Le temple funéraire de Montouhotep III est un temple de l'Égypte antique inachevé située à Deir el-Bahari, dans la nécropole thébaine, près de la ville de Louxor. Ce temple, s'il avait été achevé, aurait dû avoir une apparence assez similaire au célèbre temple funéraire de Montouhotep situé non loin de là. Le seul élément du temple à avoir été dans une certaine mesure achevé est la tombe du roi, probable lieu de sépulture du pharaon (), creusée dans la montagne thébaine. Lors de sa découverte, l'hypogée fut assimilé à une tombe privée et numérotée TT281, selon la nomenclature des tombes thébaines de la vallée des Nobles.
Description vignette|gauche|redresse=1.5|Plan de Deir el-Bahari comprenant une projection du temple inachevé. Le temple mortuaire de est un temple de l'Égypte antique inachevé situé dans la nécropole thébaine, sur la rive ouest du Nil en face de la ville de Louxor (l'ancienne Thèbes). Le temple se situe au sud de Deir el-Bahari, dans la vallée des Couleurs qui se trouve entre la montagne thébaine et la colline de Cheikh Abd el-Gournah. Il est situé à six-cents mètres au sud-ouest du temple funéraire de Montouhotep .
D'après les vestiges retrouvés, le temple une fois achevé aurait dû avoir un plan assez similaire au temple funéraire de Montouhotep de Deir el-Bahari, à savoir un temple construit sur une plateforme au pied de la montagne, une tombe creusée dans la montagne, et une chaussée longue de plusieurs kilomètres reliant le temple aux bords du Nil.
Peu de choses subsistent de ce temple : il ne reste que les vestiges d'une chaussée aboutissant à la plateforme du temple et un passage en pente creusé dans la paroi rocheuse. La plateforme a été nivelée dans le calcaire de la montagne, nécessitant l'extraction de 70 000 à 80 000 mètres cubes de roche. Cette plateforme a été terrassée sur cent mètres de large pour cinquante mètres de long, soit la moitié de la surface attendue (un carré de cent mètres de côté). La construction du temple lui-même n'a jamais dépassé l'étape de creusement de tranchée de fondation. Le seul élément maçonné d'époque sur la terrasse est un mur de brique entourant la plateforme. Une construction de trois pièces en briques a plus tard été construite sur la plateforme, probablement au Nouvel Empire.
vignette|gauche|redresse=1.5|Plan de la tombe et d'une partie de la plateforme. L'hypogée est également inachevé. Un passage a été creusé sur trente-cinq mètres et la fin du couloir a été visiblement élargie à la hâte afin de créer une chambre funéraire. La chambre a été construite en blocs de quartzite rouge et les murs possèdent un revêtement en calcaire au lieu du granite attendu. Le plafond est en encorbellement. Des graffitis hiératiques gravés près de la tombe semblent avoir été écrits par des prêtres du culte funéraire du roi et indiquent que, malgré l'inachèvement du monument, l'enterrement du roi a bien eu lieu.
La chaussée destinée à relier le temple à la plaine inondable en contrebas aurait dû mesurer mille-deux-cents mètres de long pour quatre-vingts mètres de large avec une inclinaison de 4%. Elle aurait débouché très exactement à l'endroit occupé quelques siècles plus tard par le Ramesséum. Les travaux de construction ont bien débuté aux deux extrémités de la chaussée mais les deux sections n'ont jamais été connectées.
Fouilles Le temple mortuaire inachevé est découvert par l'archéologue Robert Mond lors de fouilles de la nécropole thébaine durant l'hiver 1903-1904. Celui-ci note la présence d'une cour entourée de murs de brique ainsi que d'une tombe pillée donnant directement sur la cour. L'archéologue date le site de la mais n'est pas en mesure d'en déterminer la nature exacte. Mond découvre dans la tombe des fragments de bas-reliefs en calcaire peints représentant un roi et une barque funéraire. L'archéologue rapporte aussi la présence de centaines de coupes et de pots votifs abandonnés dans la cour et dans la tombe. La tombe est par la suite assimilée à une des nombreuses tombes privées de la vallée des Nobles et numérotée TT281.
