Hubertine Auclert, née le à Saint-Priest-en-Murat et morte le dans le , est une journaliste, écrivaine et militante féministe française qui combat en faveur de l’éligibilité des femmes et de leur droit de vote.

Biographie Famille et enfance Marie Anne Hubérine Auclaire, dite Hubertine Auclert, est née le au hameau de Tilly, dans la commune de Saint-Priest-en-Murat dans l'AllierAUCLERT Hubertine, Le Maitron.. Elle est la cinquième enfant d'une famille aisée, qui en compte sept. Son père, Jean Baptiste Auclert (1803-1861), riche fermier républicain, devient maire de la commune à l'avènement de la Deuxième République en 1848, et, destitué après le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte en , demeure un farouche opposant au Second Empire. Sa mère, Marie Chanudet, lui fournit également un exemple de « révolte à l'autorité établie » en se consacrant aux filles-mères (alors rejetées par leurs familles) pour les aider à trouver du travail..

Placée dans une pension de religieuses à l'âge de neuf ans à Montmarault (Allier)., Hubertine y suit tout son cursus scolaire ; son père meurt quand elle a . Très croyante, elle envisage de devenir religieuse chez les Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul mais n'y est pas acceptée, car jugée trop mystique. Hubertine Auclert quitte le couvent en 1864 pour rejoindre la maison de son oncle où réside également sa mère. À la mort de sa mère, en 1866, elle est placée par son frère dans un couvent . Jugée trop indépendante par les religieuses, elle est écartée une seconde fois de la vie monacale en 1869. Ce rejet qu'elle estime injustifié fait surgir en elle un ressentiment anticlérical.

Son combat vignette|upright|Hubertine Auclert, caricature d'Hubertine en Jeanne d'Arc par Alfred Le Petit pour Les Contemporains, (1881). Désormais libre et matériellement indépendante – elle a hérité de ses parents – elle se mobilise pour la République et les droits des femmes, militant pour la révision des lois du code Napoléon. Elle déclare alors : . Ce sont

Pendant la guerre franco-allemande de 1870, elle s'occupe de malades de la variole.

Elle part à Paris en 1873, à une époque où la chute de Napoléon III et l'avènement de la Troisième République ouvrent la voie à l’activisme des femmes qui exigent des changements concrets dans le code Napoléon en faveur de l'éducation, de l'indépendance économique pour les femmes, du divorce, du droit de vote, etc. Hébergée chez sa sœur, Hubertine Auclert rejoint l'Association pour le droit des femmes. Elle travaille comme bibliothécaire à l'Association et fréquente Léon Richer, fondateur de l'association, et Maria Deraismes, sa compagne de luttes.

L'association est dissoute en 1877 mais renaît sous le nom de Ligue française pour le droit des femmes avec Victor Hugo comme président d'honneur, Léon Richer et Maria Deraismes comme clefs de voûte. Hubertine Auclert devient, semble-t-il, la première militante française à se déclarer « féministe »Michelle Perrot, Mon histoire des femmes, Seuil, 2006, ., une expression d'Alexandre Dumas désignant à l'origine les défenseurs masculins du droit des femmes de manière très péjorative.

Hubertine Auclert s'oppose frontalement à Léon Richer, qui lui refuse une tribune au congrès international pour le droit des femmes de 1878, et quitte alors l'Association pour le droit des femmes. Cette séparation est également la conséquence de divergences idéologiques. En effet, alors que le mouvement féministe français auquel appartiennent Léon Richer et Maria Deraismes oriente majoritairement son action sur le régime civil des femmes, Hubertine Auclert exige pour les femmes le droit de se présenter aux élections ainsi que le droit de vote. Selon elle, le régime civil inégal entre hommes et femmes n'aurait, en effet, pas été voté si les femmes avaient pu être présentes à l'Assemblée. Concrètement, Hubertine pense que les femmes peuvent s'émanciper par elles-mêmes par la voie des urnes en votant des lois qui amélioreraient leur situation.

