La Fédération des étudiants en résidence universitaire de France (FERUF) est une association d'étudiants habitant en résidence universitaire fondée à la fin des années 1950 et qui a joué un rôle très important dans les années 1960 dans la contestation étudiante.
C'est une structure proche de l'UNEF, le premier syndicat étudiant français. La Féruf est issue d'une scission minoritaire de la Fédération des résidences universitaires de France (FRUF) intervenue en 1975, au moment de la scission des deux UNEF, avec laquelle elle a été réunifiée en 2001, gardant cette fois le nom de Féruf, malgré une histoire moins riche que celle de la FRUF, sa jumelle.
Rôle Au niveau local, elle regroupe des étudiants habitant dans les cités et résidences universitaires du CROUS pour les représenter au conseil de résidence, avec comme objectif l'amélioration du confort des logements et la possibilité d'accéder à des espaces et à des services collectifs.
Au niveau national, la FERUF est chargée du suivi des élus locaux des conseils de résidence, l'élaboration de propositions pour la vie en résidence universitaire, la rédaction d'un journal des élus et l'organisation d’événements thématiques (ex. les états généraux du logement étudiant du ).
Le rôle de la FERUF est donc double : association pour animer (organisation d'animations culturelles, gestion d'activités), mais aussi un rôle de défense des conditions de vie des étudiants dans les conseils de résidences.
Histoire vignette|La Résidence universitaire Jean-Zay à Antony. La FRUF a été fondée en 1964 à la suite de la grande grève des loyers de , partie notamment de la résidence universitaire Jean-Zay à Antony, qui fut un des principaux foyers d’implantation de la FRUF (sous le sigle AERUA-FRUF). La FRUF est alors très proche de l’Union nationale des étudiants de France mais n'en fait pas encore partie.
Dans un article historique, Le Monde du a analysé le processus de renforcement des liens entre les deux organisations sur fond de montée des revendications sociales précédant Mai 68"Antony la rouge : résidences étroitement surveillées", par Jean-Pierre Quélin dans Le Monde du 30 avril 2008 . Le ministre de l'éducation de l'époque, Alain Peyrefitte avait annoncé son intention d'aborder le problème des règlements intérieurs des cités au Conseil national des œuvres le ce qui a poussé le président de l'UNEF Jacques Sauvageot, à mettre tout particulièrement en avant face aux médias et aux partis politiques les revendications des résidents, qui se précisent. Des occupations de bâtiments ont eu lieu un peu partout en France le , à Lille, Bordeaux, Montpellier, Rennes, Nanterre et elles ont pris une importance particulière à Nantes.
La FERUF est ensuite née d'une scission de la Fédération des résidences universitaires de France (FRUF), intervenue en 1974.
Le contexte sociologique à la fin des années 1950 À l'occasion d'un colloque sur la santé mentale dans les collectivités d'étudiants en 1959, le professeur Joannon déclarait , rappelle Le Monde. Le Centre national des œuvres universitaires estime à la même époque qu'il faut des étudiants en résidence, les mineurs de 21 ans sont 72% chez les filles et 58% chez les garçons, .
L'automne rouge de 1965 à Antony En mai 1964, l'université de Paris renonce sans aucune contrepartie à l'ensemble des droits et obligations résultant de la convention passée le , au profit du CROUS de Versailles.
L'ancien règlement intérieur de à la résidence universitaire Jean-Zay est remis en vigueur en 1965 (contrôle des activités collectives des résidents ; séjour en cité U limité à malgré la quatrième année obtenue en 1959). À ces fins, de nouvelles loges doivent être construites dans tous les bâtiments, et les communications intérieures entre chaque bâtiment doivent être supprimées.
Le fameux « automne rouge » de 1965 voit à la résidence universitaire Jean-Zay environ empêcher, le , les ouvriers de construire une loge de concierge devant le pavillon des filles. Le recteur de l'Académie de Paris riposte : plusieurs centaines de policiers montent la garde jusqu'à l'achèvement de cette loge.
