thumb|Blason, Santa Maria Novella thumb|d'argent au lion d'azur armé et lampassé de gueulesArmorial de Rietstap.

La famille Acciaiuoli (aussi orthographié Acciaioli/Accioly/Acciajuoli; orthographe en grec : Άτζαϊὠλης) est une importante famille florentine originaire de Brescia qui tire son nom du commerce de l’acier, à la base de sa richesse. Elle joue un rôle important dans l’histoire du duché d'Athènes où elle succède à la Compagnie de Navarre qui avait conquis Thèbes en 1379 et à la maison d'Aragon dans le reste du duché. Nério Acciaiuoli, aventurier, conquiert Athènes en 1388, puis Néopatras en 1390. Après une éphémère domination vénitienne (1395-1402), les Acciaiuoli demeurent maîtres des duchés jusqu’à leur reconquête par les Byzantins en 1430. Ils reconnaissent alors la suzeraineté de Constantinople et réussissent à se maintenir jusqu’en 1456, date de la prise d'Athènes par Mehmed II.

Origines de la famille – Niccolò Acciaiuoli

Les origines de la famille remontent au lorsque Gugliarello Acciaiuoli s’enfuit de Brescia en 1160 en raison de son appui à la cause des Guelfes. La famille se réfugie alors à Florence fuyant l’avance de Frédéric Barberousse. Elle y établit une manufacture d’acier (d’où selon la tradition proviendrait leur nom). S’étant enrichis considérablement dans cette industrie, les Acciaiuoli deviennent banquiers au siècle suivant (Compagna di Ser Leone degli Acciaiuoli e de’ suioi consorti) et leur banque ouvre des comptoirs en Grèce et en Europe occidentale. Ils jouent bientôt un rôle aussi bien politique que financier dans leur ville d’adoption. Lorsque les Florentins sollicitent l’appui du roi de Naples contre leurs ennemis gibelins, les Acciaiuoli entrent en contact avec les Angevins ; leurs services sont récompensés, un membre de la famille devenant chambellan et conseiller privé du roi Robert. Un fils de ce chambellan, Niccolò, est envoyé encore très jeune diriger la succursale napolitaine de la banque en 1331Miller (1908) .

thumb|left|Portrait par Andrea del Castagno

Habile banquier et doté d’un grand charme personnel, il ne tarde pas à se gagner les faveurs de Catherine de Valois-Courtenay, impératrice titulaire de Constantinople et veuve depuis 1331, devenant son chambellanCatherine II de Valois-Courtenay (1303 – 20 septembre 1346), fille de Charles de France, comte de Valois, et de Catherine de Courtenay, est alors impératrice titulaire de Constantinople. Elle épouse en 1313 Philippe d’Anjou, prince de Tarente. et le tuteur de ses trois fils en bas âgeMiller (1908) .

En 1333, Niccolò offre ses bons offices pour mettre un terme à la querelle opposant Jean de Gravina, prince d'Achaïe où il n’a fait qu’un bref séjour et son neveu Robert à qui son père Philippe a légué la suzeraineté de la principauté d'Achaïe et du duché d'Athènes ainsi que ses droits sur l'Albanie. En vertu de l’accord alors négocié, Jean de Gravina transfère à l’impératrice Catherine la principauté et ses dépendances pour son fils Robert en échange de possessions angevines en Épire, du royaume d’Albanie et du duché de Durazzo, ainsi que d’une somme de 5000 onces en espèces, avancées par la banque Acciaiuoli qui obtient quelques forteresses et domaines en garantie de ses prêts. La principauté d’Achaïe retourne ainsi entre les mains des prétendants au trône du défunt empire latinMiller (1908) Fine (1994) .

Ayant ainsi réussi à faire de son pupille Robert un prince d’Achaïe, et ayant été fait chevalier par les Angevins en 1335, Niccolò investit massivement dans la principauté, rachetant les deux domaines donnés par Jean de Gravina à la banque à titre de biens affectés en garantie ainsi que les propriétés avoisinantes. Il acquiert d’autres propriétés à Andravida, Prinitza et Kalamata alors que Catherine lui concède l’ile de Céphalonie en récompense de ses services. Niccolò devient ainsi un noble, vassal du prince d’Achaïe, et son influence dépasse rapidement celle du bailli angevinMiller (1908) .

