Localisation Le Château de Goudourville inscrit aux monuments historiques en 1974, est situé à une heure de Toulouse et une heure trente de Bordeaux, à l’ouest du département du Tarn-et-Garonne, à côté du Gers et du Lot-et-Garonne. Il est construit sur un pech, plateau rocheux des contreforts du Quercy. Il domine d’un côté le village de Goudourville et de l’autre, la riche vallée de la Garonne.
Toponymie
Goudourville tire son nom du latin : Gothorum villa ou domaine agricole romain (villa) des Goths (Gotorum). Il s’agit plus précisément des Wisigoths. Ce peuple germanique, originaire de Scandinavie, s’installa au entre le bas Quercy et Tolosa, sur des implantations romaines. Tolosa deviendra leur capitale jusqu’en 506.
Le nom du lieu a évolué en passant par Gotorvilla, Gothorville jusqu’à Goudourville.
Architecture Selon une étude de Gilles SéraphinGilles SERAPHIN est un architecte du patrimoine, ancien Professeur à l’Ecole de Chaillot, éminemment reconnu dans l’architecture médiévale et auteur de nombreux livres et travaux., historien de l'architecture spécialiste des châteaux médiévaux,
Le château de Goudourville est un édifice composite qui porte les marques de nombreuses campagnes de construction et de réaménagements, dont les principales s’échelonnent entre le .
Une importante phase de transformation a été réalisée à la fin du ou dans le premier quart du . Elle a consisté pour l’essentiel à recomposer la distribution de l’édifice par l’adjonction d’une tour d’escalier connectée à un système de galeries sur cour, à modifier les niveaux, ce qui a nécessité l’aménagement de nouvelles cheminées et de nouvelles fenêtres, et à recomposer le dispositif d’entrée. L’ensemble de ces modifications par les similitudes stylistiques qu’elles offrent avec le logis abbatial de Saint-Maurin, peut être attribué à la fin du ou au premier quart du .
Entre la construction primitive et les réaménagements du s’intercale chronologiquement une importante phase intermédiaire qui a consisté à doubler l’épaisseur des murs primitifs et, peut-être, à faire émerger des tours du volume général.
A en juger par le style d’une fenêtre géminée de la tour nord-est et celui des portes en arc brisé segmentaire, cette phase intermédiaire pourrait se situer dans la seconde moitié du ou, plus probablement dans le courant du , sans doute entre la prise du château par le captal de Buch en 1439 et la restauration des institutions villageoises en 1468.
Au , une nouvelle phase de transformation a consisté à ré-aménager des appartements en remaniant la distribution (suppression des galeries de coursives) ainsi que la décoration intérieure tandis qu’étaient re-percées de nouvelles fenêtres au goût du jour, cintrées, à chambranle saillant et organisées en travées.
Les niveaux de sol de l’aile ouest sont alors abaissés au prix d’une importante reprise en sous-œuvre, afin de libérer un espace pour des cuisines voûtées. Ces travaux considérables sont à mettre au crédit de Louis de Berdolle, capitoul de Toulouse, acquéreur de Goudourville en 1745.
Le portail d’entrée est refait au , peut-être par les Lary de Latour, en même temps que les cuisines.
D’importantes campagnes de restauration, entreprises dans les années 1970, modifient à nouveau la distribution du château en recréant une porte d’entrée au centre du front nord, en ajoutant des croisées et des cheminées et en restituant les volumes de tours avec leurs coursières sur mâchicoulis.
Histoire
Moyen Âge Le château de Goudourville a été édifié par la famille Gasques dont la présence est avérée dès le .
En 1278, Ségui et Pierre de GasquesPierre de Gasques est le premier seigneur connu de Goudourville. Il est mentionné en 1088 (V. Moulenq, Documents historiq. sur le Tarn -et- Garonne, t. m, pp. 330-334)., seigneurs du château de Goudourville et vassaux des Durfort de Clermont-Soubiran octroient une charte d’us et coutumes aux habitants. C'est-à-dire que les habitants reçoivent un acte qui définit leurs devoirs et garantit leurs droits sous l’autorité des seigneurs.
