vignette|alt=Un gros objet ovale gris occupe le centre de l'image, entouré de deux plus petits objets gris.|Vue d'artiste de Hauméa avec ses lunes Hiʻiaka et Namaka. La découverte de la planète naine Hauméa a lieu en et est annoncée en . Toutefois, sa paternité est sujette à controverses.
Une équipe du (Caltech) dirigée par Michael E. Brown est la première à remarquer l'objet grâce à des observations de l'observatoire Palomar dans le cadre de la recherche d'objets transneptuniens du Système solaire puis conserve l'information secrète afin de réaliser plus d'observations, mais une équipe espagnole dirigée par José Luis Ortiz Moreno est la première à l'annoncer au Centre des planètes mineures six mois plus tard et donc à recevoir le crédit pour la découverte. Cependant, Mike Brown accuse ensuite l'équipe espagnole de fraude scientifique car elle aurait utilisé les observations du Caltech sans crédit pour faire leur découverte, tandis que l'équipe de José Luis Ortiz accuse l'équipe américaine d'ingérence politique dans l'Union astronomique internationale (UAI) et critique son habitude de cacher l'existence de certains objets célestes.
À cause de ce débat sur l'attribution du crédit de sa découverte, la désignation de Hauméa comme planète naine par l'Union astronomique internationale est retardée de plusieurs années. En , l'UAI reconnaît officiellement le nom proposé par l'équipe californienne, Hauméa, d'après une déesse hawaïenne, plutôt que le nom proposé par l'équipe espagnole, Ataegina, d'après une divinité ibère. Cependant, le lieu de découverte officiellement reconnu est l' de l'équipe espagnole et le nom du découvreur est laissé vide, l'affaire se concluant donc sur un compromis de facto.
Découverte et annonce
Découverte par l'équipe de Michael E. Brown vignette|alt=Image d'une grande coupole blanche derrière des arbres.|Observatoire Palomar du Caltech, situé à San Diego aux États-Unis.|gauche
La découverte de Hauméa s'inscrit dans le contexte de la recherche d'une dixième planète du Système solaire () après Pluton, alors encore considérée comme une planète. Elle est relancée à la suite de la découverte de en par Michael E. Brown, Chadwick Trujillo et David L. Rabinowitz du (Caltech). Celle-ci ayant été observée alors qu'elle était à la limite de détection de leur logiciel (mouvement de par heure) destinée à limiter les faux positifs, les astronomes américains décident d'abaisser ce seuil car ils postulent qu'il existe de nombreux autres grands corps après l'orbite de Pluton. À partir de , les équipes de Caltech traitent leurs anciennes images avec un nouvel algorithme qui parvient à détecter Hauméa sur une image prise le avec l'outil QUEST du télescope de Schmidt Samuel-Oschin à l'observatoire Palomar, en Californie.
La découverte est constatée le par Mike Brown et son équipe : Hauméa est quinze fois plus lumineuse que Sedna et située dans la constellation de la Chevelure de Bérénice, au sud de celle de la Vierge. L'équipe de Caltech lui donne le surnom de « Père Noël » (), car cette découverte se déroule juste après Noël.. Cette découverte par QUEST sera ensuite suivie par celle de en (alors surnommée « Xena ») puis par celle de (136472) Makémaké en (alors surnommée « »).
Cependant, l'objet est clairement trop petit pour être une planète, faisant notamment un tiers de la taille de Pluton, et Mike Brown décide de ne pas annoncer publiquement la découverte. Au lieu de cela, il garde l'information de l'existence de Hauméa ainsi que de plusieurs autres grands objets transneptuniens secrète en attendant des observations supplémentaires pour mieux déterminer leur nature... Lorsque son équipe découvre les satellites naturels de Hauméa (surnommés « Rudolf » et « Blitzen », noms de deux des rennes du père Noël), ils réalisent que Hauméa possède une composition plus proche des planètes telluriques que les autres objets transneptuniens et que ses lunes sont principalement composées de glaces. Ils observent ensuite une petite famille d'objets transneptuniens à proximité, nommée ultérieurement famille de Hauméa, et concluent qu'il s'agit d'une famille collisionnelle formée des restes du manteau glacé de Hauméa qui avait été détruit par une collision..
