vignette|Tombeau de Katarina Vilioni, membre d'une famille de commerçants italiens, Yangzhou (1342).
L'étude des sources textuelles et archéologiques laisse supposer que des milliers d'Européens ont vécu dans la Chine impériale pendant la période de domination mongoleRoux (1993), . Il s'agit de personnes originaires de l'Occident chrétien qui, pendant le Haut et le Bas Moyen Âge se sont rendues en Chine pour visiter le pays, y commercer, effectuer un travail de missionnaire chrétien ou y vivre. Cela se produit principalement au cours de la seconde moitié du et de la première moitié du , un laps de temps qui correspond au moment où l'Empire mongol règne sur une grande partie de l'Eurasie et relie l'Europe à la Chine de la dynastie Yuan (1271-1368Le terme « Chine médiévale » est principalement utilisé par les historiens de l'Histoire universelle. Dans ce cadre, les dates comprises entre 585 (Sui) et 1368 (Yuan) constituent la période médiévale de l'histoire chinoise. Les spécialistes de l'histoire chinoise appellent cette période « l'ère impériale chinoise », qui commence après l'unification des sept royaumes par la dynastie Qin (221-206 av. J.-C.). Avec la dynastie Ming, c'est l'Ère moderne qui commence.). Alors que l'Empire byzantin, centré sur la Grèce et l'Anatolie, entretient de rares correspondances avec les dynasties chinoises des Tang et des Song, la papauté romaine envoie plusieurs missionnaires et ambassades en Mongolie durant les premières années de l'Empire mongol, ainsi qu'à Khanbaliq (l'actuelle ville de Pékin), la capitale de la dynastie Yuan dirigée par les Mongols. Ces contacts avec l'Occident sont précédés de rares interactions entre les Chinois de la période Han d'une part, les Grecs hellénistiques et les Romains d'autre part.
Principalement installés dans des lieux tels que la capitale mongole de Karakorum, les missionnaires et les marchands européens voyagent dans les terres mongoles pendant une période que les historiens appellent la Pax Mongolica. La conséquence politique la plus importante de ce mouvement de populations et de l'intensification du commerce fut peut-être l'alliance franco-mongole, bien que cette dernière ne se soit jamais pleinement concrétisée, du moins pas de manière cohérenteAtwood, Christopher P. (2004), Encyclopedia of Mongolia and the Mongol Empire, New York: Facts on File, Inc., , .. La chute de la dynastie Yuan et la fondation de la dynastie Ming en 1368, qui marque le retour au pouvoir des Chinois Han et l'expulsion des Mongols, entraînent la fin de la présence de marchands européens et de missionnaires catholiques romains en Chine. Le contact direct entre Chinois et Européens n'est rétabli que lorsque des explorateurs portugais et des missionnaires jésuites arrivent sur les côtes méridionales de la Chine des Ming dans les années 1510, à l'époque des grandes découvertes.
Le marchand italien Marco Polo, après un premier voyage de son père Niccolò et de son oncle Matteo, se rend en Chine au début de la dynastie Yuan. Une fois revenu en Occident, Marco Polo écrit un célèbre récit de ses voyages, tout comme le frère franciscain Odoric de Pordenone et le marchand Francesco Balducci Pegolotti. L'écrivain John Mandeville écrit également un livre relatant ses voyages en Chine, mais il est possible qu'il ait basé ses écrits sur des récits préexistants. À Khanbaliq, un archevêché romain est établi par Jean de Montecorvino, auquel succède plus tard Jean de Marignol. D'autres Européens, comme André de Longjumeau, réussissent à atteindre les frontières orientales de la Chine lors de leurs voyages diplomatiques à la cour royale mongole, tandis que d'autres, comme Jean de Plan Carpin, Benoît de Pologne et Guillaume de Rubrouck, se sont plutôt rendus en Mongolie. À l'inverse, le ouïghour et chrétien nestorien Rabban Bar Sauma est le premier diplomate chinois à atteindre les cours royales d’Europe occidentale
Situation avant la période médiévale
vignette|300px|Bas-relief en pierre sculpté représentant le Roi Deva du Sud situé à l'intérieur de la Plate-forme Nuage du col de Juyongguan, construite entre 1342 et 1345 dans ce qui est alors la capitale de la dynastie mongole des Yuan, Khanbaliq (Pékin moderne). Les inscriptions gravées sur les murs intérieurs de la plateforme sont écrites en six types d'écritures différents, à savoir l'écriture ranjana, utilisée pour écrire le sanskrit, l'alphasyllabaire tibétain, utilisé pour écrire le tibétain, l'écriture phagpa, créée sur ordre de Kubilai Khan et utilisée pour écrire le chinois, le mongol et l'ouïghour, l'ancienne écriture ouïghoure, utilisée pour écrire le « vieil-ouïghour », les caractères chinois, utilisés pour écrire le chinois et l'écriture tangoute, utilisée pour écrire la langue tangouteLi, Song (2006), « From the Northern Song to the Qing », in Howard, Angela Falco (éd.), Chinese Sculpture, Yale University Press, , Murata, Jirō (村田治郎) (1957), Chü-Yung-Kuan: The Buddhist Arch of the Fourteenth Century A.D. at the Pass of the Great Wall Northwest of Peking, Kyoto University Faculty of Engineering, ..