Le château et sa seigneurie appartiendront à cette famille jusqu’à la fin du avant de passer entre les mains de la maison Boville (ou Bouville ou Beauville).
Le château est occupé lors de la Guerre de cent ans, il est pillé et endommagé.
Le lieu aurait été en ruines au milieu du . Il est restauré vers 1460 par le capitaine de Lauzerte et célèbre chef de guerre, Naudonnet de Lustrac.
Renaissance alt=portrait de Marguerite de Lustrac|vignette|Portrait de Marguerite de Lustrac - Dessin de François Clouet. Le château est sous l’autorité de la famille Lustrac dès la deuxième partie du .
Entre 1480 et 1500, Antoine de Lustrac et son frère Jean, évêque de Périgueux, les petits-fils de Naudonnet de Lustrac, et leur oncle Bertrand, abbé de l’abbaye de Saint-Maurin, y font d’importants travaux. Ils étoffent les logis existants, apportent une nouvelle tour d'escalier et un système de galeries extérieures qui changent la distribution du lieu. Selon Gilles Séraphin, cela place Goudourville parmi les réalisations les plus notables de la fin de l’époque gothique en Aquitaine.
En 1544, Marguerite de Lustrac, fille d' de Lustrac, devient l’unique héritière de la seigneurie. Elle est mariée à Jacques d’Albon de Saint-André, maréchal de France, leader catholique et favori du roi . Elle devient ainsi dame d’honneur de la reine Catherine de Médicis durant . Le couple acquiert une richesse considérable et vit dans un grand luxe. Il loge en permanence un musicien dans un appartement au sein de leur hôtel particulier.
Il invite le roi dans leur château de Valléry. Le château de Goudourville connaît une ère de fastes. En 1562, le roi qui estime particulièrement Jacques d’Albon vient à Goudourville en compagnie de Catherine de Médicis. Albon de Saint-André est tué au sortir de la bataille de Dreux le .alt=portrait de Jacques d'Albon de Saint-André|vignette|248x248px|Portrait de Jacques d'Albon, maréchal de Saint André, vers 1562 - Musée national du château et des Trianons, Versailles. Marguerite de Lustrac convole avec le Prince de Condé, leader protestant, et lui donne le magnifique château de Vallery. Malgré cela, celui-ci entretient une relation avec Isabeau de Limeuil, une demoiselle d’honneur de la Reine. L’affaire ne se conclura pas. En 1568, elle épouse Geoffroy de Caumont, abbé de Clairac (protestant), puissant seigneur de la Dordogne et ami d’enfance d’ de Navarre, futur .
Par cette alliance, Marguerite de Lustrac apporte le château de Goudourville et de nombreux autres domaines : le château de Lustrac, Coutras, Fronsac, Gavaudun, Ferrassou, Aubeterre, Achon… à l’illustre famille Caumont, qui, de son côté, possède notamment les châteaux de Caumont, Castelnaud, Les Milandes, Faulhet, Tonneins-Dessus, Monpouillan, Castelmoron.
Geoffroy de Caumont échappe de peu au massacre de la Saint Barthélémy.
En 1574, Geoffroy de Caumont est empoisonné et l’ensemble des domaines de Marguerite de Lustrac lui sont pris. Elle demande de l’aide à qui lui délègue le féroce capitaine Huguenot, Geoffroy de Vivans. Il récupère un à un les domaines de Marguerite de Lustrac. alt=portrait d'Anne de Caumont|gauche|vignette|224x224px|Portrait d'Anne de Caumont - Dessin de François Clouet.Anne de Caumonthttps://siefar.org/dictionnaire/fr/Anne_de_Caumont/Hilarion_de_Coste , l’unique fille de Marguerite de Lustrac et de Geoffroy de Caumont, extrêmement riche devient l’enjeu de nombreux prétendants : elle est enlevée deux fois (la première fois à l’âge de ) et mariée trois fois.
Son dernier mariage, décidé par , se fait avec François Orléans de Longueville de Pichon, comte de Saint-Pol, lequel dilapide sa fortune. Elle vend progressivement tous ses domaines dont Goudourville en 1598. En 1622, son seul fils, d'Orléans de Longueville, meurt à l’âge de lors du siège de Montpellier.
