Les Démocrates de SuèdeParfois incorrectement traduit par démocrates suédois (, SD) sont un parti politique suédois nationaliste et de droite populiste, fondé en 1988. Le parti se décrit comme un parti socialement conservateur avec une base nationaliste. Le parti a été diversement caractérisé par les universitaires, les commentateurs politiques et les médias comme étant national-conservateur, anti-immigration*
, anti-islam, eurosceptique ou d'extrême droite*.
Jimmie Åkesson dirige le parti depuis 2005. Sous sa direction, il a doublé ses résultats trois fois de suite, en 2006, 2010 et 2014. Durant cette progression, cependant, il n'a jamais fait partie d'une coalition au pouvoir, au niveau national, comtal ou communal, du fait de l'établissement d'un cordon sanitaire.
En 2018, sa progression est moindre, mais il gagne une influence décisive, dans plusieurs communes où il met fin au cordon, et surtout au Parlement où le bloc de centre-droit éclate sur la question d'une possible alliance.
Le parti se rapproche alors des Modérés et des Chrétiens-démocrates, qui n'ont pas voté la confiance au gouvernement Löfven II. Åkesson désire mener un « bloc conservateur » capable d'avoir la majorité en 2022 How the rise of the Swedish radical right changed the most stable party system in Europe, London School of Economics and Political Science. Sa participation à une coalition gouvernementale contribue également à sa normalisation dans le paysage politique suédois.
Histoire Débuts (1988-1998) Le parti a été fondé le , en prévision des élections générales de septembre 1988. À cette époque, le gouvernement est mené par les sociaux-démocrates, dirigés par Ingvar Carlsson à la suite de l'assassinat d'Olof Palme. Il est fondé par une poignée de militants nationalistes, dont des néonazis.. Le premier dirigeant du parti, Anders Klarström, est un ancien militant d'un parti ouvertement néonazi, le Parti du Reich nordique.. Pendant les premières années du parti, ses militants paradaient régulièrement en chemise brune.
Il fait partie des micro-partis qui apparaissent dans les années 1980 contre la politique d'immigration : les , le , etc.
Le parti, qui rassemble alors divers groupuscules d'extrême droite, reste confidentiel : la liste reçoit aux élections au Riksdag, soit 0,02 %.
thumb|Autocollant des débuts du parti : « Sjöbo montre la voie » (Sjöbo est une commune dont le maire centriste avait, en 1988, ).
En 1991, le thème de l'immigration devient central à la suite de l'accession au Riksdag d'un parti d'obédience libérale, nommé Nouvelle Démocratie, qui obtient 6,7 % des voix et . Il offre son soutien à un gouvernement de droite, dirigé par Carl Bildt, mais le parti finit par imploser et ne rassemble plus que 1,4 % des suffrages en 1994.
Lors de ces deux élections, les Démocrates de Suède rassemblent respectivement 0,09 % et 0,25 % des voix.
Durant ses débuts, le parti utilise régulièrement le slogan (, qui est aussi le nom d'une mouvance née en 1979 aux débuts de la politique multiculturelle).
Transformation (1995-2010) Mikael Jansson dirige le parti de 1995 à 2005. Il commence par dissoudre l'organisation de jeunesse, où se trouvent de nombreux skinheads, qui nuisent à la réputation du parti. L'organisation est reformée en 1998.
Lors des élections générales de 1998, les Démocrates de Suède reçoivent 0,37 % des voix. Ils sont concurrencés sur l'immigration par (le Nouveau parti), qui recueille 0,48 % des voix, et Nouvelle démocratie, qui fait 0,16 %.
Le parti se rapproche d'autres partis nationalistes européens affiliés à Euronat, dont le FN, le FPÖ, et l'AN. Fait significatif, lors de ces élections, le Front national français fait un don de couronnes suédoises pour financer l'impression des brochures des Démocrates de Suède. Toutefois, l'alliance avec Euronat ne dure pas et le parti délaisse l'affiliation à son organisation de jeunesse.
