Philippe Muray, né le à Angers et mort le à Villejuif, est un romancier et essayiste français.

Il est connu pour ses romans Postérité et On ferme, ainsi que pour son recueil de nouvelles Roues Carrées. Ses écrits l'ont amené à théoriser l' « hyper-festivisation » du monde, signe à ses yeux de ce que l'Occident et le reste du monde sont sortis de l'Histoire pour entrer dans l'ère de la « Post-Histoire ». Selon Muray, l'ensemble de ses travaux, allant de l'écriture de ses romans jusqu'à l'écriture de ses essais ont été l'occasion de formaliser et d'analyser les principes de ce nouveau monde comme le faisaient d'autres romanciers avant lui.

Philippe Muray est aussi connu pour les nombreux calembours et néologismes qu'il a introduits par son style particulièrement caustique, parmi lesquels « Homo festivus » (l'« Homme festif »L'individu occidental sorti de l'Histoire.), l’D'après l’ de Freud, Muray y désigne la jouissance perverse que prend « Homo festivus » à réprimander ou demander la punition de ses semblables sous des prétextes moraux à la mode tels que l'antiracisme, la lutte contre l'homophobie ou l'anti-sexisme. ou encore les Paraphrase de Rabelais par laquelle Muray désigne les artistes ou autres se proclamant « subversifs » et « dérangeants » mais épousant en réalité toutes les valeurs de leur époque.. Il combattit l’antisémitisme dans ses écrits.

Biographie Enfance et formation De son vivant, Philippe Muray n’a révélé que très peu de choses de lui-même. Il a écrit en une notice autobiographique parue dans le cinquième tome de son journal intime :

Son père Jean Muray était écrivain et traducteur d'auteurs anglosaxons — dont Jack London, Herman Melville, Rudyard Kipling, Swift, Lewis Carroll, Barbara Cartland, etc. — sa mère était lectrice passionnée, et Philippe Muray indique qu’ils ont joué un rôle important dans son éducation littéraire et son goût pour la lectureAprès l'Histoire, . aussi « Questionnaire » (entretien, 2001) : (Essais, ).Philippe Muray évoque aussi sa découverte de la littérature à l'adolescence dans « Curriculum Celinae », Essais, ..

Il reçoit une éducation catholique « Dieu merci » (article, 2005) : (Essais, ) ; (). à laquelle il est resté attaché même s'il s'est toujours défini comme « incroyant », et fait des études supérieures de lettres à l'université de Paris. En 2001, il évoque ainsi ses années d'étudiant sur le plan politique et idéologique :

Muray souligne tout au long de ses romans l'hésitation qu'il avait, jeune homme, entre peindre et devenir romancier. Il devient romancier à l'âge de 22 ans, avec la publication de son premier roman plus tard rayé de sa bibliographie : Une arrière-saison..

Premières publications Il gagne d'abord sa vie en travaillant comme pigiste pour le magazine Détective. ; il collabore ensuite, sous le pseudonyme (collectif) de Michel Brice, à la série Brigade Mondaine publiée sous la direction de Gérard de Villiers., il en écrit plus de soixante-dix tomes entre la fin des années 1970 et celles des années 1990. Son journal montre le dégoût que lui inspirait cette activité, et le sentiment d’humiliation qu’il en retirait.

Dans les années 1970, il côtoie les membres de la revue Tel Quel. Il publie en 1973 un roman (Chant pluriel.) et une pièce de théâtre (Au cœur des hachloums.), tous deux chez Gallimard. Il noue des relations avec Denis Roche, l'éditeur, dans sa collection , de Jubila. en 1976. Il rencontre aussi Jacques Henric et Catherine Millet qui publieront nombre de ses articles dans la revue Art Press, jusqu'à 1997, date de leur brouille.. En 1978, il commence la rédaction de son journal intime, publié de manière posthume de 2015. à 2024. Il est alors en train d’achever la rédaction de L'Opium des Lettres., publié en 1979 dans la collection « TXT » dirigée par Christian Prigent, après avoir publié un article dans la revue du même nom..

Années 1980 En 1981, il publie un essai sur Louis-Ferdinand Céline « Pourquoi y a-t-il du Céline plutôt que rien ? », entretien avec François Lagarde, Essais, (L'Infini , 1984, et Exorcismes spirituels )., dans la collection dirigée par Philippe Sollers. C'est son premier livre à connaître un certain succès éditorial. Muray le considère lui-même comme le premier texte où son écriture est arrivée à maturité..

Dans cet essai, il formule l'hypothèse d'une continuité entre l'auteur du Voyage au bout de la nuit et le pamphlétaire antisémite de Bagatelles pour un massacre et ce, notamment, au niveau de la langue utilisée. C'est dans ce livre que Muray souligne la continuité entre la dimension progressiste de l'écriture et la pensée de Céline et l'antisémitisme de ce dernier. Pour la première fois dans son œuvre, Muray attaque la positivité comme force destructrice.

Le concept-clé de l'essai est celui de « vouloir-guérir ». Muray avance que Céline partage avec les progressistes un désir obsessionnel d'effacer le Mal, assimilé à la figure du Juif. Muray montre, que chez Céline, les références sont nombreuses à des utopies et concepts progressistes vantant l'harmonie sociale..

De 1978 à 1982, il travaille à l'écriture d'un roman, d'abord nommé Divin trop divin. puis Le Genre Humain. Il abandonne ce projet et en détruit les manuscrits tandis qu'il poursuit l'écriture de son essai Le à travers les âges. Pendant cette période, Phillippe Muray rencontra également René Girard et résumera une partie de ses échanges avec lui dans son journal intime.

