Le lieu du sabbat est l'endroit où se réunissent les sorciers lors des cérémonies du sabbat. Le lieu n'est pas toujours le même mais correspond à des critères récurrents : les sorciers et sorcières se réunissent le plus souvent à l'extérieur, dans des lieux presque toujours isolés et loin des habitations. Cela peut-être une haute montagne ou une lande déserte, d'autant qu'ils peuvent s'y rendre par des moyens magiques. Mais aussi des lieux plus accessibles : forêts, vallons, marécages, ou encore des carrefours voués depuis toujours aux influences occultes. Des endroits remarquables par leur ambiance mystérieuse peuvent aussi être choisis : mégalithe, ruines, site rocheux, grand arbre... Cérémonies réelles ou fantasmées, la mémoire de ces lieux est conservée dans les actes des procès en sorcellerie et dans les recueils des folkloristes.
Typologie des lieux du sabbat
Dans son Dictionnaire infernal, Jacques Collin de Plancy nous explique que
Maurice Crampon donne plus de détails et présente l'essentiel des lieux habituels : .
Les lieux inhospitaliers, montagnes ou landes désertiques, sont souvent cités dans les légendesSébillot 2002, , moins lors des procès. Si leur accès semble poser un problème, il faut se souvenir que les participants du sabbat s'y rendent souvent par des moyens magiques : onguents, balai et même parfois seulement en rêve.
L'isolement est le caractère qui revient quasi-systématiquement. La cérémonie pouvant regrouper un grand nombre de participants, tout doit se faire loin des regards profanes. Le lieu choisi est souvent un lieu naturel, parfois un château en ruine, le plus souvent à l'écart des habitations. Il peut aussi s'agir plus rarement d'une cérémonie dans une habitation citadineCrampon 1936, , voire exceptionnellement religieuse (cour du prieuré de la Mouille par exempleThuriet 1892, ).
La forêt est un lieu particulièrement accueillant pour les sorciers ; aux antiques craintes d'un lieu sombre, s'ajoute indéniablement l'aspect pratique d'un endroit très isolé des regards et des oreilles indiscrètes. C'est le type de lieu le plus souvent rencontré dans la liste ci-dessous des sabbats en France.
Un autre élément récurrent est la proximité d'un arbre remarquable, dont certaines espèces sont particulièrement liées aux pratiques magiques, l'orme ou le noyer en particulier.
Si un grand arbre constitue un point de ralliement bien visible, c'est aussi le cas de certaines croix, dont la symbolique chrétienne ne semble pas faire peur aux adeptes.
Le carrefour est un autre lieu important des pratiques magiques et surnaturelles, au moins depuis l'Antiquité où Hécate, la déesse des carrefours, est aussi celle des pratiques magiques. Au tournant des et , deux procès en sorcellerie dans le Berry, terre de sorciers, vont rester parmi les plus fameux du genre en France et rappellent tous les deux le lien entre carrefour (carroi en langue berrichonne) et sorcellerie : les affaires du carroi Billeron et du carroi Marlou.
La mystérieuse présence des mégalithes a créé de nombreuses légendes et, s'il faut en croire les traditions, attiré autour d'eux les sorciers et leurs adeptesSébillot 2002, .
Il faut aussi ajouter la proximité de l'eau, surtout stagnante, qui permet d'avoir à disposition la présence précieuse des crapauds. L'eau était également nécessaire pour « battre l'eau » afin d'obtenir de la grêle.
Dans certaines régions, les endroits où se rassemblaient les sorciers étaient très nombreux, presque dans chaque paroisse (Crampon 1936, )
Nature des lieux du sabbat En dehors de son aspect géographique, le lieu du sabbat peut regrouper différents concepts, souvent confondus dans la pensée de l'époque, mais qui correspondent aux diverses théories des chercheurs modernes sur la sorcellerie :
Ce peuvent être des lieux légendaires, remplis de la présence de créatures surnaturelles, censées s'y retrouver en grand nombre pour danser et se divertir. Les réunions de fées (anciennes nymphes celtes ou romaines ?) sont parfois appelées péjorativement sabbat. Dans plusieurs récits, à l'occasion d'une balade nocturne, des humains sont parfois des invités inattendus, parfois bienvenus, parfois non, de ces créatures. Méchantes fées et sorcières sont parfois confondues (Crampon 1936, ) Des lieux où des signes évoquent a posteriori aux habitants locaux qu'un sabbat a pu s'y tenir. C'est par exemple des zones où l'herbe ne pousse pas aussi bien qu'ailleurs. Une ronde de sorciers pouvant expliquant l’inexplicable () Des lieux inaccessibles (hautes montagnes par exemple), où les sorciers (surnaturels ou humains) se rendent par des moyens magiques, à cheval sur leur balais, ou même en rêve, sans transport de leur corps physique. Des lieux où une nature étrange (chaos de roches, atmosphère inquiétante) ou encore un mégalithe, ou une tradition oubliée ont pu enflammer l'imaginaire locale. Ces lieux peuvent être cités lors d'un témoignage judiciaire, extirpé par la brutalité des tortures lors des enquêtes en sorcellerie ou par la malveillance de certains témoins. Les sabbats n'auraient pas de réalité et n'existeraient que dans l'imagination populaire et les fantasmes des juges. Des lieux réels, isolés, où d'authentiques rassemblements humains avaient lieu, autour de cérémonies dont la nature reste hypothétique et peut-être multiple : survivances d'anciennes cérémonies païennes, ., orgies sexuelles, rites satanistes réels, espaces de liberté, etc.
Il est souvent impossible de déterminer à quel type les lieux relevés ici correspondent. Ils sont parfois connus par les actes des procès en sorcellerie, mais plus souvent par les traditions populaires, patiemment recueillies par les chercheurs en folklore de la deuxième moitié du , époque où les vieilles traditions sont déjà en perte de vitesse face à la modernité envahissante. Les témoignages en sont d'autant plus incertains.
Liste de lieux du sabbat en France