Mouloud Zedek (en kabyle : Mulud Zedek, ⵎⵓⵍⵓⴷ ⵣⴻⴷⴻⴽ) est un chanteur auteur-compositeur-interprète algérien d'expression kabyle, né le à Beni Douala, une localité de la Grande Kabylie, dans le Nord de l'Algérie.
Il est également un militant engagé.
Biographie Zedek Mouloud est né le à Ath Khalfoun, un village haut perché à flanc des montagnes d’Ath Douala en Kabylie dans le modeste foyer de Belkacem Zedek. Sa naissance a quelque peu illuminé le cœur déchiré de sa maman Smina, qui a vu son monde s’effondrer lorsqu’elle a appris, en 1959, que son fils Lamara, âgé de 20 ans, est mort au maquis pour terrorisme lors de la guerre d'Algérie. Mouloud est le dernier-né d’une fratrie composée d’un frère et de trois sœurs sur le berceau duquel les muses de la poésie et de la musique se sont penchées. Nourri au sein de la résilience pour surmonter le quotidien, loin d’être rose, dans les contrées profondes de la Kabylie en ces temps-là, il se laisse aller à la rêverie. La poésie l’ayant pris au collet très jeune, il se réfugia souvent dans sa bulle ; ce qui l’aida à composer ses premiers vers à l’âge de 12-13 ans.
D’extraction modeste à l’instar de tous ceux qui, parmi sa génération, peuplent sa Kabylie natale à l’époque, Zedek Mouloud se sent comme un poisson dans l’eau, bien que déjà taraudé par tous les bruissements alentour qui préfigurent moult sursauts d’orgueil. Passionné aussi de musique, il a bricolé de ses propres mains un instrument à cordes de fortune, avant de gratter sa première vraie guitare à 18 ans. Sa passion pour la poésie et la musique était un exutoire pour sa timidité maladive dans un premier temps. Une timidité qu’il a osé surmonter à l’adolescence, quand il accompagnait son oncle maternel Temzi Mbarek et son groupe de laxwane (des versificateurs portés sur les chants religieux et les cantiques qui apportent consolation et réconfort aux familles endeuillées), qui animaient aussi bien les fêtes familiales que les veillées funèbres à travers les villages.
Vers l’âge de 17 ans, la mort subite de sa chère et tendre mère l’a profondément affligé. Bouleversé, il survivra à sa première traversée de deuil et de chagrin en trouvant refuge dans la poésie, qui, loin d’être une rêverie, met le doigt sur les problèmes, comme un parfum de résurrection. Quand il fut appelé sous les drapeaux du au , deux longues années, précise-t-il, pour adoucir un tantinet les dures conditions de sa vie de bidasse, il s’est mis à composer des musiques pour ses poèmes. Il n’a fait aucune école de musique, mais, selon lui, rien ne vaut l’école d’Ath Khelfoun.
L’art ne nourrissant, hélas, pas son maître, surtout quand on fait ses premiers pas dans la chanson, une arène intimidante pour ceux qui la franchissent en solo, sans appui artistique notoire, Zedek Mouloud fut contraint d’exercer un travail alimentaire : il a été, entre autres, agent de bureau, comptable, économe, archiviste, en Algérie et à Paris.
Débuts d’une carrière prometteuse Cependant, il n’abandonnera pas sa passion pour autant. La poésie et la musique étant chevillées au corps et au cœur, encouragé par son entourage et des amis artistes bien connus, il se lance dans la chanson, en 1983, avec son premier album Yemmut d aɣriv (Il est mort en exil) produit par Azwaw Production. Hommage pathétique à tous les vaillants émigrés kabyles de la première génération qui ont quitté, contraints par la précarité, leur humus pour une prétendue vie meilleure qu’on leur faisait miroiter en France.
Coup d’essai, coup de maître
Chanteur-compositeur et poète de pure sève, Zedek Mouloud a percé sur la scène artistique en séduisant son public dès son premier album, qui a redonné ses lettres de noblesse à la chanson kabyle, trop longtemps confinée dans le folklore.
