Archambaud Joseph de Talleyrand-Périgord, duc de Talleyrand par courtoisie, né le à Paris et mort le à Saint-Germain-en-Laye, est un gentilhomme et militaire français, et le frère cadet du célèbre Talleyrand.
Biographie Famille
Fils de Charles-Daniel de Talleyrand-Périgord, comte de Talleyrand (1734-1788) et d'Alexandrine de Damas d'Antigny (1728-1809), Archambaud naît dans une famille de haute noblesse et jouissant de charges à Versailles, mais dans une situation économique difficile. Ses parents ont déjà eu deux fils, Alexandre (1752-1757) et Charles-Maurice (1754-1838), et auront après lui deux autres enfants, Boson (1764-1830) et Louise, morte en bas âge en 1771.
Le prénom d'Archambaud lui est donné pour rappeler la lignée des comtes de Périgord constituée de nombreuses personnalités portant ce prénom, respectant ainsi une tradition des grandes familles aristocratiques. Il porte le titre honorifique de comte de Périgord en tant que cadet (son frère ainé étant à cette époque comte de Talleyrand).
Jeunesse De par le peu de fortune de ses parents et la vocation de son frère aîné à la prêtrise, Archambaud se retrouve au centre des attentions familiales et récupère le droit d'aînesse au détriment de Charles-Maurice"Ce fut de surcroît, pour Talleyrand, la déchéance de son droit d'aînesse. Une tradition constante, en effet, veut qu'il en ait été dépossédé vers l'âge de treize ans, par un conseil de famille, au bénéfice de son frère Archambaud, son cadet de huit années". Citation tirée de , affligé d'un pied bot. Il commence donc une carrière militaire, vocation communément admise pour le chef de famille.
En 1779, alors âgé de 17 ans, il épouse Sabine Olivier de Senozan de Viriville (1764-1794), lointaine cousine de sa mère et riche héritière. Cette union est considérée par certains comme une mésalliance"Son mariage m'a bien saigné le cœur de voir mon nom si fort abâtardi" : Archives du Château de Commarin, livre de raison de Marie-Judith de Vienne, mais la fortune de la promise emporte la décision. La dot promise, comprenant de nombreuses terres et notamment la seigneurie de Rosny, l'autorise désormais à porter le titre de marquis de Rosny.
Selon Emmanuel de Waresquiel, cette union aurait été considérée comme un « soufflet » par Charles-Maurice, destitué de ses droits d'aînesse, d'une partie de la fortune familiale au profit du jeune marié, et curieusement absent des réjouissances. Le biographe considère cela comme une démonstration du ressentiment et de la frustration qu'il éprouvait alors, un des nombreux « poids de ses silences » dont le personnage est coutumier.
Dans les années 1780, le comte de Périgord fait partie du groupe des jeunes fashionables de Versailles" (...) il appartenait avant la Révolution, comme Archambaud de Périgord et Félix le Peletier, au groupes des jeunes fashionables parisiens, très à la mode, très en vue, qui copiaient les habitudes anglaises, se passionnaient pour les atellages et les chevaux et menaient un train d'enfer". Citation tirée de et est un familier des bals et fêtes de la cour dont il est un membre reconnu et apprécié, plus par son allure que par son intelligence. C'est vers cette époque qu'il se découvre trois vocations : les femmes, le jeu, et les dettes.
223x223px|vignette|droite|Aglaé de Polignac, duchesse de Guiche
Physiquement agréable, charismatique et discret sur ses relations, il connaît de nombreuses aventures avec des dames de la haute noblesse. En , il eut notamment une relation avec Aglaé, duchesse de Guiche, mais l'arrivée inopinée de son mari le força à s'échapper par une fenêtre, située au premier étage. Aperçu par un garde, il est arrêté, reconnu et s'en tire avec un genou froissé. L'affaire fait le tour des courtisans qui s'en amusent beaucoup, et arrive aux oreilles de Louis XVI qui déclare : « Puisqu'il faut absolument que nous soyons entouré de catins, au moins qu'on les loge toutes au rez-de-chaussée ; on ne courra plus le risque de se casser le cou si, en allant les voir, on est obligé de passer par la fenêtre. »Correspondance secrère inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la cour et la ville de 1777 à 1789, publiée par M. de Lescure. Paris, 1860, II, 16, 22 février 1786. Un mois après cette affaire, probablement pour l'éloigner de la cour, il est nommé colonel en second du régiment de Provence appartenant à Monsieur, frère du Roi.
