thumb|« Avec Dieu pour le roi et la patrie - Colberg 1807 » : insigne de casque du régiment de grenadiers de Colberg, après 1849.
Le de grenadiers colbergeois « comte Gneisenau » ( d'infanterie poméranien) (en allemand : Colbergsches Grenadier-Regiment „Graf Gneisenau“ (2. Pommersches) Nr. 9) est une unité de l'armée prussienne puis de l'armée impériale allemande qui doit son nom à la ville de Colberg ou Kolberg, aujourd'hui Kołobrzeg en Poméranie. Elle a combattu dans les guerres napoléoniennes, la guerre franco-allemande de 1870 et la Première Guerre mondiale.
Guerres du Les bataillons qui devaient constituer le régiment de Colberg sont issus du régiment Jeeße, créé en 1733 et engagé dans la première (1740-1742) puis dans la seconde guerre de Silésie (1744-1745) où il se distingue à la bataille de Kesselsdorf sous le commandement du prince héritier Léopold II d'Anhalt-Dessau.
Pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), le régiment Jeeße prend le nom de son nouveau chef, le général . Il prend part à la capture de l'armée saxonne au camp de Pirna, puis combat à la bataille de Lobositz en 1756. Après la mort de Blankensee en , le régiment prend le nom de son nouveau chef, . Il participe à la bataille de Prague, à celles de Gross-Jägersdorf, Rossbach, Breslau, Leuthen en 1757, Zorndorf et Hochkirch en 1758, moins un bataillon de grenadiers détaché vers Prague puis Dresde. En 1759, il passe sous le commandement de Joachim Friedrich von Stutterheim et participe à la bataille de Böhmisch-Friedland puis en 1760 à celle de Torgau et en 1762 à celles de Burkersdorf et de Freiberg, dernier combat de la guerre avant la paix de Hubertsbourg. Guerres napoléoniennes Quatrième coalition et reformation du régiment thumb|Plan de la forteresse de Colberg en 1807, bibliothèque royale de Berlin, 1851. En 1798, le régiment passe sous le commandement du général von Borde. Dans la guerre de la quatrième coalition, le , deux bataillons combattent l'armée napoléonienne dans la désastreuse bataille d'Auerstaedt, le troisième restant en garnison à Colberg. Les restes du régiment Borde suivent le corps du lieutenant-général Blücher jusqu'à Lübeck : après une dernière tentative de résistance, à court de vivres et de munitions, Blücher doit se rendre le .
La garnison de Colberg, commandée par le colonel puis, à partir du , par August Neidhardt von Gneisenau, comprenant le du régiment Borde, la garde bourgeoise de la ville et des éléments de plusieurs autres unités, soutient un siège de quatre mois contre les troupes françaises, italiennes et hollandaises du général Loison : elle résiste victorieusement jusqu'à la paix de Tilsit le . Les pertes de la garnison sont de 55 officiers et sous-officiers et soldats tués, blessés ou disparus, dont un petit nombre de prisonniers ; dans la population civile, on compte 27 tués et 42 blessés.
Après la paix de Tilsit, le lieutenant-général Blücher est chargé de réorganiser les troupes prussiennes en Poméranie. En 1808, elles sont constituées en deux régiments. Le poméranien comprend le demi-bataillon de grenadiers von Waldenfels, le poméranien, le de Nouvelle-Marche et le bataillon léger du major Ferdinand von Schill. Le poméranien comprend l'autre moitié du bataillon de grenadiers von Waldenfels, les bataillons de mousquetaires von Owstien et von Borde et le bataillon de fusiliers von Möller. Chacun de ces régiments détache une compagnie de garnison.
