Ernest Pignon, dit Ernest Pignon-ErnestPour se différencier d'Édouard Pignon (leurs initiales portèrent à confusion lors d'une exposition conjointe), il redoubla son prénom derrière son nom., est un artiste plasticien français, né le à Nice. Depuis 1966, il a fait de la rue le lieu même d’un art éphémère qui en exalte la mémoire, les évènements ou les mythes. Il est considéré comme l'un des précurseurs. de l'art urbain en France. Ses dessins de Rimbaud ou de Pasolini sont devenus des icônes mondiales..

Biographie Famille et jeunesse Ernest Pignon est le cadet de deux frères et deux sœurs. Son père travaille aux abattoirs et sa mère est coiffeuse ; il a une enfance heureuse dans une famille plutôt attirée par le sport. Il écrit qu’il aurait préféré briller au football, mais que Il fréquente l'école primaire Pierre Merle puis le collège Risso jusqu'en troisième.

À douze ans, la découverte de Picasso dans un numéro de Paris Match. va donner une nouvelle direction à sa vie. Il s’intéresse à la peinture, fait des recherches sur les peintres et commence dès lors à acquérir une culture artistique qui le passionne.

Après l’obtention du BEPC en 1957 à 15 ans, il travaille chez un architecte., ce qui lui permet de continuer à dessiner et d’être financièrement indépendant. Vivant à Nice au sein d’un milieu fécond de poètes et d’artistes, il développe une personnalité hyperactive, curieuse du monde, alertée par le désordre social et les inégalités.

Formation À partir de 1959 il côtoie la jeune génération d’artistes et de poètes niçois : Daniel BigaVoir Sur la page chaque jour, entretiens avec Jean-Luc Pouliquen, Z'éditions, 1990., Marcel Alocco, Marie-Claude Grail et Yvette Ollier, qui deviendra sa compagne. Au Magasin de Ben Vautier, rue Tondutti de l’Escarène à Nice, il rencontre Arman, Claude Viallat, Martial Raysse, Le Clézio, Bernar Venet, Robert Filliou, Robert Malaval, Robert Bozzi, Noël Dolla… En 1960 André Riquier, metteur en scène, lui demande de réaliser les décors pour la pièce « Fin de Partie » de Beckett. Les années suivantes, en 1961-1962, il rejoint l'armée en Algérie et assiste au cessez-le-feu et à l’indépendance du pays. Malgré les circonstances il continuera à dessiner et rapporte d’Algérie quelques œuvres, dont une superbe tête de taureau d’après Picasso, peinte au brou de noix sur papier journal.

À son retour il reprend son travail d'architecte à temps partiel. En 1963, il se rend à Tolède pour voir les peintures du Greco, qui vont durablement l’influencer. En Toscane, il découvre aussi Masaccio, Duccio, Simone Martini, Fra Angelico.

Parcours artistique En 1964, il loue sur le Mont Boron une maison qui deviendra un lieu de rencontres et de création. Dans cette maison sera imprimée la première édition des Oiseaux Mohicans de Daniel Biga et aura lieu l’élaboration de numéros de la revue Identités et la fabrication des premiers Fourre-tout de Ben.

Avec sa compagne Yvette Ollier, qui réalise les mises en scène et joue, il monte plusieurs spectacles (Michaux, Dadelsen, Beckett, Nazim Hikmet, la Beat Generation).

Ses premières peintures sont inspirées par Le Greco, Picasso, Bacon et par l’actualité. À la suite de son intervention au pochoir sur le plateau d’Albion en 1966 il abandonne les pinceaux et réalise des dessins (en noir et blanc) conçus spécifiquement pour s’inscrire dans des lieux et lors d’évènements.

Grâce à l'argent gagné en réalisant les plans d'une villa avec un ami, il décide de se consacrer à la peinture. Il quitte Nice en 1965 et loue un café abandonné à Méthamis dans le Vaucluse où il dispose d’un grand atelier.. Il affronte alors les grands formats (trois mètres sur sept) avec des toiles sombres, expressionnistes, influencées par la « trinité » Greco/Picasso/Bacon.