En l'an 2000, Jimmie Åkesson, âgé de , devient le chef de la branche jeunesse du parti, la SDU (). Il le reste jusqu'à son élection à la tête du parti lui-même en 2005.
En , une faction du parti fait scission pour constituer les Nationaux-démocrates, un parti ethno-différentialiste et anti-atlantiste, dans la mouvance de la troisième position.
Lors des élections générales du 15 septembre 2002, SD recueille 1,44 % () et se place largement en tête des petits partis, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas représentés au Parlement national. Il n'obtient aucun siège lors des élections régionales. Le parti présente des listes dans et obtient dans 29 d'entre elles.
Lors des élections européennes du 13 juin 2004, SD recueille 1,13 % ().
Jimmie Åkesson est élu chef du parti en 2005. Avec , Mattias Karlsson et , il poursuit la politique de modération. En 2006, le parti abandonne son logo représentant une torche pour adopter une fleur bleue et jaune, , stylisée aux couleurs du pays..
Lors des élections générales du 17 septembre 2006, SD recueillit 2,93 % () et fut de nouveau le premier parti non représenté au Parlement national. Ils enregistrèrent leurs meilleurs scores dans le sud de la Suède. Lors des élections comtales, SD obtint : 10 dans le comté de Scanie avec 6,58 % (), 3 dans celui de Blekinge avec 6,59 % () et 3 dans celui de Örebro avec 3,59 % (). SD recueillit son meilleur score national à Landskrona (Skåne) avec 22,26 % () et obtint 12 des municipaux..
Lors des élections européennes du 7 juin 2009, les Démocrates de Suède ont recueilli un score de 3,27 % (), ce qui était insuffisant pour entrer au Parlement européen.
Entrée au Parlement (2010-2018)
Aux élections générales du 19 septembre 2010, le parti obtient , soit 5,7 % ce qui lui permet d'entrer au Parlement national avec . C'est le premier nouveau parti à être élu, depuis Nouvelle démocratie en 1991. Son arrivée met en minorité la coalition bourgeoise au pouvoir. Le gouvernement Reinfeldt dut chercher des soutiens à gauche.
Lors des élections européennes de 2014, le parti obtient deux députés européens : Kristina Winberg et Peter Lundgren. Le parti n'a pas d'affiliation européenne mais les deux députés rejoignent le groupe parlementaire de Nigel Farage, ELDD. Quatre ans plus tard, en , les deux députés rejoignent le groupe des Conservateurs et réformistes européens menés par les Tories.
vignette|Militants des Démocrates de Suède à Stockholm durant les élections européennes de 2014. Aux élections parlementaires de septembre 2014, le parti totalise presque 13 % des voix, un résultat qualifié par la presse de .. Avec au Parlement, il fait plus que doubler son résultat précédent. Il devient même le premier parti dans la commune de Sjöbo, et sa présence oblige, dans certaines municipalités, à des coalitions de plus en plus larges.
Ce succès provoque alors une : le gouvernement Löfven, minoritaire, se trouve en incapable de faire voter un budget, du fait de l'opposition commune des partis bourgeois et des Démocrates de Suède, possédant ensemble la majorité des voix. Stefan Löfven menace alors de convoquer de nouvelles élections, évènement très rare en Suède. Il obtient à la dernière minute un accord avec la coalition bourgeoise, d'après lequel, jusqu'en 2022, les deux coalitions ne s'empêchent pas de gouverner si l'autre est à la tête d'un gouvernement minoritaire.
En 2018, les deux députés européens du parti quittent le groupe parlementaire de Nigel Farage pour rejoindre celui, libéral-conservateur, dirigé par les conservateurs britanniques.
La même année, deux députés du parti, Olle Felten et Jeff Ahl, suivis par l'ancien chef Mikael Jansson, quittent le parti pour fonder , opposé à l'OTAN, à l'UE et favorable au rapatriement d'une partie des d'habitants d'origine étrangère.
