vignette|Dionysos (assis sur un trône) avec Hélios, Aphrodite et d'autres dieux. Fresque antique de Pompéi.

Dionysos (en grec ancien ou ) est, dans la religion grecque antique, le dieu de la vigne, du vin, de la fête et de ses excès. Il est une figure majeure de la religion grecque et un dieu de première importance au sein de l'orphisme : les Hymnes orphiques comportent de très nombreuses prières en son honneur et s'organisent pour donner Hymne orphiques, éditions Les Belles Lettres, , ..

Ancien Feu divin comme l'attestent de nombreux éléments de sa légende et de son culte, il est le fils de Zeus et de la mortelle Sémélé ou, selon l'orphisme, de Zeus et de Déméter ou de Perséphone, ou encore de Zagreus et Sémélé. Réparties entre l'automne et le printemps, ses festivités sont liées au cycle annuel et notamment au retour du printemps. Dieu de la fureur et de la subversion, son culte est également marqué par les fêtes orgiaques féminines célébrées par ses accompagnatrices, les ménades. Ses festivités ont été la force motrice du développement du théâtre et de la tragédie. La mythologie grecque met souvent en scène Dionysos, depuis les récits liés à l'arrivée du dieu en Grèce jusqu'à ceux relatant sa conquête de l'Inde.

Il a été adopté par la Rome antique sous le nom de Bacchus (du grec ancien , un de ses autres noms, 623.) et assimilé au dieu italique Liber Pater.

Étymologie Sous ses différentes formes, le nom de Dionysos signifie probablement « fils de Zeus »Pierre Chantraine et autres, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, 4 vol., Paris, Klincksieck, 2009, p. 1288, une étymologie qui rejoint une formule traditionnelle indo-européenne selon laquelle le Feu divinLa religion grecque comme de nombreuses autres mythologies notamment indienne, slave, germanique… conserve le souvenir du feu conçu comme une divinité. Exemples nombreux dans James G Frazer, Mythes sur l'origine du feu, trad. G.M. Michel Drucker, Payot. Adalbert Kuhn, Die Herabkunft des Feuers und des Göttertranks, réimp. 1968, Darmstadt, WGB, tendait ainsi à voir dans Dionysos un ancien dieu Feu. Sur le feu et la symbolique des torches dans le culte de Dionysos : Robert Triomphe, Prométhée et Dionysos, Presses universitaires de Strasbourg, 1992 est le .

Le mythe Naissance

Théophraste, au , écrit au de son ouvrage Histoire des plantes, que Dionysos est né sur le mont Méros, dans le Pakistan actuelThéophraste, Recherche sur les plantes, 2010, 138, n. 37.. Dionysos est le seul dieu olympien né d'une mère mortelle : dès Homère et Hésiode, , 323-325 et 940-942., il est présenté comme le fils de Zeus et de Sémélé ( / , « terre » une ancienne déesse Terre), fille du roi de Thèbes Cadmos et d'Harmonie. Plus précisément, le récit de sa conception montre que Dionysos est né de la Terre frappée par la foudre, « la Terre Mère fécondée par l'éclair céleste du dieu Ciel »Henri Jeanmaire, Dionysos, Payot, 1951, p.336., naissance caractéristique d'un Feu divin.

Poussée par Héra, jalouse, déguisée en sa nourrice et qui feint de refuser de croire que l'enfant que porte Sémélé est de Zeus comme elle le prétend, cette dernière demande à Zeus d'apparaître dans toute sa majesté pour prouver ses dires. Ne pouvant supporter sa vue, Sémélé meurt foudroyée, ce qui était le but d'Héra. Zeus tire alors son fils du ventre de sa mère et, s'entaillant la cuisse, y coud l'enfant pour mener sa gestation à terme, , 146, 2 et Euripide, Bacchantes, 89-98.C'est l'origine de l'expression : La cuisse est, dans la culture indo-européenne, le siège de la force vitalehttp://www.homeros.fr/IMG/pdf/Genoux-Homere-FL.pdf, texte additionnel.. Ce récit de la gestation de Dionysos dans la cuisse de Zeus recouvre un noyau mythique très ancien : le feu allumé par la foudre est essentiellement . Le Ciel est à la fois son père et sa mère tandis que la Terre n'a qu'un rôle passif dans l'opérationHenri Jeanmaire, ibid, 1951, p. 336.

