L'histoire des Juifs à Kielce ne débute qu'à partir de la seconde moitié du . Le nombre d'habitants juifs va alors croitre très rapidement et atteindre près de à la veille de la Seconde Guerre mondiale. La communauté juive est anéantie lors de la Shoah, et les quelque qui vont revenir à Kielce après la guerre, vont vite fuir la Pologne après le pogrom de 1946.
Kielce est une ville située dans le sud de Pologne, chef-lieu de la voïvodie de Sainte-Croix. La ville compte actuellement environ .
En 1815, La ville est intégrée à l'Empire russe. En 1830, les habitants de Kielce participent à l'Insurrection de Novembre contre la Russie, puis en 1863, à l'Insurrection de Janvier. Après la Première Guerre mondiale, Kielce est la première ville libérée de l'occupant russe par les légions polonaises de Józef Piłsudski et est intégrée à la Pologne de nouveau indépendante.
Histoire de la communauté juive L'interdiction d'installation en ville La ville de Kielce étant sous la juridiction des évêques de Cracovie, qui en 1535 avaient reçu du roi Sigismond le privilegium de non tolerandis Judaeis (privilège de ne pas accepter les Juifs), les Juifs n'ont été autorisés à s'installer à Kielce qu'à partir des années 1830. Au et plus encore au , cette interdiction est fréquemment levée avant d'être quelques années plus tard rétablie: c'est ainsi qu'en 1761, à la suite d'un décret de l'évêque, tous les Juifs vivant à Kielce sont expulsés de la ville. Néanmoins, de nombreuses petites communautés juives se développent dans les villes alentour comme Chęciny, Pińczów et Chmielnik: Sefer Kielce. Toldot Kehilat Kielce mi-yom hivsada ve-ad churbana; éditeur: P. Cytron; Tel Aviv; 1957; page: 11; : Book of Kielce. History of the Community of Kielce - From Its Founding Until Its Destruction ; site: jewishgen.org.
Les Juifs se réinstallent à Kielce en 1833 après que les marchands juifs de Chęciny aient obtenu de la municipalité la permission de vivre en ville. Bien que les habitants de Kielce, craignant une concurrence économique aient réussi à faire suspendre cette autorisation, un grand nombre de Juifs s'établissent en ville de façon illégale, tandis qu'un autre groupe s'enregistre dans la municipalité voisine de Pakosz. En 1843, les habitants de Kielce forcent le conseil municipal à bannir les Juifs de la ville à compter du . Toutefois, les Juifs retournent à Kielce dans les années 1858-1862. À cette époque, la ville fait bon accueil aux anciens militaires juifs russes et à leur famille, car le bannissement ne s'applique pas à eux. En 1852, environ vivent à Kielce, appartenant à la communauté juive de Chęciny et constituent un petit pourcentage des habitants de la ville: Sefer Kielce. Toldot Kehilat Kielce mi-yom hivsada ve-ad churbana;… pages: 11 à 15.
Du début de la communauté jusqu'à la Première Guerre mondiale Ce n'est qu'après les réformes introduites par Aleksander Wielopolski que les autorités tsaristes promulguent en 1862 un décret permettant aux Juifs de s'installer librement à Kielce. Mais en raison de l'insurrection de Janvier des nationalistes polonais contre l'Empire russe en 1863, les Juifs ne commencent à s'installer à Kielce de façon significative qu'après 1865. Trois ans plus tard en 1868, une communauté juive indépendante voit le jour. Une maison de prière est ouverte dans la rue Bodzentyńska, un mikvé (bain rituel) dans la rue Nowowarszawska et une boucherie cachère à Sainte-Tekla. Le premier cimetière juif est créé dans le quartier de Pakosz. Tuwia Gutman HaCohen (1832-1902) est le premier rabbin de Kielce. En 1902, son successeur est Mosze Nachum Jeruzalimski (1855-1916), un expert en littérature rabbinique : Sefer Kielce. Toldot Kehilat Kielce mi-yom hivsada ve-ad churbana;… pages: 16. Une communauté hassidique est aussi active en ville.
