, né le à Sora (Italie) et mort le à Rome, est un missionnaire catholique d'origine italienne, membre de la Congrégation de la Mission. Il fut le premier évêque du diocèse de Saint Louis aux États-Unis après sa création en 1826. Jusqu'à sa mort, il joue un rôle de première importance dans le développement de l'Église catholique dans le pays et dans l'implantation de sa congrégation en Amérique du Nord.
À la fin de sa vie, il remplit de nombreuses missions diplomatiques pour le Saint Siège. Envoyé à Haïti en 1843 en tant que délégué apostolique, il participe à la rédaction d'un premier projet de concordat entre les autorités haïtiennes et l'Église catholique.
Biographie
Jeunesse et formation
Jeunesse à Sora Pietro Luigi Giusepe Raffaele Rosati naît le dans la ville de Sora en Campanie, région qui était alors sous la domination du royaume de Naples, dans une famille pieuse.. Il est le fils de Giovanni et de Maria Vienna Senese..
Il commence ses études en vue de devenir prêtre à l'âge de 9 ans.. Il reçoit la tonsure à l'âge étonnant pour l'époque de 12 ans puis se lance dans les études de philosophie. Une retraite prêchée dans sa ville natale par un Vincentien lui inspire l'idée de se présenter comme candidat à la Congrégation de la Mission, également connue sous le nom des « frères lazaristes ».
Études à Rome Joseph Rosati commence son noviciat à Rome en 1807. Quelques mois après son arrivée, le , la ville est occupée par l'armée française de l'empereur Napoléon, dont la politique à l'égard du Saint Siège a pris un tournant hostile depuis 1806.
C'est dans ce climat de tension que Joseph Rosati prononce ses vœux huit mois après son arrivée le à l'âge de 19 ans. Pour ce faire, le religieux bénéficie d'une dispense spéciale du pape Pie VII, considérant la difficulté de poursuivre son noviciat du fait de l'occupation française..
Après un voyage à Sora pour rendre visite à son père, dont la santé était déficiente, Joseph Rosati revient à Rome à l'automne pour entreprendre ses études de théologie. Il suit notamment les cours de Félix De Andreis à la maison de Montecitorio, siège de la Congrégation. De Andreis devient par la suite son supérieur lors de la fondation de la mission américaine. Celui-ci l'encourage à apprendre l'anglais plutôt que l'hébreu en vue de sa future vie de missionnaire.
Rosati est ordonné prêtre dans la chapelle de Montecitorio le à l'âge de 22 ans, grâce à une nouvelle dispense papale..
Missionnaire en Amérique
L'appel de l'Amérique Pendant les trois premières années de son sacerdoce, Joseph Rosati prêche à Naples puis dans d'autres missions de la campagne napolitaine. En 1814, il repart à Rome et est envoyé en mission dans les petites villes du sud du Latium.
En , alors qu'il prêche une mission à La Scarpa, Joseph Rosati reçoit une lettre de son ancien professeur De Andreis, qu'il avait accompagné dans plusieurs missions et visites de charité après son ordination. Ce dernier l'invite à se porter candidat à la mission de Louisiane en Amérique du Nord, pour y établir un nouveau séminaire..
Le nouvel ordinaire du diocèse de la Louisiane et des Deux-Florides, Guillaume-Valentin Dubourg, prêtre français de la Société de Saint-Sulpice, avait accepté cette même année la charge d'administrateur apostolique. Il subordonnait son ordination en tant qu'évêque à la venue de missionnaires européens de diverses congrégations..
Dépourvu d'évêque depuis 1803, le diocèse de la Louisiane et des Deux Florides, vaste comme l'Europe de l'Ouest, s'étendait du golfe du Mexique aux Grands Lacs canadiens sur les deux rives du Mississippi. Il venait tout juste d'être le lieu d'affrontements violents entre les Britanniques et les États-Unis lors de la guerre de 1812. De surcroît, celui-ci se trouvait désormais sous la tutelle d'un État sans religion officielle après le retrait de la France d'Ancien Régime et de l'Empire espagnol. Dans ce contexte défavorable, l'Église catholique devait désormais faire face à la concurrence d'autres Églises protestantes et à l'arrivée d'immigrants européens non catholiques, parfois inspirés par les idées de la Révolution française et hostiles à l'Église.
