Manuel José Fal Conde (Higuera de la Sierra, province de Huelva, 1894 – Séville, 1975) est un avocat, homme politique et patron de presse espagnol.
Issu d’une famille andalouse aisée, ultra-catholique et traditionaliste, Fal Conde entreprit des études de droit et s’établit comme avocat à Séville, tout en menant parallèlement une activité de journaliste et de militant carliste. À la faveur de l’unification des groupements carlistes disparates, rassemblés désormais sous l’étiquette unitaire de Comunión Tradicionalista, Fal Conde fut désigné chef carliste pour l’Andalousie, auquel titre il réorganisa en profondeur le mouvement, renforça notablement son implantation dans les secteurs de la population (classes laborieuses) et dans une région (l’Andalousie) jusque-là peu enclins au carlisme, et convertit les milices carlistes (les requetés) en un corps d’armée bien formé (techniquement et moralement) et d’ampleur nationale. Atterré par l’avènement en 1931 de la république laïciste et parlementariste, il apporta son appui, quoique de façon peu franche, à la Sanjurjada de 1932, ce qui lui valut un séjour de six mois en prison. Après la victoire du Front populaire (), Fal Conde, nommé entre-temps chef national de la Comunión, conspira avec les militaires rebelles et tenta de monnayer au mieux la participation de ses requetés au coup d’État de juillet 1936, mais ne put empêcher l'absorption de ses troupes par les militaires sous commandement de Franco, ni l'émiettement des instances de direction de la Comunión. Jaloux de l’autonomie de son parti, et donc réfractaire en 1937 à se fondre dans le nouveau parti unique FET y de las JONS, comme l’y pressait le Caudillo, il eut à subir diverses mesures de proscription (vers l’étranger ou à l’intérieur), mais, chef d’un parti désormais sans existence légale, s’efforça néanmoins de soustraire la Comunión à l’emprise de la FET et de reprendre en mains le parti, en opposant son intransigeance idéologique et son orthodoxie dynastique aux différents courants qui tiraillaient alors la mouvance traditionaliste : collaborationnisme avec Franco, esprit de compromis avec les monarchistes alphonsistes, et surtout virage socialisant du nouveau prétendant carliste Charles-Hugues. Accusé d’autoritarisme et de mener une stratégie stérile, il dut démissionner en 1955, après plus de vingt ans à la tête du parti, mais fera figure encore jusqu’à sa mort d’éminence grise auprès de Charles-Hugues.
Origines familiales et jeunes années
vignette|220px|gauche|La Peña de Arias Montano à Alájar (province de Huelva, dans la Sierra de Aracena), avec son campenard, lieu de destination du pèlerinage de la Reina de los Ángeles.
Manuel Lorenzo José Fal Conde était issu d’une famille aisée, d’origine asturienne., dont un ascendant était venu à une date incertaine s’établir à Higuera de la Sierra, bourgade andalouse dans la province de Huelva. Si un bon nombre de ses ancêtres avaient des activités en rapport avec la médecineManuel Fal Vázquez (né en 1783), José Fal Vázquez (né en 1788), Manuel Fal Reyes (né en 1818), Juan Fal Reyes (né en 1817), Juan Fal Sánchez (né en 1849) ; c’était le cas aussi de son cousin, Rafael Lancha Fal (né en 1885). Cf. .., et si son père, Domingo Fal Sánchez (1857-1926)., exerçait certes comme oculiste., celui-ci exploitait aussi un petit atelier de fabrication d’articles en liège, et, membre du parti libéral., occupa entre 1900 et 1905 la fonction de maire de HigueraCf. Alcaldes que rigieron el ayuntamiento de Higuera de la Sierra, dans Inquietudes y vivencias de un sexagenario, blog 25.10.13., continuant du reste, pendant plusieurs années après la fin de son mandat, à marquer encore de son empreinte la vie publique de Higuera.. Domingo Fal épousa une jeune fille du lieu, María Josefa Conde, et emménagea avec elle dans l’immeuble où se trouvait l’atelier. Le couple eut quatre enfants, dont Manuel était le dernier, sa mère décédant après l’accouchement.. Une sœur de Domingo, qui était veuve, s’occupa des enfants, qui furent élevés dans une fervente atmosphère catholique.
