La Commune de Besançon est un projet révolutionnaire conçu et développé en 1871, visant à la proclamation d'un pouvoir autonome local notamment basé sur les modèles lyonnais et parisien. Il prend forme avec les bouleversements sociologiques qui métamorphosent la cité, et par l’émergence de syndicats dont une section de l'AIT proche des jurassiens. La guerre franco-allemande, la chute du Second Empire, et l'avènement de la Troisième République précipitent les événements. Alors que de nombreux notables témoignent d'un contexte insurrectionnel et que des soutiens armés venus de Suisse s'organisent, les correspondances laissées entre autres par James Guillaume et Mikhaïl Bakounine font état d'un déclenchement espéré entre fin mai et début . Cependant avec le début de la Semaine sanglante le et la poursuite d'une campagne intérieure jusqu'au , toute tentative comtoise se voit sérieusement compromise. Malgré l'espoir d'un sursaut les semaines et mois suivant l'idée d'une insurrection est définitivement abandonnée, confortée par l'extinction des groupes et activités a posteriori qualifiés d'anarchistes à partir de 1875.
Contexte et prémices Une transformation ouvrière
Au , Besançon est une terre ecclésiastique, militaire, et viticole, qui connaît de profondes mutations sociales et économiques. Depuis le Concile de Trente le siège métropolitain est considéré par l'Église comme un bastion du catholicisme et de l'ultramontanisme, s'ouvrant aux idées républicaines dans la conflictualité dès la fin de l'Ancien RégimeJoseph Pinard, La Chapelle-des-Buis, repaire de contre-révolutionnaires, journal BVV - Besançon Votre Ville, juin 2010, p. 42-43 (lire en ligne).. La foi, les traditions, et l’exercice du culte, y sont alors analysés comme très prégnants par mis les habitants et dans le déroulement leur vie quotidiennePierre Chauve (coordination), Jean-Michel Blanchot, Nicole Brocard, Pascal Brunet, Yves Calais, Jean-Marc Debard, Laurence Delobette, Paul Delsalle, Bernage de Vregille, Boris Gauzente, Laurent Lecomte, Corinne Marchel, Danièle Pingué, Philippe Plagnieux, Francis Weill, La vie religieuse à Besançon, du IIe siècle à 2010, Éditions Cêtre, 2011, 82 p., malgré une progression de l'anticléricalisme. Importante ville de garnison depuis le Traité de NimègueVille de Besançon et Direction de l’Action Culturelle et du Patrimoine, « Besançon Ville d’art et d’histoire », , sur le site de Grand Besançon Métropole (consulté le )., la place fortifiée compte également plus de soldats permanents à la veille de la Campagne de France. Les hostilités et affrontements avec la Prusse renforcent sa position stratégique, celle-ci voyant la formation d'un total de dix unités intramuros. Secteur prépondérant de l'activité civile, le vignoble local connaît enfin son essor à partir du en représentant jusqu'à de plantations au Premier EmpireRobert Chapuis et Patrick Mille, Besançon, un vignoble millénaire, Paris, Éditions L'Harmattan, 2019, 194 p. .. Mais ravagé par le mildiou et le phylloxéra à partir des années 1820, il décline et s’effondre en quelques décenniesM. Daclin, La crise des années 30 à Besançon, Paris, Éditions Les Belles Lettres, , 136 p., p. 13.Hector Tonon, Jean-François Culot, Marie-Édith Henckel, Annie Mathieu, Jacques Mathieu, Georges Bidalot, Jacqueline Bévalot, Paul Broquet, Jean-Claude Monti, Anne Porro, Jacques Breton, Jean-Claude Grappin, Pierre-Louis Bréchat, Yves Mercier et Pierre Riobé, Mémoires de Bregille ( édition), Besançon, Éditions Cêtre, décembre 2009, 312 p., p. 232 .Robert Chapuis, Besançon, un vignoble millénaire, Éditions L'Harmattan, , 194 p. .. La capitale comtoise fait dès lors face à un ralentissement de sa croissance économique, suivie d'une période de stagnation.
thumb|left|Le quartier de Bregille, dernier secteur intra-muros à activité viticole — années 1870.
Mais la Révolution industrielle et le développement du chemin de fer bouleversent la sociologie de la cité. Le pôle manufacturier horloger fondé à la fin du fait ainsi rapidement émerger une nouvelle classe de travailleurs. Besançon compte pour 90 % de la production horlogère française en 1880, avec environ spécialisés dans ce secteur et pas moins de y travaillant Claude Fohlen, Histoire de Besançon, tome 2, Besançon, Éditions Cêtre, 1994, 824 p., p. 378 .Le Courrier franc-comtois, édition du .. Avec les autres fabriques et métiers, la population ouvrière stricto-sensu est estimée à près de la moitié des bisontins. Entre la fin des années 1840 et le début des années 1890, une crise oppose l'avancée d'une mécanisation et ces gens de métier constituant . La cité double sa population entre 1793 et 1872 passant de à , alors que l'urbanisme est également reconsidéré en fonction de ces nouvelles spécificitésBernard H. Moss, Aux origines du mouvement ouvrier français : le socialisme des ouvriers de métier, 1830-1914, Éditions Presses universitaires de Franche-Comté, 1985, 236 p. .. Politiquement lors du Second Empire, les représentants officiels du Gouvernement Charles de MontalembertBiographie de Charles de Montalembert sur le site de l'Assemblée Nationale (consulté le ). et Pierre-Célestin Latour-DumoulinBiographie de Pierre-Célestin Latour-Dumoulin sur le site de l'Assemblée Nationale (consulté le ). sont élus parlementaires avec succès ; de 1816 à 1870, les sept maires sont successivement légitimistes, orléanistes, et bonapartistesListe complète : - Charles-Suzanne Terrier de Santans (1816-1830, légitimiste) ; - Flavien de Magnoncour (1830-1832, orléaniste) ; - Jean-Agathe Micaud (1835-1843, orléaniste) ; - Léon Bretillot (1843-1848, orléaniste) ; - César Convers (1848-1860, bonapartiste) ; - Charles-César Clerc de Landresse (1860-1867, bonapartiste) ; - Léon Proudhon (1867-1870, bonapartiste)..
