Jean Commaille ខោខូវប៊យ né le à Marseille . en France et mort le à Siem Reap, au Cambodge est un ex-militaire de la Légion étrangère qui renonce à la carrière militaire pour se consacrer au dessin et à la peinture. En 1900, il intègre l'École française d'Extrême-Orient (EFEO) nouvellement créée au titre duquel il réalise un certain nombre de missions dont il s'acquittera avec bonheur, telles l'installation du musée de Saïgon ou, en 1901-1902, de fouilles à Prasat Bassac au sud-est de Phnom Penh.
En 1907, l'EFEO prend la responsabilité d'Angkor, en 1908, Commaille devient officiellement le premier conservateur du site d'Angkor, mission pour laquelle il se dévouera avec beaucoup d'adresse, de dévouement et d'opiniâtreté pendant huit années durant, jusqu'en 1916, date à laquelle, il sera tué par des bandits pour lui dérober la paie de ses ouvriers.
Jean Commaille est l'un des premiers des pionniers qui consacreront leur vie à la renaissance d'Angkor de façon héroïque. Son travail acharné de premier conservateur d'Angkor ne doit pas faire oublier ses talents de peintre fin et respectueux dans ses représentations de l'art khmer.
Biographie Jean Narcisse Antoine Eugène Commaille est né le 24 juin 1868 à Marseille, fils ainé de Marie Auguste Antoine Commaille né le 9 mars 1826 à Saulieu, Côte-d'Or, docteur es science ., pharmacien militaire, major à l'hôpital militaire de Marseille, professeur suppléant à l'université d'Alger, Chevalier de la Légion d'Honneur, mort le 2 mai 1876 à Marseille, à l'âge de et de Félicie Alexandrine Davignot née le 29 août 1850 à Alger, Algérie et morte le 17 décembre 1931 à Saint Germain en Laye, Yvelines, à l'âge de .
À sa naissance, sa mère a , son père 42. Le père de Jean Commaille est à l'origine de certaines découvertes en chimie, notamment en faisant une analyse détaillée du lait avec un autre chimiste, Eugène Millon, ils ont isolé une protéine : la lactoprotéine, ainsi que la caseine.. En 1866, Marie Auguste Antoine Commaille a publié des Recherches sur la constitution chimique des substances albuminoïdes. Paris, Martinet, 1 8 6 6 , in-40, 9 2 P..
Lorsque son père décède en 1876, Jean Commaille a , sa sœur 7 et son frère 3. Ils sont donc élevés par leur mère.
Jean Commaille, fils de scientifique militaire, à la stature de colosse tel qu'il est décrit dans les biographies de l'EFEO et dans "Renaissance d'Angkor" de Maxime Prodomidès, se destine à une carrière militaire selon la volonté familiale, son frère Félix Commaille (1873-1930) de 5 ans son cadet, étant militaire. Il est élève au lycée militaire de la Flèche ; mais sans pourtant se présenter à l'École de Saint-Cyr auquel le Prytanée de la Flèche le destinait en toute logique. C'est vers le dessin et la peinture qu'il se sent attiré et souhaite s'orienter.
Cependant, par nécessité et manque de ressource, Jean Commaille doit, malgré tout, se résoudre à s'engager loin de la France, dans la Légion étrangère et en janvier 1896, il devient garde principal de la milice cambodgienne à l'âge de 27 ans. En effet, à cette époque, le roi du Cambodge, S.M. Norodom (1836-1904) couronné le 3 juin 1864, avait dû subir l'installation du protectorat, de ce fait, le contexte était une lutte d'influence entre le Siam et les français au Cambodge qui aboutit à l'éviction du Siam..
Cambodge À l'issue de son engagement dans la légion en 1898, Jean Commaille trouve un emploi au Cambodge dans l'administration du Protectorat français du Cambodge, comme commis auxiliaire de comptabilité. C'est une opportunité qui lui permet de visiter des temples khmers et de séjourner notamment à Angkor en 1899..
En 1900, l'Ecole Française d'Extrême Orient (EFEO), qui vient juste d'être créée avec à sa tête Louis Finot (1864-1935), le recrute et il devient secrétaire-trésorier. Une des premières missions est l'installation du premier musée de Saïgon. Par la suite, en 1902, le siège de l'EFEO et ses services administratifs s'installent à Hanoi, Jean Commaille est chargé alors d'assurer le transfert des collections de Saigon à Hanoi.