Manuel commença sa formation dans le collège de jésuites de Villafranca de los Barros, en Estrémadure., rejoignant ses deux frères aînés qui y étudiaient déjà. L’enseignement des jésuites joua un rôle crucial dans les années de formation de Manuel. Le père Gabino Márquez, spécialiste en études bibliques, enseignements pontificaux et pédagogie, eut l’attention attirée par l’élève Fal Conde, qui lui parut fort prometteur. ; Fal et Márquez resteront d'ailleurs en contact jusqu’à la mort de ce dernier en 1954.. Après obtention du baccalauréat en 1911, avec d’excellentes notes, le jeune Fal entra en noviciat chez les jésuites, mais se ravisa après quelque temps et envisagea d’étudier la médecine. Son père cependant l’en dissuada, au motif que son frère aîné Domingo s’était déjà engagé sur cette voiePlus tard, la municipalité de Higuera reconnaîtra, en baptisant à son nom une rue importante, le travail de Domingo Fal Conde comme médecin (. ; finalement, Manuel décida d’entreprendre des études de droit à Séville.
vignette|160px|Université de Séville.
À l’université de Séville, Fal Conde fut attiré dans le cercle de Manuel Sánchez de Castro, professeur de droit naturel, carliste et force motrice derrière l’émergence d’un catholicisme militant à Séville.. Après avoir obtenu en 1916 sa licence en droit, il suivit en complément pendant un an des cours à Madrid et reçut le titre de docteur en droit (titre équivalant à l’agrégation).. En 1917, il servit dans l’armée en tant qu’appelé (soldado de cuota), dans le neuvième régiment d’infanterie de Soria. Son service terminé, il s’inscrivit en 1918 au barreau de Séville, puis, au terme d’un brève période comme avocat stagiaire., établit son propre cabinet rue José GestosoSous l’appartement qu’occupait son cousin Rafael Fal, cf. .. Parallèlement à sa carrière d’avocat, Fal Conde entama aussi une brève carrière de professeur, enseignant l’histoire, le droit et l’éthique au collège de jésuites de Villasis à Séville... À l’université de Séville, il travailla au département de droit procédural, tout en menant des recherches en histoire du droit politique espagnol. Il fut aussi passagèrement concessionnaire d’automobiles..
En 1922, Fal Conde épousa María de los Reyes Macías Aguilar (1904-1975)., originaire de la ville de Sanlúcar proche. Le couple, qui élut d’abord domicile dans la calle Miguel del Cid à SévilleNonobstant qu’en 1952, à la suite de la mort de son frère le plus âgé, Fal eut hérité de la maison familiale à Higuera, lui et sa femme ont toujours résidé à Séville, où ils seront domiciliés successivement à 6 adresses différentes. Cf. ., eut José María, Mari Pepa, Domingo, Teresa, Alfonso Carlos, Javier et Pilar, cf. ., venus au monde entre 1923 et 1938En 1923 (José María), 1926 (María Pepa), 1928 (Domingo), 1930 (Teresa), 1932 (Alfonso Carlos), 1937 (Javier) et 1938 (Pilar), cf. .. Certains de ses enfants seront actifs comme militants traditionalistes durant la période franquiste et au-delà, s’opposant en particulier, dans la décennie 1970, au programme socialiste de don Charles-Hugues ; José Maria, Alfonso et Domingo Fal-Conde MacíasDans les années 1960, Domingo Fal-Conde Macías était un chef de file carliste dans la province de Séville, avant d’être déposé par les huguistes, voir et . étaient présents en partisans de don Sixte lors des incidents de Montejurra en 1976.. Dans les années 1980, le même Domingo Fal-Conde Macías fut à la tête de la Comunión Tradicionalista Carlista, nouvelle organisation carliste unitaire.. Quant à Javier, il s’acquit une renommée comme chanteur de flamenco..