Ce tempérament volage ne semble pourtant pas avoir empêché une bonne entente avec son épouse, avec qui il eut trois enfants : Louis (1784-1808), Françoise Xavière (1785-1863), et Alexandre Edmond (1787-1872). Le couple aide aussi Charles-Maurice, en lui garantissant un emprunt de près de 135 000 livres, destinées à le faire devenir évêque d'Autun"Très rares sont les historiens qui mentionnent le prix d'enregistrement des bulles pontificales par lesquelles le pape intronise les évêques... et remplit les caisses du Saint-Siège." citation et information du prêt tirée de .
Révolution et émigration
Durant la période révolutionnaire, Archambaud accompagne surtout les actions de son frère. C'est ainsi qu'on le voit participer aux séances de l'Assemblée nationale en tant que député suppléant ou au pied de l'autel lorsqu'officie son frère ainé le jour de la Fête de la Fédération"Son frère Archambaud la servit, et quoiqu'il eût fortement nié le fait quand il rejoignit les princes à Coblentz, je l'ai vu de mes yeux, en habit brodé et l'épée au côté, au pied de l'autel". Citation tirée de . Résidant dans le faubourg Saint-GermainAu numéro 127 de la rue Saint-Dominique à proximité de la résidence de sa mère, on le voit parfois en compagnie de Boson ou de Charles-Maurice dans le Club de Valois, club politique créé par Sieyès. Dans le même temps, il est fait colonel à la suite du régiments de Chasseur d'Alsace.
En 1792, pressé de partir par son frère qui sent le vent tourner, Archambaud décide d'émigrer et de retrouver l'Armée des Princes à Coblence, laissant sa femme et ses enfants en France afin d'éviter la confiscation de leurs biens. Malheureusement, alors qu'elle cherche à rejoindre son mari en Grande-Bretagne, où il est colonel d'un régiment à son nom, la comtesse est arrêtée et amenée dans la prison Saint-Lazare puis à la Conciergerie, où le tribunal révolutionnaire la condamne à mort. Le 9 thermidor de l'an II (), quelques heures avant la chute de Robespierre, elle fait partie de la « dernière charrette » de condamnés. Son corps, ainsi que ceux de nombreuses victimes de la Terreur, est jeté dans une fosse commune du cimetière de Picpus.
Sa mort attriste beaucoup son mari et son beau-frère, ce dernier étant alors aux États-Unis"M. de Talleyrand se réjouissait surtout que Mme Archambaud de Périgord, sa belle-sœur, eût échappé au supplice, lorsque beaucoup plus tard dans la soirée, ayant repris sur la table un journal qu’il croyait avoir lu, il y trouva la terrible liste des victimes exécutées le jour même du 9 thermidor au matin, pendant la séance où l’on dénonçait Robespierre, et dans laquelle elle figurait. Cette mort le frappa bien douloureusement...". Citation de la Marquise de la Tour du Pin tirée de . Archambaud décide donc de rejoindre Londres où se trouve la cour en exil du comte de Provence et du comte d'Artois, et prend part en 1795 à la désastreuse affaire de Quiberon, où son frère Boson est lieutenant-colonel de la Légion du Périgord. Pour autant, n'oubliant pas ses habitudes, Archambaud connait une liaison avec la comtesse de Balbi, favorite du comte de Provence, qui accouchera un peu plus tard de jumeaux. En 1798, il parvient à rentrer en France et se cache à Neuilly sous un nom d'emprunt, puis se fait héberger chez la comtesse de Jarnac, où il retrouve ses enfants.
