Joseph Fisher (en russe ), né à Odessa, , mort à Jérusalem le , devenu Joseph Ariel (en hébreu, ) après 1950, est un dirigeant sioniste russe puis diplomate israélien.

Il grandit à Odessa, dans l'Empire russe, et est gagné aux idées sionistes à l'adolescence. Après avoir été expulsé par les autorités soviétiques en raison de son activité politique en 1924, il fait son aliyah. Le Fonds national juif (KKL) le charge, à partir de 1925, de structurer le mouvement sioniste en France. Il poursuit son travail pendant la Seconde Guerre mondiale, parvenant depuis Lyon et Nice à maintenir les activités du KKL et à organiser le financement des structures communautaires juives, légales et clandestines. Il joue un rôle clé dans la fondation du conseil représentatif des institutions juives de France à la fin de la guerre. Après de présence en France, il repart pour Israël, État nouvellement indépendant, en 1950. C'est à ce moment qu'il hébraïse son patronyme, devenant Joseph Ariel. Après être entré au ministère des Affaires étrangères d'Israël, il revient en Europe au poste de ministre plénipotentiaire d'Israël en Belgique et au Luxembourg. Il occupe cette fonction de 1952 à 1957, nouant durant cette période des liens forts avec la reine-mère de Belgique, Élisabeth. À son retour en Israël, il travaille pour le Yad Vashem, l'institut international pour la mémoire de la Shoah.

Jeunesse et militantisme à Odessa

Sous l'Empire russe Joseph Fisher naît à Odessa en 1893, il grandit dans une famille juive non religieuse. Ses parents, Esther et Aaron Fisher possèdent un magasin de meubles.

Pendant ses études, il s'intéresse au sionisme et à , en 1910, commence à militer à la Histadrout hatalmidim hazionim. En 1912, il participe à la fondation de la section locale de l'organisation de jeunesse Tzéïré-Tzion. Il est arrêté une première fois par les autorités russes cette même année, accusé de création d'une organisation illégale. Libéré au bout de deux semaines, il bénéficie de l'amnistie générale prononcée à l'occasion des festivités du 300e anniversaire des Romanov.

Fisher poursuit son militantisme chez les Amants de Sion et est élu, à vingt ans, délégué d'Odessa au congrès sioniste qui se tient à Vienne en 1913. Il apprend au cours du congrès son admission à l'université d'Odessa où il entreprend des études d'histoire et de philologie. Parallèlement, il s'attelle à la création d'une organisation d'étudiants sionistes russes, HeHaver.

En 1915, les autorités russes suppriment le numerus clausus qui limitait le nombre d'étudiants juifs, ce qui entraîne une multiplication du nombre de cellules locales de HeHaver. Fisher participe au congrès illégal des sionistes russes qui se tient à Moscou cette même année, les participants votent la neutralité du mouvement dans la Première Guerre mondiale. Peu de temps après, Fisher est arrêté lors d'une réunion à Odessa où il devait faire un compte-rendu du congrès. Emprisonné, il est ensuite condamné à l'exil dans le gouvernement d'Irkoutsk en Sibérie centrale, à Nijneoudinsk, petite localité située sur le parcours du transsibérien. Après un an et demi en Sibérie, il est libéré à l'occasion de la Révolution de Février 1917 qui marque la fin de l'Empire russe.

Révolutions de 1917 et formation de l'URSS La période de transition séparant la révolution de Février et la prise de pouvoir par les Bolcheviques, qui commence après la révolution d'Octobre mais n'est entièrement effective à Odessa qu'en 1919, est une fenêtre de liberté. Les Juifs obtiennent l'égalité des droits, le réseau scolaire juif s'étend et les sionistes accroissent leur influence au sein de la communauté.

Joseph Fisher obtient en 1918 un diplôme en histoire de l'université d'Odessa. Il devient à cette date professeur d'histoire et de lettres russes au lycée commercial de la ville. En 1919, il épouse Elisabeth Gradstein, une professeure de mathématiques. Leur première fille, Ruth, naît en 1920. Il entre à la municipalité d'Odessa où il est le représentant des Amants de Sion. Il y est successivement secrétaire général de la municipalité puis secrétaire général du commissariat régional pour le commerce extérieur.

