Le ou BPP (à l'origine le ) est un mouvement révolutionnaire de libération afro-américaine d'inspiration marxiste-léniniste et maoïste, formé en Californie le par Bobby Seale et Huey P. Newton. Il a atteint une échelle nationale avant de s'effondrer au milieu des années 1970, à cause de tensions internes et des actions menées par l'État, en particulier par le FBI (assassinats, arrestations et agitation de factions rivales via des infiltrés). Ce mouvement a la particularité d'avoir connu dès 1967 une importante participation de femmes activistes, qui s'est accentuée tout au long de la vie de ce parti allant même jusqu'à dépasser le nombre d'hommes.
L'organisation est connue pour son programme « Free Breakfast for Children », l'utilisation du terme « pigs » (cochons) pour décrire les agents de police corrompus ainsi que pour avoir apporté des armes à feu au Capitole de l'État de Californie. Le mouvement a influencé les mouvements anti-impérialistes ultérieurs.
Les membres du Black Panther Party, à l'exemple de Huey P. Newton et de Eldridge Cleaver, ont été impliqués dans de nombreux échanges de tirs mortels avec la police.
Contexte historique Les années 1960 sont marquées par l'importance de la mobilisation pour les droits civiques conjuguée à la persistance des inégalités socio-économiques entre Noirs et Blancs. Les émeutes de Watts en , consécutives à une altercation entre un jeune afro-américain et des policiers, portent un coup aux espoirs suscités par le Voting Rights Act de la même année. Elles témoignent d'un essoufflement de l'engagement intégrationniste de la première moitié de la décennie. En 1964, un tiers des d'Américains vivant sous le seuil de pauvreté sont des Noirs alors qu'ils représentent 10 % de la population.. Si la guerre contre la pauvreté a permis d'améliorer les conditions sociales des plus démunis, elle est restée insuffisante et la politique sociale du président Johnson s'est infléchie après l'entrée en guerre au Viêt Nam. En outre, le principe de la non-violence portée par Martin Luther King commence à perdre de la popularité, surtout auprès de la jeunesse et des habitants des ghettos, mais pas seulement. En effet, la Marche contre la peur de 1966 révèle l'ampleur des divergences stratégiques dans le mouvement noir, le Student Nonviolent Coordinating Committee et le Congress of Racial Equality défendant la légitimité de l'autodéfense armée pendant la manifestation, contrairement au National Association for the Advancement of Colored People et à la National Urban League. Stokely Carmichael, élu en 1966 à la tête du Student Nonviolent Coordinating Committee, participe à la radicalisation de son organisation en exhortant à l'autonomie politique des Noirs et à la nécessité de la conquête du pouvoir. Il contribue, avec d'autres personnalités comme le député Adam Clayton Powell et l'avocat à mettre en avant le Black Power comme objectif politique et condition de l'émancipation des Noirs. Enfin, l'émergence du parti en Californie joue également un rôle dans sa spécificité. Dans la région de San Francisco, principal foyer de la communauté afro-américaine sur la Côte Ouest, il y a eu une recrudescence de l'activisme noir depuis le début de la décennie 1960 en lien avec l'accroissement du nombre d'étudiants noirs, dont une partie était issue de la classe ouvrière, à la différence des générations antérieures.
L'émergence des Panthers est également à mettre en relation avec les luttes de libération nationale du Tiers-Monde et la décolonisation, en particulier africaine, dans la mesure où elle inspire le mouvement, en particulier à travers la figure de Frantz Fanon. Le parti décrit ainsi souvent la police comme une force d'oppression coloniale..
Naissance de l'organisation vignette|alt=Publication du Black Panther Party.|Le parti dispose d'un service de publication qui permet de faire connaître le mouvement et d'encourager à la lutte contre le racisme.
Fondateurs Le , pouvant se traduire en français par le Parti panthère noire, est le fruit de la rencontre de deux jeunes militants de la cause noire, Huey P. Newton et Bobby Seale, à Oakland dans la région de la baie de San Francisco en Californie. Selon les sources, les deux hommes se seraient rencontrés en 196 au Merritt College d'Oakland auquel Newton s'était inscrit en droit ou lors de conférences organisées par l' (AAA), une association née sur le campus de Berkeley en 1961 dont l'audience était importante dans le sud de la Californie. Son chef, Donald Warden, était l'une des figures locales de la communauté noire..
Newton, plus radical que Seale, est alors attiré par le nationalisme noir prôné par Malcolm X. Newton est à l'origine plus proche de la position intégrationniste et non-violente du NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), dont il commence à se distancer. Les deux hommes se détachent rapidement de l'AAA pour rejoindre le Revolutionary Action Movement (RAM) qu'ils quittent aussi, critiquant sa démarche trop tournée vers la réflexion théorique et son incapacité à porter son action sur le terrain pour résoudre les problèmes concrets rencontrés par les plus pauvres des Afro-Américains.
Newton s'inscrit parallèlement à la . Il purge en 1964 une peine de prison de six mois, consécutive à une agression à l'arme blanche. À sa sortie de prison, en 1965, les deux hommes se retrouvent au Merritt College où ils adhèrent au , une structure émanant du RAM. Ils participent à une mobilisation pour mettre en place un cycle de cours sur l'histoire des Noirs. Seale travaille alors au centre de lutte contre la pauvreté d'Oakland Nord (North Oakland Neighborhood Anti-Poverty Center) où il est confronté quotidiennement aux problèmes économiques et sociaux qui touchent la population noire.
