Les musées des Offices pendant la Seconde Guerre mondiale sont restés fermés pour de nombreuses années, mais en leur sein, la direction et le personnel continuaient à veiller sur les œuvres d'art qu'ils avaient la charge de garder et protéger.
Les chefs-d'œuvre de la galerie des Offices furent transférés ailleurs, après l'entrée de l'Italie dans la Seconde Guerre mondiale : beaucoup d'œuvres d'art furent cachées dans des villas et des châteaux de la Toscane, dans des lieux considérés comme des refuges plus sûrs que le palais des Offices. vignette|350px|Le Printemps de Botticelli dans il Teatro du château de Montegufoni (archives de Deane Keller, université Yale). .. vignette|350px|Une salle du château de Montegufoni, On aperçoit, au fond, le Tondo Tornabuoni de Ghirlandaio Adoration des Mages, posé à l'horizontale sur les dossiers des chaises..
Historique En , Benito Mussolini et Adolf Hitler visitèrent la galerie des Offices. Ils entrèrent par le corridor de Vasari et s'arrêtèrent dans diverses salles, pour admirer les collections de statues, de peintures, d'objets d'art. Rien n'indiquait que la visite ait alimenté la cupidité d'Hitler envers les œuvres d'art et qu'après seulement deux ans se produirait une dispersion temporaire des chefs-d'œuvre des Offices, qui avaient été recueillis surtout par la famille des Médicis, mais aussi par les grands-ducs de la maison de Habsbourg-Lorraine et plus tard par les surintendants de la Toscane et par les directeurs des Offices qui s'étaient succédé sous le royaume d'Italie.
La dernière survivante de la famille des Médicis, l'électrice Anne-Marie-Louise de Médicis, dans son testament du 1743, prévoyait, pour les trésors artistiques, que « les œuvres d'art lui appartenant devront être conservées, toutes et toujours, dans la ville de Florence ». Cela avait permis de maintenir ces collections dans la ville et de ne pas les transférer : elles constituaient ainsi un patrimoine de Florence.
La guerre Au début de , le ministère des Beaux-Arts envoya à tous les surintendants une circulaire « urgente et très confidentielle », par laquelle il ordonnait la mise en œuvre en cas de guerre de toutes les mesures prévues pour la protection du patrimoine artistique.
Le , Giovanni Poggi (1880-1961), surintendant pour Florence, Sienne et Arezzo, donna l'ordre des opérations pour la protection des œuvres d'art, selon les procédures établies par le ministère, mais en opérant avec la discrétion que la grande quantité d'œuvres à sauver rendait nécessaire. Il fallait en effet faire un choix équilibré, en établissant ce qu'il était préférable de cacher de toute urgence. Il a été aidé par le directeur des Offices Filippo Rossi et par le responsable du laboratoire de restauration Ugo Procacci. Les œuvres les plus exposées étaient celles présentes aux Offices et dans les églises florentines..
Images (Offices)
Pour protéger les œuvres d'art mobiles, on trouva des villas et des châteaux domaniaux, dispersés dans la campagne toscane, dans des localités qui, à cette époque, étaient plus sûres que les palais et les églises de Florence. Entre le et le , les Offices furent donc vidés des chefs-d'œuvre les plus connus et les plus fragiles (dans des caisses pour les transporter, en toute sécurité et en tout secret, préparées à l'avance). Tout ce patrimoine artistique florentin fut transféré dans la villa médicéenne de Poggio a Caiano : avaient été sélectionnées, dont la Judith de Palma le Vieux, ainsi que anciennes, dont la Vénus de Médicis.
De même, furent cachées dans le palais Pretorio de Scarperia les œuvres d'art de plus grande valeur qui se trouvaient dans des églises et couvents de Florence.
En , le sort adverse de la guerre imposa le déplacement immédiat de tout le patrimoine artistique florentin en des refuges, en dehors de la ville, dans les campagnes au nord et au sud de l'Arno. Cette concentration de trésors d'art constituait cependant un danger et l'on choisit par la suite de diviser les œuvres d'art en un grand nombre de refuges et d'augmenter aussi le nombre des œuvres à protéger.