droite|alt=Photographie d'un homme souriant en chemise et avec des lunettes.|vignette|Michael E. Brown. Le , alors qu'il termine l'article décrivant la découverte, la fille de Mike Brown, Lilah, naît, ce qui retarde davantage l'annonce. Cependant, Govert Schilling avance que Mike Brown et son équipe souhaitaient révéler ces découvertes en septembre et en de toute manière. Le , l'équipe de Caltech publie un résumé en ligne d'un rapport destiné à présenter leur présentation qui aura lieu lors de la conférence (DPS) en septembre. Dans ce résumé, Hauméa porte le nom de code K40506A que l'équipe lui avait donné (car il s'agit du premier objet de la ceinture de Kuiper découvert par QUEST le ) et il est précisé que l'objet pourrait être plus grand et plus brillant que tout objet précédemment connu dans la ceinture de Kuiper.. Sa distance au Soleil, sa forme et la présence d'une lune sont également indiquées, mais pas sa position exacte afin de conserver l'information confidentielle.
Découverte par l'équipe de José Luis Ortiz Moreno gauche|alt=Photo d'une grande antenne au sommet d'une montagne enneigée, à côté de remontées mécaniques.|vignette|Observatoire de Sierra Nevada de l' en province de Grenade, Espagne. Le , Pablo Santos Sanz, un élève à l', affirme avoir découvert Hauméa sur d'anciennes images. Celles-ci, prises les 7, 9 et à l'observatoire de Sierra Nevada dans le sud de l'Espagne par un petit télescope de , proviennent d'une recherche d'objets transneptuniens engagée par son superviseur José Luis Ortiz Moreno. Ces analyses auraient été reportées par des problèmes techniques et Pablo Santos Sanz aidait à rattraper le retard. Hauméa étant très brillante et située à moins de de km, il est alors convaincu qu'il s'agit du plus grand objet de la ceinture de Kuiper jamais découvert et prévient José Luis Ortiz. L'objet reçoit le nom temporaire OSNT11 (pour observatoire de Sierra Nevata et T pour transneptunien).
Voulant établir la priorité, ils envoient au MPC (Minor Planet Center ) leur découverte dans la nuit du dans un message intitulé .. N'ayant fourni que trois images au MPC, ils demandent le à l'astronome amateur Reiner M. Stoss de l'observatoire de Starkenburg des observations complémentaires. Ce dernier identifie l'objet sur des images prises par le Near Earth Asteroid Tracking, recalcule sa trajectoire, et parvient même à trouver une pré-découverte de l'objet dans des diapositives numérisées de l'observatoire Palomar datant de 1955. Il identifie lui-même Hauméa en dirigeant à distance un télescope de de l'observatoire astronomique de Majorque et transmet une trentaine de nouvelles images à José Luis Ortiz. Avant minuit, ce dernier soumet un deuxième rapport au MPC qui comprend ces nouvelles données.
Si le premier rapport n'avait pas attiré l'attention de Brian G. Marsden, directeur du MPC, en raison de l'âge des précédentes données et de la faible expérience de l'équipe espagnole, lui et Gareth V. Williams vérifient sérieusement leurs calculs à la suite de ce second message puis le MPC publie une circulaire annonçant la découverte tôt le avec sa position.. Hauméa reçoit dans le même temps une désignation provisoire : , le « 2003 » reposant sur la date de l'image de la première découverte avancée par l'équipe espagnole.. Dans un communiqué de presse publié le jour même, l'équipe de José Luis Ortiz qualifie Hauméa de ., choix que Mike Brown critique a posteriori car l'équipe espagnole n'avait pas assez d'informations pour l'affirmer, notamment sur sa masse.