En 1922, Fisher est exclu du lycée où il est professeur et de l'université où il suit des études de juriste en raison de ses activités sionistes. Cette même année, il est incarcéré à la à Kiev. Au bout de d'enfermement, en 1924, les autorités soviétiques l'expulsent d'URSS. Il traverse la frontière soviétique le jour de la mort de Lénine, le , et passe ensuite plusieurs mois à Berlin où il travaille pour le mouvement Hapoel Hatzaïr le temps d'obtenir le visa lui permettant de faire son aliyah en Palestine mandataire.

Fisher effectue ensuite pour le compte du KKL deux missions, en Lettonie et en Bessarabie. Il doit quitter cette région, alors roumaine au bout de deux mois, son travail étant menacé par la .

Émissaire du Fonds national juif en France vignette|Les boîtes à dons bleues et blanches iconiques du Keren Kayemeth Leisrael. En 1925, le Fonds national juif unifié (KKL) décide d'envoyer en France un émissaire, Joseph Fisher chargé d'y dynamiser le mouvement sioniste.

Il collabore étroitement avec Aimé Pallière, un chrétien philosémite qui, sans se convertir au judaïsme, est devenu l'un des prédicateurs de la synagogue libérale de la rue Copernic. Nommé vice-président du KKL, il entretient des rapports étroits avec Fisher, les deux hommes se rencontrent très souvent au bar du Lutetia. Fisher, qui n'est lui-même pas religieux, utilise les talents de Paillère, dont les convictions sont celles d'un sioniste religieux, pour pénétrer les milieux juifs libéraux et orthodoxes de Paris, à cette époque plutôt hostiles au sionisme.

Fisher, Pallière ainsi que deux autres collaboratrices, Yvonne Netter et Fanny Weil font des tournées France et au Maghreb, allant à la rencontre des communautés juives. Ils y lèvent des fonds et font la promotion du KKL et de la colonisation juive en Palestine. Les conférenciers du KKL s'appuient sur du matériel de communication, calendriers, cartes, brochures, pour leurs conférences. L'attraction la plus prisée est la projection de films illustrant l'action du KKL en Palestine. Fisher multiplie les événements destinés à récolter des fonds ; le « bazar palestinien » qui se tient une fois l'an propose par exemple à la vente des produits d'Eretz Israël.

En 1928, Fisher dote l'association d'un organe de presse, La Terre retrouvée, mensuel puis bimensuel illustré qui devient rapidement l'un des principaux médias du sionisme francophone. Les principaux collaborateurs de la publication sont, outre Fisher et Paillère, Baruch Hagani, Justin Godart, Guerda Arlosoroff, Fernand Corcos, Edmond Fleg, Charles Gide, Henri Hertz, Raymond-Raoul Lambert, Marcel Mirtil, Yvonne Netter, Pierre Paraf, André Spire. La presse est à cette époque en pleine mutation et la rédaction, dont certains membres, tel André Spire au Matin, travaillent dans des quotidiens est au fait de ces nouveautés. On préfère les instantanés d'actualité aux photos d'archives, des pages magazines sont créées à l'exemple de ce qui se fait dans Paris Match.

L'action du KKL France s'étend à l'Afrique du Nord colonisée par la France. Joseph Fisher se rend à plusieurs reprises au Maroc, en Algérie et en Tunisie auprès des communautés juives. À la suite du pogrom de Constantine de 1934, il séjourne en Algérie pour rédiger un rapport sur le massacre. Il impute l'émeute à un tournant antisémite du nationalisme arabe et lie l’événement aux émeutes de 1929 en Palestine mandataire. L'écrivain Albert Memmi, adolescent dans les années 1930 en Tunisie, qui sera plus tard connu pour ses écrits sur le colonialisme, cite Fisher et le KKL comme l'une des influences de sa jeunesse.