Monde hellénistique
Avant le après J.-C., les exemples d'Européens se rendant en Chine ou de Chinois se rendant en Europe sont très rares. Euthydème Ier, le souverain hellénistique du royaume gréco-bactrien au , organise une expédition dans le bassin du Tarim, qui fait actuellement partie de la région autonome du Xinjiang, en Chine, à la recherche de métaux précieuxW.W. Tarn (1966), The Greeks in Bactria and India, ré-impression, London & New York: Cambridge University Press, .Pour la description de cet événement par Strabon, voir l'article en anglais de Christopoulos, Lucas (Août 2012), « Hellenes and Romans in Ancient China (240 BC – 1398 AD) », dans Victor H. Mair (ed), Sino-Platonic Papers, No. 230, Chinese Academy of Social Sciences, University of Pennsylvania Department of East Asian Languages and Civilizations, , ISSN 2157-9687.. La présence de l'influence grecque jusqu'à l'est du bassin du Tarim à cette époque semble également confirmée par la découverte de la tapisserie de Sampul, une tenture murale en laine représentant un soldat aux yeux bleus, probablement un Grec, et un centaure cabré, un motif courant dans l'art hellénistique et tiré de la mythologie grecqueChristopoulos, Lucas (August 2012), « Hellenes and Romans in Ancient China (240 BC – 1398 AD) », in Victor H. Mair (ed), Sino-Platonic Papers, No. 230, Chinese Academy of Social Sciences, University of Pennsylvania Department of East Asian Languages and Civilizations, , ISSN 2157-9687.Valerie Hansen (2012). The Silk Road: A New History. Oxford & New York: Oxford University Press, , pl. 13 text, .Zhao Feng (2004). « Wall hanging with centaur and warrior », in James C.Y. Watt, John P. O'Neill et. al. (eds) and trans. Ching-Jung Chen et. al., China: Dawn of a Golden Age, 200–750 A.D., New Haven & London: Yale University Press, Metropolitan Museum of Art, . .. Toutefois, on sait que d'autres peuples indo-européens, tels que les Yuezhi, les SakasYu Taishan (June 2010), « The Earliest Tocharians in China » in Victor H. Mair (ed), Sino-Platonic Papers, Chinese Academy of Social Sciences, University of Pennsylvania Department of East Asian Languages and Civilizations, , 21–22.Bailey, H.W. (1996) « Khotanese Saka Literature », in Ehsan Yarshater (ed), The Cambridge History of Iran, Vol III: The Seleucid, Parthian, and Sasanian Periods, Part 2 (reprint edition), Cambridge: Cambridge University Press, . et les TochariensXavier Tremblay (2007), « The Spread of Buddhism in Serindia: Buddhism Among Iranians, Tocharians and Turks before the 13th Century », in Ann Heirman and Stephan Peter Bumbacker (eds), The Spread of Buddhism, Leiden & Boston: Koninklijke Brill, , .Mallory, J.P.; Mair, Victor H. (2000), The Tarim Mummies: Ancient China and the Mystery of the Earliest Peoples from the West, London: Thames & Hudson, ., vivent dans le bassin du Tarim, ce avant et après qu'il a passé sous l'influence de la Chine des Han, pendant le règne de l'empereur Han Wudi (r. 141-87 av. J.-C.)Torday, Laszlo. (1997). Mounted Archers: The Beginnings of Central Asian History. Durham: The Durham Academic Press, , .Yü, Ying-shih. (1986). "Han Foreign Relations", in The Cambridge History of China: Volume I: the Ch'in and Han Empires, 221 B.C. – A.D. 220, 377–462. Edited by Denis Twitchett and Michael Loewe. Cambridge: Cambridge University Press, , 391, .Chang, Chun-shu. (2007). The Rise of the Chinese Empire: Volume II; Frontier, Immigration, & Empire in Han China, 130 B.C. – A.D. 157. Ann Arbor: University of Michigan Press, .Di Cosmo, Nicola. (2002). Ancient China and Its Enemies: The Rise of Nomadic Power in East Asian History. Cambridge: Cambridge University Press, , 196–198, 241–242 .. La Chine prend pied dans cette région à la suite du voyage de Zhang Qian (???- 113 av. J.-C.), un diplomate envoyé vers l'ouest par l'empereur Wudi afin de forger une alliance avec les Yuezhi contre les Xiongnu. Sa mission n’aboutit pas, mais Zhang rapporte des informations recueillies auprès de témoins oculaires sur les héritages de la civilisation grecque hellénistique lors de ses voyages à « Dayuan » dans la vallée de Ferghana, dont la capitale est Alexandrie Eschate, et à « Daxia », un royaume de Bactriane situé dans la région qui correspond actuellement à l'Afghanistan et au TadjikistanYang, Juping. « Hellenistic Information in China ». CHS Research Bulletin 2, no. 2 (2014). https://nrs.harvard.edu/urn-3:hlnc.essay:YangJ.Hellenistic_Information_in_China.2014. Quelques années plus tard, les Han vassalisent Dayuan après leur victoire lors de la Guerre des chevaux célestes. Certains archéologues, dont le docteur Xiuzhen, du Musée du Mausolée de Qin Shi Huang et le professeur Lukas Nickel de l'université de Vienne, ont également émis l’hypothèse que les soldats en terre cuite à taille réelle de l'Armée de terre cuite qui garde le tombeau de Qin Shi Huang, le premier empereur de Chine (vers 210 av J.C, Xi'an, Shaanxi), sont inspirés des sculptures hellénistiques, une hypothèse qui suscite une vive controverse.