Catherine demeure deux ans en Grèce. Pendant ce temps, Niccolò s’emploie à assurer la défense de la vallée de Kalamata, le « jardin de la Grèce », menacée par les Catalans d’Attique et les Turcs qui, installés en Asie, ravagent les côtes de la Grèce. Au départ de celle-ci, Niccolò, héritier de la baronnie de Kalamata ainsi que de la forteresse de Piada et d’autres terres, est élevé au rang de bailli pour le compte de l’impératrice titulaire, devenant ainsi l’un des plus riches propriétaires terriens de la principauté qu'il quitte en 1341 pour retourner en ItalieMiller (1908) .

À la mort de Catherine en 1346, le prince Robert hérite du titre d’ « empereur latin de Constantinople », mais, retenu pendant plusieurs années dans les prisons hongroises, il ne se rend jamais sur ses domaines en Grèce. Le pouvoir réel échoit alors à l’archevêque de Patras et à Niccolò, lequel ne néglige pas ses propriétés de Grèce. Il ajoute à celles-ci la forteresse de Vourkano et, en 1358, est nommé gouverneur de Corinthe et de huit forteresses situées dans les environs. Corinthe revêt alors une importance particulière parce que, située sur les bords du golfe du même nom, elle est régulièrement la cible de pirates turcs. C’est pourquoi, après avoir vainement fait appel au pape et aux Vénitiens, le prince Robert s’est adressé à Niccolò, entretemps nommé grand sénéchal de Sicile et comte de Malte. Bien qu’absent, celui-ci entreprend rapidement la réparation des fortifications de l’Acrocorinthe et obtient du prince la rémission des arriérés de tous ses vassaux au trésor princier ainsi que le retour des serfs que la situation incertaine avait fait émigrer hors de leurs domaines. Ne pouvant retourner lui-même en Grèce, il charge son cousin Donato de le représenter à Corinthe et le nomme responsable de ses autres domaines en Achaïe. Il devait s’éteindre à Florence en 1365Miller (1908). .

Parmi les membres de sa famille qui s’établissent en Grèce figurent les frères Giovanni, archevêque de Patras (dignité lucrative dévolue par la suite à deux autres membres de la famille) et Nério, qui achète l’ensemble de la côte entre Corinthe et PatrasMiller (1908) .

Les successeurs de Niccolò : Nério Accaiaioli

thumb|right|Nério Acciaiuoli

Par testament, Niccolò divise ses possessions de Grèce entre son ainé, Angelo, et son cousin et fils adoptif, aussi prénommé Angelo (le futur archevêque de Patras). Le premier hérite de la ville de Corinthe et de tous les autres domaines de Grèce à l’exception de ceux dévolus à son fils adoptif : le château de Vourkano en Messénie et la baronnie de Kalamata. Le nouvel empereur titulaire, Philippe II de Tarente, en tant que suzerain de l’Achaïe, ratifie ces décisions; un peu plus tard, il accorde la dignité de « palatin » au premier afin de le remercier pour l’avoir accompagné durant le temps passé en captivité avec son frère en Hongrie. Mais trop occupé par ses affaires en Italie, Angelo confie Corinthe à un représentant, poste pour lequel il choisit Rainero ou Nério Acciaiuoli, un autre cousin et fils adoptif de Niccolò, lequel possédait déjà la côte entre Corinthe et PatrasMiller (1908) .

Ce dernier a plus tôt tenté d’obtenir la main de Fiorenza Sanudo, duchesse de NaxosMiller (1908) . Toutefois, Venise s’oppose à ce que ce duché de grand intérêt stratégique tombe entre des mains autres que vénitiennes. Frustré dans ses ambitions en mer Égée, il se tourne vers le Péloponnèse et achète de Marie de Bourbon les baronnies de Vostitza et Nivelet. Devenu capitaine-adjoint de Corinthe et de ses dépendances, son autorité s’étend alors sur une bonne partie de la rive sud du golfe de Corinthe et sur l’isthme lui-même. Bientôt, et bien qu’il ne possède de nombreux domaines qu’à titre de biens affectés en garantie, Nério devient le véritable maitre du pays dont il compte se servir pour attaquer les Catalans d’Attique. Bientôt, nombre de membres de la famille Acciaiuoli et autres Florentins viennent le rejoindreMiller (1908) .

