La grotte du dragon de Béraire, cavité souterraine naturelle creusée dans la falaise sur laquelle a été édifiée l'église Saint-Mesmin, se trouve en bord de Loire, sur le territoire de la commune de La Chapelle-Saint-Mesmin dans le département de Loiret, en région Centre-Val de Loire, France.

Toponymie Béraire (Berarius) est, au début de notre ère, le nom du propriétaire de la villa gallo-romaine (villa Berarii) qui surplombait la falaise dans laquelle se trouve la grotte..

Situation vignette|gauche|La grotte du Dragon vue de l'intérieur. Située au sein du calcaire de Beauce, c'est une cavité creusée par l'affouillement ancien d'eaux souterraines et par aléas naturels de la Loire dans la falaise, en surplomb du fleuve, sur laquelle a été édifiée au , l'église Saint-Mesmin. vignette|redresse=0.8|Ernest Pillon (1803-1874). Faisant suite à la crue de la Loire de , elle a été redécouverte le par l'archéologue Ernest Pillon..

La grotte est située à proximité du chemin de halage, sur le tracé du sentier de grande randonnée 3 (GR3, autrefois dénommé Sentier de Loire) et sur celui de l'un des quatre chemins de Compostelle : la Via Turonensis venant de Paris.

Elle a été répertoriée en 2006 comme « ouvrage de carrière exploité en chambres et piliers » par le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) sous l'identifiant CENAA0014505..

Géologie La grotte est apparue au cours de l'Holocène..

Extérieur La roche est très fracturée comme en témoigne l'affleurement situé à proximité de l'entrée de la grotte, cavité résultant de la dissolution du calcaire par les eaux légèrement acides qui s'y infiltrent. La grotte, est donc essentiellement d'origine karstique, mais doit son extension actuelle aux crues successives de la Loire et à la main humaine qui l'a agrandie au fil des siècles. Elle a été mise au jour de façon passive grâce à l’érosion progressive du coteau par le fleuve au cours de la période géologique Quaternaire.

Sédimentologie Le site montre dans la roche une alternance de bancs calcaires et marneux témoignant d'hétérogénéités sédimentaires au cours du dépôt pendant le Miocène.

Le sous-sol situé sous l'église jusqu'au niveau de la grotte, est composé de trois couches principales : argile calcaire (2,45 mètres), de roche calcaire (3,95 mètres) et de marne crayeuse (8,01 mètres), soit un total de hauteur de la falaise d'environ 15 mètres. La grotte elle-même devait être auparavant plus profonde et enserrée par les deux appointements rocheux qui l'entourent..

Histoire La grotte du dragon de Béraire, située juste en dessous de la Villa Béraire (Villa Berarii), domaine dépendant de l'abbaye de Micy ., aurait été, selon la légende, le repaire d'un dragon tué par saint Mesmin l'ancien (Maximin de Micy)« (...) Les chroniques de ce temps rapportent qu'un horrible dragon vivait dans cette caverne ; il était le fléau de toute la contrée ; son souffle empesté corrompait l'air et donnait la mort aux hommes et aux animaux. Saint Mesmin résolut d'en délivrer le pays. Il traversa la Loire et entra dans la grotte, un tison ardent à la main. Il en frappa le monstre qui expira bientôt, consommé par les flammes (...) », in Voir saints thaumaturges et sauroctones sur le site Theudiricus.. Maximin était le abbé de l’abbaye Saint-Mesmin de Micy, d’abord un monastère fondé vers l’an 500 par son oncle Euspice. Cette légende est à rapprocher des cérémonies druidiques qui persistaient au début de l'ère chrétienne ou à la tâche gigantesque d'assèchement des marais insalubres existant dans le proche environnement.

Préhistoire et Antiquité Certains auteurs estiment qu'un culte chtonien a précédé le culte chrétien dans cette grotte.

