Adrien Van de Putte, né le à Overijse et mort le à Anvers, est un poète, éditeur-traducteur, viticulteur, artiste-peintre, graveur, sculpteur, dessinateur et critique d'art belge.

Attiré par l'écriture et l'édition dès le début des années trente, il publie des poésies et des nouvelles qui lui valent plusieurs prix littéraires. Il se consacre à la peinture après la Seconde Guerre mondiale. Il peint d'abord des paysages bucoliques de la vallée de l'Yssche et des environs de la forêt de Soignes. Son art pictural évolue de l'expressionnisme vers un style plus naïf. Il invente une technique personnelle qu'il dénomme chromatine, une sorte de pastel liquide.

Sa palette embrasse divers champs picturaux : compositions figuratives (villages et kermesses), aux atmosphères féériques (cathédrales et villes), tout en restituant la réalité avec fantaisie et humour. Il obtient en 1960 le prix de New York à Paris qui lui vaut d'être exposé aux États-Unis, ainsi que le prix du meilleur Paysage attribués par la galerie Duncan. Il expose régulièrement, seul à Bruxelles : galerie Lautrec en 1954 et galerie Isy Brachot en 1969, ou en groupe. Le Centre culturel Den Blank à Overijse organise une rétrospective de son œuvre peint en 1992.

Plusieurs expositions lui sont consacrées après sa mort, la plus récente étant : Adrien Van de Putte - Arpenteur du réel, qui s'est tenue en 2021 au Centre d'Art du Rouge-Cloître à Waterloo.

Biographie Viticulteur-poète Après des humanités gréco-latines au Collège Saint-Boniface à Ixelles, Adrien Van de Putte entame une candidature en philosophie et lettres aux Facultés Saint Louis à Bruxelles. Fils unique de Joseph Van de Putte (1878-1935), instituteur communal à Overijse, et de Clotilde Verheyen (1883-1941), il se lance dans la viticulture sous verre, qui connut un grand essor, et particulièrement dans l’entre-deux-guerres, dans la région d’Hoeilaart-Overijse, ce qui lui permet, avec l’aide de quelques ouvriers, de gérer l’entreprise familiale et de se consacrer à ses démons favoris : la littérature et la peinture.

Il se tourne vers la poésie au début des années 1930 et rejoint, par l’intermédiaire de son cousin l’écrivain flamand Jozef Simons, le cercle littéraire bilingue Scriptores Catholici fondé par Firmin van den Bosch et Felix Timmermans en 1934. Il en devient secrétaire-adjoint de 1937 à 1945 et secrétaire-général francophone jusqu’en 1949.

Il publie son premier recueil de poèmes, Rhapsodie, en 1934 en fondant sa propre maison d’édition appelée « Les Roses », du nom de la villa familiale à Overijse. Il se consacre à la traduction en français de toute l’œuvre de Jozef Simons, dont le roman le plus connu Harslucht (Résines, 1936), et d’autres auteurs « neder-duytsch », d’auteurs italiens et prépare une anthologie des écrivains flamands. En 1938, il épouse Marguerite Bruffaerts (1915-1982), nièce du peintre overysschois Louis Rigaux, et sont parents d'un fils : Guy.

En 1939, Adrien Van de Putte remporte le Premier Prix à l’Union Belge des Gens de Lettres à l’Exposition de l’Eau à Liège et édite l’année suivante son deuxième recueil intitulé Les Sarments de ma vigne. Il publie ses poèmes, contes et nouvelles notamment dans la Revue Belge, Pourquoi pas ? (magazine), Revue Générale et Le Patriote Illustré, et écrit de nombreux jeux radiophoniques, parmi lesquels Le Duc de Brabant, diffusé à deux reprises à l’INR, prédécesseur de la RTBF. Quant à sa pièce La Passagère, elle est marrainée par Mary Churchill, fille de Winston Churchill, stationnée en tant qu’ATS (Auxiliary Territorial Service) à Overijse en 1945. Mary Churchill est proche de la famille : Louis Rigaux exécute son portrait offert au Premier ministre britannique lors de son accueil triomphal à Bruxelles le Le Patriote Illustré, 3 juin 1945.. Adrien Van de Putte est membre de l’Association des écrivains belges de langue française.

Viticulteur-peintre vignette|gauche|La forêt de Soignes. Parallèlement à ses activités littéraires, Adrien Van de Putte se dirige, en autodidacte, dans la peinture et suit les conseils de son parent le peintre Louis Rigaux et leur ami commun le fauviste brabançon Jehan Frison. Ses premières œuvres sont de style impressionniste et ont pour thème son village natal et le Brabant environnant. Il représente volontiers des paysages bucoliques de la vallée de l'Yssche et des environs de la forêt de Soignes

Il s’exerce à la gravure et c’est précisément durant la guerre, alors qu’il éprouvait de grandes difficultés à faire imprimer ses eaux-fortes, qu’il essaye de fabriquer une encre moins dure, plus aisément adhérente et qui lui permettait de se passer de la presse. Il s’agit de poudres habituelles, terres et autres, incorporées dans un liant qui n’est ni de l’huile, ni du pastel, ni de la gouache, mais à l’extrême solidité de l’huile. Adrien Van de Putte baptise du nom de « chromatine » ce procédé, fruit du hasard., parce qu’il permet un chromatisme très divisé qui sera appliqué sur un support approprié, à savoir l’UnalitReportage à l’INR, émetteur néerlandophone (NIR), 18 mars 1960..

