La famille Alleman, dont les graphies varient selon les époques et les régions, est un lignage seigneurial noble originaire du Dauphiné.

Cette maison est reconnue comme l'une des plus anciennes de la région, l' (Lemonde, 2006) ; les premières mentions de cette famille remontent au .

Patronyme La forme Allemand est celle utilisée par les travaux des médiévistes contemporains, notamment à l'université de Grenoble (Paravy, 1993 ; Lemonde, 2006). Cette forme a été utilisée par des auteurs plus anciens comme Rivoire de La Bâtie (1867) ou encore Jougla de Morenas (1939, « Allemand alias Aleman »)..

Jusque-là, la plupart des notices utilise principalement la forme Alleman comme Nicolas Chorier (1671) ., Rivoire de La Bâtie (1867), Chaix d'Est-Ange (1903).

Le site de généalogie Foundation for Medieval Genealogy (FMG) indique dans l'introduction de cette notice qu'en raison des nombreuses variations pour les formes du nom (trad.)

Ce patronyme Alleman se trouve sous plusieurs formes dans les documents médiévaux. Nicolas Chorier, dans son ouvrage L’Estat politique de la province de Dauphiné (1671) et la notice consacrée à cette famille, la désigne sous le patronyme « Alleman » et mentionne les autres formes rencontrées Alamandi, Alemanni et Alamanni. Le site de généalogie FMG donne pour entrée dédiée à la famille Alamandi/Alleman.

Pour les branches suisses, le patronyme peut varier. Ainsi le projet encyclopédique Dictionnaire historique de la Suisse possède une entrée pour le rameau installé en Pays de Vaud, sous le nom « Allamand » (2008). La notice du Répertoire des familles vaudoises qualifiées (1883) s'intitulait « Allamandi, Allemand », celle de lArmorial vaudois (1934) s'intitulait « Alamand ».. Pour le rameau installé dans le comté de Genève, Amédée de Foras (1863) intitule sa notice « Alamand (Allaman ou Alleman) »..

L'''Armorial vaudois présente cinq autres familles portant un patronyme proche (Allaman, Allamand) dans la région vaudoise sans lien avec celle-ci.

En l'absence de sources, les hypothèses sur l'origine du nom restent à ce jour incertaines.

Héraldique

vignette|Blason sculpté des Alleman d'Uriage, château fort de Revel. vignette|120px|Blason de la famille Alleman du Molard et de Montrigaud. Alleman Puvelin brisait d'une étoile d'or en chef de la bande. Rivoire de La Bâtie précise que cette famille ; Une branche porte : D'or à l'aigle éployée de sable, armée et becquée de gueules. seigneurs de Rochechinard porte : D'argent au chef d'azur et au lion de gueules lampassée, armé et couronné d'or brochant sur le tout. Alleman du Molard et de Montrigaud' porte : De gueules au lion d'or. ou D'or à un lion de gueules couronné d'argent.Les armes des Alleman, installés en Bugey à partir du , dont est issu le cardinal Louis AlemanParis, BNF, lat. 1490, f. 1 (Armoiries de Louis Aleman), se blasonnent ainsi : de sable, au lion d'argent, armé, lampassé et couronné de gueulesL'Intermédiaire des chercheurs et curieux, Volume 38, 1898 ..

Le sceau du prieur Arthaud Allamand () portait le blason suivant : De gueules semé de fleurs de lis d'or, à la bande d'argent. Son père, Guillaume Allamand, seigneur de Valbonnais, brise de trois coquilles sur la bande et son frère aîné, Humbert, d'un petit écu de Thoire-Villars. Un autre frère, Hugues, brise d'un lambel de cinq pendants, en supprimant la bande, qu'utilise parfois Humbert.

Histoire Origines Les origines territoriales de la famille trouvent racine dans le Dauphiné, principalement dans la région de la Matheysine et la vallée de la Bonne, avec Valbonnais, ainsi qu'à Uriage (Saint-Martin-d'Uriage), à huit kilomètres de Grenoble. Les membres de la famille semblent rapidement posséder les châteaux de Séchilienne et de Champ-sur-Drac, qui se situent entre les deux premières seigneuries. Cette implantation explique les du lignage. Leur influence s'étend ensuite aux régions voisines avec une implantation dans l'Embrunais, les Baronnies, en Viennois, mais aussi au Nord, en Faucigny, en Pays de Vaud et en Bugey.

