Le château de est un château médiéval situé dans la commune de Brommat, au lieu-dit de Cussac, dans le nord du département de l’Aveyron, en région Occitanie.
Description
Le château de Castel Noël occupe les flancs d'une butte rocheuse dominant la vallée du Siniq. Il se compose d'un donjon circulaire en basalte construit directement sur un affleurement rocheux, entouré par une enceinte circulaire incluant des logis. D’après leur état actuel, ces logis ne remontent pas au-delà du . En revanche, une salle rectangulaire au pied du donjon provient sûrement d’un logis antérieurBoudartchouk 1998 p60.
L'accès de l'enceinte est défendu par une porte voûtée dont la structure rappelle celle des portes des enceintes villageoises et serait datée du , mais sa partie basse en appareil moyen paraît plus ancienne (fin - début siècles). Aujourd’hui, cet accès donne sur les anciennes cuisines des logis, mais jusqu’aux années 1970, la porte donnait directement accès à l’intérieur de la cour du château. Le donjon circulaire, de dix mètres de diamètre, comprend lui-même deux états : le plus ancien est composé d'un moyen appareil irrégulier, tandis que la partie supérieure est en moyen appareil régulier d'une belle qualité. Ce donjon a été détruit en partie au .
Situation géographique vignette|232x232px|Localisation de Castel Noël, plans de l'IGN, géoportail.gouv.fr|gaucheLe château de Castel Noël est localisé sur la commune de Brommat, au lieu-dit de Cussac, dans le nord du département de l’Aveyron, en région Occitanie. Brommat dépend de l’arrondissement de la ville de Mur-de-Barrez, et en est limitrophe. Castel Noël se situe précisément à au nord-ouest de Cussac, au nord de Brommat, au sud-ouest de Thérondels, au nord-est de Mur-de-Barrez. Il est à au sud-est d’Aurillac et à au nord de Rodez. Castel Noël est construit sur une éminence rocheuse et culmine à une hauteur comprise entre 750 et au-dessus du niveau de la mer. Le château avoisine les monts du Cantal, à seulement au nord.
Histoire L’histoire de ce château, autrefois appelé « Calhac », ou « Collaco », doit être rattachée à l’histoire du territoire dans lequel il s’inscrit. Ce territoire est le Carladès (ou Carladez, selon qu'on l’écrit d’après la graphie auvergnate ou rouergate), hérité d’une ancienne vicomté devenue comté, et qui fut d’abord la propriété d’une puissante famille vassale des comtes de Rodez, puis des comtes de Barcelone, puis la propriété directe des comtes de Rodez, avant d’être rattachée à la couronne française, pour être enfin cédée au Prince de Monaco, Honoré II Grimaldi, au . À cheval sur deux territoires plus vastes, l’Auvergne et le Rouergue, le Carladès n’est plus considéré aujourd’hui que comme une entité géographique immatérielle, élément composant l’identité de ses habitants, à l’image de la Saintonge actuelle par exemple.
Antiquité vignette|271x271px|Le château de Castel Noël vers 1910, archives privées J.-P.Trin (Mur-de-Barrez)|gaucheLes études sur la toponymie du Carladès ont montré qu’un grand nombre d’occurrences de lieux ont des racines antiquesBoudartchouk 1998 p 58. « Calhac », l’ancien nom de Castel Noël, serait une contraction de l’anthroponyme latin « Callius » et du suffixe -acum, typique de l’époque gallo-romaine, et pouvant être traduit par « le lieu de Callius ». Cussac et Cussagols, petits lieudits situés à moins de 3 km de Castel Noël, sont formés de l’anthroponyme latin « Cassius » et du suffixe -acum. À Cussac, un niveau de tegulae du Haut-Empire a été aperçu, laissant penser qu’un site d’époque gallo-romaine se trouvait làBoudartchouk 1998 p 504. Quant à « Brommat », commune dont dépend Castel Noël, le nom du village paraît dériver du gaulois « Broccius » d'après les formes médiévales (Broccius + acum ?) ou bien de « Broco-magus ». Quoi qu’il en soit, l’occupation antique autour de Castel Noël est assurée par la toponymie et les découvertes archéologiques faites sur la commune de Brommat, entre autres. L’existence ancienne d’une occupation à Calhac, alias Castel Noël, pourrait donc remonter à l’Antiquité. La place était-elle occupée par un refuge de hauteur dès l’Antiquité tardive ? Des fouilles archéologiques sur ce secteur permettraient sans doute de répondre à la question.
