vignette|Extrait du vitrail de l’apparition de la Notre-Dame de Toute Aide. Les apparitions mariales de Querrien désignent les apparitions mariales survenues à Jeanne Courtel (1641-1703), une petite fille de 11 ans, à partir du jusqu'au début septembre de la même année, sur la commune de La Prénessaye, Côtes-d'Armor (France). Ces apparitions se seraient produites à une quinzaine de reprises. Lors de la première , la jeune fille, sourde et muette de naissance, retrouve la parole et l'audition instantanément, à la surprise de tous les habitants du village. Quelques jours plus tard, elle demande à faire creuser le sol, près d'une source connue pour y retrouver une statue de la Vierge. La statuette de bois est retrouvée au lieu indiqué, confirmant pour la population l'authenticité des déclarations de la fillette.

L'évêque du lieu, Denis de La Barde, diligente une enquête et se rend sur place pour vérifier les déclarations de l'enfant. Satisfait de ses auditions, il fait ériger une chapelle pour organiser la dévotion des fidèles. Le récit des événements, rédigé tardivement, ne permet pas de reconstruire précisément les déclarations de la voyante.

L'apparition, reconnue implicitement par la construction d'une chapelle et l'organisation du culte, n'a pas donné lieu à une proclamation officielle de reconnaissance par l'évêque, comme ce sera le cas 2 siècles plus tard à La Salette ou Lourdes, par exemple.

La chapelle, construite sur le lieu de découverte de la statuette, devient très vite un haut lieu de pèlerinage local, encore fréquenté de nos jours par plus de par an, et avec une affluence particulière lors des pardons.

Historique

Contexte

Le lieu des apparitions est le village de Querrien sur la paroisse de La Prénessaye, entre Loudéac et Merdrignac, à une quarantaine de kilomètres au sud de Saint-Brieuc..

Ce lieu est marqué par l'histoire de l'évangélisation de la Bretagne. Selon la tradition, en 574 le moine saint Colomban et douze compagnons irlandais débarquent sur les côtes bretonnes. La tradition rapporte que l’un de ces moines, saint Gal, fonde un ermitage au Montrel en Langast, puis, il se rend à Querrien où il fait jaillir Certaines sources datent ce en 610.. Toujours selon la tradition, Gall sculpte une statuette de la Vierge à l’Enfant et la place dans un oratoire en bois.. Au gré du temps, l'oratoire est abandonné, il se désagrège et la statue tombe au sol et se retrouve enterrée dans la boue près de la source. Le hameau se développe faiblement, car 10 siècles plus tard, en 1652, seuls une vingtaine de foyers vivent autour de ce point d'eau, dont six tenures. Jean et Jeanne Courtel (les parents de la voyante), qui se sont mariés vers 1625, disposent de l'une des tenures.

Le récit des événements nous est connu par Olivier Audrain, un contemporain, qui en septembre et , a consigné tous les événements qui se sont déroulés à Querrien. Son témoignage est le seul document d'époque parvenu jusqu'à nous (et relatant les apparitions). Ce document prend la forme d'un cahier mémoire. Il est conservé aux archives diocésaines. Le récit des apparitions a été rédigé par le chanoine Joseph le TexierJoseph Le Texier (1879-1944) est un prêtre du diocèse de Saint-Brieuc (ordonné en 1904), Recteur de Plémy (1930-1939), chanoine honoraire (1943), puis curé-doyen de Merdrignac. Il est tué pendant les combats de la Libération., , qui après avoir collecté les éléments, en a réalisé une publication en 1926 où il a . Bouflet et Boutry soulignent que les déclarations épiscopales réalisées à cette époque .

Première apparition vignette|Le Champ des Fontenelles, lieu de la première apparition. Le , la petite Jeanne Courtel, âgée de 11 ans, sourde et muette depuis sa naissance, fait paître le troupeau de moutons familial au Le a été rebaptisé depuis en . C'est le nom utilisé à ce jour.. Vers 18 h, l'enfant commence à réciter le chapelet, comme à son habitude. Elle ressent alors comme . En se retournant, la petite Jeanne aperçoit une belle demoiselle, habillée de satin blanc. La femme lui sourit, elle a une auréole brillante sur la tête, et elle est debout sur un nuage situé au-dessus du sol....