Dans la version orphique du mythe, Dionysos-Zagreus est le fils de Zeus et de sa fille Perséphone. Héra, jalouse, demande aux Titans d'enlever le nouveau-né. Ceux-ci déchirent Dionysos en morceaux et le font cuire dans une marmite. Mais, selon une version du mythe, Athéna ramasse son cœur et le rapporte à Zeus qui le donne à manger à Sémélé, ainsi fécondée. Dans les deux cas donc, Dionysos connaît deux naissances, ce qui explique l'une de ses épithètes, , .

Pour être soustrait à la vengeance d'Héra, il est confié à sa naissance, selon certains par Perséphone, à Ino, sœur de Sémélé, et à son époux, Athamas. Mais, découvert par Héra, qui punit Ino et Athamas en les rendant fous, Dionysos est alors transformé un temps en chevreau par Hermès sur ordre de Zeus, puis remis, sous la direction de Silène, aux nymphes d'un mont de Thrace, le mont Nysa, lieu mystérieux. où les nymphes Hyades élèvent le jeune Dionysos, le « Zeus de Nysa », autre étymologie de son nom.

Jeunesse et exploits Dionysos vit une adolescence mouvementée. Selon l’Iliade, il est d'abord poursuivi par Lycurgue, puis est fait prisonnier par des pirates tyrrhéniens qu'il transforme en dauphins, et auxquels il n'échappe qu'en réalisant d'effrayants prodiges (Hymnes homériques).

Selon Euripide, Dionysos installe son culte en Lydie, en Phrygie, en Perse et en Asie, et ne vient en Grèce qu'ensuiteEuripide, Les Bacchantes, prologue.. Dans l'épopée Les Dionysiaques, où Nonnos de Panopolis fait la synthèse de plusieurs traditions concernant le dieu, Dionysos doit prouver sa valeur aux autres dieux de l'Olympe en commençant par conquérir les Indes. Il part avec une armée de bacchantes, de ménades et de satyres, et affronte de nombreux ennemis, dont il convainc une partie en leur faisant découvrir le vin.

En Grèce, le culte de lui-même que Dionysos installe excite d'abord les railleries. Il châtie les filles d'Argos près d'Éleuthères ainsi que Penthée, roi de Thèbes, pour cela.

Désireux d'aller rendre visite à sa mère aux Enfers, Dionysos demande l'aide d'un guide, Prosymnos, qui accepte de lui montrer le chemin en plongeant avec lui dans le lac de Lerne, qui communique avec le royaume d'Hadès. Ce plongeon est associé à de nombreux rites initiatiques en Grèce ancienne, généralement liés au passage de l'adolescence à l'âge adulte, et donc aussi aux amours entre un aîné (éraste) et un cadet (éromène). Prosymnos accepte ainsi d'aider le jeune dieu mais exige en échange que celui-ci, lorsqu'il serait de retour, lui accorde ses faveurs. Mais lorsque Dionysos revient des Enfers, Prosymnos, lui, est mort. Le dieu décide de tenir son engagement malgré tout : il taille un morceau de figuier en forme de phallus et s'acquitte de sa dette sur la tombe de ProsymnosCe mythe est étudié par Bernard Sergent dans Homosexualité et initiation chez les peuples indo-européens, éditions Payot.. Clément d'Alexandrie, un apologète chrétien, rapporte ce mythe et voit en lui l'origine des phallus érigés en l'honneur du dieu dans plusieurs villes (34).

Dionysos est revenu des Enfers avec sa mère, Sémélé, qu'il a arrachée au royaume des Ombres. Il la transporte dans l'Olympe grâce à Hestia qui lui cède sa place, où elle devient immortelle sous le nom de Thyoné.

Dionysos est, avec Apollon, un dieu qui se manifeste par épiphanies (apparitions) : éternel voyageur, il surgit par surprise. Il se présente toujours comme un étranger, courant le risque de ne pas être reconnu. Dans le panthéon grec, il est un dieu à part : c'est un dieu errant, un dieu de nulle part et de partout. À la fois vagabond et sédentaire, il représente la figure de l'autre, de ce qui est différent, déroutant, déconcertant, anomique :

Il est rarement associé à la gent olympienne. Il se contente de prendre part à la Gigantomachie, et négocie auprès d'Héphaïstos la libération d'Héra prise au piège par ce dernier.

Ses amours thumb|right|C. Albacini, Dionysos et Ariane (), Madrid, Académie royale des Beaux-Arts de San Fernando.