Autour de l’an Mil
Les premières mentions écrites de Castel Noël remontent au tout début du . Le testament d’Agnès de Carlat, vicomtesse et veuve de Girbert de Carlat, est un des actes par lequel on connait les premiers représentants de la famille de Carlat, les « vicecomes Carladensis » post-carolingiens.
Malheureusement, ce testament daté approximativement de 1010, a disparu vers 1900Boudartchouk 1998 p 593 : le manuscrit intitulé « De la vicomté de Carlat et de ses vicomtes » (14 fol. ) d’Antoine Froquière, contenait l'analyse du testament d'Agnès de Carlat. Ce document était conservé aux archives municipales d’Aurillac, mais sans cote. Son transfert aux archives départementales d’Aurillac, avec tout le fonds ancien des archives municipales, a fait disparaître le document des inventaires.
Gustave Saige et Edouard de Dienne en disent ceciSaige et Dienne 1910 tome 2 p LXXIV : « La date en est approximativement fixée par l'indication que l'un des biens légués avait été acquis par la testatrice de l'évêque de Clermont, Bégon [980 - 1010]. La disposition la plus remarquable de ce testament est celle par laquelle Agnès, léguant le château de Caylus à son fils Gilbertus (III), déclare en avoir fait l'acquisition du « Comte Raymond » [Raymond II de Toulouse - Rodez, 990 - 1010]. Les biens légués par Agnès à ses fils, qu'elle nomme dans l'ordre suivant : Bernard, Géraud et Gilbert, sont répandus soit dans la partie auvergnate du Carladez, soit surtout dans le Barrez et dans le pays de la Viadène. Elle ne fait pas ses partages par régions, mais chacun de ses fils reçoit des biens dans les trois pays. Dans la partie d'Auvergne, Gilbert reçoit le château de Caylus et Marfons, tandis qu'à Bernard revient l'église de Raulhac et que deux manses à Leucamp sont le lot de Géraud. Dans le Barrez, le château de Mandilhac est donné à Géraud ; certains biens à Nigreserre et à Canfeyt, ainsi que Calhac sur Brommat sont légués à Bernard ; tandis que Gilbert aura Mayrinhac. Dans le pays de Viadène, l'église d'Alpuech est donnée à Géraud, celle de Saint-Gervais à Gilbert, qui partage par moitié avec Bernard la seigneurie de Mels. »
Le fameux château de Calhac, donné à Bernard qui succède à son père et hérite du titre de vicecomes du Carladès, n’est autre que Castel Noël. Le château de Calhac est donc déjà construit autour de l’an Mil et fait partie des possessions de la famille de Carlat.
Dans tous les cas, vers l’an Mil, Calhac est un castrum vicomtal, une demeure fortifiée, situé en amont de la paroisse de Brommat, au sommet de la vallée du Siniq dont il assure le contrôle et la défense.
Calhac s’inscrit dans un territoire animé et vivant à la fin du Haut Moyen Âge : vers 940 deux vicairies entourent le château et l’on ne sait pas de laquelle des deux dépendait Calhac. Celle de Brommat, qui cours jusqu’à la paroisse de Taussac, et la grande vicairie du Barrez dont le chef-lieu est Mur-de-Barrez. La « vicaria Brogmacense, in pago Ruthenico » est également citée en 964 dans la donation à Conques d'une villa située sur son territoire, « Croso », sans doute Cros, commune de TaussacDesjardins 1879 n°434. Le propriétaire est un certain « Bernardus », peut-être Bernard de Carlat. Au moins un moulin existe sur la paroisse de Brommat, qui produit essentiellement des céréalesBoudartchouk 1998 p 654 et Desjardins 1879 n° 180. Les vestiges d’une villa non loin de Brommat sont attestés et un prieuré dépendant de l’abbaye de Conques est construit sur la paroisse de Brommat entre 1065 et 1090Desjardins 1879 n° 42. Pour conclure « le terroir [de Brommat] donne l'impression d'un grand dynamisme démographique et économique (production de céréales) aux pôles ecclésiaux multiples et aux pôles castraux peu nombreux »Boudartchouk 1998 p 65.
