La Tribune est un journal économique et financier français, créé en par Bruno Bertez, et situé à Paris.
Le journal est le principal concurrent du quotidien Les Échos jusqu'à l'abandon de son édition imprimée quotidienne, en , remplacée depuis par une édition hebdomadaire.
Il est devenu une filiale du groupe Hima, possédée à 100 % par Rodolphe Saadé depuis le à travers la société CMA Média...
Son chiffre d'affaires en 2023 est de 13,5 millions d'euros..
Histoire Lointains ancêtres La Tribune est le lointain descendant du Cours de la Bourse et de la Banque, simple feuille recto-verso publiée dès 1824Le fil coupé, après, par Romaric Godin, page 11, dans le dernier numéro de La Tribune, le 30 janvier 2012 ., deux ans avant Le Figaro, puis rebaptisée du nom d'un banquier millionnaire Victor Antoine Desfossés (1835-1899), boursier et collectionneur d'art réputé, qui dirige aussi le journal littéraire Gil Blas, où il recrute l'écrivain Maurice Leblanc, père d'Arsène Lupin, rencontré dans sa luxueuse villa d'Étretat. Sa Cote Desfossés, qui fusionnera en 1992 avec La Tribune, a eu pour patrons d'autres profils atypiques, comme l'agent de change Courballée, qui prête un million de francsL'Homme de l'ombre: Éléments d'enquête autour de Jacques Foccart, l'homme le plus mystérieux et le plus puissant de la République, par Pierre Péan, Éditions Fayard, 1990., sous l'occupation, pour faire sortir de prison les résistants Jacques Foccart et Henri TournetLes patrons français sous l'Occupation, par Renaud de Rochebrune et Jean-Claude Hazera, Éditions Odile Jacob, 1995., ou l'aventurier colonial André Bassinet et son gendre Jean Chamboulive, auteur d'une thèse sur La direction des sociétés par actions aux États-Unis d'Amérique en 1964, au moment où se prépare l'importante loi de 1966 sur le Contrat de société en droit français.
Autre héritage, quelques-uns des premiers collaborateurs de La Tribune et ses premiers locaux venaient du Nouveau Journal, lancé en Histoire de l'Agefi - Le CNPF aux commandes (1967-1981), par Pascal Aubert, site : . par Raymond Bourgine avec toute l'équipe de L’Information, quotidien économique fondé en 1899 par Léon Chavenon et relancé en 1950 par Robert Bollack.
Trois fondateurs, venus du Monde et des Échos La Tribune de l'économie a été fondée le par Bruno Bertez, un journaliste passionné de Bourse et propriétaire de l'hebdomadaire La Vie française depuis 1979. Il en confie la direction au trio de journalistes qui lui ont proposé de créer un quotidien ressemblant au Wall Street Journal, moins institutionnel et plus tourné vers l'international que Les Échos« On était un peu délirants, et optimistes », Interview de Jacques Jublin, fondateur de La Tribune dans Libération du 30 novembre 2011, site : . : Philippe Labarde, Jacques Jublin et Jean-Michel Quatrepoint.
Bruno Bertez demande à Jean-Michel Quatrepoint de constituer une équipe de haut-niveau. Il parvient à débaucher six journalistes du Monde, dont le chef du service économie, Philippe Labarde, ancien coulissier de la Bourse de ParisMon tour du Monde, par Éric Fottorino, Éditions Gallimard, 2011, page 51.. Il recrute aussi sept journalistes des Échos, dont Jacques Jublin, chef du service industrieLa Tribune, dernière heure, par Xavier Ternisien, dans Le Monde du 2 février 2012 .. Daniel Lacotte, directeur de L'Agefi et professeur au Centre de formation des journalistes, rejoindra l'équipe en qualité de rédacteur en chef en 1989, après l'arrivée dans le capital de Jean-Louis Servan-Schreiber. Pour lancer La Tribune, Bertez s'appuie sur L'Agefi un petit quotidien boursier de l'après-midi au tirage confidentiel, vivant de la publicité financière, qu'il a racheté en 1984 à Michelin et Peugeot, avec sa filiale, Le Nouveau Journal, autre quotidien à faible tirage, plus généraliste. La Tribune naît dans leurs locaux historiquesMon tour du Monde, par Éric Fottorino, Éditions Gallimard, 2011., qui occupent une partie d'un ancien hôtel particulier, aux 106-108, rue de Richelieu« Morituri te salutant », par Isabelle Croizard, dans le dernier numéro de La Tribune, le 30 janvier 2012, site : ..
