Candaule, roi de Lydie, montre sa femme furtivement à Gyges, l'un de ses ministres, alors qu'elle se couche, parfois connue sous le nom de L'Imprudence de Candaule, est une peinture à l'huile sur toile de l'artiste anglais William Etty. Elle fut exposée pour la première fois à la Royal Academy en 1830.

Biographie de l'auteur alt=Boatload of naked women|droite|vignette| L'arrivée de Cléopâtre en Cilicie a fait la réputation d'Etty en tant qu'artiste, et son succès l'a incité à peindre d'autres figures nues dans des scènes historiques. William Etty (1787–1849), est le septième fils d'un boulanger et meunier de ⁣⁣York⁣⁣. Il est un apprenti imprimeur à Hull. À 18 ans, après sept ans d'apprentissage, il déménage à Londres pour devenir artiste. Influencé par le Titien et Rubens, il soumet un certain nombre de peintures à l'Académie royale des Arts (Royal Academy of Arts) et à la British Institution. Elles sont rejetées ou ignorées. En 1821, il obtient d'être exposé par l'Académie royale : L'Arrivée de Cléopâtre en Cilicie (également connue sous le nom de Triomphe de Cléopâtre) est favorablement accueillie par le public et par les artistes. Il est élu académicien royal à part entière, en 1828, devant John Constable.

Au cours de la décennie suivante, Etty peint des figures nues dans des contextes bibliques, littéraires et mythologiques. Entre 1820 et 1829, il expose quinze peintures, dont 14 avec des figures nues. L'Angleterre n'avait aucune tradition de peinture nue ; l'affichage et la distribution de nu au public étaient supprimés depuis la proclamation de 1787 pour le découragement du vice. Etty est le premier artiste britannique à se spécialiser dans le nu ; ses portraits de nus masculins sont bien reçus, ses nudités féminines sont jugées indécentes.

Analyse du tableau

Description Ses dimensions sont de . Le tableau représente une scène des Histoires d'Hérodote : Candaule, roi de Lydie, invite son garde du corps, Gygès, à se cacher dans la chambre du couple et à regarder sa femme, Nyssia, se déshabiller. Le tableau montre Nyssia retirant son dernier vêtement, ignorant qu'elle est vue par un autre que son mari.

L'objectif de son auteur Etty espérait que son public tirerait de cette peinture une morale : les femmes ne sont pas des biens meubles, les hommes qui violent leurs droits - même leurs maris - devraient être punis, une femme avait le droit de se venger. Il l'explique peu au public. La peinture suscite immédiatement la controverse. Perçue comme combinant une image pornographique et un récit déplaisant, elle est jugée immorale, bien digne d'un artiste étranger et non britannique.

Sujet alt=Woman undresses while two men watch|droite|vignette|Candaule montrant sa femme à Gygès par Jacob Jordaens, v. 1646. Le thème de Candaule, Nyssia et Gygès avait déjà été peint par Jacob Jordaens en 1646. Jordaens et Etty contrastaient tous deux la chair pâle de Nyssia contre des draperies rouge foncé et la montraient dans une pose similaire. La peinture de Jordaens est accrochée en Suède depuis le , et il est peu probable qu'Etty en ait eu connaissance. Candaule illustre une scène du premier livre des Histoires d'Hérodote. Candaule, dirigeant de l'ancien royaume de Lydie, pensait que sa femme, Nyssia, était la plus belle du monde. Il en discute avec son garde du corps préféré, Gygès. Il sent que Gygès ne le croit pas. Il s'arrange alors, malgré les protestations de Gygès, pour que Gygès se cache derrière la porte de sa chambre et puisse voir Nyssia se déshabiller. Gygès, mécontent d'être forcé à participer, se cache derrière la porte. Nyssia remarquera Gygès au moment où il sort de la pièce, mais n'en dit rien.

Le lendemain, elle convoque Gygès et l'accuse d'avoir violé la coutume en l'espionnant nue. Elle lui donne le choix : tuer Candaule comme instigateur du complot, ou accepter volontairement sa propre exécution ; Gygès choisit d'assassiner son maître. La nuit suivante, Gygès poignarde Candaule dans son sommeil. Il épouse Nyssia et se déclare roi de Lydie. L'oracle de Delphes le confirme comme roi, premier de la dynastie Mermnad. Il va régner 38 ans.