Année 1966 : dénouement à Antony, mais l'UNEF mène une campagne nationale La lutte dure trois mois fin 1965. Meetings, exclusions d'étudiants, bagarres contre la police, avec un dénouement le : Jean Bressan est remplacé par Jacques Balland à la direction de la résidence universitaire Jean-Zay. Le nouveau directeur a . C'est l'ancien président de l'UNEF. Il propose un règlement officieux plus démocratique. Les filles majeures peuvent, comme les garçons, recevoir dans leurs chambres. Les mineurs jouissent de la même liberté, s'ils ont une autorisation de leurs parents qui libère l'administration de toute responsabilité juridique.
Le ministre de l'Éducation nationale, Christian Fouchet, lui demande aussi explicitement de s'attaquer au monopole du Parti communiste sur la résidenceMairie d'Antony, service des Archives, "RUA, rapport confidentiel sur les élections de 1967", J. Balland, 19 décembre 1967 et "RUA, rapport confidentiel sur les élections de 1968", novembre 68, J. Balland et cet objectif est atteint rapidement : le , le Parti communiste est mis pour la première fois en échec depuis dix ans aux élections syndicales de la résidence. Il perd la majorité absolue et passe de sur 62 à 28.
En 1966 aussi, la cause défendue à Antony s'élargit au reste de la France : l'UNEF se mobilise pour les résidences universitaires à l'échelle nationale, avec une « Campagne contre les règlements des cités universitaires » Association des Anciens de l’UNEF .
Le soutien de la direction d'Antony aux manifestants Les manifestations organisées par la FRUF sont indirectement soutenues par Jacques Balland, directeur de la résidence universitaire Jean-Zay, la plus grande et la plus ancienne résidence universitaire française, qui n'applique plus le règlement officiel depuis sa concertation en 1966. Jacques Balland, cité par L'Express, juge absurde qu'un étudiant « qui discute librement toute la journée au Quartier latin, adulte lorsqu'il prend son métro à station Luxembourg, se transforme en gamin irresponsable lorsqu'il parvient, dix minutes plus tard, à la résidence d'Antony ? ».
Selon lui, le problème des étudiants « rappelle celui de la décolonisation » car « il faut dépaternaliser », dans le sillage « de la démocratisation de l'enseignement ». Aujourd'hui, « l'accès aux facultés est plus ouvert, et l'on convient qu'il faut permettre aux étudiants sans fortune de se loger en cité », rappelle Jacques Balland, mais « maintenir les vieux interdits de défense de la bourgeoisie » c'est refuser « aux étudiants issus des milieux modestes la possibilité d'une véritable initiation civique ».
Pour de nombreux étudiants, la situation est encore pire et le règlement des campus l'une des multiples manifestations de la non-démocratisation réelle de l'enseignement, observe L'Express. Dans sa conception - avec ses amphis de - Nanterre reprend ce qu'il y a de plus vieux dans l'enseignement français.
La Saint-Valentin nationale du 14 février 1967 Dans une ville que , selon le quotidien Le Monde, en février et , durant plusieurs semaines, des petits groupes d'étudiants lyonnais investissent un pavillon où logent des jeunes filles, une action obstinée qui met analyse Le Monde. D'autres villes traversent la même surprise avec les mêmes mouvements dans les résidences universitaires, lancées par la FRUF à Lille, Rennes, Montpellier, Aix-en-Provence, Toulouse, Orléans et Dijon.
Dans son article, Le Monde relève les slogans suivants : « Liberté de circulation » ; « Droit de visite » ; « Non au ghetto » ; « Règlement désuet » ; « Atteintes aux libertés individuelles ».