Elle fait paraître des articles dans les journaux dont l'Avenir des femmes. En 1876, elle fonde la société Le Droit des femmes, qui soutient le droit de vote pour les femmes. et qui devient en 1883, la société Le Suffrage des femmes.

Elle lance en un appel aux femmes de France : . Elle fait publier en une lettre dans Le Petit Parisien sur l'expulsion des Jésuites de France et une autre dans La Lanterne sur l'organisation d'une manifestation pour la paix et la république. En 1878, le Congrès international du droit des femmes tenu à Paris ne soutient pas, à la contrariété d'Hubertine Auclert, le suffrage des femmes. Elle publie alors Le Droit politique des femmes : question qui n'est pas traitée au congrès international des femmes, considérant les privations envers les femmes comme un anachronisme et les femmes comme des créancières ayant fait trop longtemps crédit aux hommes.

Le , un Comité central socialiste de secours aux amnistiés et aux non-amnistiés de la Commune est créé pour promouvoir une amnistie totale et une collecte des fonds en aide aux communards déportés ou interdits de séjour en France. De façon surprenante à l'époque, l’exécutif du comité est ouvert aux femmes et compte Hubertine Auclert, Victoire Tinayre et Marie Manière parmi ses membres.

Elle se tourne alors vers le mouvement socialiste et participe au troisième Congrès socialiste ouvrier, qui se tient à Marseille à la fin d', et y fait un long rapport où elle indique : . L'avertissement est clair, mais ne reçoit que peu d'écho. Ayant été traitée de bourgeoise, elle publie à la suite du congrès Égalité politique et sociale de la femme et de l'homme : discours prononcé au Congrès ouvrier socialiste de Marseille.

Déterminée, elle entame, à partir de 1880, une grève de l'impôt en défendant l’idée que, faute de représentation légale, les femmes ne devraient pas être imposables. Le , la haute juridiction administrative rejette sa requête et Hubertine Auclert doit céder quand les huissiers apposent les scellés à son domicile.

Le , elle lance La Citoyenne, un journal qui, plaidant avec force pour la libération féminine, reçoit le soutien de l’élite du mouvement féministe comme Séverine (Caroline Rémy), et de Marie Bashkirtseff, qui y écrit plusieurs articles. En 1884, Hubertine Auclert dénonce la loi sur le divorce en raison de sa polarisation flagrante contre les femmes, ne leur permettant toujours pas de garder leur salaire. Elle propose l’idée alors radicale d’un contrat de mariage entre conjoints avec séparation de biens.

Hubertine Auclert innove encore dans le combat féministe en réclamant la féminisation de certains mots (témoin, avocat, électeur, député, etc.). .

Colonialisme et féminisme vignette|upright|Les femmes arabes en Algérie, 1900. En 1888, elle s’établit pour quatre ans en Algérie avec son compagnon, Pierre Antonin LévrierIl fonctionne comme juge de paix dans l'Oranais., qui vient d'y être nommé juge de paix. En , ils se marient à Alger, sans doute par conformité sociale. Elle y reste jusqu'au décès de son mari, vivant d'abord à Frenda puis à Alger. Elle y fait une enquête de terrain en observant les femmes de ce pays, conservant de nombreuses notes écrites de ses observations. Peu de féministes avant elle se sont intéressées à la colonisation, si l'on excepte Olympe Audouard, Léonie Rouzade, Paule Mink et Louise Michel.

Elle note que, dans le milieu colonial, le racisme est très répandu.

Les femmes musulmanes sont soumises à un double patriarcat, français et arabe. Hubertine Auclert estime que le colonialisme français a aggravé la situation des femmes. Les autorités coloniales ont, d'une part, toléré le maintien des lois et pratiques coutumières qui mettent les femmes indigènes en infériorité, voire en esclavage, d'autre part, ont provoqué la déscolarisation des filles en confisquant les écoles religieuses et en fermant l’école ouverte par Eugénie Luce à Alger en 1846. L'instruction publique est refusée aux filles, pour des raisons de coût jugé insupportable et sous prétexte que des femmes instruites seraient rejetées tant par la société européenne que par leur propre société. Hubertine Auclert souligne ainsi que les Européens qui prétendent soutenir la population locale s'opposent, eux aussi, à toute évolution du mode de vie traditionnel.

