Jean II dit Flora est un prélat français du , qui succéda à Jean Ier et Sanction sur le siège épiscopal d'Orléans de 1096 à environ 1125. Son élection à un évêché royal, qui scandalise une partie de l'épiscopat franc, marque une des premières apparitions manifestes de l'homosexualité dans la hiérarchie ecclésiastique du Moyen Âge central.

Origine du surnom L'étonnant surnom de Flora lui viendrait, selon Yves de Chartres, des chanoines de son diocèse qui l'en auraient affublé pour ridiculiser ses mœurs probablement homosexuelles, Flora étant le nom d'une célèbre prostituée romaine de l'époque. Cette liberté partagée avec l'archevêque de Tours (peut-être Raoul II, occupant la cathèdre de 1086 à 1117 et disposant lui-même d'une réputation exécrable) apparemment connue de tous, est insupportable pour un clergé séculier en pleine révolution conservatrice. La réforme ecclésiale en cours fait grand cas de la sexualité des clercs, mais la répression n'est pas nouvelle : Wetti de Reichenau et Pierre Damiens l'ont sévèrement condamnée. Un successeur de Raoul II, Hildebert de Lavardin (1055-1133) se signale par ses sermons contre l'homosexualité dans son diocèse, apparemment répandue dans le clergé séculier à une époque où le Débat de Ganymède et d'Hélène, poème latin anonyme, débute dans la littératureGanymède ou l'échanson, Véronique Gély, Presses universitaires de Paris Nanterre (2008), OpenEdition..

Biographie vignette|250x250px|La contestation du pouvoir épiscopal et sa désacralisation font partie intégrante d'une culture médiévale née en réaction à la Révolution enclenchée dès Léon IX (1049-1054). Ici, une enluminure satirique du . Neveu de Suger et à l'origine archidiacre à Tours, le jeune Jean est battu aux premières élections de 1096 où son rival Sanction, correspondant épistolaire d'Yves de Chartres, accède à la cathèdre. La mort prématurée de celui-ci le propulse officiellement à l'épiscopat début mars 1098, qu'il conserve par la volonté de Philippe Ier, roi des Francs : ce dernier, en concubinage depuis 1092 avec l'épouse légitime de Foulques IV Réchin, Bertrade d'Anjou, avait été vivement dénoncé par un épiscopat imbibé de Réforme grégorienne et excommunié en 1094. Afin d'éviter une isolation totale du clergé, le roi chercha des alliés partout et cette stratégie porta ses fruits avec Jean, un homme de paille manipulable, qui se déclarait pour Philippe quand celui-ci fermait ses yeux sur son attitude licencieuse. Du reste, Jean n'est pas le prétendant idéal : bien que son âge exact soit inconnu, il n'a certainement pas trente ans (âge canonique, c'est-à-dire légal pour exercer cette fonction selon le décret de Gratien), a acheté son titre (se rendant coupable de simonie aux yeux de la papauté) et sa débauche ne le rend, toujours selon Yves de Chartres, pas digne des honores épiscopaux. On ne connait pas la réaction de l'archevêque de Lyon Hugues de Die, sévère légat de Grégoire VII en France depuis 1074, même s'il semble évident qu'il n'intervint pas immédiatement, Urbain II ayant lui-même confirmé l'élection.

gauche|vignette|220x220px|Gravure du représentant la tradition de l'enfant-évêque accompagné de petits chanoines, populaire en Occident jusqu'au . Si l'aberration d'un évêque-enfant a des précédents (le pape Benoît IX avait même 12 ans environ lors de son accession au pontificat, en 1032) et même des "dispenses" possibles avec Innocent III, son investiture le jour de la fête des Innocents (traditionnellement un ) provoque des calembours nombreux, un enfant du chœur - l'Episcopus stultorum - y étant en principe désigné pour parodier le rôle de l'évêque dans le cadre plus large de la fête des Fous, comparable au Carnaval ; l'élection est ainsi prise pour une bouffonnerie par les chanoines, humiliant indirectement la décision du pouvoir royal en pleine crise de légitimité. La date de sa mort ou de sa déposition n'est pas enregistrée, mais on peut la déceler en creux : une charte de confirmation de Louis VI aux chanoines de cathédrale Sainte-Croix le mentionne en , et à nouveau en . Jean signe lui-même des actes en 1124 mais disparaît avant , où Innocent II soutient son successeur Élie (ou Hélie) et réaffirme le droit canonique des conditions à l'épiscopat, afin d'éviter à l'avenir l'élection d'un nouvel enfant.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Liste des évêques d'Orléans Philippe Ier (roi des Francs) Yves de Chartres

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