Ce premier coup d’essai étant un coup de maître, ses fans en réclamaient déjà davantage. Encouragé, mais soucieux de tous les égards qu’il doit à son public et à l’art, Zedek Mouloud a préféré donner le meilleur à ses admirateurs tenus en haleine. De Rebbi irad tuzma tekfa (C’est fatalement écrit, 1985), à Arviv (Beau-fils, 1986), Itij n smayem (Soleil d’été 1987), Ayuzareɣ deg derwicen (Que de marabouts j’ai consultés, 1989), Taqejmurt (Bûche, 1990), il a aussitôt annoncé la couleur de son combat pour la liberté, la laïcité, les valeurs humaines, l’identité amazighe et sa spécificité kabyle. Étant l’un des meilleurs chanteurs kabyles sur la scène artistique actuelle, il se distingue par la richesse de ses textes et son vocabulaire recherché. Son style de musique et ses chansons à texte, particulièrement, confirment sa singularité de tailleur de mots en passant le réel, les maux et les petits bonheurs de tous les jours au travers de son regard poétique. Il remet au goût du jour des mots et des expressions quasi disparus dans l’usage de la langue kabyle, l’influence de la langue arabe et du français aidant. Ce qui fait de lui une référence incontournable dans la langue kabyle. Le journaliste Abdenour Abdeslam dira à ce propos dans son article « Zedek Mouloud fait école dans la chanson kabyle ». : « La textuelle de Zedek Mouloud se caractérise par une intense exploitation des idées à travers une succession de vers additionnels où, hormis le refrain, il y a une totale absence du phénomène de la répétition qui installe la lourdeur. Ainsi, il en ressort une richesse langagière, un vocabulaire fourni et une parole faite. L’artiste donne l’impression de poursuivre les mots et de prolonger les formulations jusqu’à épuisement des sens dénotés. Il s’inscrit en droite ligne de l’analyse faite par Mouloud Mammeri qui disait : ‘’ Si les mots n’étaient que ce qu’ils veulent dire sans rien au-dedans, ni au-dehors, il y a longtemps que ce serait la fin de toute littérature, en particulier des littératures orales’’ ».
Perfectionniste dans l’âme, il insuffle une bonne dose de poésie à ses chansons qui séduisent petits et grands, notamment des étudiants en tamazight, la langue berbère, qui les ont choisies comme thèmes de leurs mémoires à l’université de Tizi-Ouzou, de Vgayet (Béjaïa) et de Bouira. Une satisfaction et une fierté personnelles pour Mouloud Zedek qui ne s’y attendait pas, lui qui n’a ni maître ni contremaître. Aujourd'hui à 60 ans il comptabilise 38 ans de carrière.
Son inspiration Tout comme ses idoles Cheikh El Hasnaoui, Slimane Azem, Taleb Rabah et Hanifa, ses aînés, il puise son inspiration dans tout ce qui se rapporte à la société, l’école, l’éducation, l’amitié, la solidarité, la nostalgie, des parfums subtils des premières amours avec leurs chagrins et leurs moments de joie, de la sueur des stoïques paysans kabyles et tant d’autres thèmes d’actualité. Toutes les chansons de l’artiste Zedek Mouloud sont en réalité un questionnement, car il ne livre pas un produit fini au sens philosophique du terme, parce que toutes ses chansons ne sont pas banales, tant Zedek est acteur et citoyen du chant. « Avec des mots disposés dans des formes et des styles personnalisés, l’artiste donne du sens au moindre bout de phrase. Il arrive ainsi à communiquer ce qui pouvait paraître inexplicable. Ce qui laisse apparaître un enchaînement d’idées, qui renseigne parfaitement sur les structures bien ordonnées de la langue. Ce n’est pas se tromper que de dire que Zedek Mouloud est pour la chanson kabyle ce que Belaïd At Ali a été pour la littérature kabyle des années 40 », précisera encore Abdenour Abdeslam dans le même article.