En 1900, l'EFEO l'envoie en mission archéologique à Phnom Baset dans la province de Battambang, qui avec Phnom Banon, Wat Ek Phnom (Phnom Aek) Phnom Snœung ont été construits vers le XIème Siècle sous le règne d'Udayādityavarman II (1050-1066).
En 1901 et 1902, l'EFEO et son directeur Louis Finot missionnent également Jean Commaille afin d'organiser une fouille à Prasat Bassac (parfois appelé Basak) plus exactement dans le district de Romduol (ស្រុករំដួល [srok rom-duol]), les ruines étant à 6 km de la province de Svay Rieng, la commune de Ou Rumduol (អូររំដួល [ô rom-duol]) au sud du Cambodge. À l'origine, le Tonlé Bassac ( khmer : ទន្លេបាសាក់) qui signifie deuxième fleuve (Fleuve postérieur) était la continuation du Tonlé Sap vers la mer et prend le nom de Tonlé Bassac coulait parallèlement au Mékong mais avec les inondations les lits se sont mélangés. Tonlé Bassac devient un des quatre bras (Chatomukh) ou un défluent du Mekong, au sud-est de Phnom Penh, la rivière Bassac coule vers le sud vers le Vietnam où il prend le nom vietnamien de Hậu Giang, et la rivière devient beaucoup plus large.. Depuis 1997, le Tonlé Sap est une réserve de biosphère considéré comme un site écologique de première importance par l'UNESCO.
Jean Commaille s'acquitte avec succès de sa mission, en effet ces fouilles ont révélé un sanctuaire carré en briques, ouvert à l’est, précédé d’un avant-corps allongé, sept édicules répartis autour de ce sanctuaire, et un mur d’enceinte en briques. Jean Commaille a décrit les fouilles de Bassac avec un inventaire des sculptures et inscriptions provenant du temple de Bassac dans un article du bulletin de l'EFEO de 1902 p260-267
Cet ancien temple en ruines, Prasat Prey Basak, a été détruit pendant la guerre du Vietnam en raison des bombardements massifs de l'armée américaine. Le temple de Prasat Prey Basak a été construit sous l'empire de Funan (khmer : នគរភ្នំ ) aux .. Le temple est daté entre 1900 et 2000 ans Il est considéré comme le plus ancien Prasat prāsāda" (प्रासाद) du Cambodge car il était antérieur à Chenla à l'époque Funan.
Congés sans solde de l'EFEO et Directeur par intérim de l'Imprimerie Schneider vignette|Jean Commaille à Angkor (Archives EFEO) Cependant, en 1903, Jean Commaille prend un congés sans solde et quitte l'EFEO temporairement pour un travail mieux rémunéré dans l'imprimerie Schneider où il remplace le directeur, avant de retourner dans son administration d'origine, les Services civils.
Henri Parmentier (1871-1949) dans sa note biographique écrite à la mort de Jean Commaille souligne qu'il a un réel talent de chef d'équipe "dotée d'une grande délicatesse" vis à vis de ses équipes avec une "verve humoristique" qui lui permet d'obtenir le meilleur de ses ouvriers cambodgiens dont les compétences de départ s'appliquaient à la culture des champs mais devaient désormais s'appliquer à la restauration des vieilles pierres.. Et, tout comme ses successeurs à la conservation d'Angkor, Jean Commaille parle parfaitement le Khmer. Jean Commaille à l'âge de 36 ans, se marie avec Henriette Loustalet, âgée de 22 ans, le 24 septembre 1904 à Hanoï.
Premier conservateur de 1908 à 1916, l'an I de la renaissance d'Angkor Henri Mouhot (1826-1861), explorateur, découvre et fait découvrir Angkor, ancienne capitale khmère, en 1859-1860 mais il mourut de malaria et de fièvre jaune en 1861 à l'âge de 34 ans.