Hubertine Auclert soutient l'assimilation des populations locales et, bien que soulignant les méfaits de la colonisation, elle préconise la francisation des femmes algériennes, les femmes françaises devraient les familiariser à leur mode de vie et façons de penser. Elle estime que la période pré-islamique offrait une grande liberté aux femmes, tandis que l'islam est un obstacle pour devenir françaises et doit être défait.

vignette|gauche|upright|Hubertine Auclert en 1910. Après le décès de son mari en 1892, elle retourne en France, et jusqu’à sa mort en 1914, elle continue de militer en faveur des femmes arabes, et à présenter des pétitions dans ce sens. Elle publie en 1901, Les Femmes arabes en Algérie, et sur les 413 articles qu’elle écrit en tant que chroniqueuse pour Le Radical entre 1896 et 1909, 18 traitent de la colonisation.

Elle n'obtient guère de résultats concrets, mais ses idées sont reprises plus tard par Marie Bugéja dans Nos sœurs musulmanes (1921).

Julia Clancy Smith estime que, paradoxalement, ses idées ont renforcé chez certains l'opinion que les colonisés étaient inaptes .

Retour en France Contrainte pour des raisons financières de mettre un terme à l'expérience de La CitoyenneLe journal cesse de paraître le ., Hubertine Auclert continue son activisme en fondant deux sociétés, Les Tuteurs des pauvres et Le Secrétariat des femmes. En 1894, elle collabore au journal La Libre Parole d'Édouard Drumont. En 1900, elle compte au nombre des fondatrices du Conseil national des femmes françaises, une organisation pour les groupes féministes français qui soutient bientôt le droit de vote des femmes. En leur sein milite également la paléontologue Henriette Delamarre de Monchaux.

En 1901, la parution d'un nouveau timbre avec la semeuse lui inspire un timbre féministe avec une femme et un homme votant côte à côte, reproduit en carte postale. Sa renommée étant désormais internationale, elle est choisie comme intermédiaire entre les groupes de suffragistes américains et français.

En 1908, les Françaises mariées sont autorisées à jouir de leur propre salaire. Âgée de 60 ans, Hubertine Auclert continue de revendiquer l’égalité complète. Cette année-là, elle brise symboliquement une urne à Paris lors des élections municipales. Le , de concert avec Marguerite Durand, elle se présente comme candidate aux élections législatives, imitée entre autres par deux autres femmes, Renée Mortier et Gabrielle Chapuis. Leur candidature n'est pas retenue. Ces actions de revendications sont largement relatées par les médias, qui cependant la marginalisent vis-à-vis de l'essentiel du mouvement féministe français, bien plus timoré aussi bien sur ses idées que sur ses moyens d'actions. vignette|Tombe d'Hubertine Auclert au cimetière du Père-Lachaise (division 49). Rendre hommage à Jeanne d'Arc, en faire un symbole de la lutte des féministes, fait partie de ses arguments : .

Considérée comme une figure centrale dans l'histoire du mouvement des droits des Françaises, Hubertine Auclert a poursuivi son activisme jusqu’à sa mort.

Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise (division 49) à Paris, juste en face de la tombe d'Honoré de Balzac. La sculpture sur sa sépulture, réalisée par Suzanne Bizard, commémore le « suffrage des femmes ».

Publications

Le vote des femmes, Paris, V. Giard & F. Brière, 1908 Les Femmes au gouvernail, Marcel Giard, 1925 (posthume) Hubertine Auclert : pionnière du Féminisme, textes choisis, préface de Geneviève Fraisse, présentation de Steven C. Hause, Bleu autour, 2007

Son journal En 1881, Hubertine Auclert crée le journal La Citoyenne.