Vers la fin du et au début du , ainsi que pendant la période de l'entre-deux-guerres, la communauté juive de Kielce connait une expansion démographique et économique rapide. En 1873, vivent à Kielce, tandis qu'en 1909, leur nombre est déjà de . Les plus fortunés vivent au centre-ville, dans les rues Mała, Wielka, Wesoła et Leśna situées proche de la place du marché où se trouvent leurs commerces ou fabriques, tandis que les plus pauvres s'installent dans les faubourgs de Szydłówek, Psiarnia, Piaski et Barwinek et plus tard aussi dans les rues Bazarowa, Szeroka, Czysta et Hipoteczna, ainsi que sur la rive gauche de la Silnica, rue Nowy Świat. Leurs maisons sont en bois, sans eau courante ni système d'égouts avec les eaux usées directement rejetées dans la rivière.
Avant la Première Guerre mondiale, la communauté juive de Kielce possède une grande synagogue rue Nowowarszawska construite en 1902 selon les plans de l'architecte Stanisław Szpakowski, et inaugurée en 1903, neufs maisons de prière et plus de fréquentés par plus de , ainsi que plusieurs écoles élémentaires et secondaires laïques pour garçons et pour filles. Les Juifs s'impliquent très rapidement dans l'économie de la ville. Ils ouvrent des épiceries, des merceries, des magasins de produits coloniaux, des ateliers d'artisanat. Heryck Cwajgel ouvre le premier magasin détenu par un Juif. Situé sur la place du marché, il commercialise des articles en verre, de la porcelaine et des lampes à pétrole.
En 1861, Moric Goldhaar, originaire de Poznań, s'installe à Kielce et un an plus tard fonde une librairie dans l'hôtel Europejski au 6 rue Duża, avant de l'installer dans sa propre maison au 35 rue Mala. Le magasin dont le nom complet est Librairie et Magasin de Notes de Musique, Atlas, Cartes Géographiques et Papeterie, vend des livres, de la papeterie, des manuels scolaires que Goldhaar fournit à partir de 1869 aux écoles primaires, aux écoles artisanales du dimanche et aux heders. Il ouvre aussi une salle de lecture: Krzysztof Urbański: Leksykon dziejów ludności żydowskiej Kielc 1789–2000 (Lexique de l'histoire de la population juive de Kielce 1789-2000); éditeur: Wydawnictwo Naukowe Akademii Pedagogicznej; Cracovie; 2002; page: 93; avec environ , avec des œuvres polonaises, françaises, russes et allemandes. En 1870, avec l'ancien chef du powiat de Kielce, Léon Gautier, il fonde la revue "Gazeta Kielecka": Jan Pazdur: Dzieje Kielc 1864–1939 (L'histoire de Kielce 1864–1939); éditeur: Ossolineum; Wrocław; 1971; page: 33. Il ouvre une maison bancaire à Kielce, qui possède une succursale à Radom. À la fin du , il construit un moulin à vapeur moderne: Krzysztof Urbański: Leksykon dziejów ludności żydowskiej Kielc 1789–2000;… page: 142. Il meurt en 1900 à Poznań et lègue pour la Société d'aide aux pauvres de la foi mosaïque et à d'autres fins sociales. Sa tombe est saccagée pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1883, une autre librairie Leon and Co. s'ouvre rue Duża, propriété de Leon Grostal, où sont organisés des concerts et des conférences.
Dans d'autres domaines également, les Juifs acquièrent une grande réputation, comme dans l'alimentaire, avec les épiceries d'Icek Bimka à Czarnowska, de Berek Wasser dans la rue du Bazar, la confiserie d'Icek Recht, la brasserie d'Aron Lichtensztajn, et la cave à vin d'Abram Pasyrman.
En 1871, la société du Juif Chaskiel Landau remporte l'appel d'offres pour la construction de halles et en 1896, une autre société juive remporte l'appel d'offres pour le pavage des rues principales de la ville.
