vignette|Jeunes Algériennes en costumes traditionnels du pays. Le costume traditionnel algérien, notamment féminin, a conservé beaucoup d'éléments des temps passés : les drapés, les caftans, les broderies, les coiffes et les parures. Il représente un véritable conservatoire des influences culturelles, qui se sont mêlées à travers l'histoire.

Ce patrimoine vestimentaire, sans cesse enrichi d'apports nouveaux, offre une large palette de costumes. On peut y distinguer les costumes citadins d'Alger et ses environs, de l'Est, autour de Constantine et d'Annaba et de l'Ouest autour d'Oran et de Tlemcen ; enfin les costumes ruraux d'un vaste territoire, notamment la Kabylie, les Aurès, l'Atlas saharien, le Mzab et le Sahara profond.

Histoire

Les costumes des femmes algériennes, soumis aux aléas de l'histoire du monde méditerranéen, ont évolué depuis trois millénaires. Leur genèse remonte à l'ère préhistorique, les pelleteries s'enveloppent autour du corps, ce costume primitif commun à toutes les régions du pays, exhibe des amulettes protectrices formées de matières disparates. Ces objets magiques prennent la forme de véritables colliers, bracelets, anneaux de chevilles, ceintures et boucles d’oreilles.. Vers le millénaire, les bijoux s'accordent à des pièces ornementales accrochées à des pelleteries teintées. Des coiffures ordonnées complètent le costume de l'époque néolithique. Avant la fin du millénaire, l'introduction des métaux élargit la gamme des bijoux féminins. Des fibules en bronze ou en fer, attestent de l'apparition des premières formes de péplums qui emploient des tissages de laine archaïques.

L'arrivée des Phéniciens au et l'établissement de villes portuaires sur le littoral annoncent la division inévitable du paysage vestimentaire. L'essor des royaumes numides et l'affirmation d'une culture ouverte aux influences méditerranéennes conduisent à la naissance d'un système vestimentaire de nature citadine qui s'éloigne peu à peu de la tradition rurale. Deux archétypes de costumes vont ainsi coexister : d'une part, le costume rural, drapé et accompagné de bijoux en argent et d'autre part, le costume citadin qui comporte des bijoux en or et des vêtements cousus, taillés dans des textiles diversifiés..

vignette|gauche|Une femme citadine et un garçon à la fin du à Alger. Cette bipartition du paysage vestimentaire algérien se perdure, mais elle n'empêche pas le maintien de liens consistants entre les deux types de costumes. Leur origine commune se devine à travers les éléments berbères qui persistent dans les costumes des villes principales et les costumes ruraux subissent l'influence assimilatrice des modes citadines. L'Andalousie et l'Orient ont considérablement influencé le costume traditionnel des grandes villes algériennes. En effet, certains vêtements peuvent passer pour un héritage de l'Al-Andalus, alors que d'autres apparaissent comme des modes levantines transplantées comme le caftan.. Chaque région apporte son cachet personnel, conservant ou rejetant cet apport nouveau, gardant ou modifiant, parfois avec l'aide des nouveaux arrivants Andalous ou Levantins, le costume ancestral né bien avant leur arrivée..

vignette|Couple en costumes algériens au . Les costumes citadins brodés, au fil d'or et parés de somptueux bijoux en or, se répartissent sur la frange septentrionale du pays : à l'Est autour de Constantine et d'Annaba où la djoubba, sous le nom actuel de gandoura se maintient, et à l'Ouest autour de Tlemcen et d'Oran dont le costume féminin est resté le plus fidèle au costume levantin ; la chachia, le caftan et les vestes djabadouli et karakou sont toujours portés lors des cérémonies. Alger se situe à la jonction de ces deux zones, car, à partir de l'époque ottomane, son costume joue un rôle primordial dans la diffusion de nouvelles tendances vestimentaires dans les autres villes d'Algérie.

