Laffaire Athanor, ou affaire des barbouzes de la DGSE, est une affaire criminelle mettant en cause les membres d'une loge maçonnique dénommée Athanor, suspectés de commanditer des sévices physiques voire des assassinats contre rémunération de 2012 à 2020.

La loge appartient à une obédience maçonnique, la Grande Loge de l'Alliance maçonnique française, et est basée à Puteaux (Hauts-de-Seine). Elle est notamment fréquentée par des agents de services de renseignement particulièrement de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI), et d'anciens agents ou ex-professionnels de la sécurité. De la DGSE, seuls quelques garde-barrières du camp de Cercottes, militaires, mais pas agents secrets à la DGSE. Un duo forme la tête pensante de l'officine : un ex agent de la DGSI à la retraite, et un ancien chargé de communication.

Les enquêteurs envisagent l'implication de membres dans une dizaine d'affaires criminelles. Au moins un de ses contrats aurait été mené à son terme en 2018, par l'assassinat du pilote automobile Laurent Pasquali.

Le procès des 22 accusés s'ouvre le devant la cour d'assises au palais de justice de Paris. Le verdict est rendu en juillet 2026. Les principaux membres de la cellule sont condamnés à des peines allant jusqu'à 30 ans de réclusion.

Chronologie des différentes affaires 2012 : tuerie de Chevaline

La tuerie de Chevaline est un quadruple assassinat mystérieux le sur le bord d'un chemin forestier situé sur la commune de Doussard (Haute-Savoie), à la limite de la commune de Chevaline.

En , la police retrouve chez l'un des commanditaires présumés du projet d'assassinat de Marie-Hélène Dini, Daniel Beaulieu, des munitions de Luger P06. Ces munitions sont rares et ont été utilisées lors de la tuerie de Chevaline. Cette découverte entraîne le réexamen du dossier pour examiner le possible lien entre l'affaire des barbouzes de la DGSE et la tuerie de Chevaline..... Les vérifications effectuées sur les agendas et les bornages téléphoniques de plusieurs personnes impliquées dans l'affaire des barbouzes de la DGSE n'ont cependant pas été concluantes..

2014 : affaires de Saint-Maur-des-Fossés Henri Plagnol, qui fut secrétaire d’État de Jacques Chirac, aurait fait appel, avant les municipales de 2014 à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), à cette cellule de barbouzes pour faire surveiller son concurrent, Sylvain Berrios qui est, à la suite de ces élections, devenu maire..

Un ancien policier de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) est suspecté d’avoir effectué, en 2014, des surveillances et photographies de Sylvain Berrios, maire de Saint-Maur-des-Fossés, au bénéfice d'Henri Plagnol et aux frais de la commune de Saint-Maur-des-Fossés. Cet ancien policier est soupçonné d'avoir agi à la demande d'un spécialiste en communication, compagnon d'une ancienne directrice de cabinet d’Henri Plagnol..

L'ancien policier de la DGSI est également impliqué dans l'agression de Jean-François Le Helloco, ami de Sylvain Berrios. Un matin d', le conseiller départemental Jean-François Le Helloco est attaqué par deux hommes cagoulés dans le jardin de sa maison de Saint-Maur. S'ensuit une pluie de coups, des injonctions et une photo souvenir..

2015-2019 : tentatives d'assassinat de Ferdinand Mbaou Installé à Bessancourt, au nord de Paris, le général congolais Ferdinand Mbaou est surveillé à son insu par Sébastien Leroy, de la loge Athanor. Le , Mbaou est sérieusement blessé par balles. L'agresseur n'est ni identifié ni arrêté«Bessancourt : l'opposant congolais en exil blessé par balle», Le Parisien, 11 novembre 2015..

À l'été 2018, trois anciens agents français de la DGSE sont arrêtés en France et inculpés pour association de malfaiteurs et détention d'explosifs. Les trois ex-agents sont Alain Brunet, reconverti en détective privé, Bruno Susini, devenu chanteur folklorique corse, proche de Bernard Squarcini, et Daniel Forestier, installé à Lucinges et reconverti dans la sécurité privée, notamment au service d'une des filles du président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev.. Un quatrième homme, « Laurent R. », chauffeur en Suisse d'une fille de Noursoultan Nazarbaïev, est recherché sans succès.. Selon la justice française, ils projetaient d'assassiner Ferdinand Mbaou«Congo-Brazzaville: un opposant exilé en France cible d’une tentative d’assassinat», RFI, 15 septembre 2018.