Lors des élections générales du 9 septembre 2018, le parti obtient 17,62 % des voix et . Bien que n'ayant pas réussi autant que les sondages le laissaient prévoir, Åkesson affirme : « Suède. Qui est Jimmie Akesson, l'europhobe bon teint qui monte ? », Ouest-France, 11 septembre 2018
Aucun bloc n'ayant de majorité, Åkesson dit vouloir donner sa confiance à tout gouvernement qui lui donnerait une influence. Cependant, les Libéraux et les Centristes de l'Alliance, en position de pivots, refusent de soutenir tout gouvernement qui ferait des concessions aux Démocrates de Suède. Pour se maintenir au pouvoir, le gouvernement Löfven entreprend donc de faire des concessions à ces deux partis. Le gouvernement rouge-vert est ainsi reconduit grâce à l'abstention des Centristes, des Libéraux, et du Parti de Gauche, lors du vote de confiance en .
Cette alliance inédite met fin à la « politique des blocs » (L'Alliance et les Rouges-verts), qui depuis 2006 avait institué un bipartisme de fait, mais dont les origines remontent à l'avant-guerre (sociaux-démocrates contre partis bourgeois).
Le parti se rapproche des deux autres partis de droite qui n'ont pas voté la confiance. Au niveau local, le cordon sanitaire ne tient plus. Avant l'élection, une enquête auprès des élus locaux du Parti des Modérés affirmait que seuls 31% d'entre eux excluaient toute coopération avec les SD. Après l'élection, le parti gouverne quatre communes, et se retrouve en position de pivot dans plusieurs dizaines d'autres où les partis de l'Alliance ont une majorité simple.
Åkesson se veut désormais le chef d'un bloc de droite conservatrice qu'il veut amener au pouvoir en 2022
À l'approche des élections européennes de 2019, l'eurodéputé Peter Lundgren dit ne plus vouloir la sortie de la Suède de l'Union européenne, ni de référendum sur la sortie. Il dit vouloir la réformer de l'intérieur, grâce à une majorité eurocritique au Parlement.
Succès notable aux législatives de 2022 Les Démocrates de Suède sont les grands vainqueurs des élections législatives de . Le parti devient, avec un score de 20,7 %, le deuxième parti du pays, et le premier d’un nouveau bloc des droites. La campagne des législatives a été dominée par les thèmes de la criminalité et des règlements de compte meurtriers de gangs, de la flambée des prix des carburants et de l’électricité, des problèmes d’intégrationÉlections législatives en Suède : le bloc formé par les conservateurs et l’extrême droite aux portes du pouvoir, lemonde.fr, 12 septembre 2022. Les Démocrates de Suède obtiennent sur les , du bloc des quatre partis de droitePaul Sugy, Élections en Suède : la première ministre reconnaît la victoire des droites et démissionne, lefigaro.fr, 14 septembre 2022.
Électeurs Les succès électoraux du parti s'expliquent notamment par la crainte du déclassement social qu’éprouve une partie des classes moyennes suédoises dans un contexte d’accroissement des inégalités de revenu et d'affaiblissement de l’État-providence (accès aux soins, à l’aide aux personnes âgées, à l’emploi public), alors que les gouvernements successifs font depuis les années 1990 de la politique de réduction de la dette publique et de libéralisation de l'économie une priorité. À cela s’ajoutent plusieurs vagues migratoires (Assyriens chrétiens à la fin des années 1970, Yougoslaves dans les années 1990, puis Syriens, Turcs et Irakiens à partir de 2015) qui ont fait passer la proportion de personnes d'origine étrangère de 7 % en 1970 à 18 % en 2020, ajoutant à la concurrence sur le marché du travail et provoquant une réaction de rejet du multiculturalisme.
En 2022, un sondage de sortie des urnes effectué sur une base d' démontre que le parti progresse parmi toutes les classes d'âge, notamment chez les jeunes de 18 à 21 ans, qui votent à pour le parti d'extrême droite. L'enquête démontre également que les Démocrates de Suède sont plus populaires chez les hommes que chez les femmes, bien qu'une progression est également observée chez ces dernières. Le parti progresse dans toutes les circonscriptions, à l'exception de Malmö. Le principal point commun entre leurs électeurs est l'opposition à l'immigration.