Moyen Âge vignette|Saint Mesmin (vitrail de l'église Saint-Mesmin). Maximin (saint Mesmin), qui traversait régulièrement le fleuve pour venir prier dans la grotte, y est enterré à sa mort en 520. Afin d'honorer sa mémoire, une chapelle est construite vers 550 à l'instigation d’Agylus (voir Saint-Ay) juste au-dessus de la grotte à l'emplacement de la villaSelon la légende, Agylus possédait un esclave qui commit une grave faute ; cherchant à échapper à son maître, celui-ci se réfugia auprès du tombeau de Saint-Mesmin. Parvenu à l'entrée de la grotte et voulant punir l'esclave, Agylus se sent brusquement frappé de paralysie. Ayant supplié Saint-Mesmin de lui rendre la santé en échange de l'édification d'une église, celui-ci tient finalement promesse (source : Monique Veillon, dépliant de présentation de l'église de La Chapelle-Saint-Mesmin (1982-1994).. Par la suite, la grotte ne cessera d’être un lieu de pèlerinage jusqu’aux invasions normandes.

En 675, les reliques de saint Mesmin sont transférées vers la collégiale Saint-Aignan d'Orléans. Mais, jusqu'à cette époque, ceux qui le souhaitaient pouvaient être ensevelis au plus près de celui-ci (« ad sanctus »« Près du saint ».) dans le cimetière, qui à l'origine entourait l'église au Nord et à l'Est.

Le village Béraire (Villa Berarii)«Villa Berarii en quae dicitur Cappella Sancti Maximini » en 836, dans Gallia Christiana, t. XII, fausse charte des rois Louis le Pieux et Lothaire, forgée par les moines de l'Abbaye Saint-Mesmin de Micy fin ou début siècle. En effet, les titres de propriété originaux ayant été détruits par les invasions normandes au ., prend, au , le nom de Cappella Sancti Maximini« In Capella Sancti Maximini » avant le , dans Actes de Philippe , , . en hommage à saint Mesmin de Micy.

L'église actuelle Saint-Mesmin est édifiée à partir du .

Afin d'éviter l'éboulement de la grotte, outre l'existence de deux piliers naturels formés de marne et de calcaire, deux murs de soutènement sont édifiés à l'intérieur de celle-ci au Moyen Âge afin de conforter l'église, et la partagent désormais en trois parties accessibles entre elles. Dans la partie est de la grotte, subsiste un escalier tardo-antique rénové au remontant vers la surface (au niveau du chemin de halage supérieur à proximité de l'église actuelle) mais s'arrêtant dans la couche d'argile calcaire. Il est possible qu'avant le cet escalier ait débouché à l'intérieur de la première église basilique funéraire érigée vers 550 à l'initiative du vicomte d'Orléans, Agylus.

En 1493, le reliquaire de Saint-Mesmin est confié à l'abbaye Saint-Mesmin de Micy.

Époque moderne En 1562, une partie des reliques de saint Mesmin est détruite par les protestants. Pendant les guerres de Religion, au moment de l’édification de la levée de la Loire, la falaise sur laquelle repose l'église risquant de s'effondrer, la grotte est murée puis oubliée pendant . Toutefois, selon un rapport de la société archéologique et historique de l'Orléanais de 1858, ce mur a dû être renforcé au car, faisant suite à la redécouverte de la grotte, on y a retrouvé dans les déblais, plusieurs médailles, datant de 1613 pour la plus ancienne, et de 1649 pour la plus récente (ainsi qu'un plomb de maçon en forme de poire et cinq pièces de monnaie)..

Au , le reste des reliques de saint Mesmin est conservé dans l'église Saint-MesminRapporté dans une lettre de l'abbé Bordier au syndic du clergé Monsieur de Guyenne en 1771..

vignette|gauche|Inauguration de la grotte du dragon (gravure de Charles Pensée-1858). vignette|redresse=0.8|Alexandre Collin.

Faisant suite à la crue de Loire et aux grandes inondations de 1856 qui avaient fragilisé la falaise et aux projets de travaux qui s'ensuivirent pour la solidifier« L'inondation avait pénétré dans l'intérieur, ramolli les marnes sur lesquelles s'appuient les piliers de la grotte qui soutiennent les rochers, l'église et les murs du quai : le péril était imminent et l'on dut rétablir l'un des piliers, refaire la voûte de l'ancien escalier intérieur qui communiquait de la grotte à l'église, construire deux contreforts et remplacer l'escalier du dehors qui existait avant l'inondation » ., la grotte est enfin retrouvée par l'archéologue Ernest Pillon..