L'enquête sur la tentative de meurtre de Ferdinand Mbaou est classée sans suite par la justice française en .. Le , Daniel Forestier, l'un des trois agents de la DGSE soupçonnés, est assassiné en 2019 à Ballaison (Haute-Savoie).. L'enquête est rouverte en ..

Le nom de Daniel Forestier est cité dans le rapport d'enquête sur Athanor.. Daniel Beaulieu, considéré comme l'un des membres les plus importants de la loge, a également des liens financiers avec le Congo. Auprès des enquêteurs, Sébastien Leroy affirme que les surveillances qu'il a lui-même effectuées .

2018 : assassinat de Laurent Pasquali Laurent Pasquali, pilote automobile âgé de 43 ans, disparaît inexplicablement à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) en . Le , un crâne et des ossements humains sont découverts dans un bois à Cistrières (Haute-Loire). Ils ne sont pas immédiatement identifiés.. On apprend par la suite qu'il s'agit du corps de Laurent Pasquali. Il a été abattu. et enterré dans ce bois....

Laurent Pasquali aurait touché pour apposer le logo d'un laboratoire d'analyse médicale sur sa voiture de rallye durant les courses, et n'aurait pas respecté les termes du contrat.. En , Alain Maarek, un médecin biologiste de l'Oise spécialiste de la procréation médicalement assistée (PMA), directeur du sponsor, et son épouse Nancy, ingénieure chimiste sont soupçonnés d'avoir commandité l'assassinat du pilote.. Ces derniers bénéficieront d'un non lieu lors du procès de 2026.

Le , RTL révèle qu'un policier, en poste au sein de la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), a reconnu en garde à vue avoir fourni l’adresse privée du pilote de rallye.. Il est aussi suspecté d’avoir pris part, en 2014, à l'affaire Henri Plagnol.

2018 : agression d'une responsable de Mercedes En 2018, une employée de la direction des achats de Mercedes-Benz est rouée de coups dans le Val-d'Oise par un faux livreur de pizzas. Son ordinateur lui est dérobé.

Il s’agissait d'une opération d'espionnage industriel, dans le but d'obtenir des informations confidentielles sur un appel d’offres, à la demande d’une prestataire en difficulté.

2019-2020 : agression d'un couple d'entrepreneurs Un couple d'entrepreneurs de Seine-et-Marne est victime d'une campagne d'intimidation à partir de jusqu'en . En , deux commanditaires sont mis en examen pour avoir organisé, avec l'aide d'un policier de la DGSI, ce violent règlement de comptes, pour tenter de récupérer une dette de ..

2019 : incendie criminel en banlieue parisienne Le véhicule d’une habitante de la région parisienne est incendié en 2019. Les flammes se propagent jusqu’à son domicile, qu'elle doit fuir avec ses enfants.

La victime avait découvert des malversations financières et des facturations anormales au sein d'une entreprise détenue par un membre de la loge Athanor. Sébastien Leroy avoue à la police judiciaire avoir été missionné pour cela.

2020 : tentative d'assassinat de Marie-Hélène Dini Le , Marie-Hélène Dini, cheffe d’entreprise, à la tête d’une école de formation de coach, sort de chez elle en retard, dans un quartier résidentiel de Créteil (Val-de-Marne). Elle aperçoit une voiture de police, avec des policiers en train d'interpeller deux hommes à bord d'une voiture trafiquée suspecte. Un riverain, intrigué par la présence de ces deux individus depuis plusieurs heures dans la voiture, a en effet appelé les forces de l'ordre. Les deux suspects sont découverts en possession d'armes et placés en garde à vue. La police découvre que ces deux militaires sont gardiens d'un camp de la DGSE à Cercottes (Loiret). Ils auraient eu pour ordre d’éliminer Marie-Hélène Dini, supposée être un agent ou une informatrice du Mossad.