Réactions à l'annonce
Annonces simultanées des découvertes d'Éris et de Makémaké
La nouvelle est acclamée par les astronomes, mais Mike Brown comprend directement que l'objet découvert n'est autre que , qu'il connaissait depuis des mois. Déçu d'avoir perdu son exclusivité auprès d'astronomes qu'il ne connaissait pas auparavant, il envoie tout de même un mail de félicitations à José Luis Ortiz le jour de l'annonce. Cependant, Mike Brown reçoit rapidement un mail de la part de Brian Marsden du MPC qui, après avoir discuté avec d'autres astronomes ayant fait le rapprochement avec K40506A, lui fait part de son inquiétude que la position de l'objet ait pu fuiter. Il ne pense tout d'abord pas que l'équipe de José Luis Ortiz ait pu utiliser son résumé car il n'y faisait aucune mention de la position, mais trouve en effet étonnante la coïncidence qu'ils aient trouvé l'objet sur des images vieilles de deux ans quelques jours après sa publication. Il se rend ensuite compte qu'en cherchant code public 'K40506A' sur Google, il est possible d'accéder directement aux rapports de l'observatoire de Kitt Peak, qui avait été utilisé pour des vérifications sur l'orbite de . Il suspecte alors l'équipe espagnole d'avoir utilisé ces informations pour calculer leur propre prédécouverte sur d'anciennes images de leurs archives afin de s'approprier la découverte.
En regardant à nouveau les rapports, Mike Brown constate que les positions de Xena (Éris) et d' (Makémaké) sont accessibles.. Craignant de se faire également doubler pour celles-ci, il décide de ne pas attendre octobre pour les révéler et envoie le jour même au MPC les informations permettant d'officialiser leur découverte, qui sont donc aussi publiées le ... Le soir, le bureau central des télégrammes astronomiques (CBAT) publie une circulaire annonçant l'annonce de la découverte presque simultanée des trois grands objets. Mike Brown fait en parallèle une conférence de presse sur le sujet de la découverte d'Éris la présentant, elle, comme la dixième planète plutôt que Hauméa. Il soumet également à son propre brouillon avec les données sur la première de ses lunes qu'il avait découverte le ..
Après ces événements, pendant un temps, il ne pense plus que l'équipe espagnole ait commis une fraude, car ils auraient eu plus d'intérêt à Éris, l'objet le plus intéressant, et renvoie un message à Ortiz pour s'excuser d'avoir éclipsé sa découverte. Cependant, l'empressement médiatique sur ces trois nouveaux objets poussé par un potentiel vol d'informations fait monter des accusations de fraude scientifique envers l'équipe espagnole.
Accusations de fraude scientifique gauche|vignette|alt=Vue en contre-plongée d'un bâtiment avec une coupole devant un ciel avec des milliers d'étoiles.|Observatoire interaméricain du Cerro Tololo, au Chili. Les jours qui suivent, José Luis Ortiz et Pablo Santos Sanz reçoivent de nombreuses questions afin de déterminer s'ils ont consulté ou non ces rapports, sans qu'aucun des deux n'y réponde. Reiner Stoss est aussi suspecté car il les a aidés à calculer l'orbite et avait déjà eu des interactions houleuses avec Mike Brown lors d'une controverse liée à l'attribution du nom de Sedna., mais se défend lui et ses collègues. Reiner Stoss accuse même en retour Brian Marsden d'avoir su depuis longtemps pour l'existence des trois objets et d'avoir retenu l'information de façon contraire à la mission du MPC. La vérité éclate début août, lorsque Richard Pogge, administrateur du système SMARTS de l'observatoire interaméricain du Cerro Tololo où d'autres observations de vérification avaient été réalisées, parvient à retracer les connexions qui ont été faites aux rapports. Il conclut que la page de K40506A a été consultée trois fois le matin du depuis un ordinateur de l', plus précisément le même qui a été utilisé le soir même pour envoyer le rapport au MPC, et de nouveau le . Ainsi, il apparaît sans le moindre doute que l'équipe espagnole a consulté les positions notées par Caltech avant leur annonce. Si le plagiat n'est pas avéré, Mike Brown commence lui-aussi à douter après avoir appris la nouvelle de Richard Pogge le et envoie un courriel à José Luis Ortiz le en lui demandant une explication.