De passage à Rome en 1815 pour se faire sacrer évêque avant de partir pour l'Amérique, Guillaume-Valentin Dubourg avait été captivé par le style des prédications et la réputation de De Andreis, et lui avait proposé de l'accompagner en Amérique en tant que supérieur d'un groupe de missionnaires vincentiens.
Voyage vers les États-Unis Joseph Rosati accepte la proposition de son ancien professeur. Âgé de 26 ans, celui-ci rejoint le groupe de cinq missionnaires rassemblé par Félix De Andreis. Après avoir gagné Rome puis Gênes, Rosati se rend à Bordeaux pour terminer ses ultimes préparatifs durant six mois avant de traverser l'Atlantique..
Parti de France le à bord d'un navire américain, The Ranger, Joseph Rosati et les autres missionnaires vincentiens qu'il accompagnait débarquent à Baltimore le . Après un mois de repos au séminaire St. Mary, ils partent ensemble le pour Pittsburgh, puis descendent l'Ohio jusqu'à Louisville et Bardstown dans le Kentucky. Cette dernière ville, la seconde plus ancienne de l'État, disposait de son propre siège épiscopal. Ils y sont reçus par l'évêque de la ville, Benoît-Joseph Flaget, qui les héberge au séminaire St. Thomas.
Joseph Rosati profite de cette période pour poursuivre sa formation de missionnaire, le diocèse ne disposant pas encore d'institutions capables de les accueillir à cet effet dans le Missouri.. C'est aux États-Unis et en particulier durant son séjour à Bardstown qu'il commence à se faire connaître sous le nom de « Joseph Rosati ». Il s'y perfectionne dans la maîtrise de la langue anglaise, dans laquelle il effectue de rapide progrès selon son supérieur Félix De Andreis et s'initie à son nouveau ministère auprès des immigrants et des Amérindiens. En 1817, il se rend à Vincennes dans l'Indiana pour prêcher la première mission vincentienne aux États-Unis avant que la construction du séminaire des Barrens n'occupe entièrement les missionnaires..
vignette|Vue du séminaire Saint Mary's of the Barrens à Perryville, Missouri (avant 1900)
La création du séminaire St. Mary aux Barrens À l'automne 1818, Rosati quitte Bardstown en compagnie de Flaget, de Félix De Andreis et de Frère Blanka, par bateau, sur l'Ohio jusqu'au Mississippi, puis à dos de cheval jusqu'à Saint-Louis.. Le , Rosati pénétre pour la première fois dans son futur diocèse. Il rejoint le le campement alors dit des Barrens à environ de Saint-Louis, qui deviendra plus tard la ville de Perryville, afin d'y poursuivre la construction du Séminaire St Mary, la maison-mère de la Congrégation de la Mission en Amérique du Nord..
Selon la correspondance de Joseph Rosati de cette époque, la vie du missionnaire italien se partage alors entre l'enseignement, la construction du séminaire, la prédication et son ministère sacerdotal auprès de ses paroissiens. La mort de son supérieur Félix De Andreis le est un grand choc pour lui. Il écrit à son frère Nicola : .
Évêque coadjuteur de Louisiane et des Deux-Florides vignette|Portrait de Guillaume-Valentin Dubourg en 1833
Collaborateur de Guillaume-Valentin Dubourg Après la mort de De Andreis, Joseph Rosati devient le supérieur de la mission vincentienne américaine, qui dépendait alors toujours de la Province romaine. Dans le même temps, Rosati continue à enseigner la logique et la théologie au séminaire des Barrens, qui accueillit à partir de 1823 des étudiants.
Son évêque, Guillaume-Valentin Dubourg, en vient à s'appuyer de plus en plus sur lui. Il lui demande de délaisser l'enseignement pour se concentrer davantage sur l'activité missionnaire auprès de la population locale et des immigrants, mais Rosati poursuit toutefois son activité de formation des séminaristes.