Les costumes ruraux de type berbère, essentiellement formés de drapés à fibules et de parures en argent, se répartissent sur une vaste zone qui réunit les costumes des régions montagneuses, des Hauts Plateaux et du Sahara, et englobe la Kabylie, les massifs de l'Aurès et du Hoggar, les monts des Ouled-Naïl, le Djebel Amour, ainsi que le Mzab. Chacune des régions a gardé en grande partie l'habillement ancestral. Mais c'est encore dans le Sud que le costume traditionnel est le plus complet, l'apport étranger ayant été faible dans cette région.

Le voile féminin est une tradition permanente qu'on retrouve toujours dans le haïk. Autrefois, le aadjar ne se voyait qu'à Alger, mais, à partir du , son usage se généralisa. Les chaussures des femmes âgées, tout en gardant l'aspect de la babouche, se modernisent depuis un demi-siècle. Pour l'homme, le burnous mentionné par Ibn Khaldoun au , figure encore dans la garde-robe de nombreux Algériens. Le costume masculin en général tend vers une simplification, il adopte peu à peu la mode occidentale.

Costume féminin citadin + Équivalences des noms chez les citadines Pièce du vestiaire Ouest Centre Est Illustration chemises. qmedja qmedja gonidra qmedja pantalon sarouel sarouel sarouel robes ʿabaya blouza djebba dorraa djebba dorraa blouza gandoura ceintures hezama hzam hezama hezama m'hazmacentré|147x147px jupe fouta fouta fouta manteaux caftan djellaba féminine caftan caftan combiné moderne. badroun vestes ghlila frimla djabadouli karakou qat ghlila frimla djabadouli karakou ghlila frimla djabadouli karakou draperies haïk ksa rda haïk ksa haïk ksam'laya voile facial aadjâr aadjâr coiffures chéchia bniqa chéchia bniqa sarma chéchia bniqa sarma maloua serre-tête aassaba aassaba foulards ‘abrouq ‘abrouq mharma mharma chaussures balgha qabqab sabat balgha qabqab sabat balgha qabqab sabat chebrellabachmak

Centre

Dès le , les Algéroises les plus riches sont à l'affût des nouveautés. Elles adoptent un vêtement andalou d'origine orientale : le sarouel.. Les citadines ont recours au voile afin de se distinguer socialement. Désormais, elles rabattent l'extrémité de leur péplum à fibules sur la tête pour circuler en ville.. Entre le , Alger qui est une ville en pleine croissance, accueille de nombreux exilés andalous. L'élite algéroise introduit dans sa garde-robe des soutanes munies de petits boutons. Alger accède au titre de capitale, le costume de ses habitantes devient la référence suprême pour les autres Algériennes..

L'afflux massif de Morisques, juifs et de migrants chrétiens de méditerranée occidentale dès le , mène à l'hybridation progressive du paysage vestimentaire algérois. Les habitantes développent des formes vernaculaires de vestes et de caftans, assujettis à des fonctions signifiantes et pratiques. Ainsi, jusqu'au , la tenue féminine restera imprégnée de mode levantine, dans laquelle les apports berbères et maures finiront par se fondre.. Les femmes turques ou kouloughlis portaient la dorrâa venue d'Espagne, tandis que les autres citadines se vêtaient de la ghlila. La broderie algéroise traditionnelle est une des occupations de la femme à la maison.

vignette|Tableau de Jan-Baptist Huysmans au . Les Algéroises les plus aisées choisissent d'allonger la ghlila non décolletée jusqu'aux chevilles, ce qui devient le caftan d'Alger. La ghlila décolletée à la levantine se cantonne dès lors au rôle de vêtement quotidien, tandis que le caftan s'impose comme un costume de cérémonie. D'abord réservés aux Algéroises les plus aisées, les femmes des couches moyennes accèdent à la ghlila et au caftan. Ils finissent par reléguer la robe-tunique, djoubba, et l'ancien péplum à fibule en laine (melhafa), aux femmes les plus humbles.