La médiéviste Pierrette Paravy (1993), tout comme en son temps l'historien Jules Quicherat, auteur d'un article sur la famille en 1841, rappelle que ..

Avant 1202, selon la médiéviste Anne Lemonde, les faits concernant la famille ne sont pas clairement prouvés. Selon certaines traditions, rappellent Quicherat (1841) ou encore Edmond Maignien (1870)., la famille serait apparue en apportant son soutien à l'évêque de Grenoble, Isarn, lors de l'expulsion des Sarrasins de Grenoble ou du Grésivaudan à la fin du , et elle aurait obtenu en échange des terres, notamment Uriage. On retrouve notamment cette hypothèse d'origine chez l'auteur dauphinois Guy Allard (1684), qui mentionnait la présence d'un "Allemannus de Uritatico" dans les documents médiévaux..

Une autre tradition voulait faire coïncider le patronyme avec une origine allemande, comme Nicolas Chorier (1671). Quicherat (1841) relevait qu'il s'agissait d'un patronyme relativement répandu dans la partie Sud de l'Europe (Gaule méridionale, Italie, Espagne) et il indiquait que . L'hypothèse est retenue également dans les tableaux généalogiques de Michel Rieutor (1988). Ainsi, des sources permettaient d'avancer l'hypothèse, mais sans preuves certaines, que la famille pourrait être issue de Raoul/Rodolphe de Faucigny, dit l'Allemand ("Alamandi", mort vers 1178/80), fils de Rodolphe [I], seigneur de Faucigny. La chronologie entre ce personnage et l'émergence de cette famille à la fin du pourrait coïncider.

Les premières mentions, dans la documentation médiévale, des membres de cette famille remontent principalement au . On trouve cependant quelques mentions avant ce siècle. Ainsi, une mention d'un seigneur Allemand d'Uriage lors d'une donation, vers 1085, est répertoriée par le Cartulaire de Domène. et reprise dans le Regeste dauphinois (1912-1926), Acte (lire en ligne).. D'autres mentions éparses ponctuent le Regeste dauphinois avant la fin du .

Le lignage répond avant tout à une dans laquelle s'imbriquent des branches, où chacune est l'égale de l'autre mais que domine celle résidant au château de Valbonnais. D'ailleurs, l'acte de 1307, par lequel le Dauphin de Viennois cède au seigneur Guigues de Valbonnais l'hommage de l'ensemble des branches des Allemand de la région semble plutôt une confirmation officielle d'un usage préexistant (Lemonde).

Une puissante famille régionale L'implantation familiale s'effectue dans la partie sud-est de la région dauphinoise, comprise entre le Drac et l'Isère, le Valbonnais et le verrou de Séchilienne et aux portes de Grenoble, à l'est du bourg, avec les possessions d'Uriage et de Laval.

Au cours des années 1200 et 1240, les historiens peuvent affirmer que les seigneurs laïcs dauphinois, notamment les Albon, réussissent à s'imposer face au pouvoir épiscopal, et parmi eux on compte les Alleman. Les relations d'alliances entre ces familles seigneuriales, notamment militaires, se développent à partir de pactes, en 1266, , Acte lire en ligne)., puis 1280, 1298 ou encore 1307. Celle du , voit une alliance de protection contre des ennemis communs, sauf contre le Dauphin, entre les seigneurs de Sassenage, Béranger, de Montorcier ainsi que plusieurs membres des Alleman, , , Acte lire en ligne)..

Le pouvoir des Alleman semble suffisamment important pour rivaliser, en partie, avec la famille des dauphins de Viennois. Quicherat indiquait En Oisans, ils contrôlent également la seigneurie de Séchilienne.. L'entrée de cette seigneurie dans la famille remontrerait, selon l'acte du , à un échange entre Aymar Allemand et André Dauphin de Bourgogne, à savoir ses possessions dans la châtellenie de Vizille , , Acte (lire en ligne).. Cette date est d'ailleurs considérée comme la première mention du château de Séchilienne. L'intérêt est stratégique puisque la fortification permet de contrôler l'entrée de l'Oisans..

L'extension régionale de l'implantation s'effectue au gré des contrats de mariage, vers les régions voisines, l'avant-pays viennois, le Bugey, le Faucigny ou encore le Pays de Vaud ou le comté de Genève. Les Alleman possèdent également des fiefs en Lyonnais et en Forez..