L'Empire
Pendant la période impériale, les Talleyrand sont grandement favorisés par la place importante qu'occupe Charles-Maurice. Grâce à son influence, Bonaparte accordera son pardon à Boson et à Archambaud dès 1801 et les radiera de la liste des émigrés. Cependant ce dernier, calculant qu'il a toujours un arriéré de solde impayé en tant que responsable d'un régiment du gouvernement anglais, part pour Londres pour le récupérer avec la bénédiction de son frère. Cette action énerve profondément Bonaparte, qui décide d'éloigner quelque temps les frères de son ministre pour les installer loin de Paris. Ils ne seront plus guères vu, sauf à l'occasion du mariage de Charles-Maurice avec Catherine Worlee. vignette|196x196px|Dorothée de Courlande, plus connue en tant que duchesse de Dino En 1803, sa fille Françoise Xavière épouse Just de Noailles (elle avait été aussi approchée pour épouser Lucien"Si Archambaud est exilé pour n'avoir pas voulu forcer sa fille à épouser Lucien comme le disent les aristocrates ou si c'est pour avoir été à Londres régler les comptes de son régiment comme le disent les autres ?". Citation tirée d'une lettre de Julie Talma à Benjamin Constant, datée du 30 octobre 1802, tirée de , Louis BonaparteEmmanuel de Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène. Présentation et notes de Joël Schmidt. le Seuil, 2 vol., 1968, volume I, p.670 ou Eugène de Beauharnais, mais son père avait refusé et a dû rester un peu plus longtemps à la campagne) et sera nommée dame du Palais de l'impératice en 1812..
Le , Louis, le fils aîné d'Archambaud, meurt à Berlin d'une fièvre inflammatoire. C'est un coup dur pour toute la famille... Charles-Maurice, qui fondait beaucoup d'espoir sur ce jeune homme"Je suis bien malheureux, je vous assure. Tout l'avenir de ma vie était dans ce beau jeune homme qui avait tant d'âme, tant d'élévation, tant de bon esprit, de la force, de la bonté; qu'elle est donc impitoyable cette cruelle mort qu'aucun de ces avantages ne peut fléchir". Extrait d'une lettre de Talleyrand à son amie la duchesse de Bauffremont, datée du 1er juillet 1808, Valençay brave, intelligent et apprécié de Berthier, doit se recentrer sur Edmond, qui n'a pas les capacités de son aîné. C'est donc ce dernier qui va épouser la jeune Dorothée de Courlande à la suite des nombreuses tractations de son oncle avec les ducs de Courlande et Alexandre Ier.
Pendant ce temps, Archambaud fréquente les salons parisiens, mais n'exerce aucune fonction officielle car il est écarté de la cour par Napoléon. Sa vie pourrait se résumer à jouer, perdre de grosses sommesChodron, 15 juillet 1817, Dépôt du transfert d'une reconnaissance de dette de 200 000 francs de Louis de Périgord à Charles-Maurice, sur la tête d'Archambaud de Périgord, signé à Varsovie le 31 mars 1807, et dépenser les restes de la fortune de sa femme. vignette|222x222px|Le duc Archambaud de Talleyand, par Jean-Urbain Guérin
Restauration et fin de vie
Au début de la première Restauration, alors que Charles-Maurice est le chef du gouvernement provisoire, Archambaud recommence à avoir un léger rôle auprès de son frère. Le , dans l'Hôtel de Talleyrand où il est logé, le tsar le reçoit accompagné de sa bru. Le , il est fait maréchal de camp par Louis XVIII. Après les Cents-Jours, il est utilisé comme émissaire auprès du Roi pour lui assurer qu'il est impossible de rentrer à Paris sans l'appui de Fouché.
Devant succéder à son frère en tant que pair de France et nommé duc de Talleyrand en 1817 par ordonnance royale, Archambaud est admis à la retraite la même année en tant que lieutenant général. Il continue de fréquenter le monde et rend souvent visite à son frère dans ses terres de Valençay, notamment pour chasser dans la forêt de Gâtines.
Atteint de paralysie dans ses derniers jours, il meurt le , trois semaines avant son frère aîné. Son corps sera transporté dans la crypte de Valençay.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Documents accessibles en ligne
Articles connexes Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord Edmond de Talleyrand-Périgord Maison de Talleyrand-Périgord
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