Après que Joseph Rosati ait refusé en de devenir vicaire apostolique au Mississippi et en Alabama en raison du manque de moyens disponibles pour cette tâche et de la nécessité de poursuivre sa tâche au séminaire, Guilaume-Valentin Dubourg le proposa sans l'en avertir à l'épiscopat pour devenir son coadjuteur et prendre en charge le nord du diocèse...
Ordination épiscopale Le , le pape Pie VII nomme Joseph Rosati évêque titulaire de et coadjuteur du diocèse de Louisiane et des Deux-Florides. Afin de prévenir un nouveau refus de sa part, la bulle du Saint-Siège est accompagnée d'une lettre lui enjoignant l'obéissance. Rosati est ordonné évêque le par Guillaume-Valentin Dubourg dans l'église de Donaldsonville en Louisiane, à mi-chemin entre les deux centres de population, La Nouvelle Orléans au sud et Saint Louis au nord...
Après son ordination, Rosati visite les paroisses et les communautés de la basse Louisiane avant de retourner aux Barrens, où il reprend ses classes comme avant, en s'appuyant sur deux confrères futurs évêques, Léon-Raymond de Neckère et Jean-Marie Odin, pour faire face à l'accroissement de ses responsabilités.
L'augmentation rapide de la population entraîne en effet de nouveaux problèmes pour le diocèse, en raison du faible nombre relatif de prêtres et de religieux pour répondre aux besoins des fidèles, et des distances énormes difficiles à parcourir, tout particulièrement en certaines saisons. Cette dernière situation restreint les nouvelles implantations à proximité du Mississippi et de ses affluents et nécessite des voyages fréquents de la part du coadjuteur en l'absence de l'évêque Guillaume-Valentin Dubourg.
Évêque de Saint Louis
Un évêque pour le nouveau diocèse de Saint Louis À la surprise de Rosati, Guillaume-Valentin Dubourg profite d'une visite à Rome en pour présenter sa démission, ce qui fait de Rosati l'ordinaire du diocèse. Le pape Léon XII ordonne la partition du diocèse le et le nomme évêque de La Nouvelle Orléans au lieu de l'être de Saint-Louis. Joseph Rosati conteste cette décision en arguant que ce changement le séparerait de la Congrégation de la Mission. Le Saint Siège se range à ses arguments et change son affectation.
Par un bref pontifical de Léon XII le , Joseph Rosati est ainsi nommé évêque de Saint-Louis, diocèse aux frontières incertaines qui comprenait à l'époque l'État du Missouri, l'Arkansas, les deux-tiers de l'Illinois et les territoires s'étendant au-delà des sources du Mississippi et à l'Ouest de la rivière Missouri. À l'exception de quelques villages de colons français et espagnols, qui ne recevaient que rarement la visite d'un prêtre catholique, le diocèse de Saint-Louis était un vaste territoire, principalement peuplé par les tribus amérindiennes. Le diocèse était toutefois stratégique comme base de départ pour les missions vers le Mexique et vers le Canada, alors sous domination britannique.
Le diocèse s’avère difficile à administrer, et Rosati se désespére de recruter suffisamment de personnel religieux pour répondre aux besoins des fidèles.. Dans une lettre à l'abbé Perreau, vicaire général du Grand-Aumônier, en date du , il écrit. :
L'essor du diocèse vignette|Cathédrale Saint-Louis-Roi-de-France de Saint Louis, édifiée par Joseph RosatiBien qu'il ait préféré sa résidence des Barrens, Rosati se rend après sa nomination à Saint-Louis. Celui-ci se mit dès lors en quête de nouveaux fonds pour assurer le développement de son diocèse. Le nouvel évêque entreprend de construire une nouvelle église paroissiale, sous le patronage de Notre-Dame de l'Assomption, qui est bâtie sur le modèle de la chapelle de la maison de Montecitorio où il avait été ordonné prêtre, ainsi qu'une nouvelle cathédrale pour remplacer l'ancien bâtiment qui en tenait lieu. Celle-ci est consacrée le sous le nom de cathédrale Saint-Louis-Roi-de-France. Rosati établit de nombreuses autres paroisses dans son diocèse. En 1833, il envoie un prêtre fonder la première paroisse catholique de Chicago...