Au début du , Odon Alleman est membre du conseil delphinal auprès d'André Dauphin (), puis sous la régence de Béatrice de Montferrat, , Acte (lire en ligne)... En 1225, le mariage de sa fille .

La terre de Rochechinard entre dans le domaine familiale en 1340.. Aymard Allemand achète la maison forte de Rochechinard à un écuyer du Dauphin Humbert II. En raison de sa proximité avec le Dauphin et étant l'un de ses conseillers, il réussit à obtenir, par échange sur ses droits sur la terre de Saint-Thomas, les droits de justice sur Rochechinard.

Une stratégie cléricale Parallèlement à l’acquisition de seigneuries, les Alleman cherchent à marquer leur influence en mettant en place une politique religieuse à travers des legs ou encore l’obtention de prébendes.

Ils s’intéressent aux différents établissements religieux se situant dans les environs de leurs possessions, notamment les prieurés de Valbonnais, de Notre-Dame-de-Commiers, de Vaulnaveys, de La Mure, ou encore de Saint-Michel de Connexe.

La chartreuse de Prémol, installée à Vaulnaveys-le-Haut, bénéficie de plusieurs legs, rentes, de membres de la famille, notamment du seigneur d'Uriage, Odon Alleman, en 1239, puis de ses héritiers.. Plusieurs femmes de la famille sont prieures de cette Chartreuse (cf. section « Personnalités »).

De même, l'abbaye des Ayes compte plusieurs abbesses issues de la famille (idem), selon Allard..

Rameau en Lyonnais et Forez () L'implantation en Lyonnais remonterait au , où François Allemand est mentionné en 1120 comme étant en possession du fief de La Levratière, près de Saint-Jean-de-Touslas. Ce rameau, issu de la branche d'Uriage, se fixe, selon Rivoire, à La Levratière ainsi qu'à Saint-Symphorien-d'Ozon. Cependant, Chaix d'Est-Ange (1918) indique que la filiation du rameau de La Levratière ne peut se faire qu'à partir de François Alleman, venu s'installer en Lyonnais au , où il épouse en 1520 Claudine de Rochefort-Senas.

Les auteurs André Steyert (1860) et Louis-Pierre Gras (1874) mentionnent une famille Allemand, dite originaire du Dauphiné et implantée en Forez, et qui porte les mêmes armes.. Steyert (1860) évoque l'implantation de cette famille donnant naissance à plusieurs rameaux et possédant, au , les fiefs de Roche-la-Molière ; Gresolles ; Poncins et Vaudragon (Larajasse). Gras (1874) indique pour la même période les fiefs de Grézolles, La Levratière, Palognieu et Vaudragon.

La Levratière reste aux Alleman jusqu'au ..

Vers la fin du , le château de Vaudragon est obtenu par achat à la famille de La Chapelle. Jacques Allemand, damoiseau, rend hommage, en 1393, pour ce fief au comte de Forez, Louis II de Bourbon. Catherine Allemand, Dame de Vaudragon, fille de Jacques, rend hommage en 1441 au comte Charles de Bourbon.

Les descendants de François Alleman, mentionné par Chaix d'Est-Ange, sont maintenus dans la noblesse en 1667 par jugement de François Dugué, intendant de Lyon et maître de Bagnols.

Selon Rivoire, le rameau s'est éteint au cours du . Gustave Chaix d'Est-Ange précise qu'il s'éteint avec Gaspard Alleman, seigneur de la Levratière, qui s'était vu maintenu dans sa noblesse en 1705 par l'intendant de Grenoble.

Rameau suisse () Au début du , un rameau issu de la branche de Valbonnais s'installe en Pays de Vaud. Il entre en possession des seigneuries d'Aubonne et de Coppet qui restent dans la famille du mariage, en 1314, jusqu'en 1364.

Le fils du seigneur de Valbonnais, Guillaume Alaman, chevalier, épouse Agnès de Villars, Dame d'Aubonne, fille d'Étienne [II] seigneur de Thoire et Villars.. Agnès de Villars hérite des biens de son frère, Amédée, mort en 1314., notamment les seigneuries d'Aubonne et de Coppet. Agnès fait de son fils aîné, Humbert, son héritier, ainsi que par substitutions ses frères, Hugues et Jean.