Raymond David (1922-2009) a dirigé les services français de la Société Radio-Canada pendant 14 ans (1968-1982), soit à un moment, pour les Québécois, d'émancipation politique et d'effervescence culturelle : Charte de la langue française (loi 101), émancipation des femmes, Crise d’Octobre (1970), élection du Parti québécois (1976), référendum sur la souveraineté du Québec (1980). Par son action et sa vision, Raymond David a favorisé la créativité, l’indépendance de la radiodiffusion publique et l’impartialité de son information.

Les études et le théâtre Raymond David est né à Montréal dans le quartier Rosemont le . Il se marie le avec Marie Beaudry. De cette union naissent quatre enfants, dont Michel (1951), chroniqueur politique au journal Le Devoir.

Le jeune Raymond commence ses études classiques au Collège Saint-Ignace et les termine au Collège Sainte-Marie, dirigé par les Jésuites. On le retrouve, entre autres, aux activités théâtrales comme apprenti comédien. Puis, il s’inscrit en lettres à l’Université de Montréal où on lui décerne une maîtrise en littérature française et une licence en lettres en 1948« Réorganisation à Radio-Canada : M. Raymond David devient directeur adjoint au service français », dans La Presse, 11 février 1965, page 54. . À l’été 1948, il est délégué par l’Université de Montréal pour se rendre au premier colloque international organisé par l’Entraide universitaire internationale à Sloën en Allemagne.

En 1948, après l’obtention de sa maîtrise en lettres, Raymond David est embauché par le Collège Jean-de-Brébeuf comme professeur titulaire en versification ( secondaire)Selon Renaud, il aurait eu parmi es étudians Pierre Bourgault. Il enseigne le latin, le grec, le français et l’histoire. Parmi ses étudiants, on y retrouve, entre autres, Pierre Bourgault, Robert Bourassa, Jacques Godbout et Richard Drouin. En parallèle, il donne aussi des cours d’histoire militaire à l’Université de Montréal.

Pendant cette période, il joue au théâtre et signe des articles comme critique dramatique. Dans les années 1960, il fera partie de la troupe des Apprentis sorciers Note : Raymond David a joué de manière anonyme. Le critique du Montreal Star, Lawrence Sabbath, dévoilera le nom des acteurs de la troupe dans un article intitulé "Durenmatt’s visit at La Boulangerie". Aussi, Raymond David a joué le rôle d’Alfred dans la pièce La visite de la vieille dame de Durenmatt, en mars 1964.. Il remportera le prix de la meilleure interprétation pour la création du rôle-titre d’Œdipe-Roi, au Festival d’art dramatique du CanadaLa Semaine à Radio-Canada [bulletin], 24-30 juin 1951. Archives Société Radio-Canada (ASRC).. Il jouera au théâtre tout au long de sa vie.

Plus tard, en 1957, il fera un retour aux études. Il part à Paris avec son épouse et ses enfants pour poursuivre des études de second cycle à l’Institut d’études politiques de Paris, puis il se rend à Londres pour terminer sa formation au London School of Economics.

1950-1967 : direction de divers services à la Société Radio-Canada En 1950, il quitte l’enseignement et devient réalisateur à Radio-Collège. Ce programme de Radio-Canada propose des conférences dans des différents domaines notamment l’art, la musique et les sciences. Sa première réalisation, une série sur la biologie, se fera avec le scientifique Fernand Seguin.

Puis, il réalise l’émission Sur toutes les scènes du monde qui propose 20 dramatiques par année. Il obtiendra le « Canadian radio award » en 1951 pour la réalisation de la pièce Meurtre dans la Cathédrale de T.S. EliotLa Semaine à Radio-Canada [bulletin], 19 au 25 novembre 1950. Archives Société Radio-Canada..

En 1953, Raymond David devient directeur de Radio-Collège. Il écrit dans le programme horaire : « Travailler de son mieux à promouvoir la vie de l’esprit, c’est ce que Radio-Collège [recherche] »Programme horaire de la 13e saison de Radio-Collège 1953-1954. Archives Société Radio-Canada.  En 1956, l’ensemble des émissions éducatives et d’affaires publiques de la radio, incluant Radio-Collège, passent sous sa direction. En, 1957, il quitte Radio-Canada et part étudier à Paris et à Londres.

En 1958, à son retour, il amorce la mise sur pied du Département de sciences politiques à l’Université de MontréalCommuniqué du 23 novembre 2009. Archives Société Radio-Canada.. Lorsque survient la grève des réalisateurs, il n’est pas à l’emploi de Radio-Canada, mais dès 1959, Marc ThibaultNote : Marc Thibault avait été embauché comme réalisateur à Radio-Collège, tout juste une semaine après Raymond David., devenu directeur de la radio de Radio-Canada, l’embauche comme cadre de direction. Presque aussitôt, Raymond David est nommé directeur adjoint des programmes de la télévision et à ce titre, il est chargé de négocier la première convention collective entre l’Association des réalisateurs-télévision, nouvellement reconnue, et la Société Radio-Canada.