vignette|droite|Vue de l'arrière du temple depuis les hauteurs, avec la chaussée conduisant au Ramesséum en arrière-plan. Quelques années plus tard, en 1914, l'archéologue Herbert E. Winlock visite le site et comprend que la cour découverte par Robert Mond est en réalité une terrasse aménagée dans la roche de la montagne. Cette plateforme est accompagnée d'une chaussée inachevée dirigée vers le Ramesséum en contrebas. Winlock fait ainsi le lien avec les restes d'une ancienne chaussée découverte près du Ramesséum dont on ignorait à quel monument elle pouvait mener. L’égyptologue détermine que le site découvert par Mond est en fait un temple mortuaire inachevé, similaire à celui de à Deir el-Bahari. Herbert Winlock revient en Égypte après la Première Guerre mondiale et participe à la campagne de fouilles de l'hiver 1920-1921 du Metropolitan Museum of Art visant retrouver des tombes royales de la autour de Deir el-Bahari . Winlock dégage complètement la cour découverte par Mond et et confirme qu'il s'agit de la terrasse d'un temple inachevé. Il y découvre une tranchée de fondation de bâtiment contenant des dépôts de viande. La tombe associée au temple découverte par Mond étant beaucoup plus petite que celle de , Winlock émet d'abord l'hypothèse qu'il s'agit d'une tombe de reine ou de haut dignitaire. L'archéologue découvre une douzaine de tombes en fosse à l'intérieur et à l'extérieur du mur de briques (numérotées MMA1001-1011, MMA1013 et MMA1016-1020), certaines très postérieures à la , mais ne parvient pas à trouver de tombe royale sur le site. Il conclut finalement que la tombe fouillée par Robert Mond est bien la tombe royale – probablement inachevée – du temple et n'exclut pas qu'elle ait pu être utilisée par un roi. Il l'attribue finalement au pharaon de la .
Identification L'identification formelle du commanditaire du temple et de la tombe est rendue compliquée par le faible état d'avancement de la construction, ainsi que par l’absence d'inscription sur le site. La ressemblance et la proximité géographique du temple inachevé avec le temple funéraire de Montouhotep plaident pour un successeur plus ou moins direct de . Herbert Winlock a été le premier a attribuer le site à , et cette conclusion a été globalement bien acceptée par ses pairs jusqu'à aujourd'hui. Winlock explique ainsi que le temple ne put probablement pas être achevé à temps en raison de l'âge avancé de lors de son accession au trône.
L'identification de Winlock est en grande partie basée sur la proximité du temple inachevé avec la tombe TT280. Cette dernière appartient à Méketrê, grand intendant de et de son successeur . Contrairement aux autres dignitaires de cette période, Méketrê ne s'est pas fait enterrer dans la nécropole au nord de Deir el-Bahari mais dans une tombe située à trois-cents mètres du temple inachevé, et dont l'entrée pointe directement sur celui-ci. Cela a suggéré que le dignitaire a choisi volontairement se faire inhumer près du roi qu'il servait au moment de sa mort, en l’occurrence .
L'analyse de Winlock a été vivement rejetée dans les années 1990 par Dorothea Arnold, égyptologue reconnue pour ses travaux sur la chronologie de cette période. Celle-ci propose que la construction du temple ait plutôt commencé sous le pharaon . Le roi aurait alors abandonné le site lorsqu'il déplaça la capitale du royaume de Thèbes à Licht. Winlock avait lui même d'abord envisagé cette théorie (alors même qu'il ne connaissait pas avec certitude la chronologie exacte de la ) avant de finalement privilégier l'hypothèse . Malgré tout le mérite des travaux d'Arnold, l'idée d'attribuer le temple inachevé à a peu convaincu la communauté. Aucune évidence ne suggère de quelconques travaux entrepris par à Thèbes. De plus, un graffiti écrit par des prêtres impliqués dans la Belle fête de la vallée sur un promontoire dans les collines entre le temple de et le temple inachevé mentionne vraisemblablement un culte funéraire royal de et . La découverte d'une table d’offrande fonctionnelle sur le site du temple inachevé semble confirmer l'existence de ce culte et donc l'enterrement d'un roi dans la tombe TT281. Cela exclut donc , inhumé dans une pyramide à Licht.
Notes et références
Bibliographie
Catégorie:Index égyptologique Catégorie:Deir el-Bahari Catégorie:Monument de la XIe dynastie égyptienne Catégorie:Temple égyptien Catégorie:Tombe thébaine de la XIe dynastie égyptienne