Composition Le Candaule de Etty montre le moment où Gygès, derrière la porte, aperçoit le corps nu de Nyssia. Candaule est allongé nu dans son lit. Nyssia se déshabille, Gygès arrive pour l'apercevoir. Nyssia tient un morceau de tissu, qui forme une ligne verticale et coupe le corps de Candaule au-dessus de ses jambes : il peut être interprété comme un thème d'émasculation aux mains d'une femme puissante. Etty positionne les personnages de telle manière qu'aucun ne regarde ne sorte de l'image et que le spectateur soit directement derrière Nyssia : il veut que le spectateur ressente le même sentiment de voyeurisme et d'intrusion que Gygès. L'arrangement des draperies et des caractéristiques architecturales augmente la nature claustrophobe et implicitement violente de la scène. Candaule apparaît moralement très ambigu, invitant le spectateur à sympathiser soit avec Candaule, soit avec Nyssia, soit avec Gygès.

Etty est resté un participant régulier à la classe de vie de la Royal Academy tout au long de sa carrière. Nyssia se tient dans une pose qu'Etty avait esquissée plusieurs fois : une femme avec un genou sur un socle surélevé et un bras levé tenant une corde suspendue. Etty a toujours eu des difficultés à peindre les bras ; il a préféré montrer des sujets tenant leurs bras loin du corps, et exposer leur torse autant que possible. Etty a sans doute choisi ce sujet pour peindre une femme dans cette pose. L'image met l'accent sur la couleur et la texture ; comme dans beaucoup d'œuvres d'Etty, la figure féminine est peinte avec plus de détails que le reste de la toile. Etty a esquissé Nyssia à partir d'un modèle de vie, et achevé la composition, plus tard, dans un studio.

Candaule est achevé et exposé à la Royal Academy en 1830.

Accueil alt=Man holding paintbrush|droite|vignette|280x280px| William Etty, 1844 Dès son dévoilement, Candaule est condamné par la presse et fait consensus : l'image est inappropriée pour une exposition publique. The Literary Gazette condamne le tableau comme oeuvrant , Etty comme tendant vers un type de « sensualité avilissante » qu'on attendrait d'un étranger, pas de l'école de peinture britannique, « plus pure ». Elle critique le sujet de la peinture : . La Belle Assemblée, l'un des magazines féminins les plus influents de Grande-Bretagne, fait l'éloge des autres expositions d'Etty à l'exposition d'été⁣⁣, mais refuse de détailler Candaule, en disant : . Dans sa biographie de 1855,, Alexander Gilchrist, l'un des partisans d'Etty, décrit Candaule comme . Sarah Burnage, de l'Université de York, écrit, en 2011, qu'.

Héritage Robert Vernon, son acheteur, avait fait fortune en fournissant des chevaux aux militaires ; il utilisait les bénéfices pour amasser une importante collection d'art. Il a offert sa collection à la nation en 1847. Candaule, devenu propriété du gouvernement, fut cause d'embarras. En 1929, Candaule a été transféré à Tate Gallery, récemment agrandie, où il est encore aujourd'hui.

Lorsque Samuel Carter Hall choisit des œuvres pour illustrer son The Art Journal, il veut promouvoir des artistes britanniques. En 1849, Hall obtint les droits de reproduction des 157 peintures que Vernon avait données à la nation. Il refusa de distribuer des reproductions de Candaule, mais publia d'autres nus d'Etty, tels que les Baigneuses surprises par un cygne.

Peu de temps après Candaule, Etty décida de produire une pièce explicitement morale. Le résultat, achevé en 1832, a pour titre L'Ange destructeur et les démons du mal interrompant les Orgies des vicieux et des insatiables. Il a été reçu comme un renoncement à ses œuvres antérieures. Etty est resté un peintre éminent de nus. À partir de 1832, il a essayé consciemment d'illustrer des leçons morales. Mais il sera considéré comme un pornographe jusqu'à sa mort en 1849, et au-delà. En 1882, Vanity Fair commente : . alt=Dishevelled and distressed naked woman tied to a tree, being cut free by a man in armour |droite|vignette| Le chevalier errant de Millais est l'une des rares œuvres ultérieures influencées par Candaule. L'intérêt pour Etty a décliné après sa mort ; de nouveaux mouvements, en particulier les préraphaélites et l'esthétisme, ont enrichi la peinture en Grande-Bretagne. À la fin du , toutes ses peintures étaient vendues en dessous de leurs prix d'origine.

Peu d'artistes ont été influencés par Etty. L'un des rares est John Everett Millais en 1870. Son tableau, The Knight Errant, dépeint le sauvetage d'une femme désemparée, nue, attachée à un arbre. The Knight Errant était un retour au style d'Etty : forcer le spectateur à se sentir complice de la dégradation sexuelle d'une femme. Les premières versions, dans lesquelles le visage de la femme était visible, a suscité des critiques similaires.

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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