La conversation s'engage entre la femme et l'enfant, et pour la première fois de sa vie, Jeanne entend distinctement les paroles qui lui sont adressées. : « Charmante bergère, donne-moi l’un de tes moutons. - Ces moutons ne sont point à moi… ils sont à mon père. S'il veut vous en faire présent, j'y consens volontiers. - Retourne voir tes parents… et pour moi demande-leur un agneau. - Mais qui gardera mon troupeau ? - Moi-même, je garderai tes moutons ! ».

La petite retourne chez ses parents qui médusés l’entendent parler et leur dire : « Mon père, une dame est venue me voir, et elle m’a demandé un de vos agneaux. - Ah ! ma fille, si cette Dame t’a rendu la parole, nous lui donnerons tout le troupeau, répond son père ».

Seconde apparition

Le lendemain, Jeanne, qui a recouvré la parole, rencontre à nouveau . Celle-ci lui déclare . Jeanne retourne alors voir ses parents pour leur rapporter le message de : « Elle dit qu’elle est la Vierge Marie, et qu’il faut lui construire une chapelle au milieu du village pour que les pèlerins puissent venir en foule pour l’honorer. - Si tu dis vrai, nous demanderons à l’évêque de nous permettre de lui construire un sanctuaire, lui répond-on ».

Autres apparitions Jeanne indique avoir eu d'autres apparitionsLes différentes sources ne concordent pas toujours sur l’enchaînement et le contenu des apparitions : certaines sources, donnant un récit succinct, elles compactent alors les différentes apparitions (ainsi que leur contenu) en une seule, ou en deux distinctes. Le semble plus précis sur ce point. Tous s'accordent sur le contenu et généralement les paroles échangées. Yves Chiron indique . Il précise que . Nous suivons la chronologie du Dictionnaire. de la Vierge les 17, 18 et en différents lieux (le champ des Etoubles et celui des Bosquereaux)..

Le , la Vierge aurait déclaré à la voyante : .

Sur les indications de la fillette, les habitants découvrent une statue en bois d'une Vierge à l'Enfant près de la mare de Saint-Gall, enterrée dans la boue. D'après la tradition, cette statue aurait été taillée mille ans plus tôt par le moine irlandais saint Gall, et conservée en bon état depuis mille ans par les eaux de la source.. Dès ce jour, plusieurs pèlerinages sont organisés spontanément depuis les environs, sur le lieu de la découverte de la statuette. Plusieurs sont alors rapportés par la population. Les autorités de l’Église en constatent et consignent vingt-quatre.

Suites et conséquences La voyante Jeanne Courtel (1641-1703) est la fille de pauvres cultivateurs du hameauCertaines sources indiquent que la famille était , Yves Chiron indique que ses parents étaient .. Elle est sourde et muette de naissance. L'apparition de la Vierge le lui . Sur le plan religieux, elle est admise à la première communion et à la confirmation. Elle est sollicitée de nombreuses fois pour être la marraine d'enfant ou comme témoin dans les actes de catholicité de la paroisse (mariage, etc.).

Jeanne épouse Damien Saulnier, sieur de la Motte, contremaître aux forges du duc de Rohan, en 1675. Le couple a cinq enfants, dont trois vont mourir en bas âge. Elle décède à Querrien le . Elle est inhumée dans la chapelle du sanctuaire (où sa pierre tombale est visible dans le transept).

Enquête et reconnaissance par l’Église Le recteur de La Prénessaye reçoit la jeune voyante dès le . Il se montre prudent et réservé. La découverte de la statue le ne le convainc pas totalement, il reste prudent mais non hostile à la jeune fille.