La Tribune se veut pluraliste et tournée vers l'enquête : « Nous avons choisi le titre de La Tribune parce que ce devait être un lieu où tous les points de vue pouvaient s’exprimer, de gauche comme de droite », se souvient Jean-Michel QuatrepointTémoignage dans Le Monde du 30 janvier 2012.. Pour Jacques Jublin, les fondateurs voulaient surtout vulgariser, écrire pour un public plus large, en couvrant « les trois cercles de l’économie : l’industrie, la Bourse et la consommation. Écrire pour ceux qui vivaient l’économie. Les Échos, eux, parlaient aux industriels et aux milieux politiques »« On était un peu délirants, et optimistes », interview de Jacques Jublin, fondateur de La Tribune dans Libération du 30 novembre 2011.. Les citations anonymes sont acceptées dans La Tribune, dans un souci de protection des sources d'information des journalistes, à condition que les informations exclusives ainsi obtenues soient scrupuleusement recoupées et accompagnées de rigoureux éléments de contextualisation.
Les derniers journalistes restés au Nouveau Journal sont intégrés. La Tribune s'appuie pour son lancement sur une fraction des de francs de bénéfices de La Vie française. Lors des nombreux « pots », les journalistes entonnent le fameux À la santé du confrère, l’hymne des ouvriers du Livre, datant du Second EmpireÀ la santé du confrère… Hymne typographique qui s'entonne le verre à la main, ., qui fleure bon le vin rouge, l’encre fraîche et la fraternité des luttes syndicales, se souvient Jean-Michel Quatrepoint. Mais dès la mi-1985, Bruno Bertez s'inquiète pour son imprimeur, l'Imprimerie de la Presse Nouvelle. Il entre en conflit avec le Syndicat du Livre et décide fin 1985 d'abandonner l'édition du soir, consacrée à la Bourse. Plusieurs journalistes s'en vont alors. Parmi eux, Éric FottorinoMon tour du Monde, par Éric Fottorino, Éditions Gallimard 2011., jeune spécialiste des matières premières, rubrique dont « s'est entiché » Philippe LabardeMon tour du Monde, par Eric Fottorino, Éditions Gallimard 2011, page 51.. Il est embauché au Monde, dont il deviendra directeur en 2007Mon tour du Monde, par Eric Fottorino, Éditions Gallimard 2011, page 371.. L'équipe fondatrice compte aussi Érik Izraelewicz, qui succédera à Eric Fottorino à la tête du Monde.
Rachat par L'Expansion Après deux années d'une croissance jugée trop lente, La Tribune est rebaptisée La Tribune de l’Expansion en , quand Bruno Bertez la revend au groupe Expansion de Jean-Louis Servan-Schreiber (JLSS), un patron de presse qui avait dirigé Les Échos jusqu'à leur cession à la famille Beytout en 1963. Bertez lui vend aussi L'Agefi, un autre quotidien, et l'hebdomadaire La Vie française, le seul de ses trois titres qui gagne de l’argentLes cent ans de l'Agefi .. JLSS achète de francsYves Mamou et Yves-Marie Labé, « Georges Ghosn, patron de Desfossés International, vient de fusionner deux de ses quotidiens, la Cote Desfossés, et la Tribune de L'Expansion », Le Monde, 10 juillet 1992. la société L'Opinion éditant ces trois journaux. Un autre montant évoqué, de francs, incluant les dettes, ne sera jamais confirmé. Le concurrent Les Échos avait été acheté quelques mois plus tôt par le britannique Pearson.
Jean Boissonnat, directeur de L'Expansion, devient celui de La Tribune. Les actionnaires minoritaires, Michelin et Peugeot, vendent leurs parts. JLSS annonce un plan d'investissement dans La Tribune : de francs pour le groupe, sur trois ansEditorial de Jean Boissonnat du 17 janvier 1992 .. Temps fort de la relance, La Tribune est désormais imprimée en couleur. Ses ventes augmentent de 50 % et sa publicité commerciale sextuple. Une partie de la somme sert à acheter l'immeuble futuriste « Le Ponant », rue Leblanc, où s'installe La Tribune. Jean-Michel Quatrepoint prend la direction de L'Agefi, où de nombreux journalistes sont embauchés en pour relancer le quotidien en perte de vitesse. Il lance aussi le magazine Haute Finance en 1988.