Furent identifiés ainsi le château des Conti Guidi à Poppi dans la vallée du Casentino, la villa del Monte à Galliano (Barberino di Mugello) - où furent transférées de la collection d'autoportraits du musée des Offices ; la Villa Salviati près de Florence qui accueillit de la Serie gioviana et d'autres toiles du corridor de Vasari ; le château de Montegufonivideo d'époque accessible depuis le site du château à Montespertoli - où en 1942 furent cachés aussi des peintures de Giotto (La Vierge d'Ognissanti), de Masaccio, de Cimabue, de Paolo Uccello (La Bataille de San Romano), de Domenico Ghirlandaio (l'Adoration des mages - tondo Tornabuoni), Le Printemps de Botticelli et La Sainte Vierge du peuple de Federico Barocci ; la villa Bossi-Pucci de Montagnana (Montespertoli) ; le château et la villa Guicciardini à Poppiano (Montespertoli) ; le château de l'Oliveto à Castelfiorentino, qui était de propriété de Leone Guicciardini et d'autres bâtiments considérés comme sûrs...
La Naissance de Vénus de Botticelli était au château de Poppi et la Vénus d'Urbin de Titien au monastère Camaldoli (Arezzo). Les portes en bronze doré de Lorenzo Ghiberti furent détachées du baptistère Saint-Jean de Florence et gardées dans la galerie ferroviaire abandonnée de Sant'Antonio, à Incisa in Val d'Arno ; les sculptures monumentales de Michel-Ange de la Sagrestia Nuova de la basilique San Lorenzo, à côté des sculptures de Donatello, étaient cachées dans la cave de la (San Donato in Collina-Bagno a Ripoli) qui devint ensuite le quartier général de l'armée allemande. Sur la façade du Spedale degli Innocenti, l'on avait enlevé les médaillons en terre cuite d'Andrea della Robbia (1463) représentant des enfants emmaillotés (les innocents). Les sculptures furent retirées du campanile de Giotto et les vitraux de la cathédrale Santa Maria del Fiore ; la fontaine de Neptune fut recouverte d'une structure de sacs de sable et de poutres ; devant les chapelles décorées de fresques, l'on dressa des murets et des sacs de sable à la base du Palazzo Vecchio.. À Florence, l'on fit tout ce qui était possible pour protéger les personnes, les maisons, les églises, les palais, les statues sur les places, les musées.
Les refuges
Subsistait un autre problème urgent : il était difficile pour la surintendance, voire impossible, de contrôler directement ces nombreux refuges, dispersés dans des localités différentes et éloignés de Florence.
Images
vignette|upright=1.6|center|Domenico Ghirlandaio, Tondo Tornabuoni.
Œuvres d'art spoliées par les Allemands César Fasola, un haut fonctionnaire de la surintendance, a raconté les doutes, les perplexités, les désastres de ces temps difficiles : le dépôt de la villa Bossi-Pucci fut presque complètement vidé par les Allemands, et celui du château de Poppiano à Montespertoli et les œuvres d'art qu'il contenait furent transférés au nord, en Haut-Adige, dans deux localités de la province de Bolzano : à San Leonardo in Passiria et à Campo Tures dans le château de Neumelans.
conservées à la Villa Bossi-Pucci à Montagnana furent retirées des Allemands pour les transférer en Allemagne. Parmi eux, le Bacchus du Caravaggio et Pallas et le Centaure de Botticelli. À la fin du mois d'août, la villa médicéenne de Poggio a Caiano a été pillée et les sculptures enlevées, y compris la Vénus des Médicis des Offices et des sculptures de la Renaissance italienne du Bargello, comme le Saint Georges et le Dragon de Donatello et le Bacchus de Michel-Ange..
Des notices sur ces déménagements et sur le stockage d'œuvres d'art dans les refuges ont également été rapportées par l'ingénieur Andrea Pestelli, qui était un neveu de Guido Masti, le gardien de la villa de Montegufoni. Entre le et le - raconte Andrea Pestelli - des militaires allemands évacuent des sculptures des Offices, du musée de l'Opéra de Santa Maria del Fiore et d'autres musées florentins, pour les emmener au Tyrol du Sud, au château de Campo Tures..