Premières apparitions publiques
Il n’a pas été élucidé si Manuel Fal Conde avait des prédécesseurs carlistes parmi ses ascendants, quelques auteurs affirmant qu’il n’y en avait pas., d’autres au contraire citant sa famille comme un cas exemplaire d’allégeance carliste se transmettant de génération en génération à la manière d’un code génétiqueSelon ces derniers, la mémoire familiale ancestrale des Fal renfermerait des « antécédents familiaux où l’idéologie traditionaliste, furtivement enracinée, se transmettait de génération en génération, comme s’il s’agissait d’une sorte d’hérédité génétique » (precedentes familiares donde el ideario tradicionalista, furtemente arraigado, se transmitía de generación en generación como si de una especie de herencie genética se tratase), cf. .. L’on sait que le père de Fal Conde était un catholique dévot, mais aucune des sources ne fournit d’information claire quant à ce qu’étaient exactement ses opinions politiques. Il est possible que les principes traditionalistes aient été sinon implantés de novo, du moins corroborés chez le jeune Fal Conde au cours de sa formation scolaire. Au tournant du siècle, les jésuites sympathisaient incontestablement avec Ramón Nocedal, fondateur en 1888 du Parti intégriste (comme scission du Parti carliste), et avec sa vision intégriste de la religion et de la tradition ; il est probable que les années à Villafranca aient influencé Fal Conde en ce sens. Il a reconnu la fascination juvénile qu’il éprouva pour l’allocution prononcée devant les membres du collège par Manuel Senante Martínez, alors l’une des figures clef de l’intégrisme politiqueUn auteur soutient que Fal « connaissait et admirait » Senante pendant ses années à Villafranca, cf. .. Il apparaît probable en outre que le catholicisme militant de Manuel Sánchez de Castro ait encore renforcé cette tendance, contribuant à faire du jeune Fal un militant catholique énergique, peut-être selon une orientation intégriste intransigeante et ultra-réactionnaire ; témoin sans doute de cela la vision de Fal Conde sur ce qui constitue le fondement de la nation espagnole : vignette|Semaine sainte à Séville (vers 1915).
L’engagement de Fal dans la vie publique commença dès ses années universitaires à Séville ; il rejoignit en effet l’Asociación Escolar Sevillana et en devint bientôt le présidentPas plus tard qu’en 1914, cf. . ; ladite organisation demeurait certes un groupement assez typiquement estudiantin, mais néanmoins incliné politiquement vers le « catholicisme politique et social », accommodé de traditionalisme en général et d’une posture pro-allemande durant la Première Guerre mondiale en particulier.. Au lendemain de son retour de Madrid, Fal se mit à contribuer à des publications catholiques locales, puis, dans les années 1920, se signala dans diverses organisations catholiques, allant d’associations éducatives et caritatives jusqu’à des syndicats et des associations de pénitence, telle que la Congrégation des Louis, la Conférence de saint Vicent-de-Paul, diverses confréries de pénitence, le Patronato para Obreros lié aux jésuites, la Compagnie des Sœurs de la Croix (Compañía de las Hermanas de la Cruz, rattachée aux franciscains) et quelques autres., et fut lui-même à l’initiative de quelques célébrations, telle que la Romería de la Reina de los Ángeles (une romería étant un pèlerinage vers un lieu saint ou un sanctuaire), célébrée sur la Peña de Arias Montano à Alájar et inaugurée en 1924.. Son implication dans une variété d’organisations permit à Fal Conde d’acquérir de l’expérience et de faire éclore ses grandes capacités d’organisateur.
vignette|Semaine sainte, Séville 1928.