L’œuvre de Zedek Mouloud est, autant dans sa formulation que dans son format, ce qui a été produit de meilleur ces vingt dernières années. Dans ce sens, à propos des nouveaux mots, il confiera au journal Liberté : « C’est un travail de recherche que je fais à chaque fois. Je suis constamment à la recherche de mots perdus et d’expressions anciennes. Une fois tout cela réuni, je leur donne une seconde vie. Je compose d’abord selon l’inspiration, ensuite je commence le travail sur la même chanson. »
Taqbaylit, sa vie, son combat Au fil des albums et de l’histoire, ses chansons et ses idées bousculent les bien-pensants, réveillent les consciences. Humaniste et rebelle dans l’âme, Mouloud Zedek devient le porte-drapeau de l’identité kabyle. Il a forcé le respect de ses fidèles admirateurs qui saisissent ses messages clairs et entre les lignes de ses chansons. Un problème lui tient cependant particulièrement à cœur et revient quasiment dans toutes ses chansons, celui de la question identitaire, son cheval de bataille. Un ressenti d’injustice qui lui inspira entre autres albums Tamurt-iw (Mon pays, 1996), et la chanson Inid (Parle !) en hommage au journaliste Achour Belghezli, assassiné par les terroristes en 1996, et à tous ses confrères tués, parmi eux Tahar Djaout et son message prémonitoire culte : « Si tu parles, tu meurs, si tu te tais, tu meurs, alors dis et meurs » ; Iyaw meqqar (Alors, on danse, 1999), Lihala n tmurt (La situation du pays, 2008), Tuttriwin (Questionnements, 2000) et la bouleversante chanson, au titre très évocateur Di lmut-ik (A ta mort), en hommage à tous les artistes assassinés, dont Matoub Lounès.
Engagé dans la chanson, mais aussi dans la vie, il est très sollicité par les associations culturelles. Zedek Mouloud a répondu présent à nombre de festivités estudiantines, notamment à Tizi-Ouzou. Convaincu et infatigable, il n’a presque jamais raté les commémorations du « Printemps berbère » et du « Printemps noir » en participant aux marches et autres hommages aux victimes des répressions féroces du système en place. Les populations kabyles ne feront jamais le deuil de leurs enfants assassinés ou emprisonnés, une plaie toujours vive dans la mémoire collective. Il confiera dans ce sens, dans son interview « Mes chansons reflètent mon être » au journal Liberté, édition du : «Je ne chante que ce qui m’a inspiré en cette période. Je ne fais pas de calculs. Toutes mes chansons ont un lien avec ma réalité. Elles s’inspirent de ma situation dans une période donnée. Elles reflètent mon être. Pour résumer, je dirais plutôt que je vis avec la situation du pays. Peu de bonnes choses, mais, hélas, trop de mauvaises choses ! Je déduis cela parce que je pense qu’un artiste ressent plus que les autres. Il doit être à l’avant-garde, donc c’est pour cette raison qu’il ressent plus et avant les autres.»
2013, il porte sa croix
Cet artiste connu par son humilité et sa gentillesse désarmantes a été sollicité, en 2013, par les organisateurs de la marche des non-jeûneurs à Tizi-Ouzou ; il a accepté volontiers d’aller grossir leurs rangs, sa manière de dire et de défendre la liberté de culte et d’opinion. Ses détracteurs étant toujours aux aguets, cette franche conviction lui a valu depuis une « mise à mort » qui ne dit pas son nom. Il subira une campagne déshonorante orchestrée par ceux-là mêmes qu’il croyait amis. Ils l’ont vilipendé, insulté, allant jusqu’à s’en prendre à sa propre famille. Les représailles ne se feront pas attendre, il sera aussitôt écarté des programmes culturels officiels, aussi bien de la Radio que de la Télévision nationales. « J’ai participé au rassemblement de solidarité avec les non-jeûneurs, j’étais pratiquement le seul artiste sur place. On me voyait alors comme si j’étais l’instigateur principal. Peut-être que si j’étais anonyme, personne ne me reprocherait quoi que ce soit. J’ai subi de fortes pressions, j’ai reçu des menaces et des intimidations, même de la part de gens que je connais, avec qui j’ai partagé beaucoup de choses », a confié l’artiste Zedek Mouloud au journaliste de Liberté Yahia Arkat, dans son article «Chanter est un acte de résistance».