Fisher est amené à collaborer étroitement avec le sénateur Justin Godart, président fondateur de l'association France-Palestine. Ce dernier s'oppose au Livre blanc des autorités mandataires britanniques de Palestine qui porte un coup d'arrêt à l'immigration juive. Ensemble ils organisent des manifestations auxquelles participent des personnalités connues, Paul Painlevé, Anatole de Monzie, Jean Longuet, Léon Blum. Fisher et Godart militent à partir de 1933 pour l'ouverture des frontières de la Palestine aux Juifs allemands persécutés par les autorités nazies.

Fisher se montre lucide s'agissant de la menace hitlérienne qui plane sur l'Europe à l'approche de la Seconde Guerre mondiale. Il souligne dans La Terre retrouvée que les accords de Munich, en entérinant le démantèlement de la Tchécoslovaquie, sont le signe d'une qui n'est pas encourageante pour les plus faibles d'Europe : les Juifs.

Seconde Guerre mondiale Ayant perçu le danger d'une invasion allemande, Fisher se réfugie avec sa famille dans le village de Fouilloux, en Charente-Maritime, avant l'exode de 1940.

Installation à Lyon Joseph Fisher rejoint en train Lyon, en zone libre, dans la nuit du 9 au . Il entend, de concert avec Marc Jarblum, y poursuivre légalement les missions du KKL et y établit le nouveau siège de l'organisation.

Depuis cette ville, Joseph Fisher envoie tous les mois de 4 à 500 lettres d'information sur la Palestine à la communauté juive de France dispersée par la guerre. Les envois sont présentés comme des lettres personnelles afin de circonvenir la censure de Vichy. L'information lui est fournie par Shmuel Scheps, directeur du KKL à Genève, qu'il rencontre régulièrement à Annemasse, une commune située côté français de la frontière franco-suisse. Fin 1941, Fisher donne une impulsion au Mouvement de jeunesse sioniste, une organisation unitaire qui jouera un rôle important dans le sauvetage des enfants juifs. En , il participe, aux côtés de Simon Lévitte, de Otto Giniewski à une réunion à Montpellier à l'issue de laquelle le mouvement se structure.

À l'initiative de Fisher, un accord secret est passé entre le KKL et l'American Jewish Joint Distribution Committee. En vertu de cet accord, le KKL s'engage à mettre à disposition du Joint tous les fonds collectés en France. Le Joint s'engage à consacrer ces fonds au sauvetage des Juifs et à rembourser tous les prêts au sortir de la guerre. Une loi de Vichy empêchant les Juifs de posséder un compte bancaire, ces derniers confient leurs finances au KKL. Cet arrangement permet aux organisations juives françaises de maintenir leur autonomie financière. L'argent permet de financer toute une gamme d'actions participant du sauvetage des Juifs. Une partie de l'argent transite par la Suisse et est remise en liquide à Fisher.

Il coordonne son action avec Justin Godart avec lequel il a déjà eu l'occasion de travailler avant guerre. L'homme politique l'hébergera même un temps dans sa maison de Pommiers, dans le Beaujolais, lorsque Fisher devra basculer dans la clandestinité. Cette aide ainsi que d'autres actions de sauvetage des Juifs a valu à Justin Godart et son épouse Louise, le titre de juste parmi les nations du Yad Vashem. L'argent de l'accord KKL - Joint est un temps enterré dans le jardin des Godart.

C'est à Lyon que Ruth (1920-2020), la fille aînée des Fisher, rencontre Evry Schatzman (1920-2010), futur astrophysicien qui s'est lui aussi réfugié dans cette ville pour y poursuivre ses étudesJean-Claude Pecker (professeur honoraire au Collège de France), Evry Schatzman, astrophysicien, Le Monde daté du , page 23. Après leur mariage, ils se réfugieront jusqu'à la fin de la guerre à l'observatoire de Haute-Provence. Son autre fille, Gabrielle (1932-2014), est une enfant cachée pendant la guerre.

Départ pour Nice