Le gouvernement du Premier Empire bulgare était monarchique et héréditaire. Le monarque réunissait les fonctions de commandant-en-chef de l’armée, de juge et, pendant l’ère païenne, de grand-prêtre. Le souverain bulgare porta le titre de « khan » jusqu’en 864 et à partir de cette date celui de « knyaz » ou prince jusqu’en 913 alors que lui fut reconnu celui de « tsar » ou empereur. Son pouvoir n’était cependant pas absolu, limité par l’influence des familles nobles et par l’Assemblée du peuple. Il avait à son service un « khavan » ou premier ministre lequel, comme le « ichirgu-boila » sorte de ministre des Affaires étrangères, avait aussi un rôle militaire.

La société se composait de trois classes sociales : deux pour la noblesse et une pour le peuple. La noblesse comprenait ainsi les « boilas » parmi lesquels étaient choisis les titulaires des plus hautes fonctions de l’État, familles dont la lignée remontait aux temps où les Bulgares habitaient encore les steppes de l’Asie centrale, ainsi que les « bagans » qui avec les « tarkhans » formaient un autre groupe privilégié. Les paysans, pour la plupart libres, habitaient des « zadruga », communautés villageoises ayant une responsabilité collective ; à partir du , de plus en plus de paysans devinrent liés soit à des seigneurs terriens, soit au clergé dont ils cultivaient les terres.

Le khan Kroum fut le premier à donner au pays un code de lois écrit, applicable sur toute l’étendue du territoire. Pour sa rédaction, le khan avait sollicité l’opinion du pape sur certaines questions, mais l’ensemble du code s’appuyait sur le code de lois byzantines appelé "Écloge" et sur le "Nomocanon", code de lois ecclésiastiques, tous deux adaptés aux circonstances particulières de l’État bulgare.

Entouré d’ennemis dont le moindre n’était pas l’Empire byzantin, l’Empire devait accorder une grande importance à son armée dont la composante la plus importante était la cavalerie lourde dotée au début du de quelque 30 000 hommes.

Son économie reposait essentiellement sur l’agriculture, mais l’élevage, la production minière et l’artisanat permettaient un commerce international florissant qui fut à maintes reprises l’occasion de négociations avec l’Empire byzantin. Outre ses deux capitales, Pliska et Preslav, la Bulgarie comptait de nombreuses localités qui en faisaient l’une des régions les plus urbanisées de la chrétienté européenne en dehors de l’Italie.

Gouvernement

thumb|left|Le khan Omourtag fut le premier souverain bulgare à proclamer que son autorité venait de Dieu. (Madrid Skylitzès)

Le Premier Empire bulgare était une monarchie héréditaire où le monarque était également commandant-en-chef des forces armées, juge, et, pendant la période païenne, souverain pontife Angelov & alii (198) Koledarov (1979) . Il dirigeait la politique étrangère du pays et pouvait conclure des traités soit personnellement, soit par l’entremise d’émissaires. Au cours de la période païenne, le monarque portait le titre de « khan ». Vers 864, Boris adopta le titre slave de « knyaz » (prince) et après 913 les souverains bulgares furent reconnus comme « empereurs » (tsars)Fine (1991) Whittow (1996) . L’autorité du khan se voyait limitée à la fois par les principales familles nobles et par l’ « Assemblée du peuple ». Celle-ci regroupait la noblesse et « le peuple en armes » et se réunissait pour discuter des questions ayant une importance cruciale pour l’État. Ainsi une Assemblée du peuple renversa le khan Sabin en 766 parce qu’il poursuivait une politique pacifique à l’égard de ConstantinopleNew Cambridge Medieval History, vol. 2, 1995, . Selon la tradition bulgare, le khan n’était que « le premier entre égaux », ce qui fut probablement l’une des raisons qui poussa Boris à épouser le christianisme dont la doctrine était à l’effet que le souverain l’était « par la grâce de Dieu » Fine (1991) . Dès le règne du khan Omourtag (r. 814-831)Fine (1991) , le khan bulgare affirmait déjà détenir son pouvoir de Dieu et être supérieur à l’empereur byzantin tel que mentionné dans l’inscription de Chatalar :

Immédiatement après le khan venait le « kavhan », poste qui fut monopolisé par les membres d’une famille connue sous le nom de « famille Kavhan » Andreev, Lazarov & Pavlov (1999) . Le kavhan jouissait de pouvoirs étendus et commandait l’aile gauche de l’armée, voire l’armée tout entièreBeshevliev (1992) . Il pouvait même devenir cosouverain ou régent lors de la minorité d’un monarqueAngelov & alii (1981) Fine (1991) . En effet, des sources mentionnent que le khan Malamir « gouverna conjointement avec le kavhan Isbul » (vers 820-830) et le kavhan Dometian est associé au gouvernement de Gavril Radomir (r. 1014-1015) Beshevliev (1992) . La troisième position en importance était celle du "ichirgu-boila" qui commandait l’aile droite de l’armée et jouait vraisemblablement le rôle d’un ministre des Affaires étrangèresBeshevliev (1992) . Il avait sous ses ordres 1 300 soldats. Selon l’historien Veselin Beshevliev, ce poste pourrait avoir été créé sous le règne du khan Kroum (r. 803-814) ou plus tôt, pour limiter les pouvoirs du kavhanBeshevliev (1992) .

Bien que les premiers Bulgares n’aient pas eu d’écriture propre, il subsiste de nombreuses inscriptions sur pierre, la majorité en grec, indiquant l’existence d’une chancellerie près du khan, probablement modelée sur celle de Byzance Beschevliev (1992) Bozhilov & Gyuzelev (1999) . Le personnel de cette chancellerie pourrait avoir été en partie grec, voire constitué de moines bien que le pays fût encore païen.