Face aux rumeurs sur son endettement, JLSS cherche surtout à masquer les difficultés de son bimensuel L'Expansion, chahuté depuis que le concurrent Capital s'est lancé avec succès en 1991. JLSS tente alors de réduire sa dette, par la vente d'actifs. L'Agefi est cédé dès : JLSS, qui maîtrise les questions d'immobilier, souhaite en effet récupérer ses locaux de la rue de Richelieu, avant l'automne.
JLSS a trouvé un acquéreur avec qui il fut associé jusqu'en 1988Le groupe Expansion avait en effet perdu un million de francs dans Publications économiques internationales, société de Georges Ghosn dont il contrôlait 80 %, et qu'il a obligé Georges Ghosn à racheter intégralement en 1988, afin de se désengager, épisode raconté dans Georges Ghosn, patron de Desfossés International, vient de fusionner deux de ses quotidiens, la Cote Desfossés et la Tribune de L'Expansion, par Yves Mamou et Yves-Marie Labé, dans Le Monde du 10 juillet 1992., le libanais Georges GhosnIl deviendra plus tard propriétaire de France-Soir, dans Un aventurier de la presse, Georges Ghosn multiplie les rachats et les coups tordus, par Olivier Costemalle, dans Libération du 18 mars 1999 .. Depuis Georges Ghosn quitte Desfossés International, dans Les Échos du 28 septembre 1993, site : ., ce dernier contrôle La Cote Desfossés, solide quotidien boursier vendu exclusivement par abonnement, sans publicité commerciale. La Cote Desfossés affichait encore de francs de bénéfice brut en 1988, dont la moitié provenant de la télématique ( heures de connexion par an pour Victoire Télématique), pour un chiffre d'affaires de de francs. Ses recettes stables avaient rassuré les financiers(Elf Aquitaine, Crédit agricole, CIC, Prudential, Hannover Re, UIC, La Mondiale et International Bankers SA).La Cote Desfossés pourrait racheter l'Agefi, dans Les Echos du 27 juin 1991, page 39., grâce auxquels Georges Ghosn a pu s'en emparer, en obtenant cinq ans pour rembourser des crédits représentant la « majeure partie » des de francsLa diaspora libanaise en France : processus migratoire et économie, page 93, par Amir Abdulkarim - 1996. payés aux actionnaires de La Cote Desfossés, André Bassinet et Jean ChambouliveAndré Bassinet et Jean Chamboulive, sont alors conseillés par leur banquier Initiative et Finance, filiale de la Banque Indosuez, qui restera au capital après la transaction..
Mais La Cote Desfossés a du souci à se faire. Depuis 1989, Pearson, le nouvel actionnaire des Échos les a dotés eux aussi d'une cote boursière complète, en débauchant le journaliste Philippe Guillaume, ex-chef du service marchés de La TribuneInterview de Philippe Guillaume, , coscénariste de bandes dessinées et directeur de la rédaction de BDSphère.. Et en 1990, L'Agefi veut à son tour une côte boursière ! Selon Georges Ghosn, cette condition l'a amené à revoir JLSS, pour évoquer le rachat de L'Agefi. La négociation dure un peu. La presse évoque des montants plus flatteurs pour le groupe Expansion que réalistesLa Cote Desfossés pourrait racheter l'Agefi, dans Les Echos du 27 juin 1991, page 39, site : .. Finalement, Georges Ghosn obtient en de payer en actions15 % de son capital, selon les articles de presse, qui ne précisent pas d'estimation de la valeur de ce capital. : il n'a pas un sou à débourser. L'Expansion promet par ailleurs de reclasser un quart des 40 journalistes de L'Agefi. JLSS obtient de son côté que 'L'Agefi déménage avant l'automne : Georges Ghosn doit l'installer dans un hôtel particulier du , rue Saint-AugustinLe site, au 7-8 rue Saint-Augustin, appartenait à un ancien agent de change., nécessitant de coûteux aménagements informatique. Sous l'effet de la concurrence de La Tribune, la rentabilité brute de L'Agef] (avant frais financiers) avait déjà fondu à 2,5 % en 1990, contre 15 % à 18 % par an jusqu'en 1988, avant les embauches de 1990. Elle plonge dans le rouge après.