L'esquisse de syndicats
Les premiers regroupements de travailleurs se forment avec l'avènement de la Deuxième République, mais sont considérablement freinés par le coup d'État du 2 décembre 1851 et ses suites. Le procureur général de Besançon souligne toutefois dès 1852 que les ouvriers-horlogers rappelant leur inconduite lors du passage de Napoléon III en 1850 et les relations avec leurs homologues du Locle et de La Chaux-de-Fonds qui étaient Georges Duveau, La vie ouvrière en France sous le Second Empire, Éditions Gallimard, 1971, 607 p., p. 99-100.. Le genevois Laurent Mégevand (1754-1814) était d'ailleurs connu pour avoir quitté la Suisse à cause de ses activités politiques, mais impulsant ainsi en 1793 le tissu industriel horloger de BesançonClaude Fohlen, Histoire de Besançon, tome 2, Besançon, Éditions Cêtre, 1994, 824 p., p. 251-253 .Pays et gens de France : Bourgogne Franche-Comté, Éditions Larousse, 1985, p. 18 .. Une véritable organisation d'imprimeurs est entrevue en 1861Paul Chauvet, Les ouvriers du livre en France : de 1789 à la constitution de la Fédération de livre, Librairie Marcel Riviére, 1964, 717 p., p. 260. et enfin fondée le sous le nom de typographie bisontine, comptant en quelque 75 adhérents dont 17 membres honorairesLe Courrier franc-comtois, édition du ..
Une assemblée générale interprofessionnelle se tient en janvier ou , où on mentionne un total de plus de syndiqués dans la ville. Plusieurs autres sociétés de secours mutuels vont se constituer en 1869-1870 : les cordonniers (88 membres), les monteurs de boîtes d'horlogerie (340 membres), les tailleurs de pierre et maçons (59 membres), les graveurs et guillocheurs d'horlogerie (92 membres), ou encore les jardiniers. Les groupes et conflits se multiplient à l'image de la création d'une coopérative de tailleurs de pierre, commentée par le commissaire de police Tamaru dans un rapport détaillé qu'il lance le : ; ou d'une grève des typographes en Le Courrier franc-comtois, édition du . cassée par l'envoi de l'armée. En Suisse l'AIT note le : La Solidarité, édition du ..
Un environnement favorable L'AIT de Besançon en fer de lance
thumb|left|Ouvriers bisontins, posant les cadrans et aiguilles d'une montre — début du .
Fondée le , l'Association internationale des travailleurs suscite l’intérêt du prolétariat français mais se diffuse lentement dans le pays. Le procureur général de Besançon précise ainsi le : Mais le , le courrier franc-comtois diffuse un appel du parti socialiste afin de poser le débat sur la place publiqueLe Courrier franc-comtois, édition du .. Il fera rapidement volte-face en se montrant hostile à l'internationale, demandant des restrictions au droit de coalitionLe Courrier franc-comtois, édition du .Le Courrier franc-comtois, édition du . et écrivant par exemple sur la fusillade d'Aubin : . Mais avec le journal républicain le Doubs à partir du , une opposition à l'Empire prend forme. Le succès est immédiat chez les horlogers, avec une place importante aux informations de l'AIT. Le graveur Séverin Robert prend contact avec des horlogers suisses dès 1867Jean Defrasne, Histoire d'une ville, Besançon : le temps retrouvé, Éditions Cêtre, 1990, 187 p., p. 90-91 .Cahiers d'histoire de l'Institut de recherches marxistes - numéros 28-31 ., dont Fritz Heng à La Chaux-de-Fonds en Biographie de Séverin Robert sur le site du Maitron (consulté le ).Comte Napoléon Daru, Commission d'enquête sur l'insurrection du 18 mars, 1872, 590 p., p. 102-104 (lire en ligne)., et par la suite Émile Aubry à RouenOscar Testut, L'Internationale et le jacobinisme au ban de l'Europe, 1872, Lachaud, 447 p., p. 358 à 36. ou encore Eugène Dupont à Londres, afin de créer l'Association ouvrière des graveurs et guillocheurs de BesançonClaude Cuenot, Ouvriers et mouvement ouvrier dans le Doubs de la Première Guerre mondiale au début des années 1950, Presses universitaires de Franche-Comté, 2000, 1644 p., p. 227-255 .. Une réunion publique sur l'AIT est organisée le , et après plusieurs réponses de ses camarades Robert entreprend de donner un aspect légal en soumettant les statuts d'une société de prévoyance au Préfet Louis Véron de Farincourt.