En 1373, le pape Grégoire XI, ému par la description faite par l’archevêque de Néopatras du sort réservé par les Turcs aux Grecs vivant aux frontières de la principauté d’Achaïe et du duché d’Athènes, convoque une rencontre de toutes les parties intéressées à Thèbes, à l'occasion de laquelle les archevêques de Néopatras et Naxos prêchent l’union des chrétiens contre les Turcs. Mais, sitôt les invités rentrés dans leurs foyers, Nério profite de la faiblesse des Catalans du duché d'Athènes pour s’emparer de Mégare en 1374, laquelle, située à l'extrémité est de l'isthme de Corinthe, à mi-chemin entre Corinthe et Athènes, contrôle l’accès au duchéMiller (1908) ; il s'allie par la suite avec une troupe issue de la Compagnie de Navarre menée par Jean de Urtubia, contre les Catalans. Les Navarrais, traversant les terres de Nério, s'emparent de Thèbes en 1379Fine (1994) .

Au cours de la décennie suivante, Nério s’emploie à conclure des alliances avec ses principaux voisins, tant grecs que latins. En 1385, après s’être assuré d’une armée et d’un navire de guerre, Nério croit avoir trouvé un « casus belli ». Il demande alors la main de la jeune comtesse Marie, héritière de Salona, au nom de son beau-frère, Pietro Saraceno d’Eubée. La comtesse Hélène, grande aristocrate, rejette cette offre venant « d’un marchand florentin », préférant donner sa fille à Étienne Doukas, un prince serbe de Thessalie. Cette alliance avec un Serbe provoque l’indignation de la population tant grecque que latine de Salona, endroit où résidaient les comtesses. Nério, qui craint que les Navarrais ne s’emparent d’Athènes et n’établissent une tête de pont sur sa frontière nord, en profite pour attaquer le duché avec ses troupes pendant que son navire vogue droit vers le PiréeFine (1994) . Il s’empare de la ville d'Athènes en ou Setton (1948), puis le de son Acropole où le gouverneur catalan, Don Pedro de Pau, résiste pendant seize mois. Après quoi, il s’empare de leur capitainerie de Néopatras devenant ainsi maitre de l’ensemble du duché d’Athènes et de Thèbes. L’administration féodale est alors abolie, remplacée par un régime plus centraliste contrôlée par les Italiens. De plus, il donne nombre de postes de confiance à des Grecs, permettant également à un évêque orthodoxe de s’installer à Athènes, mais ce dernier est astreint à résider dans la basse-ville, Nério installant un archevêque catholique dans la cathédrale de l’AcropoleMiller (1908) .

À ce triomphe s’ajoute le fait que peu avant la chute de l’Acropole, il a pu marier sa seconde fille, Francesca, à Carlo Tocco, duc de Leucade et comte palatin de Céphalonie, un des plus importants seigneurs latins de la régionMiller (1908) . Sa fille ainée, Bartholomea, a pour sa part épousé Théodore Paléologue, despote de Morée. Ainsi allié avec les Grecs et les Latins, Nério ne craint plus que la Compagnie de Navarre, laquelle s’était entretemps rebellée contre les chevaliers de Saint-Jean et, après que leur leader, Pierre de Saint-Supéran se soit proclamé prince d’Achaïe, convoitait CorintheMiller (1908) Fine (1994) .

Nério aurait voulu compléter ses possessions en prenant Nauplie et Argos, reliquats des domaines francs du duché d'Athènes. L’année où Nério s’emparait d’Athènes, la duchesse d’Argos, Marie d’Enghien, perdit son mari, le Vénitien Pietro Cornaro. Craignant une attaque de ses deux puissants voisins, Nério Acciaiuoli d’une part, Théodore despote de Mistra d’autre part, elle décida de transférer la propriété des domaines d’Argos à Venise moyennant une rente viagère. Mais avant que l’envoyé de Venise n’ait pu prendre possession de l’Argolide, Théodore, sous l’influence de Nério, s’emparait d’Argos. Venise répondit en instaurant un embargo commercial sur les produits en provenance d’Athènes et de la Morée. Elle fit également appel à la compagnie navarraise pour arrêter Nério ce qui fut fait le Miller (1908) .