Celle-ci est également à l'initiative d'une tentative de structuration de la profession de coach en France. Le commanditaire, un de ses concurrents nommé Jean-Luc Bagur, avoue avoir demandé son exécution, car il craignait que la création d'un syndicat national ne fasse de l'ombre à son activité de formation de coachs d'entreprises...

2020 : tentative d'assassinat de Hassan Touzani Interpellé dans le cadre de l'affaire, l'un des principaux mis en examen, ancien journaliste au Dauphiné libéré, Frédéric Vaglio, reconnaît avoir reçu en d'« amis » entrepreneurs dans le domaine de la plasturgie à Izernore (Ain) un versement de , en règlement d'une mission d'élimination de Hassan Touzani, syndicaliste appartenant à la CGT. La directrice générale de l’entreprise craignait que son activisme ne débouche sur l’implantation d’un syndicat dans son entreprise.

Celui-ci n'aurait échappé à l'assassinat, que par le repli rendu nécessaire par l'échec de la tentative de meurtre de Marie-Hélène Dini. Mis en examen le pour , ces sont écroués ; ils démentent totalement les accusations qui pèsent sur eux....

Le , Libération révèle que Damien Abad, alors ministre des Solidarités, apparaît dans des écoutes policières.. Il aurait cherché à obtenir des informations à propos de l'enquête visant deux de ses amis entrepreneurs.. Ignorant qu'ils sont sur écoute, il promet à ses amis de contacter la préfète du département de l'Ain pour recueillir des informations. Damien Abad répond à Libération qu'il aurait simplement voulu se renseigner, sans volonté d’interférer dans l’enquête.

2020 : mort de Du Wei En , Du Wei, ambassadeur de Chine en Israël, est retrouvé mort dans sa résidence près de Tel Aviv. Les éléments du dossier pointent vers des .

Placé en garde à vue, un exécutant de la loge Athanor mentionne cette affaire comme étant en réalité l'un des potentiels assassinats liés à sa loge.

Tentative d'extorsion d'un milliardaire russe Les enquêteurs découvrent que des membres de la loge prévoyaient d'organiser l'extorsion, à une date inconnue, d'un milliardaire d'origine russe et installé à Monaco. Ce plan n'a cependant pas été mis à exécution.

Suspects Exécutants présumés Des individus distincts sont impliqués dans l'exécution des différents contrats identifiés.

Pour le projet d'assassinat de Marie-Hélène Dini, à l'origine de l'affaire, les deux exécutants présumés s'appellent Pierre Bourdin et Carl Esnault, et travaillent pour un sous-traitant de la DGSE.. Ils n'appartiennent pas au service Action de la DGSE, mais sont simplement des agents de sécurité privés chargés de la garde du centre parachutiste d'entraînement spécialisé (CPES) de la DGSE à Cercottes (Loiret), sous les pseudonymes de Dagomar et d'Adélard.. Ils agissent sous les ordres d'un agent de sécurité privé, Sébastien Leroy, et qui est lui suspecté du meurtre de Laurent Pasquali.

Commanditaires présumés Leroy et les deux gardiens sont activés pour différentes missions par Frédéric Vaglio, un journaliste du Dauphiné Libéré qui s'est reconverti comme dirigeant d'une société de sécurité, et son bras droit Daniel Beaulieu, ex-agent des opérations spéciales de la DGSI à la retraite.. Ils ont pour point commun d'appartenir à la loge Athanor, où ils rencontrent d'autres franc-maçons qui cherchent à contrer, voire éliminer des individus qu'ils considèrent comme gênants (concurrents, débiteurs, syndicalistes). Ils remplissent ainsi des contrats pour le compte de notables commanditaires. Cette loge de Puteaux appartient à l'obédience Grande Loge de l'Alliance maçonnique française (GL-AMF). Créée au printemps 2012 à la faveur de la scission d’une autre obédience, la GL-AMF compte quelque et 680 loges en France. Le , la loge mise en cause, installée à Puteaux (Hauts-de-Seine), a été fermée par le nouveau grand maître..