En 1983, Muray enseigne pendant trois mois la littérature française à l'université Stanford, en Californie Essais, datation d'articles : « Berkeley, Stanford, La Haye, 1983 » (), « Stanford, février 1983 » (). C'est là que lui vient l'idée de L'Empire du bien et qu'il rassemble la matière du à travers les âges, publié en 1984 par Philippe Sollers, devenu éditeur chez Denoël. C'est dans cette vaste fresque qu'est Le à travers les âges que Philippe Muray propose que la notion de modernité commence avec une nouvelle conception de la mort et de l'au-delà en Occident. Cette nouvelle conception aurait été provoquée notamment par la disparition progressive du contact avec les morts en Occident, lequel faisait partie intégrante de la vie sous l'ancien régime jusqu'au , jour où l'Église catholique à Paris devant l'hygiénisme grandissant en faisant déplacer les morts de la place Saint-Innocent aux catacombes. Pour Muray, la modernité se caractérise par un rapport particulier avec les corps et la mort, lequel rapport va s'exprimer par un rapport politique qu'il nommera hygiénisme mais aussi occulto-socialisme ou social-occultisme. Ce livre permet à Muray de souligner et d'étayer l'importance de l'occultisme dans la genèse de la pensée progressiste et de la pensée socialiste « Mort à Credo (Céline, le positivisme et l'occultisme) », Essais, (L'Infini, , 1984 et Exorcismes spirituels )..

Estimant qu'être édité par Philippe Sollers lui fait courir le risque d'une inféodation, Philippe Muray signe, après la publication du à travers les âges, un contrat avec Grasset, où son éditeur est Bernard-Henri Lévy. Il y publie deux livres. Le premier est un roman, Postérité, paru en 1988. Le livre est un échec qu'il impute à la maison d'édition. Après la publication de La Gloire de Rubens en 1991, il rompt son contrat avec Grasset. Il retrouve alors son ami Michel Desgranges qui lui propose de l'éditer aux Belles Lettres dont il a pris la direction..

En 1991, Muray publie L'Empire du bien, livre qui va constituer un tournant dans la pensée de l'auteur. Muray y adopte en effet un style littéraire particulièrement caustique qui fera ensuite sa notoriété. Le livre suscite notamment l'admiration de Milan Kundera, avec qui Muray se lie d'amitié.

La critique de « l'ère hyperfestive » Il écrit ensuite de nombreuses chroniques, d'abord publiées dans des journaux ou revues (Revue des Deux Mondes, Art Press, L'Infini, L'Idiot international, Immédiatement, La Montagne, Marianne), puis reprises en volumes dans Après l'Histoire et Exorcismes spirituels. Dans ces chroniques, il ne cesse d'analyser l'évolution de la modernité de façon goguenarde. Muray déclare user des différents procédés du rire (l'ironie, la dérision, la moquerie, la caricature, l'outrance, la farce, etc.) afin de faire revenir au réel. Ce rire n'est cependant pas une futilité, il est appuyé sur une pensée et il appuie cette pensée :

En 2002, dans son livre Le Rappel à l'ordre : Enquête sur les nouveaux réactionnaires, Daniel Lindenberg rapproche Philippe Muray de Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec, qu’il range (avec d'autres personnalités) dans la catégorie des . En réponse, Muray cosigne, avec entre autres Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Pierre Manent et Pierre-André Taguieff, un Manifeste pour une pensée libre contre le livre de Lindenberg aussi « Les nouveaux actionnaires » (article, 2002), recension partielle du livre de Daniel Lindenberg.. Muray note également, dans une série d'entretiens coécrits avec Élisabeth Lévy intitulée Festivus festivus, le caractère comique de ce rapprochement de ces différents auteurs et penseurs par Daniel Lindenberg : les personnes citées sont issues de courants de pensées extrêmement divers, voire opposés.

Les trois derniers livres publiés de son vivant sont Chers djihadistes… (2002), Festivus festivus, un livre d'entretiens avec la journaliste Élisabeth Lévy (2005) et Moderne contre moderne ().

thumb|redresse|Tombe de Philippe Muray au cimetière du Montparnasse (division 10). Dans Chers djihadistes…, Muray entreprend un « compendium ». de son époque en notant le caractère sans précédent d'une tentative du monde moderne d'asservir l'Islam. L'auteur souligne que cette tentative est le signe d'une mutation anthropologique très profonde du monde contemporain. Les djihadistes, loin d'être seulement des opposants à la modernité, sont décrits comme étant eux aussi désireux d'accéder à un état de ., qui caractérise le monde moderne selon l'hypothèse post-historique de Muray.

Dans Festivus festivus, Muray essaie de davantage préciser la mutation qu'entreprend le monde moderne au moment de ses entretiens, mais aussi (ce qui n'est pas indiqué dans Chers djihadistes…) de « renouveler » en partie le caractère romanesque d'un dialogue entre deux personnes, à l'image du Neveu de Rameau de Diderot ou de la correspondance de Saint Augustin, auteurs qu'il mentionne dans ses Exorcismes spirituels.. Muray fait aussi remarquer dans Festivus festivus que les médias n'ont pour but que de , ce qui explique, en partie, sa réticence à être interviewé..

Muray ne cesse de faire varier tout au long de sa vie son style selon les essais, romans, poèmes ou entretiens qu'il fait publier.

Il meurt le d'un cancer du poumon à Villejuif et est inhumé le au cimetière du Montparnasse ().

Vie privée Philippe Muray était marié à Anne Sefrioui.

Analyse de l'œuvre