En 1962, il est nommé chef du service des émissions religieuses, de service public et d’enseignement, où il assumera, entre autres, la direction de l’émission L’Heure du Concile, animée par le père Louis-Marie Régis, dominicain.

Depuis le lancement de la télévision (1952), les réseaux français et anglais sont dirigés à partir d’Ottawa. Il n’y a pas de cadre supérieur en poste à Montréal ou à Toronto. En 1965, une première étape vers l'autonomie est franchie quand Raymond David est nommé directeur général adjoint de la radiodiffusion française. En poste à Montréal, il assume initialement la direction de tous les programmes de radio et de télévision, sauf les programmes d’information qui lui seront confiés plus tard en cours de mandat. Il crée trois directions principales de programmes : radio, télévision et information. Cette structure restera en place pendant plus de 20 ans. Il met aussi sur pied des services de programmation, auxquels il rattache des réalisateurs et à qui il accorde une large autonomie : dramatiques, sports, variétés, jeunesse, émissions religieuses, émissions éducatives, émissions sur l’agriculture et la science, acquisitions externes (films de fiction et documentaires, séries américaines).

Il contribue à la planification de la construction de la Maison de Radio-Canada à Montréal et à l’organisation des services à l’intérieur de la Maison. Il veille à l’installation de toutes les composantes (programmes, finances, communications, ressources humaines, ventes…), puis à l'installation de tous les employés durant la phase finale qui sera complétée le La maison de Radio-Canada, conférence donnée à la Société Canadienne des relations publiques, 18 novembre 1971. Archives Société Radio-Canada..

En 1967, il assure la couverture de l’Exposition universelle de Montréal, où il fournira des services à de nombreuses radiotélévisions étrangères.

1968-1982 : direction des services français de la Société Radio-Canada L'année 1968 marque une nouvelle étape dans la décentralisation de la Société Radio-Canada. Raymond David est alors nommé vice-président et directeur général des services français, à Montréal, par Laurent Picard vice-président exécutif en poste à Ottawa« Raymond David named new CBC vice-president », dans Montreal Star,10 juin 1968.. C'est alors le premier vice-président des services français en poste à Montréal (et non au siège social à Ottawa).

Il assume alors la direction de tous les services français à l'échelle du Canada, soit le principal centre de production à Montréal, les 13 stations régionales de radio et les 11 stations de télévision, de même que les relations avec les 6 stations affiliées. Les stations affiliées sont de propriété privée; en vertu d’ententes, elles relaient la quasi-totalité de la programmation de la télévision publique. C’est le cas à Sherbrooke, Trois-Rivières, Rimouski, Matane, Rouyn-Noranda et Rivière-du-Loup. Tout comme les stations affiliées de télévision, beaucoup de stations privées de radio diffusent les bulletins de nouvelles de Radio-Canada ainsi qu’une partie de ses programmes.

Dans les provinces à majorité anglophone, le personnel technique et de soutien de la radio et de la télévision française demeure sous la juridiction des services anglais.

Il veille au développement et à l’épanouissement des différents genres d’émissions à l’antenne. Durant cette période de turbulence politique, sociale, économique, il est attentif à maintenir une information impartiale et équilibrée. C’est un motivateur hors pair, un homme qui fait confiance aux employés de la Maison et célèbre leurs succès« Le règne de Raymond David », chapitre du livre Il était une fois Radio-Canada, de Robert Roy, Éditions Del Busso, 2015.. La presse anglophone le décrira comme un « intellectual with popular taste »Ian MacDonald. The Gazette, Montréal, 23 mars, 1974..

Du côté de la radio, en 1975, il préside au retrait de la publicité commerciale, et il fait de même dans les émissions jeunesse à la télévision. Il met sur pied une deuxième chaîne radio pour la culture et la musique dite « sérieuse ». Il s’assure que les auteurs-compositeurs de langue française de musique dite « légère » (surtout la chanson), trouvent aussi leur place, et il en fait une aussi pour les auteurs-compositeurs de musique dite « sérieuse ».  

Raymond David veille à l’accessibilité des signaux (par ondes hertziennes) de langue française partout à travers le pays et donc à l’extension de la diffusion par ce qui s’appellera le « Plan accéléré de rayonnement ». Il veille aussi à l’expansion des services régionaux. Les stations de radio régionales se verront accorder un mandat de production aux meilleures heures d’antenne, le matin et en fin d’après-midi. Toujours du côté des régions, des stations de télévision produiront des bulletins de nouvelles, une émission d’analyse de l’actualité, une émission de service et de variétés, et des contributions à la programmation nationale diffusée sur tout le pays.

Comme porte-parole, on le retrouve, avec son équipe, à plusieurs reprises devant des comités parlementaires du gouvernement fédéral où l'on y traite de radiodiffusion. Il est alors appelé à présenter les projets de Radio-Canada et à les défendre devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) à l’occasion du renouvellement des licences d’exploitation de Radio-CanadaAudiences pour le renouvellement des licences de Radio-Canada, février 1974 (Archives Société Radio-Canada - ASRC)..