Les classes sociales thumb|Culture au temps du Premier Empire. thumb|left|Symbole Göktürk du clan Doulo.

Selon une inscription datant du khan Malamir (r. 831-836), la société bulgare se composait de trois classes : les boilas, les bagains et les Bulgares, c.a.d. le bas-peupe Beshevliev (1992) . La noblesse comprenait la classe des boila, mot qui se transforma après le en bolyar, lequel fut adopté par la suite dans de nombreux autres pays d’Europe orientale. Chaque clan boila avait son propre totem et croyait être d’origine divine, d’où leur opposition farouche à l’établissement de la chrétienté vue comme une menace à leurs privilègesFine (1991) . Nombre de ces clans avaient des origines pouvant remonter à l’époque où les Bulgares habitaient encore les steppes au nord et à l’est de la mer Noire . L’ « Annuaire des khans bulgares » mentionne certains souverains de trois clans qui gouvernèrent la Bulgarie jusqu’en 766 : Doulo, Vokil et Ugain. Les pouvoirs de ces familles nobles furent considérablement réduits après la rébellion anti-chrétienne de 866 au cours de laquelle Boris fit exécuter cinquante-deux des principaux boilas ainsi que leurs famillesFine (1991) .

Les boila se divisaient entre « de l’intérieur » et « de l’extérieur »; c’est dans leurs rangs que l’on choisissait les candidats aux postes supérieurs de l’armée et de l’administrationAngelov & alii (1981) . Ces qualificatifs indiquaient probablement que les « boilas de l’extérieur » résidaient hors de la capitale, alors que les « boilas de l’intérieur » faisaient partie de la cour et étaient sous la supervision directe du monarqueFine (1991) .

Une seconde classe aristocratique était celle des bagains, elle-même subdivisée en nombreux sous-groupesBeshevliev (1992) . L’existence de deux classes nobiliaires distinctes est confirmée par la Responsa Nicolai ad consulta Bulgarorum (Réponses du pape Nicolas aux questions des Bulgares) dans laquelle Boris mentionne les primates et mediocres seu minores. Autre groupe privilégié, celui des tarkhans dont il est impossible d’après les inscriptions parvenues jusqu’à nous de savoir s’ils appartenaient au groupe des boilas, à celui des bagains ou s’il formait une classe distincteBeshevliev (1992) .

Les titres utilisés durant l’ère païenne de même que nombre d’institutions de cette époque furent conservés jusqu’à la fin du Premier EmpireBiliarsky (2011) . Le début du fut marqué par l’incorporation progressive d’éléments slaves et grecs byzantins dans la noblesse et les classes supérieures bulgares ce qui eut pour effet d’accroitre les pouvoirs du monarque tout en réduisant ceux des grandes familles aristocratiques traditionnellesBozhilov & Gyuzelev (1999) Fine (1991) . À partir de cette époque certains titres slaves comme celui de župan devinrent plus courants et certains autres se confondirent avec les titres traditionnels pour former un amalgame comme « župan tarkhan » Angelov & alii (1981) .

Les paysans pour leur part vivaient dans des communautés rurales appelées « zadruga » dotée d’une responsabilité collective Angelov & alii (1981) . La majorité d’entre eux étaient des personnes libres vivant sous l’autorité directe de l’administration centrale avec laquelle les relations furent codifiées après l’adoption du christianisme. Toutefois, le nombre de paysans liés à la noblesse ou à des possessions ecclésiastiques commença à augmenter à partir du Angelov & alii (1981) .

Administration En raison du peu de sources disponibles, il est difficile de reconstruire l’évolution administrative du pays ainsi que ses divisions. Après leur conquête, les tribus slaves autochtones purent conserver leur autonomie, mais à partir du s’amorça un processus graduel de centralisationAngelov & alii (1981) . Au fur et à mesure que le pays s’étendait, des mesures furent prises pour lutter contre l’autorité tribale, conserver le contrôle de la situation et éviter le séparatisme Angelov & alii (1981) . Lorsque, dans les années 820, certaines tribus slaves de l’ouest du pays, les Timochani, Branichevtsi et Abodriti cherchèrent à se libérer de la domination franque, le khan Omourtag remplaça leurs chefs traditionnels par ses propres gouverneurs. Les textes mentionnent que le pays fut divisé en comitati, gouvernés par un comita. Ces termes sont cependant ceux utilisés par des chroniqueurs européens s’exprimant en latin; il est probable que les Bulgares eux-mêmes utilisaient le terme земя (zemya, signifiant « terre »), tel que mentionné dans la « Loi royale pour le peuple » Angelov (1971) . On ignore quel en était le nombre, mais selon Hicmar, archevêque de Reims, la rébellion de 866 contre Boris fut conduite par la noblesse des dix comitatiAngelov & alii (1981) Fine (1991) . Ces divisions territoriales étaient elles-mêmes divisées en župi qui se subdivisaient en zadrugi. Le comita était nommé par le monarque et était assisté d’un tarkhan. Le premier était responsable de fonctions civiles et administratives, alors que le second avait la charge des affaires militaires Angelov (1971) Angelov & alii (1981) . L’un des rares comitati dont l’on connaisse le nom fut Kutmichevitsa qui résidait au sud-ouest de la Bulgarie, ce qui correspondait à la Macédoine de l’ouest, au sud de l’Albanie et au nord-ouest de la Grèce d’aujourd’hui.

Droit thumb|left|Le khan Kroum réunit son peuple (Chronique de Jean Skylitzès).