L’après-guerre est funeste, vu les frais importants de reconstruction des serres sans cesse retardés et l’accroissement des cotisations sociales. Il décide de tout vendre pour faire construire un immeuble à usage commercial sur l’emplacement de l’ancienne Maison Bruffaerts, magasin de tabac-cigares et vins-liqueurs, géré par la famille de son épouse. Le couple s’y installe en 1949.

C’est à cette époque qu’il crée avec un associé la société Arts & Modes, spécialisée en verrerie, fausse bijouterie et articles de fantaisie. Cette entreprise doit cependant rapidement fermer ses portes. Après plusieurs tentatives de percer dans le monde publicitaire, notamment aux Grands Magasins à L’innovation d’Anvers, il trouve enfin la sécurité d’emploi en tant que fonctionnaire au Gouvernement Provincial du Brabant à Bruxelles, à partir de 1953.

Homme de chevalet et homme de lettres La carrière d'Adrien Van de Putte en tant qu’artiste-peintre débute réellement dès l’après-guerre par une première exposition en 1944 à la galerie La Renaissance à Namur où il expose avec Louis Rigaux, Jehan Frison et Charles Viaene. Il est l’auteur, en 1949, du Mémorial aux Carabiniers morts pour la Patrie 1940-45, grande toile inaugurée au mess des sous-officiers à la caserne Dailly à Schaerbeek, aujourd’hui disparue. En 1950 paraît son dernier recueil de poème intitulé Rissolette publié grâce au soutien de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

En 1954 se tient sa première exposition individuelle à la Galerie Bellini à Bruxelles. La presse est élogieuse : « Excellent salon d’Adrien Van de Putte [...] Technique neuve. Effet décoratif très savoureux. […] Effet mat bien frais et doux. Un peu « tapisserie » par endroits, d’un chromatisme très divisé, aux innombrables tons, demi-tons et quarts de tons »La Libre Belgique, 6 mai 1954.. En 1955, il expose à la Galerie Lautrec (Bruxelles) et participe au Salon des Artistes Français (Grand Palais) à Paris. Cette même année voit la naissance des « Artistes des Ardennes Brabançonnes » à La Hulpe, groupement d’artistes qu’il rejoint et avec lequel il participera à bon nombre d’expositions dans le Brabant wallon.

En 1960, il participe à Paris au concours organisé par la Galerie Raymond Duncan. Il y est sélectionné pour le Grand Prix de New York ce qui lui donne l'opportunité d’exposer à la Ligoa Duncan Gallery New York. En septembre de la même année, il obtient le Prix du meilleur Paysage de la Galerie Duncan à Paris. En début d’année 1961, il participe en tant que seul Belge à l’exposition Quinze jeunes peintres figuratifs, aux côtés de Jean Cocteau, Othon Friesz, Pierre Laprade et Roland Oudot à la Galerie Iris (dans le 8e arrondissement de Paris).

À l’été 1961, une visite à l’atelier de Jean Lurçat à Saint-Céré, lors d’un voyage dans le Lot, lui permet de découvrir les compositions monumentales du rénovateur de la tapisserie et le conforte dans son exécution de tapis séries murales en marqueterie, selon un nouveau procédé sans métier, ce qui constitue une innovation. Il transpose ensuite cette technique dans ces compositions sur la toile. Son exposition à la Galerie De Gouden Ram à Anvers en 1962 fait dire à la presse « L’influence de Cézanne n’est pas étrangère au souci de synthèse et de construction de cet artiste. Le coloris est virulent et bigarré. Il aime les formes amples, et simplifiées. »Le Matin, "Adrien Van de Putte (Galerie Gouden Ram)", 31 octobre 1962.

Arpenteur du réel Cependant, c’est à la fin des années 1960 qu’il atteint toute sa maturité. Il expose ses toiles les plus abouties à la « Galerie de la Jeune Peinture belge » de la Galerie Isy Brachot à Bruxelles, conjointement avec Marcel Delmotte. Le critique Alain Viray écrit à propos de cette exposition : « Van de Putte nous offre une grande imagerie en à-plats, très décorative. Il y a un soupçon de naïvisme et d’orientalisme dans la plupart des œuvres. La couleur bien posée est agréable et les compositions font en général penser dans leurs rythmes intérieurs à Braque. »Alain Viray, La Dernière Heure, 7 février 1969., tandis que le critique d’art Stéphane Rey affirme : « On y verra des toiles aux allures d’images de contes de fées, d’un coloris très raffiné, d’une écriture ferme et synthétique. Villes gothiques ou orientales, monarques barbares, caravelles, tout cela ayant un petit air de chanson de geste pour grandes personnes… Il s’y mêle des joies plus simples, plus populaires et plus modernes comme la Kermesse au village et Les coureurs (cyclistes) du dimanche […] l’œuvre de Van de Putte vaut par sa séduisante unité et son incontestable fraîcheur. »Stéphane Rey, Le Phare Dimanche, 9 février 1969.

De nombreux voyages à travers les Pays-Bas, la France et l’Italie principalement, inspirent son œuvre en ce qui concerne les petits ports des bords de l’IJsselmeer (Hindelopen, Hoorn, Urk, Volendam, Spakenburg) ou de la Zélande (Veere). De même que la Bretagne et bien des lieux du Périgord l’ont inspiré également, comme Saint-Cirq-Lapopie, et les villages provençaux concentriques du Luberon (Gordes, Joucas, Barjols, Murs) ou de la Drôme (Vaison-la-Romaine) sans oublier Carcassonne pour sa ville fortifiée. L’Italie et les perspectives des artistes du Quattrocento auront une grande influence sur son travail et les villes de la Vénétie et des bords du lac de Garde comme Sirmione, tout comme Florence, Sienne, San Gimignano seront des motifs dans ces compositions de villes médiévales.