Le quotidien avait à l'époque, dans ses articles des 9, 16 et , cité aussi le cas Nancy et des résidences de la région parisienne (Nanterre, Orsay, Bures-sur-Yvette), qui voient elles aussi les étudiants décider collectivement de ne plus appliquer le règlement intérieur, bien souvent avec une complicité tacite des directeurs de cités , comme le commente le président de la FRUF. Il observe par ailleurs que l'Association des résidents de Nanterre se voit refuser le droit d'informer la ville des spectacles qu'elle organise.
La FRUF demande alors une refonte totale du règlement intérieur des cités universitaires et critique , pour mieux exiger que de nouvelles cités universitaires soient construites intra-muros, par exemple à Paris, dans le quartier des Halles.
Sur le plan sportif, les cités universitaires nouvellement construites à Lyon, Marseille, Angers, Reims, Lille, Poitiers, Clermont-Ferrand ne possèdent aucune installation, regrette la FRUF, qui veut par ailleurs gérer les activités culturelles, ou permettre à des étudiants de le faire, en refusant que soient embauchés ce que le ministère présente comme des ..
A Nanterre, occupation du bâtiment féminin et conférence sur le chaos sexuel Le mois de voit l'achèvement de la résidence universitaire de Nanterre, au prix d'une accélération des travaux qui avaient pris du retard, mais au printemps 1966, la résidence universitaire de Nanterre n'est toujours pas pleine. Début 1967, c'est la création de la FRUF à Nanterre par Dominique Tabah qui est la première présidente et constate que le règlement de la cité universitaire interdit de bouger un meuble, une affiche.. L'Association des résidents de la cité universitaire de Nanterre (ARCUN) compte 800 inscrits pour dès 1967.
Juste après, l'Association des Résidents de la Cité universitaire de Nanterre (ARCUN) a combiné l'action d'occupation, qui a commencé un peu plus tard que dans les autres villes, le , avec une conférence de Boris Fraenkel consacrée à Wilhelm Reich., organisée juste après, le "Intimités amoureuses: France, 1920-1975", par Anne-Claire Rebreyend - 2008"Wilhelm Reich : biographie d'une passion ", page 299 par Gérard Guasch - 2007., et préparée en faisant distribuer sur le campus un tract reproduisant dans son intégralité le célèbre manifeste de Wilhelm Reich"Sélection de tracts du mouvement de mai 1968, site du Mouvement international pour une écologie libidinale" , paru dans Sexpol en 1936Lucien Rioux et René Backmann, L'Explosion de mai. 11 mai 1968. Histoire complète des événements, Paris, Robert Laffont, 1968.
Titré Le manifeste de Wilhelm Reich, fait du combat sexuel de la jeunesse une priorité politique et humaniste, par une série de phrases fortes le définissant comme le fait de , ou . Le texte du tracts est accompagné d'un dessin de Siné.
Le lendemain de l'occupation du , le directeur de la résidence M. Roddier avait déclaré à l'Association des Résidents de la Cité universitaire de Nanterre (ARCUN) qu'il ne cautionnait pas cette occupation mais ne s'y opposait pas non plus. Dominique Tabah, qui milite à l'Union des étudiants communistes, tisse des liens avec le personnel enseignant. Mais peu après, Roddier créé la surprise car il fait afficher une note affirmant au contraire que ce qui s'est passé est en fait illégal. Des militants de l'Association des Résidents de la Cité universitaire de Nanterre avaient ensuite été reçus au ministère le .
Le même tract sera utilisé à nouveau à Nanterre, un an plus tard, en , pour fêter l'anniversaire du succès de la première opération. Il informe à nouveau d'une conférence de réflexion sur le texte de Wilhelm Reich et invite à une conférence par Claude Revault d'Allonnes, assistante à la Sorbonne et proche des thèses défendues par l'UNEF" Les clercs de 68 par Bernard Brillant, aux Presses Universitaires de France, 20 avril 2015 , qui aura lieu à 20h30 au foyer F, l'un des bâtiments de la résidence universitaire.