Les Juifs possèdent un nombre significatif d'usines, comme les carrières Wietrznia, propriété d'Abraham Zagajski, les fours à chaux Międzygórze, les carrières Kadzielnia et la verrerie Leonów, ainsi que des tanneries, des scieries et près de la moitié des commerces de la ville, boulangeries et marchands de meubles. Ils possèdent aussi de nombreux ateliers d'artisanat, cordonneries, ferblanteries, savonneries et fabrication de bougies. Les habitants juifs les plus riches de Kielce pendant cette période sont les familles Rozenholc, Goldfarb, Lifszyc, Chelmner, Gołębiowski, Machtynger, Ajzenberg, Bugajer, Urbajtel, Kaminer, Waksberg et Tenenbaum, ainsi que Josef Urbajtel, Lemel Kahan, Herszel et Eliezer Rajzman, Joel et Icchok Klajnman: Sefer Kielce. Toldot Kehilat Kielce mi-yom hivsada ve-ad churbana;… pages: 22 à 23.
Des Juifs sont membres de la Towarzystwa Kredytowego Ziemskiego (Société de crédit foncier) et s'impliquent activement à la vie économique et sociale de la ville. Ils participent aux réunions du Comité de détermination de l'impôt régional et de district.
Les Juifs se présentent également aux et élection de la Douma, et pendant la révolution de 1905, les ouvriers et artisans juifs prennent une part active aux rassemblements et manifestations.
En 1902, se déroule la première réunion des partisans du sionisme, au cours de laquelle une décision est prise, entre autres, de construire une bibliothèque et une salle de lecture avec de la littérature sur l'histoire de la Palestine. Entre 1900 et 1904, le Parti socialiste polonais (PPS) et l'Union générale des travailleurs juifs (Bund) posent leur fondation à Kielce, principalement axée sur les activités organisationnelles.
Dans les années 1910-1913, les autorités tsaristes alimentent de plus en plus l'antagonismes entre Juifs et Polonais. Ils lancent à Kielce l'action Swój do swego po swoje dont le but est de boycotter les magasins juifs: Bohdan Halczak:Publicystyka narodowo-demokratyczna wobec problemów narodowościowych i etnicznych II Rzeczypospolitej (Le journalisme national-démocratique face aux problèmes nationaux et ethniques de la deuxième République polonaise); Zielona Góra; 2000; page: 53; : Stanisław Krajewski: Żydzi, Judaizm, Polska (Juifs, judaïsme, Pologne); éditeur: Vocatio; Varsovie; 1997; page: 171; : Stefan Kieniewicz: Historia Polski, 1795–1918 (Histoire de la Pologne: 1795-1918); éditeur: Państwowe Wydawnictwo Naukowe; 1970; page: 465, mais cette action s'avère inefficace, car en 1914, 50% des magasins de la ville sont toujours détenus par des Juifs. Néanmoins, en raison de l'atmosphère défavorable, certains Juifs de Kielce décident alors d'émigrer.
La Première Guerre mondiale Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, un comité civique social est créé à Kielce, auquel participe un juif, Moszek Chaim Kaminer. La gestion de la population juive est exercée par le Conseil de la communauté juive, établi le , qui, avec le comité de surveillance de la synagogue, constituent la direction de la communauté juive. Il est dirigé par le nouveau rabbin de la ville, Abraham Abela ha Kochen Rapoport, un célèbre talmudiste, et par des citoyens de la ville: Jakub Nowak, Adolf Wilner, Herman Frejzynger et Józef Skórecki.
La guerre est une période difficile pour les Juifs, car ils sont sujets à de nombreuses taxes, confiscations et déportations. En 1915, sont déportés au fin fond de l'Empire russe, accusés de soutenir les Allemands et les Autrichiens. Malgré cela, la Tania Kuchnia (cuisine pas chère) et la Towarzystwo Pomocy Ubogim wyznania Mojżeszowego (Société d'aide aux pauvres de la foi mosaïque) fonctionnent dans la synagogue, et dans les années 1915-1918, sont enregistrées à Kielce. En 1918, l'Association des marchands juifs est créée.
Le , les Juifs de Kielce organisent un défilé pour demander une autonomie politique et culturelle pour tous les Juifs polonais. En réponse, les extrémistes de droite polonais pillent et détruisent plusieurs magasins et habitations détenus par des Juifs.
La période de l'entre-deux-guerres thumb|250px|right|Le premier syndicat des cordonniers, tanneurs et selliers à Kielce en 1929