Les femmes portent des chéchias hémisphérique dotées de broderies, alors que celles des villes de l'Ouest et de l'est étaient coniques.. Un bandeau soyeux appliqué sur le front appelé ‘assaba et la couronne tronconique ajourée (sarma), devient l'accessoire le plus précieux de la panoplie algéroise.. Au début du , deux autres dérivées vont s'introduire dans le paysage vestimentaire féminin : la frimla et la ghlila dite djabadouli, semblable à la ghlila, mais munie de manches longues fixes, portée en hiver ou en mi-saison, alors que la frimla est un minuscule gilet porté en été.

vignette|gauche |Tableau représentant un mariage à Alger. Après la conquête française, le paysage vestimentaire est bouleversé par la raréfaction des pièces brodées au fil de soie. La ghlila et la ghlila djabadouli, deviennent désormais réservées aux costumes de cérémonie. Puis, un nouveau modèle apparaît : le karakou, qui remplace la ghlila djabadouli. La qmedja, une chemise large et courte se porte désormais au quotidien.. Quant au serouel, il se rallonge, les Algéroises préfèrent le resserrer au-dessus de la cheville pour montrer leurs anneaux de chevilles, les khlakhel. Il se gonfle au point d'éliminer les deux pièces de soie rayée, la fouta et le hzam, qui deviennent réservés aux cérémonies. Un diadème appelé Khit er rouh, est destiné à devenir l'unique bijou de tête algérois du ..

Au lendemain de l'indépendance de l'Algérie, le costume de la capitale réunit un caraco ajusté et un serouel dziri, typiquement algérois, qui se caractérise par ses longues fentes latérales. Ainsi, quelques décennies ont suffi au costume d'Alger pour opérer un remaniement complet qui aboutit à la création d'une tenue traditionnelle originale et élégante.. L'ensemble, sarouel, djabadouli ou kamisoula (tunique) prend le nom de qat. Le sarouel qui fait corps avec la tunique coupée dans la même pièce d'étoffe, prend l'allure d'une robe longue et se nomme badroune. II fut adopté par les couturiers dans la seconde moitié du ..

Aujourd'hui, le sarouel porté pour les cérémonies est d'une autre teinte que celle de la tunique. Le diadème aaccaba orne encore la chevelure de l'Algéroise lors des cérémonies et des riches balgha complètent ce qui reste des somptueuses tenues anciennes. La bniqa sert parfois pour sortir du hammam, ainsi que les sandales de bois (qabqab). Les femmes qui se recouvrent pour sortir d'un haïk blanc complètent leur tenue par le adjar. Le caftan figure parmi les tenues portées par les mariées..

Les costumes traditionnels des villes intérieures, proches d'Alger : Blida, Médéa et Miliana, se rattachent au modèle algérois.. La qualité des broderies sur toile et sur cuir blidéennes révèle l'existence de traditions vestimentaires raffinées. En revanche, les habitantes de Blida portent le haik de manière différente. Fidèles au costume de sortie de leurs ancêtres andalouses, elles continuent de le ramener sur le visage de manière à ne découvrir qu'un seul œil. Sur le littoral, l'histoire de costumes féminins métissés qui accumulent, plus facilement que leurs voisins de l'intérieur, étoffes bigarrées et parures généreuses notamment à Dellys, dans les villes maritimes de l'Ouest comme Cherchell, l'apport morisque semble encore plus déterminant.. Les chaussures plates, appelées chebrella, perdurent plus longtemps à Cherchell qu'à Alger..

Ouest

Tlemcen

vignette|Portrait d'une jeune femme de Tlemcen au avec la chéchia conique. Les habitants de la ville de Tlemcen au riche passé ont montré et montrent encore un goût très raffiné pour l'habillement. C'est au que l'art du costume sous l'influence ottomane atteint son apogée dans la cité.. Tlemcen, qui fut longtemps un centre d'échanges et de productions, devait surtout sa renommée à la fabrication de tapis et de tissages de laine, entrant dans la confection des haïk et des burnous ainsi que dans la sellerie brodée.. La Tlemcénienne est restée la plus traditionaliste des femmes d'Algérie.. Parmi les costumes citadins algériens, seul celui de Tlemcen réussit à sauvegarder l'ensemble de ses composantes anciennes..