Cette situation sociale s'accompagne d'un accroissement des tensions entre la police et la population noire dans la ville d'Oakland, notamment après les émeutes de Watts (1965) dans la ville de Los Angeles. L'insatisfaction qu'ils éprouvent, devant les réponses faites par les différentes organisations auxquelles ils ont successivement adhéré, les persuade de créer leur propre structure et de prôner l'action directe. D'autres groupes les avaient précédés dans l'utilisation de la violence à des fins politiques et d'autodéfense, dont la section du NAACP dirigée en Caroline du Nord par Robert F. Williams dans les années 1950 et les au début des années 1960..
Enregistrement du parti Dans la première quinzaine d', les fondateurs du parti rédigent le Programme en dix points, véritable plateforme de démonstration idéologique propre au , qui s'inspire directement des préoccupations de la population et vise à être aisément compréhensible par les moins instruits.. Il s'agit de l'acte de naissance du Black Panther Party pour l'Autodéfense. Seale en devient le président, Newton le « ministre de la Défense ». Le mouvement s'ancre dès ses origines dans une perspective anti-capitaliste et internationaliste : ..
vignette|Kathleen Cleaver a pris la parole au Hutton Memorial Park dans le comté d'Alameda, en Californie.
Dès les années 1970, les femmes sont plusieurs milliers à rejoindre le BPP, représentant 60 % des membres du parti... Les plus célèbres sont Elaine Brown, Kathleen Cleaver, Assata Shakur ou encore Ericka Huggins. D'après cette dernière, « si vous étiez une Black Panther, vous étiez une féministe ». L'historienne Sylvie Laurent relève que ..
Origines du nom et de son emblème Après les émeutes de Watts, des patrouilles de surveillance des agissements de la police, les Community Alert Patrols, sont créées et les activistes apposent des panthères noires sur les voitures de patrouille, de nombreuses organisations emboitant le pas.
L'emblème et le nom de l'organisation s'inspirent toutefois directement de la (LCFO), un parti né dans le sillage de la Marche de Selma de 1965, organisée par une coalition d'organisations luttant pour les droits civiques.. Lors de leur passage dans le comté de Lowndes, composé par une écrasante majorité de Noirs mais dirigé par des démocrates blancs, les membres du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), parmi lesquels Stokely Carmichael et . entreprennent de créer un parti ayant la vocation de représenter les intérêts des Noirs, le LCFO, qui est le premier . Une démarche similaire a lieu en 1964 dans l'État du Mississippi où le Mississippi Freedom Democratic Party avait contesté avec succès la .
Loi sur l'iconographie des partis politiques La loi de l'Alabama oblige tous les partis à présenter une identification visuelle pour les votants analphabètes. Ruth Howard du SNCC, contacté par Courtland Cox, présente d'abord un pigeon mais les acteurs du SNCC refusent cet emblème jugé trop doux.. La deuxième proposition est une panthère noire, la mascotte du Clark College d'Atlanta. Cette image est remarquée par Seale, et Newton par la suite.
Influences du LCFO, symbole de la panthère et du Black Power vignette|alt=Cérémonie funèbre à la mort de Herman Wallace|Rassemblement en hommage à Herman Wallace, mort peu après sa sortie de prison. , un militant bien connu localement, se rend à Lowndes pour travailler à l'enregistrement des électeurs et électrices noirs aux côtés du SNCC, et ramène des informations à propos du LCFO et de son iconographie à Oakland. Des chefs de file du LCFO se rendent également au chapitre de Berkerley de la SNCC pour présenter leurs actions de militantisme . Les liens sont renforcés par la tenue de deux conférences Black Power qui se tiennent à l'Université de Californie à Bekerley en . La première a pour objectif de lever des fonds pour le Black Panther Party (LCFO). La deuxième est chapeautée par la et rassemble des personnes militantes au niveau local et national autour de la thématique du Black Power. Mark Comfort et Maulana Karenga de Los Angeles y assistent. Stokely Carmichael y fait une présentation du Black Panther Party d'Alabama. Newton et Seale fondent le Black le même mois et Newton suggère l'utilisation de la même symbolique de la panthère noire pour le nouveau parti, aussi bien pour le logo que pour le nom. Le logo et le nom de la panthère noire du LCFO sont inclus dans le document fondateur du parti, intitulé (en français Ce que nous voulons et ce que nous croyons)) le manifeste fondateur du parti.
L'adoption de ce symbole, qui coïncide avec le développement de l'usage du slogan « Black Power », est l'une des manifestations du tournant opéré par une partie du mouvement des droits civiques. La rupture entre la Conférence du leadership chrétien du Sud (Southern Christian Leadership Conference ou SCLC) de Martin Luther King et d'autres organisations plus radicales, telles que le SNCC, est alors en passe d'être consommée. En effet, le positionnement vis-à-vis de la violence est l'un des points de discorde entre les deux associations. La violence dont ils sont régulièrement victimes lors de leurs actions dans le Sud du pays amène progressivement les militants du SNCC à rompre avec la doctrine non violente de King..
Dans l'esprit de John Hullet, l'un des chefs de file du SNCC, la panthère noire est cité dans ..
Ce symbole et le nom de « Black Panther » sont rapidement repris par d'autres organisations dans le pays qui n'entretiennent pas de lien avec le SNCC. À l'origine, le , lui-même, n'était pas lié ni au SNCC, ni avec aucun de ces partis.
Organisation et structure vignette|alt=Organigramme du Comité central du Parti L'organisation du parti n'est pas fixée dès ses débuts et évolue au fil du temps. Il se divise en chapitres répartis par État (celui de Californie en compte deux). Les branches se subdivisent en sections, réparties par quartiers, qui se subdivisent encore en sous-sections. Le comité central joue le rôle d'instance dirigeante et les fonctions se répartissent selon une structure hiérarchique avec des grades, qui prend cependant de moins en moins d'importance.