Pour demander la construction de la chapelle, Jeanne se rend fin août à l'évêché avec quelques habitants. L'évêque de Saint-Brieuc la reçoit. Denis de La Barde nomme deux enquêteurs, dont le recteur de Querrien pour faire la lumière sur ces supposées apparitions de la Vierge. Les enquêteurs se rendent sur place, auditionnent les habitants et dressent des procès verbaux. L'évêque est ensuite notifié du résultat de leur enquête..

Le , l'évêque se rend en personne à Querrien, interroge Jeanne Courtel, ainsi que divers témoins, et leur demande de confirmer sous serment leurs déclarations. Après quoi, l'évêque émet un avis positifIl ne s'agit pas ici d'une reconnaissance canonique comme ce sera le cas à la fin du pour les apparitions de La Salette, Lourdes et suivantes. À la suite du concile de Trente, un siècle plus tôt, et pour quelques siècles encore, les évêques se contentent d'organiser le culte, après une apparition mariale, sans s'exprimer officiellement dans une proclamation publique, sur l'authenticité de l'apparition. sur l'apparition et décide de faire bâtir une chapelle et d'y organiser le culte. Le suivant l'évêque revient bénir la première pierreLes sources divergent : certaines disent que c'est l'évêque en personne qui est venu bénir la première pierre, le jour même, d'autres que la bénédiction de l'évêque a eu lieu en avance lors de sa visite du 11 septembre, enfin une autre que c'est le recteur de la paroisse qui bénit la pierre . Tous s'accordent que la pierre a été bénie, par ou avec l'autorisation de l'évêque. de la future chapelle au cours d'une célébration qui rassemble .

Quelques années plus tard, le , Denis de La Barde déclare : Bouflet et Boutry indiquent pour leur part que la chapelle définitive (actuelle) n'est terminée qu'en aout 1656, mais qu'en 1652, c'était une chapelle provisoire qui avait été érigée..

Reconnaissance officielle, ou non ?

Il y a une ambiguïté et une confusion dans un certain nombre de déclarations, faites tant sur des sites internet que dans divers articles de la presse grand public. Ainsi nous pouvons lire fréquemment que , ou . Mais Bouflet et Boutry précisent bien dans leur étude qu'il n'y a créant le sanctuaire et y organisant le culte. Ils ajoutent : pour y structurer le culte (conformément aux canons de l’Église). Pour eux, les apparitions mariales n'ont pas été comme le seront plus tard celles de La Salette, Lourdes ou de Fátima. De même Yves Chiron ne précise aucune reconnaissance épiscopale officielle, en dehors de la construction d'une chapelle et de la mise en place de chapelains pour prendre en charge les fidèles.

En ce qui concerne la reconnaissance, ces apparitions sont à rapprocher de celles de Cotignac, de la rue du Bac ou de Notre-Dame de l'Osier où le culte est autorisé, organisé et même encouragé, mais pour lesquels, à ce jour (en 2021) aucun évêque ou aucune autorité vaticane, ne s'est officiellement prononcé sur la véracité des déclarations du ou des voyants..

La chapelle thumb|Photo de la chapelle autour de 1920.

Une chapelle provisoire fut édifiée dès Les différentes sources n'apportent pas la même précision, toutes parlent de la chapelle construite en 1652, mais quelques-unes sous-entendent qu'elle fut reconstruite 4 ans plus tard. Le site du ministère de la culture indique que la date de construction est 1652, confirmée par une gravure de la date. Il est probable que la construction de la première chapelle s'est étalée sur 4 années.. Le chœur fut placé sur le lieu même de la découverte de la statue. La chapelle actuelle est construite de 1652 à 1656, à la demande de l'évêque Denis de La Barde. Elle attire très vite un nombre important de pèlerins venus demander la protection de la Dame de Querrien, honorée dès le départ sous le vocable de ..

Cette chapelle possède un certain nombre d’éléments classés sur le plan patrimonial.

Le , la statue de Notre-Dame-de-Toute-Aide présente dans la chapelle de Querrien est couronnée canoniquement avec l'autorisation du pape Pie XII...

thumb|200px|Chapelle Notre-Dame-de-Toute-Aide, sortie de la lors d'une procession. Carte postale (v. 1920). Persistance du culte