En 1626, elle fonde à Paris le couvent des Filles Saint-Thomas et finit dans l’indigence.
alt=Procès verbale du château réalisé à l'occasion de sa cession à Guillaume d'Affis|vignette|Procès verbal de la visite de la seigneurie de Goudourville en 1598 avant sa cession à Guillaume d'Affis.
Originaire d’une grande famille de Toulouse, Guillaume d’Affis, est nommé premier Président du Parlement de Bordeaux par le roi . C’est lui qui achète le domaine de Goudourville, Lalande et Saint Vincent en 1598. Il restaure le château, à nouveau en très piteux état, et exploite le domaine agricole qui comprenait notamment le moulin à vent (appelé aujourd’hui moulin à poivre), le moulin à eau de Lalande, la métairie de Cabos et celle de Borio…
En 1648, des révoltes contre le jeune roi , et surtout le cardinal Mazarin, démarrent. Après de multiples épisodes, la Fronde s’étend à la Guyenne en 1651.
Les notaires et autres nobles contestataires du pouvoir royal s’étaient réunis au château de Goudourville. En , le château est assiégé par les troupes royalistes du comte d’Harcourt à la poursuite du Prince de Condé ; les rebelles se rendent et paient une rançon fort élevée ; les troupes occupent le château de Goudourville durant six mois et le saccagent.
En 1676, Goudourville passe entre les mains de Jean Baptiste Lecomte, marquis de LatresneLa fille de Guillaume Daffis, Catherine, dame de Goudourville, porta ce fief à François-Artus Le Comte, captai de la Tresne, président à mortier au même Parlement (V. Le Parlement de Bordeaux, par A. Communay, p. 117. — Archives département, de la Gironde. Fonds des notaires, minutes de Me Dussault).. Le château devenu difficilement habitable après l’occupation militaire, tombe en sommeil et menace de ruines. Le marquis cède donc Goudourville en 1745.
vignette|234x234px|Acte d'achat du château par Louis Bailet de Berdolle. Le , Louis Bailet de Berdolle, magistrat puis, capitoul de Toulouse rachète le domaine de Goudourville.
Le château est mis au goût du siècle des Lumières avec de nombreuses transformations : larges fenêtres à la française, ouverture de la salle de Gardes… Les Berdolle vont panser les blessures du château et colmater les mutilations, pour en faire une résidence d’été de parlementaires agréable à vivre.
Marié avec Catherine de Bastard La Fitte, liée à la famille royale, Louis Bailet de Berdolle organise des réunions politiques secrètes pour rallier à la cause royale le Parlement de Toulouse - alors peu favorable au roi.
Pendant la Révolution française, le château paie son tribut : les tours sont rabaissées. Les pierres, d’abord vendues à des particuliers, sont ensuite réquisitionnées, sur ordre du préfet pour les cassis et autres réparations des routes, alors en très mauvais état en FranceLe District de Valence-d'Agen dans la tourmente Révolutionnaire, Michel Cadene, CDDP Tarn et Garonne, 1997.
Mathilde de Berdolle, héritière de Goudourville, transmet le château à la famille de Lary de Latour en se mariant. S'ensuit un demi-siècle de calme.
En 1876, la famille Lary de La Tour vend Goudourville au comte des Grottes, Emmanuel Marraud des Grottes. Le comte et son épouse ont alors une fille, Marie des Grottes. alt=cadastre napoléonien du château|centré|vignette|270x270px|Cadastre napoléonien du domaine au .
Jusqu’en 1939, la comtesse Marie des Grottes et son mari Gonzague de Cianelli de Sérans, d’une grande noblesse italienne incluant deux papes, détiennent le château et ses terres. Gonzague s'est volontairement engagé durant la Première Guerre mondiale, comme simple soldat, alors qu’il avait . Il a fait toutes les campagnes aux fronts de France et d'Orient. Cité à l'ordre des armées, il a reçu la Croix de guerre avec palmes et la Légion d'honneur. Marie des Grottes meurt en 1937 ; Gonzague en 1938 ; le château est vendu en 1939 par leur fille.