La famille de Carlat
Agnès de Carlat lègue donc le château de Calhac à son fils ainé Bernard, avec d’autres biens localisés à Nigressere (paroisse de Thérodels) et Camfeyt. Le château est encore mentionné une fois, vers 1031 - 1060 dans le Cartulaire de GelloneAlaus et al. 1898-1910 n° XCVI: « mansum in valle que vocatur Sers, in loco qui dicitur Kalahc (...) in suburbio castro Carlatense » signé par « Girberti vicecomitis, Nobila uxor sua, Bernardi filii sui », autrement dit Girbert, fils de Bernard qui avait hérité de Calhac par Agnès, Nobila sa femme, et Bernard son fils. Puis viennent « Raimundi », « Rigualdi » et « Mironi », des proches de la famille de Carlat. vignette|316x316px|Hommage de Guiraldus de Cartlat à Henri II, fils du comte de Rodez, en 1266, 20 NUM 67 p83, archives départementales du Cantal Calhac n’est ensuite plus mentionné dans les actes avant le . En 1266, Guiraldus de Cartlat reconnaît à Carlat « antecessoresque meos a vestris antecessoribus (...) ad liberum dominium, castrum sive reparium de Collacho, cum juribus et pertinenciis suis omnibus (...) e que aja entre Senec et Brocme »Saige et Dienne 1910 tome 1 p 29. L’hommage est conservé dans le fonds des archives du Palais princier de Monaco relatif à la vicomté de Carlat, et numérisé par les archives départementales du Cantal, sous la cote 20 NUM 67.
La mention de « collaco » est visible en haut à gauche de l’hommage, le nom de « Guiraldus de Cartlat » se trouve au centre de la première ligne, la mention du « castrum sive reparium de collacho » (« château ou repaire de Calhac ») à cheval sur la troisième et la quatrième ligne, et la localisation « entre Senec e Brocme » juste en dessous. La date de l’acte a été précisée ultérieurement à la rédaction de l’hommage, en chiffres arabes, à la fin du texte : « 1266 ». Guiraldus possède également, d’après son hommage, une exploitation agricole aux Mazials, lieu-dit à 4 km au sud de Calhac, après Cussac, et une ferme au Pouget « fazenda del Poget » à 6 km du château, près du village de Brommat.
Certains auteurs émettent l’hypothèse d’une branche cadette de la famille de Carlat, dirigeant la ville de Carlat et la vicomtéBoudartchouk 1998 p 596 et 632. Le nom de « Carlat » proviendrait de l’anthroponyme latin « Cartilus » et du suffixe gaulois -ate, ce qui expliquerait les écritures médiévales en « Cartlat » ou « Cartilat ». Parfois, le mot s’écrit même « Carlac » ou « Carlacum » renvoyant au suffixe latin -acum.
Cette branche cadette des « Cartlat » est représentée dans un premier temps en 1252 par les deux frères « Petrus et Aldebertum dictos de Cartlat », coseigneurs de Turlande, alliés à un certain « Petro de Severaco » (Severac en Viadène, commune de Cantoin). Ces trois personnages sont entrés en conflit armé avec Hugues de Rodez, vicomte de Carlat : incendies, rapines, homicides et autres altercations ont marqué ce conflitSaige et Dienne 1910 tome 1 p 10. Un épitomé de 1442 donne la raison du conflit : « contegut des drectz que Peyre et Aldebert de Carlat poudray aver en lou castel de Carlat »Saige et Dienne tome 2 p XVI n°25. Les deux frères revendiquent des droits sur le château de Carlat. Leur père est Pons de Carlat, seigneur de « Caillac » en Barrez, soit le château de CalhacSaige et Dienne 1910 tome 2 p LXXVI et CXVI. L’hommage de Guiraldus de Cartlat de 1266 renvoie précisément aux terres données par Agnès à Bernard vers 1010. Autant d’indices qui permettent de penser que la famille de Carlat s’est donc maintenue à la tête du château de Calhac pendant plus de 200 ans. gauche|vignette|284x284px|Carte postale de Castel Noël vers 1900, l'ancienne route en Z menant à l’entrée médiévale du château, collection privée Jacky Rossignol à Mur-de-Barrez