Sa première exposition a lieu en 1969 au Théâtre des Carmes à Avignon, où il présente quatre peintures de trois mètres sur sept et cent dessins. Sa pratique du dessin et son activité au sein de cabinets d’architectes l’ont conduit très tôt à la réalisation de décors et de scénographies.

En 1973, il s’installe à La Ruche, lieu historique de l’École de Paris où il aura pour voisin Arroyo, Chambas, Fanti, Maselli, Gruber, Raysse, Meurice, Alberola…À la suite d’un article de Catherine Humblot. dans Le Monde, il est contacté par Marin Karmitz qui lui propose de réaliser les affiches de nombreux films. À cette occasion, il rencontre Jean-Luc Godard, Marguerite Duras, Margarethe von Trotta, Ettore Scola, Vittorio Gassman…

Durant ces années 1970, il aborde de nombreux thèmes à caractères sociaux ou politiques (apartheid, avortement, immigration, expulsions, accidents du travail) en France et à l’étranger. Son exposition au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 1979 révèle qu’il ne s’agit pas seulement d’agit-prop mais d’un singulier travail de dessin et d’une réflexion sur l’espace urbain et son histoire. Si pendant cette période c'est la réalisation d’affiches de cinéma et de dessins dans Le Monde diplomatique, l’Humanité, Le Monde qui l'a nourri, à partir de cette exposition il pourra vivre de ses créations.

En 1987, un article de Henri-François Debailleux. dans le journal Libération du lui apprend que Francis Bacon s’intéresse à son travail. L’année suivante, Bacon lui écrit :

Aussi dense et essentielle que celle qu'il a avec la ville de Naples, sa relation à la poésie et aux poètes. caractérise l’œuvre d’Ernest Pignon-Ernest. Pour lui, Il se saisit des figures des poètes (Maïakovski, Neruda, Darwich, Pasolini, etc.) en conjuguant leurs œuvres, leurs destins et leurs images pour incarner leur pays, leur temps ainsi que les aspirations, les contradictions, les drames qui les ont traversés et les traversent encore..

Il est considéré comme le pionnier. de cet art urbain qui s’appellera street-art. Ses travaux acquièrent une grande audience mais auront été longtemps boycottés par les institutions officielles. Ses principales expositions (Pinacothèque de Munich, Biennale de Venise, Palais des Beaux-Arts de Pékin et ses expositions à Belgrade, Genève et Rome) seront le fruit d’initiatives étrangères ou privées.

Il vit et travaille à Paris et à Ivry-sur-Seine où il a son atelier depuis 1973.

Distinctions Prix 1980 : Grand prix de la Biennale d’Alexandrie pour son travail sur le Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell 1985 : Prix Vaillant-Couturier 2009 : Prix de la Fondation Simone et Cino del Duca. 2026 : Médaille de la ville de CarpentrasDécernée le 22 mai par le maire Rassemblement national Hervé de Lépinau, lors de l'inauguration de son exposition au musée municipal de la ville.Cf. .

Décorations . (Monaco)

Honneurs En 2011, Ernest Pignon-Ernest succède à Edmonde Charles-Roux à la présidence des Amis de L'Humanité'.. Le , il est élu membre de l'Académie des beaux-arts, dans la section Peinture, au fauteuil de Vladimir Veličković..

Technique S’il a réalisé au pochoir sa première intervention en extérieur, il se rend compte :

Les lieux pour lui sont ses matériaux essentiels :

Cette insertion vise à la fois à faire du lieu un espace plastique et à en travailler le sens et le sensible, en révéler, perturber exacerber le potentiel suggestif, la symbolique. , dit-il.

Ses représentations, toujours humaines, sont réalisées au fusain, à la pierre noire et à l’aide de gommes crantées de différentes épaisseurs pour façonner les ombres. Elles  sont le plus souvent reproduites en sérigraphies imprimées sur du papier fragile. (chutes de rotatives du journal Le Monde). À Naples notamment, il a collé de nombreux dessins originaux à la pierre noire réalisés sur ce même papier.