La Mission archéologique permanente de l'Indochine est instaurée par un arrêté du par le gouverneur général de l'Indochine ; Paul Doumer (1857-1932) persee.fr. Le , cette mission devint l'École française d'Extrême-Orient, création entérinée le 24 janvier 1901, par un décret du président de la République française Emile Loubet (1838-1929). De 1905 à 1907, Alfred Foucher (1865-1952) à l'âge de 40 ans succède à Louis Finot (41 ans) à la tête de l'EFEO.
En 1905, Jean Commaille fait la connaissance d'un jeune architecte dont les goûts "fin de Siècle sans céder à la mode sont assez proches siens" comme l'indique Maxime Prodomidès dans la Renaissance d'Angkor, il s'agit d'Henri Marchal, âgé de 27 ans. Surtout que tous deux sont peu amènes avec la hiérarchie surtout lorsqu'elle se teinte de mépris pour les cambodgiens. Henri Marchal décrit ainsi son nouvel ami dans le livre de Prodmidès; "C'est un homme d'une trentaine d'années actif et énergique, d'un caractère artiste mais hautain et d'un tempérament très indépendant. Il avait jugé le milieu colonial en quelques traits"... Tous deux n'appréciaient guère ce milieu colonial. Mais Henri Marchal et Jean Commaille s'appréciaient vraiment et leur amitié leur était précieuse.
En 1907, la rétrocession des provinces de Battambang, Sisophon et de Siem Reap au Cambodge par le Siam permet d'intégrer les monuments d'Angkor sous la tutelle de l'EFEO... Jean Commaille est sollicité pour prendre en charge la veille et l'observation du site en tant que commis des Services civils en mission à Angkor, mis à la disposition du commissaire de Battambang par un arrêté du 4 décembre 1907.
Six mois plus tard en juillet 1908, Claude Eugène Maitre, âgé de 32 ans, directeur titulaire de l'EFEO ayant succédé à Alfred Foucher âgé de 43 ans (reparti vers la Sorbonne), le nomme officiellement le premier conservateur du site, chargé de la conservation et de la restauration des monuments d'Angkor. Pour Louis Finot, âgé de 44 ans, Jean Commaille alors âgé de 40 ans est l'homme de la situation tant la tâche de restauration est immense et complexe.. Pour Henri Parmentier, 37 ans chef de l'archéologie à l'EFEO, Jean Commaille est "the right man at the right place".
Travaux titanesques de Jean Commaille à Angkor. Anticipant sa nomination officielle de Conservateur (juillet 1908), dès le début 1908, Jean Commaille avec Étienne Lunet de Lajonquière (1861-1933), âgé de 47 ans, venu à Angkor pour mettre à jour son inventaire des monuments qu'il a entamé des années auparavant, a dressé conjointement une liste des travaux de conservation à réaliser en priorité sur le site, notamment le débroussaillement et le dégagement des édifices ensevelis dans la forêt et les décombres d'Angkor Vat et du Bayonhttps://core.ac.uk/download/pdf/5105066.pdf.. thumb|center|Apsara sur le Bayon. Les deux hommes quoique très différents malgré leur passé commun d'éducation militaire, collaborent sur Angkor tout en restant distants. Ils parviennent cependant à s'entendre sur des tâches de conservation à mettre en œuvre de façon urgente : débroussaillement des cours intérieures d'Angkor Vat, celles d'Angkor Thom, celles de la terrasse des Éléphants et celles du temple de Phimeanakas. En fait, Lunet de Lajonquière ne s'attendait pas à devoir s'impliquer dans les travaux d'Angkor.
Une fois ces tâches ayant été accomplies, de vraies prouesses, Commaille déplore le départ de Lunet de Lajonquière d'Angkor, site pour lequel lui-même dédiait sa vie et travaillait avec tant d'ardeur, reparti "compléter son inventaire, sans laisser de trace". Source: Angkor : Chronique d'une renaissance, de Maxime Prodromidès. Mais, Lunet de Jonquière, quant à lui, souhaitait vraiment parvenir au terme de son inventaire des monuments qui durait déjà depuis . Henri Parmentier tentera de compenser le départ de Lunet de Lajonquière du mieux qu'il put. vignette|1909 Dégagement de la Chaussée IV d'Angkor Vat par Jean Commaille et son équipe (Archives EFEO)