Sixième coalition et guerre de libération thumb|Soldats du régiment de Colberg en 1811 : de g. à dr., grenadier, mousquetaire, fusilier et soldat de garnison, dessin de Richard Knötel, 1891. En 1812, Napoléon engage la Grande Armée dans la campagne de Russie. Un corps d'armée franco-prussien de hommes, composé principalement de troupes prussiennes sous le commandement du maréchal français Étienne Macdonald, est chargé de couvrir son flanc nord par une marche sur la Courlande et Riga. Le du régiment de Colberg, avec le et le bataillon de fusiliers du poméranien, constitue un poméranien provisoire commandé par le major von Steinmetz, rattaché au corps de Macdonald. Le siège de Riga est une impasse et, à la venue de l'hiver, les soldats doivent encore camper en plein air. En décembre, Macdonald quitte l'armée en laissant le commandement du au général prussien Ludwig Yorck qui décide de rompre avec la tutelle française et, le , signe avec les Russes la convention de Tauroggen.
Yorck marche alors vers la province de Prusse-Orientale en compagnie des troupes russes. Son exemple est bientôt suivi par d'autres généraux prussiens. Friedrich Wilhelm Bülow ramène ses troupes vers Stargard et, le , écrit au roi Frédéric-Guillaume III pour lui demander de prendre la tête de la guerre de libération contre les Français. Le major-général Ludwig von Borstell, qui commande les troupes en Poméranie, rassemble hommes comprenant les troupes de Colberg, des réservistes, soldats en congé, conscrits et volontaires, et, à la fin de février, part au-devant des Russes à Königsberg en écrivant au roi qu'il attend ses ordres ; dans le même temps, il envoie un émissaire aux Britanniques. Bülow et Borstell laissent au lieutenant-général Tauentzien le commandement des troupes entre Vistule et Oder, y compris les réservistes et recrues de Colberg. Le , Tauentzien, devançant la déclaration officielle de guerre de la Prusse, adresse une sommation au général français Dufresse, commandant la garnison de Stettin.
Le , le roi Frédéric-Guillaume déclare la guerre à Napoléon en lançant un appel au peuple prussien ; le même jour, Yorck est autorisé à entrer à Berlin. Le régiment de Colberg reçoit de nombreux volontaires. Le , il participe au premier assaut infructueux contre la forteresse de Wittemberg, tenue par les Français. Le , il est engagé dans la bataille de Lützen, et les 20-, dans celle de Bautzen. Le régiment livre un combat acharné autour du village de Klein-Bautzen mais doit finalement battre en retraite faute de munitions, ayant perdu 8 officiers et 113 sous-officiers et soldats. En reconnaissance de la valeur du régiment de Colberg, le roi ordonne de détacher son vers le 2e régiment à pied de la Garde, nouvellement formé. thumb|upright=1.2|Défense du moulin à vent de Dennewitz par l'infanterie prussienne le 6 septembre 1813, gravure d'Erich Sturtevant, 1935. Pendant l'armistice de Pleiswitz, signé le , le régiment de Colberg, commandé par le major von Jastrow, est stationné à Berlin et enrôle de nombreux volontaires de la capitale. Lors de la reprise des hostilités, le , il est intégré au d'armée prussien commandé par le général Friedrich Wilhelm Bülow, rattaché à l'armée du Nord, formée de troupes russes, prussiennes et suédoises sous le commandement de l'ancien maréchal français Jean-Baptiste Bernadotte, devenu prince royal de Suède sous le nom de Charles Jean. À la bataille de Gross Beeren (23-), le bataillon de fusiliers du régiment de Colberg, aux côtés du du de réserve, du de hussards du Corps et d'une demi-batterie d'artillerie, combat pour arrêter l'offensive française en direction de Berlin. Les Prussiens contre-attaquent, font prisonniers 380 Saxons alliés des Français et reprennent le village en flammes. À la nuit tombante, le major von Jastrow part en reconnaissance pour poursuivre l'adversaire et tombe par erreur sur un détachement de hussards saxons qu'il prenait pour des alliés ; il est jeté à terre et échappe de justesse à la captivité. À la bataille de Dennewitz (), Bülow remporte une nouvelle victoire sur les Français ; le régiment de Colberg, partie de la , occupe l'aile droite du près de la colline du moulin à vent ; il est renforcé au cours de la journée par une batterie d'artillerie russe. Les Français doivent se replier au-delà de l'Elbe. Friederike Krüger, une jeune fille du Mecklembourg qui combattait dans le régiment déguisée en homme, est blessée lors de cette bataille ; guérie, elle continuera de servir avec le grade de sous-officier et décorée de la Croix de fer. Le régiment ne prend qu'une part réduite à la bataille de Leipzig (16-) où il arrive au troisième jour de combat et reste en réserve ; c'est une victoire décisive des Alliés qui oblige Napoléon à évacuer l'Allemagne.