Le premier amour de Dionysos est un adolescent nommé Ampélos. Mort accidentellement, il est ensuite changé par le dieu en constellation, , 407 et suiv. ou bien en pied de vigne, , 185 et suiv..

Alors que Thésée a abandonné Ariane sur l'île de Naxos, Dionysos, qui passait par là, tombe amoureux d'elle. Il apparaît à Ariane, l'emmène sur l'Olympe et en fait son épouse. Elle est parfois vue comme la mère des Ménades. En cadeau de mariage, Dionysos aurait jeté sa couronne dans le ciel pour lui rendre hommage ; celle ci devient la constellation de la Couronne boréale. Ariane est ensuite divinisée et devient une personnification de la terre fertile.

D'Althée, la reine de Calydon, il a une fille, Déjanire, qui est adoptée par l'époux d'Althée, Œnée.

Aphrodite lui donne plusieurs fils, à savoir Priape, divinité phallique des vergers et des jardins, Hyménée, dieu du chant nuptial, et, selon le , l'Hermès souterrain, chtonien ou infernal.

De la nymphe Nikaia, il a une fille Teléte.

Dionysos, héros qui meurt et renaît Dans la légende des femmes d'Argos, celles-ci devenues folles car elles n'avaient pas exalté convenablement Dionysos se mettent à dévorer leurs nourrissons, , 5, 2.. Dans deux versions de cette légende, Persée, héros des Argiens, intervient et vainc Dionysos. Il le tue et le jette dans un lac, ou bien, selon Philochore, Dionysos va mourir à Delphes où il a son tombeau. Selon Pausanias et Nonnos, l'affrontement se termine par une réconciliation et l'admission du culte dionysiaque à Argos.

Apparemment incompatible avec l'idée d'un Dionysos immortel, ce Dionysos, héros qui meurt et renaît périodiquement, correspond à la conception de Dionysos comme « Feu divin ». Cette conception avance que la nature de Dionysos serait unique : différente de celle des autres dieux (hormis Pan) puisqu'il est soumis à la mort, mais également différente de celle des mortels, puisqu'il renaît. Ainsi, comme le rapporte Plutarque, les Delphiens prétendent que les restes de Dionysos sont enfouis chez eux, près de l'endroit où la Pythie rend ses oracles. Il repose .

Ces morts sont suivies de résurrections. Pour Jean Haudry, cet ensemble de pratiques et de conceptions se rattachent à un ancien dieu Feu qui meurt quand on l'éteint et renaît quand on le rallume.

Apparences vignette|Statue en marbre de Dionysos (Musées du Capitole, Rome)Dans l'art de la Grèce antique primitive et de la haute époque classique, Dionysos était représenté sous les traits d'un homme mûr et barbu. En revanche, à partir de la basse époque classique (fin du Ve siècle av. J.-C.) et de l'époque hellénistique, son iconographie évolue vers celle d'un jeune homme imberbe, semi-nu et aux traits efféminés Walter F. Otto, Dionysus: Myth and Cult, Indiana University Press, 1995, p.176. L'historien grec de l'Antiquité Diodore de Sicile rapporte que le Dionysos ancien était représenté avec une barbe épaisse, alors que le Dionysos plus récent présentait une apparence efféminée et délicate, tout en étant d'une beauté exceptionnelleDiodore de Sicile, Bibliothèque historique, Ⅳ, 4, 1..

À partir des Les Bacchantes d'Euripide, les hommes de lettres grecs ont commencé à dépeindre Dionysos comme un jeune dieu d'une beauté fascinante. Dans de nombreuses œuvres, il est représenté sous les traits d'un jeune homme imberbe à l'élégance féminine, et cette description littéraire a exercé une influence considérable sur l'iconographie Thomas H. Carpenter, Christopher A. Faraone, Masks of Dionysus, Cornell University Press, 1993, p. 185-205.

Dionysos présente plusieurs caractéristiques physiques d'un dieu Feu. Il est décrit à date ancienne comme blond (khrusokómēsHésiode, Théogonie, 947). Les masques de terre cuite de l'époque archaïque lui donnent un visage rouge, des cheveux et une barbe blonde Walther Wrede, Der Maskengott, Athenische Mitteilungen, 1928, 66-95, 1928. Selon Pausanias, on applique une peinture rouge sur son visage, et selon Euripide, il a des « yeux de vin ». Son manteau est de couleur pourpre et il est revêtu d'une peau de chèvre noire.