Comme dans la rue l’image n’est pas toujours rencontrée frontalement, elle exige des distorsions graphiques, mais : « le principal travail au niveau du dessin consiste surtout en cet équilibre délicat ». Il faut assez d’effet de réel pour suggérer une présence et en même temps affirmer la distance, la fiction, affirmer que c’est une image. Le dessin grandeur nature va dans le sens d’un effet de réel. Le noir et blanc et le rectangle blanc du papier affirment la convention du dessin : la distance, la fiction »..

Sur ce papier fragile collé sur les murs des villes, ses images sont forcément éphémères, vouées à disparaître avec le temps car l’artiste tient à la fragilité du support utilisé : la mort annoncée de mes images n’est pas une séquelle, un inconvénient, elle fait partie de la proposition autant que ce qui est figuré. Je l’ai compris en 1978 lorsque j’ai senti que ce qu’il y avait de plus Rimbaldien dans mon image de Rimbaud c’était ce caractère fulgurant, sa disparition… Je ne figeais pas l’image du poète ! ».

À l’aide d’une échelle, d’un seau de colle et d’une brosse, sans autorisation, il prend des risques en allant seul la nuit coller ses sérigraphies. Il conserve ses croquis, ses recherches, ses travaux préparatoires et les photographies de ses œuvres in situ pour les  présenter lors de nombreuses expositions, toujours conçues comme l’exposé du processus : les étapes de sa démarche.

Interventions Premières actions dans la rue (1966-1980) En 1966, alerté par la campagne de René Char « Point Omega », il apprend qu’à quelques kilomètres s’implante la force de frappe nucléaire.Date erronée au lieu de 1963 — cf. « Exposition In/Out », MAC Créteil, octobre-décembre 2014.. Après quelques mois de recherche s’impose à lui l’idée qu’il ne peut exprimer par la peinture ce que signifie cette puissance de mort (des milliers d’Hiroshima) enkystée sous ces paysages de Provence. Il réalise que c’est sur les lieux mêmes qu’il doit intervenir. À partir de cette emblématique photo d’un passant d’Hiroshima brûlé par l’éclair nucléaire dont il ne reste que l’ombre portée comme pyrogravée sur une paroi, il confectionne un pochoir et va tracer sur les murs, les rochers, les routes qui mènent au plateau d'Albion ces empreintes fantomatiques venues d’Hiroshima. Cette première inscription d’une image humaine grandeur nature dans la réalité va être à l’origine de sa démarche artistique bâtie sur la création de dessins d’une grande intensité insérés dans des lieux soigneusement repérés et étudiés. En 1968, il colle dans Avignon de grands dessins originaux en résonance avec le Living Theatre.

vignette|Ernest Pignon-Ernest, sérigraphie collée sur les escaliers de la butte Montmartre, 1971. En 1974, il s'oppose au jumelage de Nice avec Le Cap, en disséminant dans la ville en de multiples exemplaires représentant un couple (noir) avec un enfant semblant assister à la vie dans les rues de derrière un grillage. Le dessin lui vaut une brouille avec la ville jusqu'à ce qu'un maire accepte l'affiche en cadeau.. C’est à cette époque qu’il prend par hasard un nom de scène pour éviter la confusion avec le peintre Édouard Pignon durant une exposition à laquelle ils participaient tous les deux. Une erreur de lecture des organisateurs le baptisa « Ernest Pignon-Ernest », un nom qu’il adopta.

Pour le centième anniversaire de la Commune de Paris, en 1971, il met au point un grand écran de sérigraphie et imprime plusieurs centaines d’exemplaires d’un dessin de gisant qu’il ira coller à Paris dans les lieux liés à l’histoire de la Commune et aux combats pour la liberté.

vignette|gauche|Ernest Pignon-Ernest, Rimbaud dans Paris, 1978. Cette technique de sérigraphies de grands formats imprimées sur des chutes de papier de rotative sera la matrice de ces interventions à venir : Maiakovski à Avignon (1972), la Dénonciation du jumelage Nice-Le Cap (1974), les Immigrés à Avignon (1974), la Libéralisation de l’avortement à Paris](1975), les Agressions subies par le corps au travail à Grenoble (1976), les Expulsés à Paris (1978), ainsi que le Parcours Rimbaud de Charleville à Paris en 1978 et 1979.

Art against apartheid (1980-1996)