Il s'est produit un épisode curieux, mais qui pouvait se révéler dramatique : un détachement de parachutistes allemands s'installa dans le château de Montefugoni. Ils voulaient brûler les peintures, pour avoir plus d'espace. Ils prirent le Tondo Tornabuoni - Adoration des Mages de Domenico Ghrirlandaio - et l'utilisèrent comme table à manger. Le tableau subit des graves dommages, mais il fut ensuite patiemment restauré. Le gardien Guido Masti, grâce à des « fiaschi » de vin et à des bouteilles de Cherry Brandy, a fait enivrer ces parachutistes..
Le service d'information, organisé par Rodolfo Siviero, suivait aussi les déplacements des chefs-d'œuvre de Florence.. À travers des informations provenant du Vatican, l'archevêque de Florence Elia Dalla Costa collabora à la recherche des œuvres d'art florentines disparues. En , les premières informations sur la présence dans le Tyrol du Sud de dépôts secrets et en , on a identifié les deux refuges, où les nazis avaient caché des œuvres d'art florentines. Les chefs-d’œuvre florentins avaient été déposés par les Allemands au château de Giovo a San Leonardo, en Val Passiria et au château de Neumelans à Campo Tures, en Val Pusteria : ces ouvrages étaient destinés à passer la frontière avec l'Autriche.
Images (la guerre)
César Fasola était un professeur de lettres, détaché auprès de la surintendance de la Toscane en qualité de directeur de la bibliothèque des Offices : il était alors également membre du CLN de Fiesole. Il écrivit un journal, sous la forme de lettres à sa femme et y raconta, entre autres, qu'un coup de canon des Alliés endommagea la Déposition du Pontormo qui se trouvait dans la Villa Medicea di Artimino, à Carmignano.
César Fasola a également raconté : ()..
César Fasola a rapporté encore que le château de Montefugoni a été libéré per les Néo-Zélandais le et que le général britannique Harold Alexander, commandant suprême des Forces alliées de la Méditerranée dans les années 1944-1945, arriva le à Montegufoni, à la tête d'une petite colonne formée de trois Jeeps, où avaient pris place son chef d'état-major le général John Harding, le commandant de la VIII Armée britannique le général Oliver Leese, le lieutenant (« Monuments, Fine Arts, and Archives program » (MFAA)Lors de la préparation de la prise de Florence les troupes alliées se fondèrent sur des photographies aériennes, fournies par les membres du MFAA, sur lesquelles étaient marqués les monuments d'importance culturelle, de manière que les pilotes puissent les éviter. et le correspondant de guerre de la BBC . Le général Alexander admira les chefs-d'œuvre conservés à Montegufoni où il remarqua en particulier Le Printemps de Botticelli.. Frederick (Fred) Hartt, un historien de l'art de , était si profondément ancré dans la culture de Florence que sauver l'art de la ville est devenue la mission de sa vie.
Le fonctionnaire et historien de l'art Giorgio Castrelfranco écrivit un premier rapport au Ministère, pour informer des dommages subis aux trésors d'art florentins. On y lit : ( ..
Images (Arno - 1)
L'Arno à Florence Le et le à Florence les nazis abandonnent la rive gauche de l'Arno, chargés de butin et après avoir fait sauter les ponts sur le fleuve, tandis que les Alliés et les Partisans arrivent sur la rive droite. Le Ponte Vecchio fut épargné, peut-être pour exaucer la volonté d'Hitler mais furent minés et détruits les palais qui se trouvaient dans les rues d'accès au pont (bien que la largeur du pont ne permît pas le passage des blindés alliés), de manière à rendre impossible sa traversée. L'explosion endommagea gravement le Corridor de Vasari, que les résistants utilisaient, lequel resta fermé pendant des années. Le les Alliés et les Partisans traversèrent l'Arno à Pontassieve.