratiquait l’adoration nocturne du Sacré-Cœur. Les biographes ne s’accordent pas sur la signification de ce dernier fait ; l’on ne sait s’il assistait à ces cérémonies par une authentique dévotion ou simplement pour se plier aux désirs de sa mère bien-aimée. Le plus commun chez les jeunes militaires espagnols était d’afficher peu de marques de religiosité, et Franco, quoiqu'il se soit toujours affirmé catholique apostolique romain, ne s'autorisa guère pendant de longues années à laisser libre cours à l’expression de ce sentiment. Bartolomé Bennassar pour sa part estime :
Par ailleurs, il butinait quelques jeunes filles, composant à leur intention des vers de mirliton dans la tradition espagnole.
En 1911, Franco, Alonso Vega et Pacón sollicitèrent une nouvelle fois leur envoi au Maroc, et firent cette fois appuyer leur demande par toutes les recommandations possibles, y compris celle du père de Franco, Nicolás, qui voulut bien rédiger une lettre de recommandation ; mais l’appui le plus important vint de l’ancien directeur de l’Académie de Tolède, le colonel José Villalba Riquelme, à qui l’on venait de confier le commandement du régiment d’infanterie stationné à Melilla et opérant dans la zone nord du Maroc, et qui obtint, après amendement de la loi, le versement dans son régiment des trois jeunes officiers..
Première période en Afrique : les Réguliers indigènes (février 1912-janvier 1917)
C’est au Maroc que Franco devint un adulte mûr et qu'il forgea sa destinée personnelle — « Sans l’Afrique, c’est à peine si je pourrais m’expliquer à moi-même », dira-t-il.. Au cours des dix ans et demi qu’il passa au Maroc, sa bravoure, son sens du commandement et ses vertus martiales lui assurèrent une ascension rapide, jusqu’à atteindre, au bout d’une dizaine d’années au Maroc, le grade de général, faisant de lui le général le plus jeune d’Europe à cette époque.. Il allait acquérir une grande popularité dans la bourgeoisie espagnole et un prestige certain au sein de l’armée, ce qui lui valut, en dépit de sa jeunesse, de jouir d’un statut à égalité avec les généraux les plus installés et d’être un des militaires ayant le plus grand ascendant auprès de la population espagnole dans une époque clef de l’histoire du pays, la Deuxième République ; selon l’historien Stanley G. Payne, il réussit à devenir « la figure la plus prestigieuse de l’armée espagnole »..
La guerre d’Afrique eut pour conséquence d’élargir encore la fracture entre armée et société civile : d’un côté, par le pacifisme croissant de la majorité de l’opinion publique, beaucoup d’officiers se voyaient confirmés dans leur opinion que l’Espagne ne pouvait pas être gouvernée par des civils., de l’autre, l’armée était rejetée par les classes populaires, qui lui imputaient des milliers de morts, souvent des jeunes gens de familles humbles n’ayant pas été en mesure de s’acquitter de la « cote » (cuota) pour les exempter de service militaire« Il n’y avait jamais eu une jeunesse aussi torturée que la nôtre par la menace marocaine, ni sacrifiée si stupidement dans une aventure sans gloire, sans grandeur, triste, sinistre, opaque, honteuse, qui remplissait la vie espagnole d’une odeur de cantine, de sardines oxydées des rations de campagne, de poux, de cadavérine », propos de Carlos Esplá, écrivain et secrétaire de Blasco Ibáñez, rapportés par .. Ce rejet fut à l’origine de la Semaine tragique de 1909, et les protestations, perçues par l’armée comme antipatriotiques, gagneront encore en ampleur en 1911 devant l’intensification des campagnes militaires au Maroc..
Contexte historique