Son accès est réhabilité. en 1857Rétablissement d'un des piliers, réfection de la voûte de l'ancien escalier intérieur qui communiquait précédemment avec l'église, construction de deux contreforts et remplacement de l'escalier extérieur. La falaise est consolidée sur toute sa longueur par une digue haute de 3 m. 50 au-dessus de la Loire, et par des enrochements, des perrés et des murs. par l'ingénieur Alexandre CollinMémoire explicatif d'Alexandre Collin du : « ... pour remédier à cet état désastreux, plusieurs grands travaux de défense ont été exécutés depuis des siècles, mais peu ont résisté à l'action destructrice des eaux : le plus solide de ces travaux et peut-être aussi le plus coûteux, c'est le mur de soutènement près l'église qui a été construit, à ce que l'on suppose vers la fin du . Ce mur est fondé sur des anciennes voûtes en maçonnerie, il a une épaisseur de 1,75 mètre à sa base et est construit en bonne maçonnerie de mortier ; la partie du mur en aval, peut être d'une construction plus ancienne, offre moins de solidité. On a été obligé de le renforcer au moyen de contreforts. Ce sont les seuls vestiges qui restent des anciennes constructions. ». (1808-1890) avec l'édification d'un mur servant de contrefort couronné par un parapet accessible par un escalier depuis le chemin de halage.. qui avec l'église au sommet constitue un tout inséparable. À l’intérieur de la grotte, contigu au banc de pierre, un autel. consacré est ajouté par Alexandre Collin. afin de permettre aux offices d'y être célébrés. La grotte est inaugurée en grande pompe par Dupanloup le Tel que décrit en 1883 par l'abbé Lagrange dans son ouvrage Vie de Dupanloup, tome 2 pages 253/254 : Quand donc l'évêque annonça, et comme il savait le faire, pour le 13 juin 1858, la bénédiction de la grotte et de la croix, ce fut dans la ville une joie très vive. Le matin, un soleil radieux dora le fleuve que couvraient en foule des barques pavoisées ; tout Orléans était accouru. Celle qui devait porter l'évêque les éclipsait toutes ; des deux côtés du fleuve dix-huit paroisses étaient rangées avec leurs bannières ; le petit séminaire, avec sa musique, était là : debout sur la rive, au haut de l'escalier monumental, l'évêque parla ; son discours, plein de la poésie de la fête et du lieu, fut magnifique ; et puis, après avoir béni la grotte, il s'embarqua, et, au chant des cantiques qui retentissaient au loin sur l'onde, il alla consacrer la croix dite de Micy. Le soir il y eut, sous les arbres du petit séminaire, illuminés aux feux de Bengale, un grand banquet. Cette journée laissa un long souvenir dans les âmes orléanaises. Depuis, quand un de ces étrangers qui le venaient visiter si souvent à La Chapelle, apercevait tout à coup, en se promenant avec lui sur la terrasse, cette croix qui s'élève solitaire en face sur le rivage, et lui demandait: « Qu'est-ce cela, Monseigneur? » l'ami de l'auteur des Moines d'Occident, œuvre non encore éclose, mais dont il suivait du cœur la lente préparation, était charmé d'avoir à rappeler l'antique monastère qui florissait sur ces bords. en même temps que la Croix de Micydont la base est composée de pierres des ruines de l'abbaye. située sur la rive opposée. En 1861, les reliques de saint Mesmin sont remises par l'Église Saint-Nicolas de BloisRegistre de fabrique des archives paroissiales (date inconnue).. En 1870Fait mentionné en 1935 à la suite d'une visite pastorale. Archives paroissiales : Registre de fabrique., le reliquaire de saint Mesmin est dérobé par les troupes prussiennes. Celui-ci, offert par Alexandre Collin en 1861, d'une taille approximative de 20 centimètres sur 30 centimètres, et qui avait fait l'objet d'une translationLe 12 mai 1861. dans la grotte, était constitué d'un coffret doré et émaillé portant l'inscription latine :

Description vignette|Intérieur de la grotte : le banc de calcaire. vignette|Autel aménagé dans la grotte.