L'ancien royaume de Hollande, annexé par Napoléon en 1810, commence à se soulever contre les Français. Le de Bülow reçoit l'ordre de contribuer à sa libération. Les bataillons du régiment de Colberg, sous le commandement du lieutenant-colonel von Jastrow, prennent Doesburg le et Zutphen le 24 ; ils participent à la prise d'assaut d'Arnhem le où le régiment perd 10 officiers et 308 hommes.
Le régiment est ensuite embarqué sur le Waal et intégré à la brigade von Krafft. Le , il livre bataille à Wijnegem près d'Anvers sans pouvoir entamer les défenses de la ville. Le , le colonel von Jastrow, avec le de Colberg et d'autres troupes, tente un assaut contre Bois-le-Duc. thumb|Chasseurs volontaires du régiment de Colberg vers 1813-1815, dessin de Richard Knötel, 1891. Dans la campagne de France de 1814, le régiment de Colberg est rattaché au d'armée de Bülow. Le , il entre sur l'ancien territoire français, dans le département du Nord. Il avance par Avesnes-sur-Helpe, Capelle, Marle et Laon qu'il atteint le . Le colonel von Jastrow, malade, est remplacé par le major von Schmidt. L'historiographe du régiment note qu'à l'approche des troupes prussiennes, les villageois évacuent leurs villages et cachent leurs biens. Le corps de Bülow reçoit l'ordre de se diriger vers Soissons pour faire sa jonction avec le corps russe de Wintzingerode et aller renforcer l'armée de Silésie de Blücher qui arrive à marches forcée en suivant l'Aube et la Marne afin de marcher vers Paris. Bülow arrive le devant Soissons qui capitule le lendemain, sa garnison étant autorisée à l'évacuer. L'armée de Blücher peut alors passer au nord de l'Aisne pour regrouper ses différents corps. Le régiment de Colberg se trouve alors à Montbavin et Margival. Napoléon passe à son tour au nord de l'Aisne pour tenter de couper Blücher de ses bases de ravitaillement aux Pays-Bas et, le , livre la bataille de Laon qui s'achève par la retraite des Français. Seul le du régiment de Colberg, campé au pied de la montagne de Laon, a pris part au combat.
Du 12 au , le régiment manœuvre entre La Fère, Senlis et Noyon avant de revenir vers Laon. Du 22 au , il participe au dernier siège de Soissons : la place oppose une résistance acharnée et repousse plusieurs assauts. L'historiographe écrit : Cependant, il arrive aux Prussiens, pendant les travaux du siège, d'ouvrir une cave et d'y découvrir une réserve de bouteilles de vin : pendant le reste de leur séjour, ils peuvent faire cuire leurs légumes au champagne. Le , ils lèvent le siège et prennent d'assaut Compiègne le : le régiment de Colberg y perd 5 officiers blessés et 164 soldats tués ou blessés. Le corps de Bülow marche ensuite vers Paris où convergent les armées alliées : la capitulation de Paris et l'abdication de Napoléon mettent fin au conflit avec la restauration des Bourbon.
Le , le régiment de Colberg se met en route pour rentrer au pays par Marly-le-Roi, Compiègne, Noyon, Ham, Arras, Gand où ses hommes se reposent du au , profitant de la prospérité du pays et du bon accueil des habitants. Ses effectifs sont complétés par le retour sous les armes de soldats convalescents et l'arrivée de nouvelles recrues westphaliennes . Le , le régiment reprend la route vers l'Allemagne par Roermonde et passe l'hiver à Krefeld, Kempen et Wankum, le bataillon de fusiliers étant cantonné à Venlo aux Pays-Bas.
Septième coalition thumb|Château et village de Ligny dévastés par la bataille le 16 juin 1815, illustration de William Mudford, An Historical Account of the Campaign in the Netherlands, 1817.